Médiation burkinabè au Mali : Aux allures de réhabilitation diplomatique
Encore des lauriers pour le "Docteur Honoris causa" de la médiation sous-régionale, Blaise Compaoré, qui a réussi le tour de force de ramener la légalité républicaine au Mali.En effet, en ce vendredi saint 2012, l’envoyé spécial au Mali du médiateur attitré de la CEDEAO, Djibril Bassolet, ayant à ses côtés le chef de la junte, le capitaine Amadou Haya Sanogo, apprenait au monde entier que la parenthèse du pronunciamiento du 22 mars 2012 se fermait avec la mise en branle de la constitution, qui stipule que c’est le président de l’Assemblée nationale qui assurera l’intérim au Palais de Koulouba, flanqué d’un puissant Premier ministre jusqu’à l’organisation de la présidentielle.
Incontestablement, c’est un satisfecit et pour l’ego du président du Faso, et pour la diplomatie burkinabè ; d’autant plus que lors du mini-sommet sur le Mali tenu le 2 avril dernier à Dakar, en marge de l’investiture du nouveau président sénégalais, Macky Sall, tout le monde n’était pas sur le même tempo que le médiateur burkinabè. Pour tout dire, Blaise Compaoré était minoritaire dans sa position, que ses pairs trouvaient par trop timorée face aux putschistes.
Le fait qu’il ait pu résoudre l’imbroglio malien prouve qu’au travers ses médiations, le n°1 burkinabè a acquis de nombreux "détails" que d’aucuns appellent expertise qui font qu’il parvient souvent à rapprocher des positions jugées inconciliables :
– au Togo il est arrivé à faire asseoir autour d’une même table deux fils de président du pays qui se vouaient une haine mortelle héritée de leur géniteur.
In fine un accord politique a été paraphé à Ouaga et signé à Lomé le 20 août 2006, où Blaise fut l’objet d’un standing ovation ;
– en Côte d’Ivoire, l’Accord politique global (APG) du 4 mars 2007 est la matrice qui a permis à ce pays d’émerger de la crise vieille de 10 ans. Son artisan est bien le chef de l’Etat burkinabè ;
– en Guinée-Conakry, après 52 années de régimes autoritaires et d’exception, un président a été démocratiquement élu grâce à la thérapie administrée par le docteur ès crises burkinabè à ce grand malade politique qu’était la Guinée ;
– enfin, le cas malien vient s’ajouter à cette série de négociations réussies.
Cela dit, on ne peut s’empêcher de penser que cette énième prouesse de la médiation burkinabè est une réhabilitation de notre diplomatie.
Déjà dans les années 90, celle-ci était taxée de guerrière, et certains ont même parlé méchamment de "diplomatie de rapines", allusion au Liberia, où le Burkina était embourbé jusqu’à l’os, ce qui lui avait valu des rapports orageux avec Washington.
Même concernant la Côte d’Ivoire, d’aucuns ont accusé Blaise d’avoir allumé le feu avant de participer à son extinction.
Ce succès malien sonne donc comme une réhabilitation de notre diplomatie, et c’est cette image que les Burkinabè aimeraient sans doute voir plutôt que cette étiquette de belliqueuse qui lui collait à la peau comme un sceau d’infamie.
Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
L’Observateur Paalga


