OUAHIGOUYA : Youmoré libéré et porté en triomphe par ses partisans
Comme nous l’annoncions dans notre édition du mardi 26 juin, l’affaire Youmoré a été jugée au Palais de justice de Ouahigouya en présence d’une foule nombreuse acquise à la cause de l’accusé. Si le procès a commencé dans une bonne ambiance, il s’est terminé en queue de poisson. A peine le président du tribunal a-t-il prononcé le verdict qui condamne Moumouni Nacanabo à une amende de 100 000 F CFA assortie de sa relaxe que la foule, massée aux abords du Palais, a exprimé son mécontentement. Le procureur du Faso était alors contraint d’interrompre le jugement.
C’est une immense foule qui a acclamé et salué la libération de Moumouni Nacanabo dit Youmoré, hier mercredi 27 juin 2012. Son jugement, débuté à 8h 05mn, était parti pour être celui de tous les dangers. A l’audience, le président du Tribunal retrace le fil de l’affaire avant de demander à Moumouni Nacanabo s’il reconnaissait les faits. Le marabout de You a effectivement reconnu tous les faits avant de se lancer dans de longues excuses à l’endroit du monde judiciaire. Puis, le président du Tribunal a lu la déclaration du substitut du procureur qui constate qu’il a été injurié par Youmoré.
Lorsqu’on lui a donné à nouveau la parole, Youmoré est revenu pour expliquer qu’il n’a pas compris pourquoi le substitut lui a refusé de parler. Il a ajouté qu’il n’avait aucune intention de ternir la réputation du juge. Dans sa relation des faits, le marabout de You a laissé entendre qu’il était engagé dans une médiation entre un homme et son fils. Ce qui n’était, d’ailleurs pas, son premier exercice, selon lui. Le président du Tribunal demande alors à Youmoré en quelle qualité il s’est engagé à réconcilier les deux hommes. Coutumier ou religieux ? C’est dans un cadre religieux et familial, a rétorqué le marabout. Puis, le président du Tribunal et le procureur ont tenu à expliquer que ce procès n’avait pas pour but de nuire à Youmoré, mais de lui montrer le chemin de la loi et surtout montrer à l’opinion nationale que Youmoré n’a pas été arrêté à cause de sa confession.
Toutes explications faites, le Tribunal a décidé de condamner Moumouni Nacanabo à une amende de 100 000 F CFA. Nous sommes au stade de la procédure de relaxe du marabout et, tout d’un coup, tout s’écroule comme un château de cartes. Pendant que le procureur exige que Mounmouni Nacanabo vienne à la MACO signer l’acte de libération, la foule, n’ayant pas compris les choses de la même façon, se déchaîne et le procès est interrompu à la catastrophe. La population envahit le Palais et scande « Libérez.. Libérez.. ». La gendarmerie n’a eu d’autre choix que d’ouvrir le feu. A 9h 45, des gaz lacrymogènes vont pleuvoir sur le palais. Les mécontents répliquent par des jets de pierres et de lance-pierres.
Des courses-poursuites sont engagées entre forces de l’ordre et manifestants qui ne désarment pas, puisque, partis du palais, ils vont se disperser en groupe vers la MACO, le palais de Sa Majesté Naaba Kiiba et une mosquée située au secteur 13. L’objectif est de vandaliser tous ces lieux suscités. Chez Sa Majesté Naaba Kiiba, la situation a été beaucoup plus compliquée. Des croquants ont tenté de défoncer le portail pour en découdre avec le Roi. Mais c’était sans compter avec la détermination des forces de l’ordre bien équipées. La situation était tendue car, le palais royal était à un doigt d’être saccagé.
Il a fallu la présence de Youmoré en ce lieu pour calmer les esprits. A bord d’un véhicule 4X4, Moumouni Nacanabo prendra la direction de la mosquée du secteur 13. Il y arrive au bon moment, descend du véhicule pour rassurer les uns et les autres qu’il a été bel et bien libéré. Tous ceux qui étaient armés de morceaux de brique ou de cailloux se désarment automatiquement. Moumouni est ovationné en héros. La liesse est à son comble. Le « moré » est porté en triomphe par les manifestants. Tel un chef d’Etat, son cortège s’ébranle, via l’avenue de Mopti, jusqu’à la place de la Nation. Il fit une petite escale pour répondre aux salutations de ses supporters. De la place de la Nation en passant par la Cité des forces vives, les locaux de la CAMEG jusqu’à la mosquée du Cheick Moctar Maïga située au secteur 5, la foule ne faisait que grossir.
C’est là que le cortège va faire une halte pour que le marabout prenne encore un gros bain de foule avant d’aller remercier le Cheick Moctar Magïa qui a joué un rôle très déterminant dans sa libération. Il était 11h 45 quand le véhicule a encore fait un demi-tour en direction d’une autre mosquée où des fidèles attendaient de pied ferme le « détenu ». Pour le reste, il faut préciser que le marché a été fermé jusqu’à la libération du marabout.
Victime collatérale de cette manifestation, le reporter des Editions « Le Pays », en plus d’avoir reçu un gros caillou au niveau de la hanche, son portable tombé dans la foule n’a pas été retrouvé. L’homme est né en 1968 à You dans la province du Loroum. C’est à l’âge de 14 ans qu’il apprendra à lire le Saint Coran. A 18 ans, il rejoint l’école coranique qui l’oblige à quitter son You natal pour se retrouver à Bobo-Dioulasso. 8 ans d’études coraniques suffiront pour faire de lui un homme de confiance de son maître.
Youmoré après sa libération
« Je suis aujourd’hui un homme comblé pour tout ce que j’ai pu voir après ma libération. Mes tout premiers remerciements vont au gouverneur de la région du nord, au Cheik Moctar Maïga, à Hamadé Bangrin Ouédraogo, à Boureima Badini, et au procureur du Faso. Car, c’est grâce à leurs efforts conjugués que j’ai pu être libéré. Je ne suis qu’un simple citoyen. Mes remerciements s’adressent aussi à la presse et à tous les hommes épris de paix et de justice. Je ne savais pas que ma modeste personne était aussi utile. »
Hamed NABALMA
Le Pays


