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Joachim Tankoano, ministre en charge des Postes et Technologies : “Tous les burkinabè doivent pouvoir s’approprier les TIC”

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Les NTIC au Burkina Faso : une situation mitigée • • samedi 2 juin 2007 à 00h00min

Joachim Tankoano

Hier 1er juin 2007 s’est ouverte et pour 10 jours la IIIe édition de la Semaine nationale de l’Internet. A cet effet, Sidwaya est allé à la rencontre du ministre des Postes et des Technologies de l’information et de la communication Joachim Tankoano. Il lève le voile sur les contextes de création de la Semaine, son impact sur les populations, les grands axes de la politique de développement des TIC au Burkina Faso, la cybercriminalité, etc.

Sidwaya (S.) : La Semaine nationale de l’Internet et des nouvelles technologies est à sa troisième édition. Qu’est-ce qui avait prévalu à la création de cette manifestation ?

M.Joachim Tankoano (J.T.) : Cette manifestation est nécessaire parce que les TIC (ndlr, Technologies de l’information et de la communication) sont des outils de masse que tous les citoyens doivent pouvoir s’approprier. Des outils qui sont utiles à tout le monde.

L’important c’est de faire en sorte que ces outils soient vulgarisés le plus possible. C’est dans ce sens qu’il est important d’avoir des événements de ce type qui, au départ, étaient organisés par des acteurs privés, notamment le SIBO (ndlr, Salon international de l’informatique et de la bureautique de Ouagadougou), avec le regretté Diallo. Cet événement au fil des années avait commencé à s’essouffler. Donc, de façon concertée avec son promoteur, nous avons cherché à voir comment reprendre les choses en main en nous inspirant des autres manifestations comme le SIAO, le FESPACO...de manière à ce que l’impact soit plus important. C’est ce qui a amené à instituer la semaine de l’Internet sous cette nouvelle formule.

S. : Est-ce que trois ans après on peut déjà évaluer son impact ?

J.T. : Je pense que c’est un événement qui, au fil des années, commence à s’enraciner dans le paysage de notre pays, à être connu et dont les principaux événements contribuent à une plus grande sensibilisation, à une plus grande vulgarisation de ces technologies dans notre pays. D’année en année, on constate que l’événement ne se déroule pas seulement à Ouagadougou mais aussi dans plusieurs autres villes du Burkina. Partout où il y a la connectivité, on essaie de faire en sorte que l’événement puisse s’y dérouler.

S. : Quelles sont les innovations majeures que vous allez apporter à la présente édition ?

J.T. : En termes d’innovations, il y a notamment les projections de films qui, l’année passée, se sont déroulées dans les salles de cinéma. On a souhaité que cette année ces projections puissent se faire également par les chaînes de télévision de sorte que le plus de Burkinabè puissent participer à la fête à travers les films. Par ailleurs, il y a les jeux concours qui n’existaient pas dans les éditions passées. On va attendre de voir ce que cela va donner en terme d’impact sur les populations.

Il y a également la campagne d’initiation à l’Internet qui, sans être une innovation, va prendre cette année une ampleur plus importante grâce au projet « Appui au désenclavement numérique » (ADEN) qui a permis d’implanter 16 cybercafés dans des zones enclavées de notre pays. Cette année, nous avons eu la chance que le chef de l’Etat a décidé d’organiser avec d’autres partenaires comme Microsoft Afrique, la Banque africaine de développement et la Commission des Nations unies pour l’Afrique (CEA), un forum d’échange d’expériences sur les TIC. Ce forum va se dérouler au cours de la Semaine, ce qui va
avoir un impact sur elle.

S. : Qu’est-ce qu’un tel forum peut apporter aux populations ?

J.T. : Comme vous le savez, les TIC jouent sur le comportement des hommes. Elles les amènent à changer de comportements, d’habitudes, de façon de vivre, de travailler, d’apprendre, de faire des affaires, etc. Tout ce qui induit des changements de comportements est toujours lent à obtenir dans la vie des citoyens. Lorsque les autorités politiques s’y mêlent, cela donne plus de vigueur aux transformations à opérer. Le fait que le chef de l’Etat se soit impliqué dans la dissémination de ces outils dans la société et qui a la volonté d’entraîner avec lui ses pairs, va sûrement booster le développement des TIC au niveau de nos pays. Cela va permettre de placer ces outils dans nos priorités de développement.

S. : Vous savez que la jeunesse a une passion pour l’Internet. Qu’est-ce qui sera fait au niveau des établissements secondaires pour amener les élèves à avoir accès à l’initiation au cours de la Semaine nationale de l’Internet ?

J.T. : A chaque édition, on essaie d’impliquer tous les partenaires qui disposent de structures de formation pour avoir une capacité de formation la plus importante possible. L’année passée, on avait impliqué les cybercafés privés. Cette année, nous allons impliquer les centres ADEN qui ont pu se créer un peu partout sur le territoire national. Mais tous les établissements qui sont aujourd’hui équipés en matériels informatiques vont être également associés au processus, ce qui va permettre de toucher plus d’élèves que par le passé.

Nous sommes en train de déployer, dans le cadre du réseau de l’administration, un réseau Webmaster. Les gens connaissent beaucoup plus l’ADSL, qui permet par les lignes téléphoniques d’avoir accès à l’Internet haut débit. On peut voir le Webmaster comme l’ADSL sans fil. Il va permettre la connection à un très haut débit à un nombre important de services au niveau de Ouagadougou. Le but est de raccorder les écoles primaires, les collèges, les lycées, les centres de santé, les hôpitaux, les postes de gendarmerie et de police, toutes les structures isolées et qu’on n’a pas pu intégrer dans le réseau de l’administration. Cette interconnection va permettre, principalement aux élèves, d’avoir au jour le jour, une connectivité permanente à Internet, donc un accès plus important à Internet.

S. : Cette année, le thème de la Semaine est « TIC et décentralisation ». Quel rapport y a-t-il entre ces deux notions ?

J.T. : Avec les élections communales qui se sont tenues dernièrement, notre pays s’est engagé dans un processus de décentralisation intégrale. De ce point de vue, les TIC peuvent aider le pays à réussir cette étape cruciale de notre processus de décentralisation simplement parce que les TIC sont un moyen de renforcement des capacités. Donc elles peuvent aider à renforcer les capacités des acteurs de la décentralisation, en faisant en sorte que cette décentralisation démarre en s’appuyant sur des principes de bonne gouvernance et de développement durable.

Elles peuvent faire en sorte que tous les services essentiels, qui ne sont pas disponibles aujourd’hui au niveau des collectivités territoriales, puissent être accessibles à distance. Dans le domaine de l’éducation, il s’agit de permettre à nos collectivités locales d’assurer des formations de qualité aux citoyens, grâce aux dispositifs mis en place, sans avoir à quitter leurs collectivités territoriales.

En santé, les patients qui ont des maladies assez compliquées pourraient consulter des médecins spécialistes qui n’existent pas dans la collectivité locale, en utilisant ces moyens technologiques. C’est pour toutes ces raisons que nous avons estimé qu’il était bon de sensibiliser le maximum d’acteurs de la décentralisation sur les possibilités qu’offrent ces outils en matière de développement.

S. : Quel est le degré de pénétration des nouvelles technologies en général et de l’Internet en particulier au Burkina Faso ?

J.T. : Les choses se développent très vite. Mon inquiétude n’est pas au niveau du développement, au niveau de la disponibilité des infrastructures. Elle se situe plutôt au niveau de la capacité des hommes à s’approprier ces infrastructures pour travailler autrement. Si vous remarquez, par exemple dans le domaine de la téléphonie mobile, la croissance que nous avons connue l’année dernière est exceptionnelle. La télé densité, c’est-à-dire le nombre de téléphones par habitant a augmenté de plus de 60% au cours de la période.

Nous sommes passés de 5,5 téléphones pour 100 habitants à 8,5 téléphones pour 100 habitants en une année. Cela veut dire que d’ici deux à trois ans, on n’aura plus une zone au Burkina où on ne pourra pas avoir accès au téléphone. C’est vraiment des développements qui sont très rapides. L’administration a commencé également à déployer son Internet gouvernemental. Aujourd’hui, la plupart des bâtiments administratifs au niveau du centre ville sont connectés sur la fibre optique. C’est une infrastructure vraiment large bande qui permet de tout véhiculer. Ses potentialités sont vraiment phénoménales.

Nous sommes en train de l’étendre à Ouaga 2000 en utilisant des technologies sensibles. La même opération va être réalisée à Bobo-Dioulasso, dans les différentes villes régionales et progressivement partiront vers les villes provinciales. Très rapidement l’administration va disposer d’une infrastructure de communication large bande qui lui permet de communiquer à l’interne, donc de téléphoner sans frais particuliers mais aussi de mettre en œuvre des applications évoluées comme la télé-médecine, la télé-éducation au coût le plus bas possible.

Les économies que l’administration va pouvoir réaliser sur le coût de la facture téléphonique vont lui permettre d’amortir le coût des investissements. Par ailleurs nous avons démarré cette année avec l’appui des Etats-Unis. Nous venons de lancer un appel d’offres pour réaliser une étude qui va permettre la mise en place d’une fibre optique qui ira jusque dans les chefs-lieux des communes. Il s’agit d’une infrastructure large bande qui pourra être utilisée par les différents opérateurs de télécommunications pour offrir plus facilement des services de téléphonie, d’accès à l’Internet, d’accès à la télévision numérique mais aussi de permettre à l’administration d’interconnecter ses différents réseaux métropolitains.

De ce point de vue, il n’y a pas d’inquiétude à avoir car les choses vont se développer normalement et très rapidement. A mon sens, ce qui est le plus important, c’est que les différents acteurs puissent s’approprier ces nouvelles technologies pour les utiliser de la façon la plus efficace.

S. : En dehors de ce que vous venez d’énumérer, quels sont les autres grands projets de votre ministère en matière de TIC ?

J.T. : Ce que je viens de citer, ce sont des projets importants en terme d’infrastructures. Bien sûr, il faut qu’on travaille à faire en sorte que le secteur soit plus dynamique. Depuis janvier 2006, le secteur est ouvert à la concurrence. Il faut maintenant que nous mettions en place un cadre légal qui permette d’instaurer une concurrence saine, loyale et ouverte pour que le maximum d’acteurs puisse entrer dans le secteur. Aujourd’hui nous avons principalement trois grands opérateurs.

Il y a peut-être de la place encore pour d’autres opérateurs de même taille et peut-être sûrement de la place pour de petits opérateurs, pour de petites entreprises qui peuvent développer des services à valeur ajoutée. Tout ceci va contribuer à dynamiser le secteur, de sorte que les populations aient accès aux meilleurs services possibles et aux meilleurs coûts.

En plus de ce cadre légal pour créer la concurrence, nous allons aussi travailler à développer un cadre légal pour rassurer les différents acteurs quant à l’utilisation de ces nouvelles technologies en matière de commerce électronique, de signature électronique, de protection des données, de cybercriminalité. Il faut que tout ce développement soit encadré par un système juridique adapté. C’est également un autre chantier important que le ministère est en train de conduire actuellement

S. : Quelle est l’ampleur de la cybercriminalité et de la cyber escroquerie au Burkina Faso et quelles sont les dispositions prises pour y faire face ?

J.T. : Il y a déjà une loi qui a été adoptée sur la protection des données personnelles. Un cabinet a été recruté pour nous aider cette année à traiter tous les autres aspects liés notamment à la protection de la propriété intellectuelle, aux transactions et à la signature électronique, à la cybercriminalité, etc. Nous allons mettre en place le cadre légal approprié pour appréhender ces nouveaux problèmes sur le plan du droit. Nous allons également mettre en place le cadre institutionnel qui va avec ce cadre légal ou renforcer tout simplement les institutions qui existent de manière à ce qu’elles puissent prendre en charge ces nouveaux phénomènes.

Le combat contre la cybercriminalité relève des prérogatives de la police et de la gendarmerie. Il faut donc former les gendarmes et les policiers pour qu’ils puissent appréhender correctement ces nouveaux problèmes. Du reste, les TIC sont un moyen de renforcement des capacités qui peuvent être utilisées par des personnes qui veulent œuvrer pour le bien ou par des malfrats. C’est le propre de toutes les innovations technologiques. C’est à nous de savoir prendre les choses du bon côté de manière à ce que ce soit les aspects positifs qui prédominent.

S. : Est-ce qu’au niveau technique vous avez les moyens pour arrêter ou tout au moins diminuer ces nouvelles pratiques négatives ?

J.T. : Bien sûr. Les textes qui vont être pris vont toucher tous les aspects de manière à ce que les opérateurs qui évoluent dans ce secteur puissent prendre les dispositions de sécurité qui s’imposent. Les entreprises qui s’informatisent, qui mettent en ligne des services se doivent d’assurer une protection suffisante de leurs systèmes car s’ils étaient attaqués, ce serait très néfaste pour toute l’économie nationale. C’est clair que les dispositifs de sécurité vont être pris et appliqués avec la plus grande rigueur.

S : Un constat actuellement au Burkina Faso est la lenteur de la connexioni à Internet, surtout à partir de l’intérieur. Qu’est-ce qui explique ces insuffisances ?

J.T. : Ce qui est fait aujourd’hui est à mon sens déjà beaucoup. Vous êtes des médias, si vous voulez faire une étude sur le rythme de développement de la radio ou celui de la télévision, vous vous rendrez compte que de toutes les techniques, de toutes les inventions humaines, les technologies de l’information sont celles qui ont connu les progrès les plus fulgurants. Tout ce dont on parle, il y a dix ans n’existait pas.

Aujourd’hui c’est devenu un produit tout à fait courant que toutes les populations réclament. Je suis tout à fait d’accord avec vous que la fracture numérique est encore réelle dans nos pays mais ce qui a déjà été fait, n’est pas négligeable. Les dispositions sont prises pour que ces avancées puissent se poursuivre à un rythme encore plus accéléré. Lorsque le projet de la fibre large bande aura atteint tous les chefs-lieux des communes, partout où vous serez au Burkina, vous n’aurez plus de problème de débit parce que ce sera vraiment de grandes autoroutes. Il faut donc avoir de la patience.

S. : A-t-on besoin de combien de temps pour voir l’aboutissement d’un tel projet ?

J.T. : Cela peut être dans une échéance de cinq ans. Quand l’Internet a démarré en 97-98 au Burkina, la liaison internationale avait à cette époque un débit de 60 kilobits. En fin 2005 elle était de 75 mégabits. En fin 2006 elle était de 215 mégabits. L’ONATEL a lancé cette année dans la zone du Sud-ouest une nouvelle technologie, le CDMA, une technologie sans fil, qui permet d’avoir accès au téléphone et à l’Internet. Toutes ces technologies vont être sûrement développées par les différents opérateurs.

S. : Qu’attendez-vous des Burkinabé dans le cadre de cette semaine de l’Internet ?

J.T. : J’attends qu’ils montrent un intérêt plus grand pour les TIC, ce qui est le but de la Semaine nationale de l’Internet. J’invite les Burkinabé à s’intéresser aux différents événements qui sont proposés et dont la finalité est de les aider à découvrir ces outils, à devenir des militants pour la promotion de ces outils de manière à ce que dans quelques années on ne parle plus de nouvelles technologies de l’information et de la communication mais tout simplement des technologies de l’information et de la communication bien enracinées dans nos pratiques de tous les jours.

Interview réalisée par Koumia Alassane KARAMA
Daouada Emile OUEDRAOGO
Alassane NEYA

Sidwaya

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