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Proverbe du Jour : «L’histoire de l’Afrique a été écrite par d’autres ; Nous devons posséder nos problèmes et nos solutions et écrire notre histoire.» Paul Kagamé

François Goldblatt, ambassadeur de France : « Il n’y a pas le moindre désaccord entre autorités françaises et burkinabè »

Le 14-Juillet constitue une date importante de l’histoire de la France. Le 14 juillet 1789, une Révolution a mis fin aux privilèges de l’ancien régime et a consacré la République dont les maîtres-mots sont la liberté, l’égalité et la fraternité. En ce jour, 14 juillet 2010, la France entière revit son histoire. François Goldblatt, l’ambassadeur de France au Burkina Faso, à travers cette interview, évoque la commémoration de cette date, l’histoire coloniale, la crise ivoirienne, l’actualité politique française, burkinabè, etc.

Sidwaya (S. : ) Les autorités françaises se joignent aux quatorze autres commémorations des indépendances de leurs anciennes colonies en Afrique. Quel sens la France entend-elle donner à cette commémoration ?

François Goldblatt (F.G) : Le 14 juillet 1789, date de la prise de la Bastille, symbolise le début du processus de mise à bas de l’ancien régime, la fin des privilèges et la montée en puissance de ce qui va devenir le triptyque de la République, à savoir : la liberté, l’égalité et la fraternité. C’est un événement français sur le plan de l’histoire vécue.

Ce sont des Français qui s’affrontaient entre eux et cela se passait en France. Mais il est clair que cet événement a une portée universelle aujourd’hui. Et ce n’est pas nous les Français qui le disons. Tous les spécialistes de l’histoire, tous ceux qui s’intéressent à la période des Lumières (18e-19e siècles) savent l’importance de cet événement pour la conquête de l’esprit moderne, la fin des temps anciens et le passage à la modernité.

Donc, proposer aux chefs d’Etat africains concernés de se rendre à Paris le 14 juillet, est une façon de revivre ensemble ce grand moment de l’histoire universelle. Au-delà de la commémoration de la fête du 14 juillet, qui nous concerne tous, quel que soit le continent sur lequel nous vivons, il y a dans l’intention des autorités françaises, l’idée de se célébrer mutuellement. Je crois que c’est cela le principe fondateur de ce 14 juillet 2010 à Paris.

C’est l’idée de voir l’Afrique célébrer la France pour ce message universel et aussi la France célébrer l’Afrique à travers cette commémoration du cinquantenaire des indépendances. C’est un mouvement mutuel où chacun reconnaît la valeur de l’autre dans le processus historique.

C’est une façon de se souvenir de tous les processus de libération qui nous ont tous concernés à des dates et à des périodes différentes : le processus d’émancipation politique vis-à-vis de l’ancien régime en France en 1789, et puis le processus d’émancipation politique des pays d’Afrique subsaharienne, en 1960, d’où le raccordement avec le cinquantenaire des indépendances.

S. : Le cinquantenaire devrait marquer, selon Jacques Toubon, secrétaire général du cinquantenaire des indépendances africaines en France, un « tournant » et un « renouveau » dans les relations entre 14 Etats d’Afrique subsaharienne et la France. En quoi consistera ce renouveau ?

F.G. : Je ne vous apprends rien en vous disant que jusqu’à une époque récente, il était difficile de lire ensemble la même histoire. Il y avait des visions qui s’affrontaient, qui ne se rejoignaient pas. Pendant très longtemps, et jusqu’à un passé récent, il était difficile d’admettre, en France, que le principe même de la colonisation était un principe moralement vicié.

Mais je crois que cette étape est définitivement franchie en France. A part une frange résiduelle de l’extrême-droite française, on peut dire que, de la droite républicaine jusqu’à la gauche, et naturellement l’extrême-gauche, et en dépit de tout ce qui oppose les représentants de ces sensibilités politiques en France, il y a quand même une lecture commune de ce qu’a été l’histoire coloniale française. Et le socle commun, c’est la reconnaissance du fait que, sur le plan du principe, de la morale, c’était une entreprise qui n’aurait pas dû être.

C’est vrai que les gens ont des nuances entre eux, en France même, et évidemment entre Français et Africains. Il y a ceux qui considèrent que, parce que l’entreprise coloniale était moralement viciée dans son principe, il ne faut pas entrer dans un jeu où on va essayer de séparer le bon grain de l’ivraie.

C’est-à-dire qu’il n’est pas judicieux, opportun ou souhaitable de dire qu’au sein de l’entreprise coloniale, il y avait certains aspects positifs et d’autres qui ne l’étaient pas. Dans les aspects que certains veulent reconnaître comme positifs, il y avait le travail, l’éducation, la santé, les infrastructures, etc. L’approche de cette sensibilité consiste à dire, aujourd’hui, que l’entreprise coloniale était viciée dans son principe, mais on peut quand même séparer ce qui peut être reconnu comme bon.

Et il y a de la part des gens en France, qui ont cette sensibilité, l’espoir que de l’autre côté de la Méditerranée, du côté africain, on retrouve certains intellectuels et hommes politiques qui acceptent de reconnaître cela.

Parce que la base de départ est maintenant commune, on peut regarder davantage ensemble cette histoire. C’est une histoire commune par la force des choses. Certes, du côté africain, la colonisation a été subie et non voulue. Mais, c’est néanmoins l’histoire. Et c’est cela aussi qui est recherché dans l’événement du 14 juillet 2010 à Paris : il s’agit de se dire qu’au fond, nous avons vécu cette histoire ensemble. Elle a été voulue et décidée côté français pour de bonnes ou de mauvaises raisons, et elle a été très largement subie côté africain. Mais c’est ainsi. On ne peut pas revenir sur cette histoire.

Donc, regardons-la en face et assumons-la. Et de cette façon, on pourra préparer l’avenir dans les meilleures conditions.

S. : Est-ce que la France regrette cette colonisation ?

F.G. : Là encore, on retrouve les deux sensibilités. Vous ne pourrez pas obtenir une réponse claire et unique qui corresponde à l’état d’esprit de la totalité des Français. La plupart des Français se scinderont en deux écoles de pensée.

Il y a ceux qui vous diront que la colonisation était mauvaise, que si elle était à refaire, il n’aurait pas fallu l’entreprendre. Mais d’autres diront également qu’en dépit de la violence qui s’est exercée, car c’était une question de conquête territoriale, il y a eu un legs : éducation, langue, religion, et un legs moral sur le plan des valeurs héritées de la Révolution française.

D’autres diront non ! L’entreprise coloniale était fondée sur l’occupation, la conquête. Et pour cette raison, quels que soient le kilométrage de routes qui a été construit, le nombre d’hôpitaux édifiés, on ne doit pas entrer dans cette discussion.

En gros, on peut dire, sans trop caricaturer, qu’on retrouve la sensibilité de droite d’un côté et la sensibilité de gauche, de l’autre. Donc, il y a une ligne de clivage qui passe en France, sur cette question. Mais côté africain, ce débat n’existe pas, puisque cette colonisation a été subie et non voulue, à quelques rares exceptions près.

S. : Un Sommet réunira le 13 juillet prochain le président Nicolas Sarkozy et ses 14 homologues africains. Quel est le sens de ce Sommet ? N’est-ce pas une réaffirmation de la France-Afrique, à savoir que l’indépendance des ex-colonies n’est que théorique ?

F.G. : Quel que soit le regard que l’on porte sur la période coloniale, je crois qu’il y a eu comme acquis, une forme d’intimité entre l’Afrique francophone et la France, qui fait que nous ne pouvons pas prétendre que la relation est neutre, indifférente, égale à celle que les pays d’Afrique francophones peuvent avoir avec d’autres pays.

Mais ce n’est pas une prétention à l’exclusivité. Et la France ne dit pas aux pays africains francophones de n’avoir que des relations avec elle. Cela signifie que nous ne pouvons pas être indifférents l’un à l’autre.

Pourquoi au fond, les relations entre la France et l’Afrique déclenchent-elles tant de passions ? Pourquoi voit-on surgir cette expression de Françafrique facilement à chaque virage ? Parce que justement, c’est très émotionnel.

On nous reproche souvent une chose et son contraire. Lorsqu’un homme politique français, quelle que soit sa tendance politique, dit que l’Afrique est très importante pour la France, qu’elle entend y conserver une influence ; à ce moment-là, il y a une levée de boucliers et on va lui opposer le fait que la France veut reconstituer l’empire colonial et essaie de protéger le fameux pré carré. Si le même homme politique change de discours et dit que l’Afrique représente très peu de choses pour la France, notamment sur le commerce bilatéral, à ce moment-là, la réaction serait : « Ah bon ! vous nous dédaignez, nous représentons très peu de choses pour vous ». Donc, ce dialogue est très intéressant et j’en ai été souvent moi-même témoin.

Si la France est trop présente en Afrique, c’est du néocolonialisme qui ne se reconnaît pas comme tel ; si la France dit que ses vrais partenaires à titre majoritaire sur le plan du commerce, de la défense, des investissements, ce sont l’Union européenne, les Etats Unis, le Canada, l’Asie du Sud-Est, il y a une sorte de mouvement négatif qui se fait jour, qui prend l’exact opposé du raisonnement précédent, consistant à dire que la France n’assume pas ses responsabilités historiques.

Et je trouve qu’on n’en sort pas. Et c’est pour essayer d’en sortir que le Président Sarkozy propose cette réunion. Elle consiste à assumer de manière la plus publique et officielle possibles qu’il y a quelque chose de particulier qui nous unit. Et le dire, ce n’est pas qu’il faut penser du bien de la période coloniale. Ce qui est fait est fait.

Le fait que la France ait légué cette langue, qui est la langue de 14 pays d’Afrique subsaharienne, c’est un fait acquis. Le fait qu’un certain nombre d’entreprises françaises, à cause de l’histoire coloniale, ont prospéré ici en Afrique subsaharienne, c’est une donnée. L’idée c’est de se demander, sur ces acquis : qu’est-ce qu’on peut construire de positif ? A la fois pour les pays d’Afrique concernés et pour la France. Je crois que ça consiste à assumer ce que nous sommes.

Car il y a une sorte de particularisme entre la France et l’Afrique. Imaginez une seule seconde s’il n’y avait plus du tout de Sommets entre la France et les pays d’Afrique francophone. Est-ce que ça ne semblerait pas bizarre ? Est-ce qu’on ne dirait pas que la France tourne le dos à l’Afrique ? Si les hommes politiques français décidaient qu’il n’y a plus d’engagement militaire en Afrique, même si les Africains demandaient son maintien, ne serait-ce pas étrange que la France tourne le dos à l’Afrique de cette façon ? L’idée du Président Sarkozy, c’est de faire comprendre qu’il faut assumer ce que nous sommes, notre passé, quoiqu’il ait été fait de répréhensible durant la période coloniale. La France a une histoire, une présence et une place. Et elle essaie de faire prospérer cette relation comme n’importe quel autre pays dans le monde le ferait.

C’est la base même des relations internationales. Donc, c’est absurde et complètement irrationnel, qu’au motif que l’aventure coloniale ait été moralement répréhensible, la France et l’Afrique ne se parlent pas. Cela serait paradoxal. La France est bien présente par ses ressortissants, par son commerce, ses investissements, sa coopération militaire...

S. : Mais cela ne ressemble-t-il pas à une recolonisation ?

F.G. : Nous travaillons de la manière la plus publique possible. L’ambassade de France ici n’est pas une officine enterrée à cinq mètres sous terre, avec des gens qui sortent tous feux éteints le soir en ville en allant voir, on ne sait qui, on ne sait où, dans des lieux obscurs.

Ici à l’ambassade de France, nous agissons à visage complètement découvert. Lorsque je vais inaugurer un financement de la coopération française, je ne m’en cache pas. J’invite la presse à en être témoin. Mais la presse n’a pas d’obligation de venir, encore moins d’en rendre compte. Je veux dire que chacun est libre de ses propositions et de ses opinions. Ce que je constate, c’est qu’on me reproche plus volontiers d’en faire moins que d’en faire trop.

C’est-à-dire que lorsque les crédits français sont en baisse, on ne me félicite pas. On me reproche plutôt que l’engagement de la France est en diminution. Lorsque la France est « concurrencée » sur le terrain de la coopération, parce qu’il y a de nouveaux partenaires qui émergent, je m’en félicite. Mais nous nous disons que, nous qui avons une présence ancienne et des responsabilités historiques dans ce pays, devons maintenir notre place. C’est un jeu ouvert et transparent. On en parle avec les autorités burkinabè et avec nos collègues étrangers, américains par exemple.

Je vois souvent ce reproche dans les articles, mais, à chaque fois, il me surprend parce qu’il s’appuie sur une situation selon laquelle la France s’est masquée sans afficher ses intentions. Et pourtant elles sont complètement transparentes. Il y a le document-cadre de partenariat qui a été signé le plus publiquement du monde en juin 2006 par Mme Girardin, ancienne ministre française de la Coopération, et le ministre burkinabè des Finances de l’époque, M. Jean-Baptiste Compaoré. Cette charte est entièrement connue.

Elle définit les axes d’intervention de la France ici au Burkina Faso dans le domaine civil, en matière d’éducation de base, d’eau et d’assainissement, d’infrastructures, etc. Tout ce que nous faisons est public. Nous faisons de la communication sur toutes nos actions. Un exemple parmi d’autres. Sur le site de l’ambassade de France, vous trouvez les discours que je prononce, les actions que nous menons, l’organigramme de l’ambassade.

Vous savez qui fait quoi. Il y a même nos adresses emails. On peut même nous écrire. Nous essayons de répondre aux gens qui nous écrivent. Lorsqu’un ministre français vient ici au Burkina, je ne l’amène pas la nuit tombée à la présidence, à Kosyam. Nous avons des rendez-vous qui sont demandés et accordés officiellement. Et à la sortie de la Présidence, la presse est présente et la personnalité française de passage répond aux questions, comme c’est le cas pour tout autre visiteur.

Il n’y a pas de différence entre un visiteur officiel français et un visiteur officiel turc, taïwanais, sud-africain. Nous sommes traités de la même façon et il n’y a pas de jeu occulte. Donc, c’est vrai, nous défendons nos intérêts, comme tous les pays de la planète, comme le Burkina Faso le fait et a raison de le faire. Si vous me demandez si je préfère une France présente ou une France absente, je vous répondrai que je préfère une France présente.

De même, je préfère une France dynamique et qui respecte ses engagements. Si vous avez suivi les deux ans de présence burkinabè au Conseil de sécurité (2008-2009), vous serez frappés du nombre de fois où il y a eu coïncidence parfaite entre les positions françaises et burkinabè. Il n’y a pas de mystère, pas de choses cachées. Les positions et les intérêts de la France sont connus.

S. : Quel bilan succinct pouvez-vous faire de la coopération française avec ses anciennes colonies et singulièrement avec le Burkina Faso 50 ans après ?

F.G. : Il me faudrait plusieurs tomes ou plusieurs heures pour cela. Puisque chaque relation est différente. Je suis ici et donc je peux vous parler de ce que nous avons accompli entre la France et le Burkina Faso. C’est une relation très fructueuse, très ouverte. On se parle de tous les sujets. Il y a eu de nombreux ministres et officiels français qui ont effectué des visites au Burkina au cours des 24 derniers mois.

Nous avons eu le ministre Kouchner, l’ancien Président Jacques Chirac, le ministre d’Etat Jean-Louis Borloo, l’ancien Premier ministre Alain Juppé, le maire de Lyon, Gérard Collomb, l’ancien ministre Joyandet qui est venu plusieurs fois et qui me disait que le Burkina Faso était sa destination la plus fréquente en Afrique subsaharienne. Et chaque fois, ils rencontrent les plus hautes autorités et nous nous parlons très franchement.

S. : Est-ce qu’en 50 ans, vous êtes satisfait de la coopération avec le Burkina Faso ?

F.G. : Nous sommes très heureux de ce que devient le Burkina Faso. Nous souhaiterions qu’il soit à un stade encore plus avancé de développement. Qui peut dire aujourd’hui qu’il est satisfait par le revenu par tête au Burkina Faso ou par la situation de la pauvreté ? Il y a encore une immense route à accomplir. Et là encore, il n’y a pas le moindre désaccord entre autorités françaises et burkinabè. C’est un sujet où, par excellence, les constats sont communs.

Quand on voit que 15% des enfants décèdent avant l’âge de 5 ans, c’est une situation scandaleuse à laquelle nous essayons de remédier, soit par une action bilatérale, soit par nos contributions au fonds mondial contre la tuberculose, le Sida, le paludisme. Lorsque nous constatons que 20% seulement des routes sont bitumées, il est clair que nous contribuons par nos engagements financiers au sein de l’Union Européenne, à ce que des travaux importants soient réalisés.

C’est le cas de la route Boromo-Bobo-Dioulasso et du segment Ouagadougou-Koupèla, pour ne citer que quelques exemples. Lorsque nous constatons que les producteurs de coton ont beaucoup de mal à s’en sortir, nous intervenons à travers l’Agence française de développement (AFD). En matière d’énergie, l’AFD à également financé très largement l’interconnexion électrique avec la Côte d’Ivoire.

Je pourrais multiplier les exemples. Dans tous les segments, nous essayons d’avancer. Qu’il s’agisse d’énergie, de coton, d’éducation de base, de santé, d’eau et d’assainissement, etc., nous essayons d’aider le Burkina à se développer. Alors, est-ce que nous sommes satisfaits du résultat ? J’ai envie de dire oui parce que la situation est meilleure aujourd’hui qu’il y a 10, 20 ou 30 ans.

Si vous prenez en compte le taux d’alphabétisation, le nombre de routes bitumées, le pourcentage de foyers ayant accès à l’électricité, évidemment que ça va mieux. On voudrait que ça aille encore mieux et plus vite. C’est ce à quoi nous travaillons aux côtés des autres bailleurs. Et soyez assurés que nous sommes extrêmement heureux qu’il y ait beaucoup d’autres bailleurs avec nous.

S : La présence de l’armée française en Afrique et ses interventions dans certains pays sont parfois vivement critiquées. A quand la fin de cette présence française en Afrique à travers son armée ?

F.G : Le président Sarkozy a été on ne peut plus clair sur le sujet. Il a dit deux choses essentielles. Premièrement, il n’y aura pas de présence française qui ne soit pas voulue par les gouvernements des pays hôtes, et deuxièmement, il n’y aura pas de clauses secrètes dans les accords rénovés, qui sont en train d’être négociés.

Est-ce que vous pouvez me citer un pays d’Afrique où la présence française sur le plan militaire s’impose, contre vents et marées, contre l’avis des autorités du pays d’accueil ? Là où nous sommes, c’est à la demande du pays d’accueil, ou bien lorsqu’il y a un mandat des Nations unies pour être présent, dans telle ou telle zone de conflits ou zone à risques.

Il n’y a pas actuellement en Afrique de présence militaire française contre l’avis des autorités d’accueil. Depuis que le président Sarkozy est élu, les choses sont très claires. Il a proposé que les accords soient renégociés. Ils le sont. C’est une façon aussi de moderniser les clauses de ces accords. Et si un pays nous dit qu’il ne souhaite plus qu’il y ait une présence militaire française, il n’y en aura pas. C’est aussi clair et simple que cela.

S : C’est la même chose au niveau des accords de coopération militaire ?

F.G. : C’est typiquement ce que nous avons au Burkina. Ici, nous n’avons pas d’accord de défense mais des accords de coopération. Dans cette dynamique, nous avons une demi-douzaine de projets sur lesquels nous travaillons, et là aussi à visage découvert. Vous croisez les coopérants militaires français dans les rues de Ouagadougou en uniforme.

Ils n’essaient pas de cacher leur présence, ils ne se protègent pas derrière d’immenses lunettes noires. Ils travaillent et sortent en plein jour. Et nous avons des programmes complètement ouverts et transparents, décidés en harmonie avec le ministère de la Défense.

Il y a un programme qui a pour objet de renforcer la gendarmerie et les autres projets concernent la maintenance des véhicules, la gestion des ressources humaines, etc. Si demain le ministre de la Défense nous dit que tel programme n’intéresse pas le Burkina ou qu’il préfère que tel programme soit soutenu par un autre pays que la France, nous nous adapterons.

Dans tous les cas, nous souhaitons que le Burkina soit un Etat stable et fort et nous l’aidons dans ce sens dans tous les compartiments : civil et militaire. Si demain on me dit que cette présence ou que cette coopération n’est pas souhaitée, il n’y aura aucune difficulté.

Jusqu’à présent, des anciens combattants et tirailleurs sénégalais burkinabè attendent en vain la reconnaissance de la France à travers l’amélioration de leurs pensions ? Cette situation ne traduit-elle pas en réalité un manque de reconnaissance de la France ?

F.G. : Vous avez raison de soulever ce point, qui a fait l’objet d’une décision il y a 2 mois environ de la part du Conseil constitutionnel français. De mémoire, le Conseil a donné jusqu’au 1er janvier 2011 au gouvernement français pour faire en sorte que, dans un même lieu de résidence, les indemnités, les pensions servies aux anciens de l’armée française, quelle que soit leur nationalité actuelle, soient identiques.

En clair, ça veut dire qu’il ne devrait plus y avoir de différences entre une pension militaire servie au Burkina Faso à un pensionnaire de nationalité burkinabè et une pension servie au Burkina Faso à un pensionnaire français.

Réciproquement, il ne devrait plus y avoir de différence entre une pension servie à un pensionné français vivant en France et un pensionné burkinabè vivant en France. L’idée, c’est de ne tenir compte, à partir du 1er janvier 2011, que du coût de la vie et de ne plus modifier la pension selon la nationalité du pensionné. Je crois que c’est une réponse très précise à votre question. C’est vrai qu’il y avait une forme d’injustice dans le régime précédent et, d’ici le 1er janvier 2011, le gouvernement remediera à cette situation.

S. : Cela suppose-t-il qu’un tirailleur sénégalais, un ancien combattant résidant en Côte d’Ivoire bénéficiera plus qu’un ancien combattant résident au Burkina ?

F.G. : La différence, si elle existe, ne pourra être justifiée que par une différence de coût de la vie entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Mais là-dessus il y aura des bases de référence incontestables. Il y a des indices de prix publiés notamment par le FMI, et le gouvernement français ne pourra pas faire n’importe quoi, il sera enserré dans un schéma précis.

Il y a plusieurs indices qui existent, il ne pourra pas décréter que des différences de coût de la vie existent si elles n’existent pas. Il devra s’appuyer sur ces différences reconnues par les statistiques internationales en la matière.

S. : Sous la présidence de Jacques Chirac, les relations entre la France et la Côte d’Ivoire étaient tumultueuses. Avec Sarkozy, il n’y a pas eu de grands changements, puisque le président Gbagbo n’était pas au sommet de Nice. A quand le retour à la normale ?

F.G. : Si le président Gbagbo n’était pas au sommet de Nice, c’est lui qui a voulu ne pas y être. Il était invité. De même, le 14 juillet, si vous ne voyez pas le président Gbagbo, c’est lui qui aura choisi de ne pas y être, puisqu’il y est invité également. Je crois qu’à chaque fois, que ce soit à Nice au mois de mai dernier ou à Paris dans quelques jours, c’est le choix des autorités ivoiriennes de ne pas y être. Mais la main leur a été tendue à chaque fois.

C’est tumultueux, oui, mais parce que la situation est tumultueuse en Côte d’Ivoire. Ce n’est pas nous qui avons fait en sorte qu’il n’y ait pas d’élection depuis 2005 en Côte d’Ivoire. Ce n’est pas nous qui avons choisi qu’il y ait un affrontement en Côte d’Ivoire. Nous, nous constatons et nous regrettons cette situation, nous avons voulu ardemment que le dialogue direct fonctionne.

La messe n’est pas dite. Pour nous, l’élection doit avoir lieu ; c’est la règle de tout pays démocratique. Il n’y a pas de raisons que les élections n’aient pas lieu en Côte d’Ivoire. On a un assez bon exemple avec ce qui vient de se produire en Guinée.

Dieu sait que la Guinée partait d’un point beaucoup plus bas encore que la Côte d’Ivoire. Qui aurait pu penser le 15 janvier, lorsque la Déclaration de Ouagadougou était adoptée, que la date au 27 juin pourrait être tenue ?

Le 1er tour a eu lieu, et si on poursuit sur cette tendance, nous aurons bientôt un second tour avec un président proclamé selon les règles démocratiques. Quand on voit ce dont la Guinée a été capable, alors qu’elle était soumise à une situation de quasi guerre civile, dans un état de pauvreté et de délabrement avancé, il est quand même surprenant de voir à quel point les choses n’avancent pas en Côte d’Ivoire.

S. : Par rapport à cette situation, quels commentaires faites-vous des récentes déclarations du médiateur, le président Blaise Compaoré, qui dit que si d’aventure l’élection présidentielle ne se tenait pas en 2010 il pourrait se retirer ?

F.G. : Nous souhaitons que le président Compaoré poursuive ses efforts. En même temps, nous comprenons qu’arrive un moment où il faut être réaliste. Nous ne souhaitons pas que ce moment arrive, mais nous comprenons que le président Compaoré puisse être tenté à un moment donné de tirer les conclusions de l’absence de progrès. Il faut qu’il y ait un minimum de bonne foi et un minimum de bonne volonté.

S. : Le gouvernement français semble être dans un tourment avec la démission récente de 2 membres dont Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la Coopération. Le ministre de l’Emploi, Eric Wœrth est lui aussi cité dans une sombre affaire de fraude fiscale. Quant au président Sarkozy, le financement occulte de sa campagne est mis en relief. Dans ce climat général, y a-t-il risque de l’implosion du gouvernement Fillon ?

F.G. : Il faut bien distinguer ce qui relève des faits des allégations. Donc, il y a eu des faits qui ont été reprochés à certains ministres, et dans ces cas-là, effectivement, ces faits ont entraîné des démissions qui sont intervenues. Après, on peut discourir sur la gravité relative des faits. Il est clair que dans le monde d’aujourd’hui, tous les hommes politiques, en France comme ailleurs, sont soumis à une vigilance extrêmement forte de tous les acteurs, blogueurs, sites Internet, presse écrite, presse audiovisuelle, et que, effectivement, aucun droit à l’erreur n’est permis, ni toléré.

C’est une assez bonne règle. Il faut simplement que nos hommes politiques, tous pays confondus et toutes tendances confondues, s’habituent à être des gens parfaits, parce que la moindre faiblesse, la moindre imperfection est aussitôt sanctionnée et on vient de le voir. Donc c’étaient des faits, et effectivement, les conclusions ont été tirées sur la base de ces faits.

Pour les autres affaires que vous évoquez, elles relèvent, pour l’instant en tout cas, des allégations. On nous parle de choses qui se sont peut-être passées, ou pas où il n’y a pas de preuves. Et ce qui est inquiétant pour le fonctionnement de la démocratie, en tout cas à ce stade, c’est de voir que la simple rumeur, la simple allégation, la simple accusation, peuvent déclencher des effets d’une aussi grande ampleur. Je ne sais pas si c’est une bonne chose.

Que des faits entraînent des conséquences parce que ces faits sont avérés, c’est quelque part normal. Mais si la moindre incrimination, même non vérifiée, même non recoupée, peut destabiliser une personne, un ministre, une politique, un gouvernement, un pays, où allons-nous ?

Il faut se méfier de l’excès, non pas d’exigence, parce que c’est normal d’être exigeant, mais de l’excès d’intrusion. Parce qu’à tout vouloir affirmer sans preuve, on prend d’énormes risques avec le fonctionnement démocratique de nos pays. Si c’est la rumeur qui dirige, si c’est la rumeur qui gouverne, je ne crois pas que ce soit un progrès pour nos différentes sociétés démocratiques, quelles qu’elles soient, au Nord comme au Sud de la Méditerranée.

S. : Excellence, mais qui est derrière tout cela, selon vous ?

F.G. : Je ne crois pas qu’il faille forcement songer à un complot organisé. Il s’agit d’un emballement médiatique, c’est-à-dire une rumeur qui enfle, elle est reprise par l’ensemble des médias, elle crée une pression forte, très forte, voire insupportable, et elle crée un entraînement qui devient incontrôlable, y compris pour ceux qui ont été à l’origine de cette rumeur.

Je crois que dans des pays où la justice fonctionne, et vous me pardonnerez la faiblesse de penser qu’en France nous avons une justice qui fonctionne, il faut laisser la justice fonctionner. Une enquête est ouverte, elle livrera ses conclusions et si les faits sont avérés, évidemment, il y aura des conséquences. Je crois qu’il faut laisser la justice travailler. C’est le cas, et je crois qu’on est dans un pays où, si les faits sont avérés, ils entraînent naturellement des conséquences sur les plans judiciaire et politique.

S. : Le Burkina Faso organise une élection présidentielle en novembre 2010. Qu’attend la France de cette élection ?

F.G. : Nous attendons de cette élection qu’elle se déroule selon les critères démocratiques généralement acceptés, dans l’esprit de paix, de tolérance, d’ouverture, d’équité, de libre accès évidemment aux médias, aux financements, et avec la possibilité, évidemment, pour le plus grand nombre de Burkinabè en âge de voter, de participer effectivement au scrutin.

Je ne vous apprends rien en vous disant qu’à notre connaissance, et je crois qu’elles l’ont elles-mêmes reconnu, les autorités ici rencontrent des difficultés à confectionner et distribuer les nouvelles cartes d’identité sécurisées qui sont le sésame indispensable, en l’état actuel du droit, pour participer effectivement au scrutin. Donc, nous souhaitons évidemment que tout soit fait pour que le plus grand nombre de Burkinabè majeurs puisse participer effectivement au vote.

Si jamais il s’avérait qu’il était très difficile de fonctionner sur la base des nouvelles cartes d’identité sécurisées, peut-être faudrait-il envisager un dispositif de secours qui, tout en étant moins idéal que la carte sécurisée, puisque par définition, si elle est sécurisée, elle garantit la sincérité sur l’identité des votants, permet quand même d’ouvrir le vote à un nombre suffisamment représentatif de Burkinabè en âge de voter.

S. : L’article 37 de la Constitution burkinabè relatif à la limitation de mandat présidentiel fait l’objet de vifs commentaires au sein de la classe politique et de la société civile. Comment vivez-vous ces différents remous et quels commentaires faites-vous de cette situation ?

F.G. : C’est un thème qui a suscité beaucoup d’émotions, beaucoup de passes d’armes, quoiqu’un petit peu moins ces derniers mois. Je crois que le sujet a surgi en juillet 2009, donc ça fait un an aujourd’hui. J’ai eu l’impression qu’il y avait une pointe de tension entre majorité et opposition entre le mois de novembre et le mois de mars dernier, et je me suis parfois demandé si cette tension était inévitable, ou bien si on n’aurait pas pu l’éviter, sans forcément aboutir à un consensus.

On ne peut pas demander à des gens qui sont en désaccord sur un sujet important comme celui-là de tomber forcément d’accord. Mais peut-être y aurait-il eu des modalités pour ce débat qui auraient permis d’avoir plus de sentiments pacifiques dans l’expression. On a parfois eu l’impression d’assister à un concours de virilité réciproque entre partisans et adversaires de la réforme. Ce que je peux dire, c’est que c’est juridiquement possible.

A partir de là, si le gouvernement souhaite mettre en œuvre cette réforme, il le peut juridiquement. La seule chose que nous pouvons dire, et éventuellement suggérer, c’est que la façon dont cette réforme est introduite, induise le moins de tensions possibles dans la société burkinabè.

C’est une question de présentation, c’est une question de timing aussi. Je crois que les autorités ont tous les moyens d’apprécier de quelle façon et à quel moment introduire cette réforme, si elles souhaitent la présenter de la manière qui induira le moins d’angoisse dans le débat politique burkinabè.

S. : Un ancien ambassadeur français a tenu des propos très virulents vis-à-vis de la politique française en Afrique qui, à l’heure actuelle estime-t-il, est plus novice pour le continent qu’au temps de Jacques Foccart. Les autorités françaises ont-elles réellement autant de mépris pour l’Afrique ?

F.G. : Il me semble que Jean-Christophe Rufin a dénoncé surtout une crise de moyens du Quai d’Orsay. Il est clair que nous traversons une phase budgétaire dramatique. Il vous suffit d’ouvrir les principaux journaux français pour vous rendre compte que nous traversons une période très difficile d’ajustement budgétaire, puisque nous sommes actuellement à 8% de déficit par rapport au PIB et que nous sommes censés revenir aux fameux 3% de Maastricht, et tout cela en quelques années seulement.

Donc, il y a un effort de freinage des dépenses qui est colossal, tous ministères confondus, et en particulier pour le ministère des Affaires étrangères. C’est une crise de moyens, c’est un constat, je dirais objectif. Je ne crois pas d’ailleurs qu’il y ait d’opposition entre Jean-Christophe Rufin et les autorités françaises. C’est un constat que tout le monde fait, y compris les premiers responsables.

C’est le ministre français du Budget, qui est bien placé pour savoir quelle est la vigueur de l’ajustement auquel nous devons procéder pour revenir à l’équilibre, ou en tout cas à un déficit acceptable au regard des engagements de Maastricht. L’autre dimension du discours de Jean-Christophe Rufin, c’est la répartition des compétences entre la Présidence de la République et le ministère des Affaires étrangères. Il y a toujours eu sous la 5e République une ambivalence, et lorsque la situation a cessé d’être ambivalente, elle a toujours été tranchée au bénéfice de la Présidence de la République.

Dès lors que le président de la République est élu au suffrage universel, il bénéficie par la constitution d’une légitimité à nulle autre pareille. Et ce n’est pas un hasard si le scrutin présidentiel en France accapare et polarise la quasi-totalité de l’attention, bien plus que les scrutins législatifs et sénatoriaux. Donc, il y a une logique à ce que le pilotage de la politique étrangère soit effectué depuis l’Elysée. C’est le Président de la République qui représente la France à l’étranger ; c’est lui qui est présent lors des sommets internationaux, c’est lui qui donne les impulsions.

Quelque part, c’est une question de « gentleman’s agreement » entre le Président et le ministre qu’il a lui-même nommé, pour savoir qui fait quoi. L’idée qu’il y ait une primauté du Président de la République dans ce domaine et qu’en cas de différence, ce qui peut tout à fait arriver, l’arbitrage soit rendu par le Président de la République, a toujours été la règle depuis les origines de la 5e République. Je ne crois pas qu’il y ait d’éléments véritablement nouveaux. A mon avis, s’il y a un élément nouveau, ce n’est pas dans la relation président-ministre.

Je crois que tout ce qu’on vit actuellement, c’est quelque part très classique. Ce qu’il y a de nouveau, c’est le premier aspect que j’ai développé il y a 5 minutes, c’est la crise des moyens, qui frappe le Quai d’Orsay comme la totalité des départements ministériels. Et c’est une crise qui est intrinsèquement liée au manque de croissance économique en France, aux déficits accumulés dans le passé. Il faut bien rembourser la dette accumulée avec les intérêts. C’est cela qui pèse sur l’activité du gouvernement français et en particulier sur l’activité du Quai d’Orsay.

S. : Y aurait-il un autre point que vous voudriez bien évoquer ?

F. G. : Je crois, et je rejoins le début de notre entretien, que les conditions sont réunies, en tout cas dans un pays comme le Burkina Faso, pour dépasser ce stade qui me paraît, pardonnez l’expression, relativement infantile, de la mise en cause de la relation France-Afrique, avec l’affichage à tout bout de champ de la fameuse expression « Françafrique ».

Je crois que les conditions sont réunies, notamment pour la raison que je vous exposais au tout début de notre entretien, c’est-à-dire le fait que la France, dans son immense majorité, toutes tendances politiques confondues, à l’exception peut-être de l’extrême-droite dont vous admettrez qu’elle est assez marginale dans le paysage en France, pour avoir un point de vue sur la période coloniale qui est compatible avec le point de vue de l’immense majorité des Africains.

Je n’aurais peut-être pas pu dire ça il y a 15, 20 ou 25 ans, mais je crois qu’aujourd’hui, on peut le dire, et, partant sur la base de ce constat, on peut admettre ce que nous sommes, c’est-à-dire qu’encore une fois, nous ne sommes pas indifférents l’un de l’autre.

Il y a une forme d’intimité dans la relation franco-africaine qui est une donnée, qui encore une fois, n’est pas une prétention à l’exclusivité de la part de la France. En disant intimité, nous ne disons pas que nous avons une priorité et que nous ne voulons pas qu’il y ait d’autres partenaires. Au contraire, nous souhaitons qu’il y ait d’autres partenaires pour être à nos côtés et épauler l’Afrique dans sa lutte pour le développement et pour la prospérité.

Mais on ne peut pas non plus ne pas reconnaître cette relation très particulière, ce particularisme dont je parlais tout à l’heure, qui fait que la relation entre la France et l’Afrique n’a pas le même parfum que la relation entre les pays d’Afrique, en tout cas d’Afrique francophone, avec des nations qui n’ont pas partagé la même histoire. Nous devons reconnaître cet état de fait.

Cela ne signifie pas que nous devons être d’accord sur tout, que nous devons être absolument d’accord sur chaque point d’analyse de cette histoire coloniale dans son détail, mais je crois que c’est une base suffisamment forte pour regarder tranquillement et sereinement ce qui nous attend.

Et il y a beaucoup de défis à relever, beaucoup d’actions à mener en commun, beaucoup de politiques à envisager ensemble. C’est la politique de l’énergie, c’est la politique de l’environnement, c’est aussi la lutte contre les menaces transversales qui nous sont communes : le terrorisme, le trafic de drogue, le fondamentalisme religieux.

Ce sont des sujets qui sont aussi préoccupants pour un dirigeant burkinabè que pour un dirigeant français. Je serais tenté de dire, ne perdons pas trop notre temps à évoquer de vieilles lunes qui ne nous mènent nulle part, faisons preuve d’un esprit adulte de part et d’autre, c’est-à-dire que la France fasse preuve d’un esprit adulte vis-à-vis de son histoire, vis-à-vis de ce qu’elle a accompli ici du temps de la période coloniale, sans se voiler la face.

A nos partenaires burkinabè, qu’ils regardent la France telle qu’elle est, et non pas sous la forme d’une espèce de monstre mythologique qui agirait de manière occulte et d’une manière différente de celle des autres pays. Nous agissons avec une ambassade, avec des entreprises, avec des ressortissants français, un Centre culturel qui est ouvert au public. Tout cela est parfaitement transparent.

Il y a des idées arrêtées sur la France. Je vous rassure, l’agenda de la France, c’est la paix, la sécurité, la prospérité, la croissance, le développement ; et elle le fait à sa façon, mais c’est une façon qui n’est pas différente de celle avec laquelle agissent nos partenaires d’Europe occidentale ou d’ailleurs. Evidemment, nous souhaitons être présents, nous préférons la présence à l’absence. Je vous le disais en début d’entretien, nous préférons le dynamisme à la mollesse, le succès à l’échec. Tout cela est extrêmement rationnel et extrêmement ouvert.

Là encore, je souhaiterais qu’on ait une relation qui repose sur des réalités. Ça ne signifie pas qu’on soit forcément d’accord sur tout, mais que nous soyons d’accord sur l’essentiel. Je crois que nous partageons très largement les mêmes valeurs et surtout nous agissons à visage découvert ici au Burkina Faso. La meilleure preuve, c’est que nous avons pu parler de tout ça pendant près d’une heure dans mon bureau.

S. : Un mot sur la débâcle des Bleus au mondial 2010

F.G. : C’était piteux, c’était frustrant, vraiment frustrant. Beaucoup de Français étaient à la fois en colère et décontenancés. C’était une sorte de mauvais rêve. On aurait préféré ne pas vivre ces moments-là. Espérons que nous allons passer à autre chose. Ce n’est que du sport, mais je partage l’avis de ceux qui pensent qu’à travers cet épisode, certains aspects de la société française ont été reflétés dans cette tragique équipée. Oui, ce n’est que du football, que du sport, mais en même temps, cela nous renvoie à une sorte de miroir de ce que nous sommes.

Et c’est d’ailleurs pourquoi cette situation a autant affecté l’immense majorité des Français. Si ça n’avait été qu’un épisode footballistique, on aurait dit, bon, ce sont deux matchs perdus et un match nul. Mais les Français y ont vu beaucoup plus que cela, et je crois qu’ils ont eu raison. Donc, mine de rien, nous sommes interpellés de manière assez profonde sur l’épisode sud-africain.

Interview réalisée par Enock KINDO et Gabriel SAMA

Sidwaya

Vos commentaires

  • Le 14 juillet 2010 à 01:33 En réponse à : François Goldblatt, ambassadeur de France : « Il n’y a pas le moindre désaccord entre autorités françaises et burkinabè »

    Je pense à l’edito de Sidwaya hier concernant les ambassadeurs qui voulaient emettre une opinion sur la gestion au Faso. Alors pourquoi aller discuter avec celui de la France ? Ou bien celui là est bon ?

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  • Le 14 juillet 2010 à 07:31, par Paris Rawa En réponse à : François Goldblatt, ambassadeur de France : « Il n’y a pas le moindre désaccord entre autorités françaises et burkinabè »

    « François Goldblatt (F.G) : Le 14 juillet 1789, date de la prise de la Bastille, symbolise le début du processus de mise à bas de l’ancien régime, la fin des privilèges et la montée en puissance de ce qui va devenir le triptyque de la République, à savoir : la liberté, l’égalité et la fraternité. C’est un événement français sur le plan de l’histoire vécue. »

    Quand les peuples africains pourront réaliser leur "prise de la Bastille" pour mettre fin à certains privilèges indus, on pourra enfin parler autrement d’indépendance et de souveraineté des nations africaines... Sous tous les cieux, les enfants et les petits enfants finissent toujours par se rebeller contre les soumissions jadis acceptées par les pères et les grands-pères.

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    • Le 14 juillet 2010 à 20:39, par Boud Warb Sonda En réponse à : François Goldblatt, ambassadeur de France : « Il n’y a pas le moindre désaccord entre autorités françaises et burkinabè »

      Paris Rawa, c’est un faux procès que vous tentez vainement de faire à son Excellence Monsieur François Goldblatt, Ambassadeur de France au Burkina Faso. Cet homme est extraordinaire pour l’avoir rencontré personnellement et l’interview ainsi réalisée reflète davantage exactement la personnalité de ce grand Monsieur et l’image que nous devons unanimement avoir de lui. D’ailleurs, cet interview est incomplète car elle a occulté, sans doute par excès d’humilité, de modestie et du sacro-saint devoir de réserve, la contribution pharaonique de la coopération française dans les actions concrètes de développement... Mais à vous lire, je constate qu’on ne peut pourtant pas vouloir une chose et son contraire. Le Général De Gaule le disait : "Vous voulez votre indépendance, alors, prenez-là". Après 50 ans, où en sommes nous ? Des pays asiatiques comme la Corée du Sud et Taïwan qui étaient en 1970 plus arriérés que le Burkina Faso des années 1960 ont, indéniablement réalisé d’extraordinaires prouesses en matière de développement économique dans le concert des Nations. En tant qu’acteur burkinabé de développement ds la diaspo, je pense et soutiens le point de vue de Monsieur GOLDBLATT :
      On ne peut pas, dans cette douloureuse question des bienfaits ou des méfaits du colonialisme, jeter le bébé ainsi que l’eau de son bain. Maintenant que nous sommes liées par cette histoire commune, regardons vers l’avenir et je suis conscient que la France a encore un rôle très important à jouer dans le décollage de nos économies africaines sous perfusion perpétuelle jusqu’à présent.
      Pourtant des solutions existent et doivent être usitées. Avançons vite afin que nos enfants et petits enfants économisent leurs énergies en nous épargnant largement d’une énième révolution qui ne signifie pas toujours modernisme comme la prise de la bastille. Veillons tous !

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  • Le 14 juillet 2010 à 08:52 En réponse à : François Goldblatt, ambassadeur de France : « Il n’y a pas le moindre désaccord entre autorités françaises et burkinabè »

    Donc si je comperends bien Goldblatt francois est d’accord pour la patrimonialisation du pouvoir.Ce’est donc la france qui induit notre compaore en erreur !!
    Pauvre de nous si tout nous doit etre dicte de Paris

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    • Le 15 juillet 2010 à 20:46 En réponse à : François Goldblatt, ambassadeur de France : « Il n’y a pas le moindre désaccord entre autorités françaises et burkinabè »

      Vous êtes hors sujet djo !. La modification des institutions de notre pays ne regarde que nous et nous seuls burkinabé. Ne cherchez pas l’erreur ailleurs. L’Ambassadeur de France a, légitimement et simplement souhaité que cela se fasse sans trouble ni heurt et dans l’intérêt bien compris du peuple burkinabé. Que ceux qui croient qu’ils vont pouvoir semer le désordre et la merde dans notre pays se tiennent à carreau. Nous voulons continuer à aller manger les poulets rôtis et les brochettes et autres porc au four au Faso. DONC, Nous préférons garder très clairement notre Gandaogo National le Président Blaise COMPAORE que des "écervelés" de la taille des bado, bénéwendé, norbert, boukary kaboré dit le Lion du Bulkiemdé, Hermann, et toute la clique d’incapables qui n’ont rien fait pour s’unir afin de terrasser démocratiquement le CDP. j’épargne deux ou trois personnalités : Maxime, Philippe et Zéphirin DIABRE de la liste de mes "incapables". Restons dans le sujet pour dire que l’interview de Monsieur GOLDBLATT n’a jamais évoqué une quelconque patrimonialisation du pouvoir, du moins, l’Ambassadeur ne s’est pas laissé pièger par la question au nom du devoir de réserve, naturellement.

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  • Le 14 juillet 2010 à 15:49, par Mehdi En réponse à : François Goldblatt, ambassadeur de France : « Il n’y a pas le moindre désaccord entre autorités françaises et burkinabè »

    Voila au moins qui est clair apres la saillie du Directeur de Sidwaya

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  • Le 14 juillet 2010 à 19:55, par AZIZE En réponse à : François Goldblatt, ambassadeur de France : « Il n’y a pas le moindre désaccord entre autorités françaises et burkinabè »

    NUL NUL NUL, Le 14 juillet 1789, une Révolution a mis fin aux privilèges de l’ancien régime et a consacré la République dont les maîtres-mots sont la liberté, l’égalité et la fraternité. En ce jour, 14 juillet 2010, la France entière revit son histoire. François Goldblatt, l’ambassadeur de France au Burkina Faso, à travers cette interview,,,,,,,,,,,,,,,, NUL NUL NUL

    JE M’ADRESSE A francois goldblatt pour lui consacre mes felicitations àl’occasion du 14 luoglio 1789,cette cruelle article que F.G est vrai-faut car la france n’as plue de memoire historique,elle les recnnait plus,elle le 1° ennemi AFRIQUE.SINO LA LIBERTE,L’EGALITE ET LA FRATERNITE AVEC UN VISA D’ENTRE ?.

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    • Le 15 juillet 2010 à 20:35 En réponse à : François Goldblatt, ambassadeur de France : « Il n’y a pas le moindre désaccord entre autorités françaises et burkinabè »

      Azizé, même dans ton village-là, ton voisin ne peut venir chez toi sans salama lékoum. Donc souffrez que la France ait institué un visa d’entrée pour éviter le désordre et le chaos ici en France. Et ça, c’est un burkinabé qui vit en France qui te le dit sans racisme et sans xénophobie. Maintenant tu sais ça, qui est NUL à chier ? Certainement pas l’Ambassadeur pour lequel la France a jugé digne de représentation au Burkina Faso. La liberté d’expression ne signifie pas la liberté d’écrire n’importe quoi. Honore un peu notre pays si tu es un vrai burkinabé. cachotier de nul et de cabaret.

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