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Maurice Portiche,ambassadeur de France à Ouagadougou.

Maurice Portiche

Nommé ambassadeur à Ouagadougou le 8 avril 1999, Maurice Portiche a vécu, dans la capitale du Burkina Faso, la relance des relations diplomatiques entre les deux pays (et, surtout, le retour en grâce du président Blaise Compaoré après quelques années de mise en quarantaine) mais, aussi, la détérioration des relations entre Ouaga et Abidjan consécutivement à la montée en puissance des "ivoiritaires" qui, après être parvenus à s’imposer auprès de Bédié ont conquis Gueï et Gbagbo.

Depuis six mois, Portiche est en première ligne alors que les tensions entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso n’ont cessé de s’exacerber.
Une crise qui vaut sans doute à Portiche d’être encore en poste à Ouagadougou puisqu’il va y boucler, dans les jours qui viennent, le cap des quatre années pleines.

Son parcours est quelque peu exceptionnel. Il est le fils d’une infirmière, Madeleine Nguyen Thi Bau ; il est né le 25 septembre 1946 à Haiphong, au Viêt-Nam, au Nord-Est de Hanoï, sur les rives du golfe du Tonkin, au-delà du 20ème parallèle. C’était quelques mois avant le déclenchement de la guerre d’Indochine (décembre 1946) à la suite du bombardement de... Haïphong par la flotte française.

Thierry d’Argenlieu était alors haut-commissaire français. Il avait décidé de constituer un "gouvernement provisoire de Cochinchine " à Saïgon ce qui avait
provoqué les protestations du gouvernement vietnamien d’Hanoï.

Après des études au lycée François 1er de Fontainebleau, Portiche obtiendra une licence en droit, sera diplômé de l’IEP-Paris et de l’Ecole nationale des langues orientales (Vietnamien bien sûr mais il obtiendra, par ailleurs, un certificat de chinois). A noter que cet amateur de calligraphie chinoise est également breveté d’Etat en karaté. C’est en tant qu’enseignant qu’il va débuter sa carrière en 1968 avant d’être admis au concours pour le recrutement de secrétaires adjoints des Affaires étrangères (Orient) le 16 janvier 1974.

Sa carrière diplomatique se déroulera tout d’abord à l’administration centrale ; il sera membre de la délégation française à la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) à Genève (1974-1975). Il retrouvera l’Asie du Sud-Est en 1975. Il est nommé troisième secrétaire à Vientiane alors que la République populaire démocratique du Laos vient d’être proclamée. En 1977, il sera de retour à Paris, à l’administration centrale, Service social.

Le 28 novembre 1977, il est admis au concours pour le recrutement de secrétaires des Affaires étrangères (Orient). Il quittera le Service social pour les Affaires africaines et malgaches (1978-1979) avant de rejoindre le cabinet de Jean François-Poncet, ministre des Affaires étrangères (1979-1980).

En 1980, Maurice Portiche va retourner en Asie. C’est Hong Kong cette fois. Il est nommé conseiller culturel et de coopération scientifique et technique jusqu’en 1984 puis va rejoindre Pékin comme conseiller culturel. Il ne quittera la République populaire de Chine qu’en 1989. C’est pendant son séjour qu’il va se marier, le 22 mars 1986, avec Janet Fonda. Ayant rejoint l’administration centrale, il sera adjoint au chef du service des affaires francophones (1989-1991) puis chef du service des affaires francophones (1991-1992). Ce sera, à nouveau, l’Asie. Le Japon. En 1992-1993, il est nommé consul général à Osaka

En 1993, la droite emporte les législatives. C’est la deuxième cohabitation. Toubon est nommé ministre de la Culture et de la Franco honie, Maurice Portiche va rejoindre son cabinet. Quand Chirac entre à l’Elysée et Juppé à Matignon, en 1995, il est nommé consul général à Boston. Il restera en poste dans la cité de la côte Est des Etats-Unis jusqu’à sa nomination, le 8 avril 1999, comme ambassadeur de France à Ouagadougou. Il y remplace alors François Cousin (cf. LDD Burkina Faso OS/Vendredi 1 er novembre 2002).

Quand il débarque à Ouaga, Portiche trouve une situation contrastée. Le Burkina Faso a tourné, depuis plus de dix ans, la page de la Révolution. Il s’est engagé dans la démocratisation politique et la libéralisation économique. Le bilan est visible : Ouaga, qui n’était qu’un village africain, tend à devenir une capitale moderne. Le sommet France-Afrique en 1996 et le sommet de l’OUA en 1998 vont projeter le pays sur le devant de la scène internationale.

La dévaluation du franc CFA, décidée début 1994, a été gérée sans trop de casse. Tout baigne. Sauf que l’affaire Norbert Zongo va empoisonner la vie politique locale et les relations internationales. Ce n’est que le jeudi 11 octobre 2001 que Compaoré sera à nouveau reçu officiellement à Paris.

C’est Portiche qui va s’attacher à renouer les liens entre Paris et Ouaga et à dissiper les très nombreux malentendus. La réélection de Chirac en 2002 et l’arrivée de Dominique de Villepin au Quai d’Orsay vont faciliter sa tâche. Le 21 juillet 2002, le patron de la diplomatie va, dans la même journée, de Ouaga à Abidjan. Dans la capitale burkinabé, il souligne la "coopération exemplaire " avec la France. A Abidjan, il montre la voie à suivre : celle de Houphouët-Boigny (cf. LDD Côte d’Ivoire 028/Lundi 5 août 2002). Le Burkina Faso revient au premier plan des relations franco-africaines. D’autant plus qu’en Côte d’Ivoire la situation va se détériorer.

Portiche n’est pas un "africain" du Quai. Son action a le grand mérite de la transparence. Qui a laissé penser à quelques uns, à Abidjan, que Portiche jouait Compaoré contre Gbagbo au lendemain du 19 septembre 2002. Gbagbo obtiendra le rappel à Paris de l’ambassadeur de France
à Abidjan, Renaud Vignal (cf. LDD Côte d’Ivoire 049/Mercredi 11 décembre 2002) mais
Portiche sauvera son poste.

Auparavant, l’un et l’autre auront été rappelés en consultations, le vendredi 7 décembre, pour une "remise à plat" et un "recadrage ". Vignal était mis sur la touche. Portiche allait repartir pour Ouaga avec pour ordre de mission de "coller moins au régime ". La ligne développée par Portiche "collait", surtout, aux analyses Elysée-Quai d’Orsay.
- "Il n’y a pas d’issue militaire à cette crise ".
- "Les forces françaises se sont déployées en Côte d’Ivoire, en accord avec les autorités ivoiriennes pour assumer une mission importante qui est celle de protéger les ressortissants français et étrangers. Ensuite [...], les chefs d’Etat de la Cédéao ont demandé à la France d’étendre la mission des forces françaises en attendant la venue des forces d’interposition africaine ".
- "Nos principes concernent le respect de l’intégrité territoriale, de la souveraineté
nationale et de la légalité constitutionnelle. Cela veut dire que nous ne soutenons ni un régime,
ni une personne mais des principes. Nous voulons tout simplement préserver la Côte d’Ivoire ".
- "Le problème de la Côte d’Ivoire selon nous doit être réglé par une médiation africaine. La Cédéao est compétente en la matière [...] Nous ne faisons qu’accompagner ses efforts ".
- "L’autre objectif politique pour nous est d’empêcher la déstabilisation de la sous-region .
- "Pour qu’il y ait une solution politique durable à la crise ivoirienne, il faut que l’ensemble des forces politiques ivoiriennes se retrouvent autour d’une table et s’accordent sur un schéma politique de sortie de crise ".

Rien de subversif : c’est sur cette base que la Table ronde de Marcoussis et la rencontre de Kléber ont été organisées. Depuis, peu à peu, les troupes de la Cédéao ont pris position sur la ligne de non-franchissement. La balle est dans le camp de Gbagbo et de Seydou Diarra ! Mais Gbagbo a une vision personnelle de la règle du jeu que Diarra n’a pas l’ambition de contester !

Jean-Pierre Béjot
La Dépêche Diplomatique (Mars 2003)

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