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Les ambassadeurs de France à Ouagadougou : portraits croisés (4)

Gérard Simon

17 octobre 1987. Un Front populaire est institué sous la direction du capitaine Blaise Compaoré. Deux jours auparavant, Sankara a été exécuté. Le Burkina Faso vient de tourner une nouvelle page (dramatique) de son histoire. Alain Deschamps, l’ambassadeur de France, a été nommé il y a quelques mois à peine.

Il va vivre tous les bouleversements politiques que va connaître le pays. C’est d’abord, le 11 mars 1989, la mise en oeuvre de la "rectification" de la Révolution. Objectif : décrispation de la vie politique et ouverture dans le domaine économique. Un recentrage plus qu’une rupture. Enfin, on pouvait le penser. D’autres penseront différemment. Henri Zongo et Jean-Baptiste Lingani, les deux autres compagnons "historiques" de Sankara sont condamnés à mort et fusillés en septembre 1989. Motif : comportement "militaro-fasciste". Les pires dérives sont à craindre.

Il n’en sera rien. En 1990, la Révolution burkinabé a sept ans. Le premier congrès du Front populaire, qui se tient à Ouagadougou du ler au 4 mars, sera l’occasion de déterminer les grandes options futures. Les choix radicaux portent leurs fruits : le Burkina Faso a changé de visage. Plus qu’aucun autre pays d’Afrique francophone. En mars 1991, Ouagadougou signe son premier programme d’ajustement structurel avec le FMI. Une étape est franchie. Bien d’autres vont l’être.

Le Burkina Faso a choisi la voie du réalisme. Politiquement, bien sûr, beaucoup reste à faire même si, le ler décembre 1991, Blaise Compaoré devient le président élu de la IVème République après qu’une nouvelle constitution ait été adoptée par référendum le 2 juin 1991.

Le 4 novembre 1992, un nouvel ambassadeur de France est nommé à Ouagadougou. Il s’agit de Gérard Simon. Né le 13 juin 1930 à Maldières, dans le département de Meurthe-et-Moselle, fils d’un officier, Simon, qui a fait ses études à l’Ecole industrielle de Casablanca, n’est que bachelier. Il est entré au Quai d’Orsay par voie de concours, le 30 octobre 1954, et a été mis à la disposition de la résidence générale au Maroc (1954-1956) puis du secrétariat à l’aviation civile à Tananarive (1957-1959).

Intégré alors dans le cadre des secrétaires adjoints des Affaires étrangères, il est nommé à Saïgon (1959-1961) puis à Pretoria (1961-1964). Il va faire un court séjour à l’administration centrale, Budget, comptabilité, affaires techniques (1964-1866) avant d’être nommé à Bougie, en Algérie (1966-1971) puis à Lusaka (1971-1973), Mogadiscio (1973-1975), Tunis (1975-1977). Retour à Paris, à l’administration centrale, Personnel et administration générale (1997-1978) ; il est nommé adjoint au chef du service du chiffre et du courrier (1978-1981) devenu, par la suite, le service du courrier et de la valise diplomatique.

En 1981, il est nommé consul général à Lisbonne avant de retrouver l’administration centrale, Budget et affaires financières, comme délégué dans les fonctions de sous-directeur (1985-1988). Il sera consul général à Bruxelles (1988-1992) avant d’être nommé ambassadeur à Ouagadougou où il restera en poste peu d’années, moins de trois ans, de fin 1992 à fin 1995.

Admis alors à faire valoir ses droits à la retraite, il sera nommé conseiller du secrétaire général du groupe Union pour l’Europe au Parlement européen. Au lendemain du coup d’Etat de décembre 1999, en Côte d’Ivoire, il signera un papier dans Le Figaro, appelant à privilégier la "stabilité des régimes" plutôt que "l’instauration de démocraties artificielles".

La question de la dévaluation du franc CFA, à l’ordre du jour dès le début de la décennie 1990 et prévue initialement au cours de l’été 1992, va permettre à Blaise Compaoré de s’affirmer sur la scène internationale. L’ex-capitaine communiste et révolutionnaire a abandonné la tenue des commandos de Pô pour endosser le costume du chef de l’Etat. Tous comptes faits, il semble plus à l’aise en civil qu’en militaire.

Au printemps 1995, Mitterrand a cédé l’Elysée à Chirac. Quelques mois plus tard, un nouvel ambassadeur est nommé à Ouagadougou. Il s’agit de François Cousin. Né le 3 février 1945, licencié d’histoire, ancien élève de l’Ecole nationale des chartes, archiviste-paléographe, il débute sa carrière comme conservateur stagiaire le 1 er mai 1968.
Ce sera ensuite le "service national" (1968-1969) avant d’intégrer l’administration centrale, Archives et documentation où il va rester en poste jusqu’en 1975. Il est alors admis à l’Ena (promotion "Pierre Mendès-France") et à sa sortie, le ler juin 1978, il est nommé et titularisé administrateur civil. Il rejoint alors le ministère de... l’éducation nationale où il sera nommé chef de bureau à la direction des enseignements supérieurs.

C’est le ler juin 1982 qu’il est détaché auprès du ministère des Affaires étrangères. Il y débute à l’administration centrale, tout d’abord aux Relations culturelles, scientifiques et techniques (1982-1983) puis aux Méthodes, formation, informatique (1983-1985). Après un séjour à Rome, auprès du Saint-Siège (1985-1988), il retrouve le Quai d’Orsay aux Affaires économiques et financières (1988-1989) puis comme délégué dans les fonctions de sous-directeur d’Europe méridionale à la direction Europe (1989-1992).

Il sera en poste à Madrid (1992-1995) avant d’être nommé ambassadeur à Ouagadougou (où il sera le premier énarque, et jusqu’à présent le seul, à occuper le poste d’ambassadeur de France au Burkina Faso) ; il y restera jusqu’en 1999 étant alors nommé chef du service des accords de réciprocité à la direction des Français à l’étranger et des étrangers en France.

Le 8 avril 1999, François Cousin a cédé sa place, à Ouagadougou, à Maurice Portiche. Né le 25 septembre 1946, licencié en droit, diplômé de l’Ecole des langues orientales vivantes (vietnamien), IEP-Paris, Portiche a débuté sa carrière dans l’enseignement (1968-1974). C’est le 16 janvier 1974 qu’il a été admis au concours pour le recrutement de secrétaires adjoints des Affaires étrangères. Il débutera à l’administration centrale, Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, et sera membre de la délégation française à la CSCE à Genève (1974-1975).

Ce sera, ensuite, un poste de troisième secrétaire à Vientiane (1975-1977) avant de revenir à l’administration, Service social (1977-1978). Il a été admis le 28 novembre 1977 au concours pour le recrutement de secrétaires des Affaires étrangères (Orient) et rejoint alors l’administration centrale, Affaires africaines et malgaches (1978-1979) avant d’intégrer au titre de conseiller (1979-1980), le cabinet de Jean François-Pontet, ministre des Affaires étrangères.

Il va retrouver l’Asie, tout d’abord à Hong Kong comme conseiller culturel et de coopération scientifique (1980-1984) puis à Pékin comme conseiller culturel également (1984-1989), avant de revenir à l’administration centrale au titre d’adjoint au chef du service des Affaires francophones (1989-1991) puis chef du service (1991-1992). Il fera un bref séjour à Osaka (1992-1993) comme consul général avant d’intégrer, comme conseiller, le cabinet de Jacques Toubon, ministre de la culture et de la francophonie (avril 1993-mai 1995). Il sera nommé consul général à Boston (1995-1999) avant d’obtenir, en 1999, le poste d’ambassadeur à Ouagadougou.

Portiche devrait, sans doute, bientôt quitter son poste après plus de trois ans et demi passés à Ouagadougou. Mais la situation qui prévaut actuellement dans la région, notamment la quasi sécession d’une partie de la Côte d’Ivoire dans laquelle le gouvernement burkinabé est mis en cause par le président ivoirien, oblige Paris à laisser en place un ambassadeur qui connaît le pays et les hommes qui le dirigent.

D’autant plus que Compaoré, après bien des viscissitudes, s’affirme plus que jamais comme l’homme fort de l’Afrique de l’Ouest. Il est jeune encore mais possède une longue expérience sans, pour autant, appartenir au club des dinosaures de l’Afrique francophone (Eyadéma, Bongo, Kérékou, Biya sont, eux, au pouvoir depuis plus de vingt ans !).

A suivre

Jean-Pierre Béjot
La Dépêche Diplomatique (Novembre 2002)

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