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Laurent Sedgo : "Nos aires protégées sont dans une situation déplorable"

Accueil > Tourisme • • mercredi 11 avril 2007 à 08h27min

Laurent Sedogo, ministre de l’Environnement

Ecocitoyenneté, écobusiness, élevage de la faune sauvage et écotourisme pour ne citer que ceux-ci, sont les mots clés de la politique actuelle du département chargé de la protection de l’Environnement. Dirigé de main de maître par un homme de conviction, passionné du monde rural, Laurent Sedgo.

Dans cette interview qu’il a accordé à Sidwaya, l’homme fait le point sur les grands chantiers de son ministère.

Sidwaya (S.) : M. le ministre, que faut-il entendre par écocitoyenneté ?

Laurent Sédogo (L.S.) : L’écocitoyenneté, c’est faire en sorte que le citoyen soit responsable lui-même de la protection de son environnement. Le geste citoyen désigne tous les actes que chaque citoyen doit poser pour ne pas surcharger l’environnement. Et si cela arrivait, l’écocitoyenneté serait de travailler à trouver une solution pour réparer et restaurer l’environnement. L’écocitoyenneté nécessite de ce fait beaucoup de sensibilisation et un changement de mentalité.
C’est ce que nous faisons tous les jours.

S. : Tout récemment, le ministère de l’Environnement s’est lancé dans la promotion de la faune sauvage, et de l’écobusiness. Comment cela va-t-il se passer concrètement, surtout avec l’insécurité qui existe ?

L. S. : Comme vous le savez, la faune représente une richesse importante. Du point de vue de sa diversité, il existe près de 127 espèces de mammifères. En plus de cette diversité, la quantité est également très importante. L’année dernière une tournée dans la région de l’Est nous a permis, à travers des prises de vue aériennes, de nous rendre compte de cette grande richesse faunique de notre pays.

Depuis 10 ans, le gouvernement a entrepris, avec le secteur privé, des actions pour développer l’exploitation cynégétique de la faune. Mais l’on s’est rendu compte que cela ne suffisait pas. Nous avons alors pris l’option de faire de l’élevage de faune sauvage. La rentabilité a été prouvée. Un opérateur économique, qui s’y investit, peut gagner 2 à 4 fois mieux selon les espèces que l’élevage normale de bovins où de volailles, etc. Nous incitons donc les opérateurs économiques, à prendre des parcelles pour faire de l’élevage faunique. Et comme cela ne demande que très peu d’espace, le problème d’insécurité foncière ne se pose pas.

Prendre 1 à 2 hectares pour élever des ollacodes, le rat de Gambie, des serpents, le porc-épic, ou même des biches en captivité ne pose pas de problème foncier. Cela demande juste plus de travail. Vous investissez en intrants, et vous récoltez en produit.
Voilà pourquoi nous parlons d’écobusiness. Allier l’écologie aux affaires, a beaucoup de retombées. Vous exploitez non seulement les produits de l’élevage, mais vous pouvez en faire également un lieu de tourisme.

S. : D’un côté, il y a ceux qui ont les moyens et qui peuvent investir dans ce secteur. Mais de l’ autre, il y a des jeunes qui s’y intéressent mais qui n’ont pas les moyens. Y a-t-il des actions qui sont prévues pour soutenir ces jeunes-là ?

L. S. : ça viendra certes : mais pour l’instant, nous n’en sommes juste qu’à des balbutiements. Nous avons de très grandes ambitions concernant ce volet. Dans le cadre de la réforme du secteur, nous avons déjà entrevu des mesures parmi lesquelles, j’annonce la création d’un office pour gérer toutes ces questions. Il s’agit d’un organe qui sera beaucoup plus flexible et beaucoup plus dynamique que les simples directions.

En marge de cela, il y a tout un travail qui est en train de se faire pour créer un fonds d’investissement dans le secteur. Il s’agira de récolter de l’argent, à travers toutes sortes de financement, pour permettre non seulement d’investir car il s’agit de protéger l’écologie des grandes aires à l’Est à travers des créations de points d’eau, de pistes etc., mais aussi pour soutenir les petits producteurs, les communautés villageoises...

S. : Monsieur le ministre serait-il le premier écobusinessman ?

L.S. : (rires !). Je n’ai pas cette ambition. En tous les cas, je suis passionné par tout ce qui concerne la production rurale. J’ai un champ. Je fais également de l’élevage. Mais pour l’instant, je ne pense pas être un écobusinessman. Moi aussi je l’ai découvert il n’y a pas si longtemps. Mais j’avoue que cela me donne des idées, qui ne restent pour l’instant que des idées. Mais tout ce que je fais actuellement avec l’ensemble de mes collaborateurs, c’est avec conviction que nous le faisons.

S. : Le parc national Tambi-Kaboré, une réserve protégée, est envahie de nos jours par des champs de coton, les animaux domestiques et même par des villages qui s’y sont installés. Que se passe-t-il ?

L.S. : Ce parc, à l’image de beaucoup de nos aires protégées, est dans une situation très déplorable.
Le phénomène est extrêmement important dans nos forêts classées. Parce que contrairement à nos réserves de faune, nous avions pensé qu’on pouvait y allier d’autres activités à travers une approche participative, permettant aux populations de, non seulement protéger l’environnement, mais aussi d’entreprendre d’autres types d’activités à leur profit.

Malheureusement dans les années 90, notre ministère a rencontré d’énormes problème d’effectifs. Ce qui ne lui a pas permis de surveiller comme il se doit, ces forêts classées. Et comme la nature a horreur du vide, ces 10 ans de flottement ont été la porte ouverte à beaucoup d’abus. Il nous appartient de nous organiser pour permettre à nos forêts classées de revivre en tant qu’entité écologiques. Nous prendrons des dispositions pour éviter l’usage direct, par l’exploitation à l’intérieur.

Avec l’appui de l’administration, et des collectivités locales, nous allons progressivement demander à ceux qui ont occupé anarchiquement les forêts classées, de les libérer pour qu’on puisse les restaurer. Il ne s’agit pas de les restaurer pour le simple plaisir de regarder des forêts mais de faire en sorte que les gens comprennent qu’on peut exploiter autrement une forêt. Il y a par exemple, le tourisme cynégétique, l’exploitation de tous les produits forestiers non ligneux à savoir les feuilles, les écorces, etc.

S. : La mare d’Oursi est également dans un état critique du fait de l’ensablement. Qu’est-ce qui est prévu pour sauver ce paradis des oiseaux ?

L.S. : Nous sommes à pied d’œuvre. Dans le cadre du projet de lutte contre l’ensablement du fleuve Niger, nous sommes en train d’élaborer un plan de réhabilitation de la mare d’Oursi. Nous avons acquis des financements pour cela. Dès que ce plan sera finalisé, nous allons entreprendre toutes les mesures nécessaires pour redonner de l’éclat à ce patrimoine national et même mondial. Comme vous l’avez vous-même dit, il s’agit d’un lieu de transit des oiseaux migrateurs. Il n’appartient pas au Burkina Faso seul. En tous les cas, notre ambition est de faire de la zone, un lieu touristique de premier choix. J’ai bon espoir que cela sera possible dans quelques années.

S. : Depuis que vous êtes arrivé au ministère de l’Environnement, on sent que les choses bougent. Cependant, on constate aussi que le nombre d’ateliers et de séminaires va crescendo Etes-vous obligé d’organiser autant de rencontres ?

L.S. : L’un ne va pas sans l’autre. Pour notre gouvernance, notre département est celui qui fait le moins possible les séminaires de réflexion. Nous n’en voulons plus. Nous avons suffisamment de matières pour travailler. Et lorsque nous faisons des regroupements, c’est pour savoir ce que nous devons faire ensemble pour avancer. Mais ce n’est pas simplement de la réunionnite et l’esprit de séminaire qui nous incitent à nous réunir.

S. : Avant votre arrivée au ministère de l’Environnement, très peu de burkinabè vous connaissaient, notamment la jeune génération. Qui est Laurent Sédogo ?

L.S. : (rires !) Laurent Sédogo est né en 1956. J’ai fait une formation militaire et technique en Côte d’ivoire. Une formation dont je suis très fier car cela m’a appris beaucoup de choses. J’ai appris à être ouvrier, agent de maîtrise et cadre supérieur. J’ai un BEP électronique, un BAC FD électronique. Après le BAC, j’ai été orienté à l’académie militaire du Maroc où j’ai fait trois ans en même temps que j’étais inscrit à l’Université de Rabat en maths-physique. Mon ambition était d’occuper une branche technique dans l’armée, notamment les transmissions. Mais l’homme propose et Dieu dispose, l’armée avait ses priorités et on m’a affecté à l’artillerie.

Je suis rentré après ma formation en 1979 comme sous-lieutenant, ou j’ai commandé ce qu’on appelle dans notre jargon la batterie Sol-sol. En 1984, j’ai été nommé chef de division de l’orientation politique et de la production. Et lorsqu’il a fallu créer le Service national pour le développement (SND) j’ai été proposé comme responsable.

De mon passage au service national, je garde un très bon souvenir. Cela m’a permis de suivre de très près la jeunesse burkinabè d’alors, de comprendre ses problèmes et de chercher des solutions avec elle. En 1987, j’ai été nommé secrétaire général du ministère de la Défense, puis en 1988 je suis rentré au gouvernement comme ministre de l’Action coopérative paysanne.

Les années 90 sont arrivées avec les changements que vous savez. Moi je suis retourné tout naturellement vers le secteur qui me plaisait le plus à savoir le développement rural. Je me suis beaucoup investi dans la lutte contre la désertification. Entre- temps, j’ai eu l’occasion d’aller me former. J’ai fait alors un master en système d’information géographique. Et en 1988 je suis réparti faire un doctorat. C’est ainsi qu’à mon retour, j’ai été nommé à la tête du département en charge de l’environnement.

S. : Vous êtes un militaire qui travaille avec des civils. Est-ce que quelquefois, il n’y a pas certains réflexes militaires qui entachent vos rapports avec vos collaborateurs ?

L.S. : C’est peut-être à eux qu’il faut poser la question. Moi j’essaie de me mettre le plus possible à leur niveau. D’ailleurs, beaucoup sont étonnés de savoir que je suis militaire de formation. De temps en temps on attire mon attention sur certains aspects. Car comme on le dit, chasser le naturel et il revient au galop. Cela dit, je suis très fier de ma formation militaire. Surtout en ce qui concerne le contact avec autrui.

Tout officier doit avoir le contact facile. Les gens sont parfois étonnés de la facilité avec laquelle je vais vers eux. Souvent je vais directement rejoindre un directeur dans son bureau pour discuter de tel ou tel problème, au lieu de demander chaque fois qu’on me rejoigne dans mon bureau. Cela permet de briser la glace pour mieux résoudre certaines questions, mais sans être vulgaire.

S. : Le Burkina Faso a ratifié un certain nombre de conventions au plan international telles que la convention de Stockholm, le protocole de Kyoto. Qu’est-ce qu’un petit pays comme le nôtre gagne à travers ces engagements ?

L.S. : Nous gagnons déjà quelque chose lorsque nous nous inscrivons dans la dynamique de la démarche mondiale pour la préservation de l’environnement. Le protocole de Kyoto, qui est dérivé de la convention des Nations unies sur les changements climatique, vise à contrôler les gaz à effet de serre afin de mieux maîtriser leur impact sur le réchauffement climatique. Il est donc évident que si nous ne sommes pas présent dans les fora où l’on discute de ces questions, nos préoccupations ne seront pas prises en compte. Parce que ce sont eux qui créent les problèmes et nous, nous les vivons.

Aujourd’hui, lorsque les pays nordiques abordent la question du réchauffement de la terre, c’est en terme de futur. Ils réfléchissent sur ce qui pourrait arriver dans 50 ans. Mais nous en Afrique, surtout dans les pays sahéliens, nous vivons depuis 20 à 30 ans les effets du changement climatique. Et comme nous n’avons pas leurs moyens, une petite perturbation climatique entraîne la catastrophe.

Il nous appartient donc de secouer le monde pour que des dispositions soient prises pour nous protéger.

S. : Est-ce que nous faisons le poids ?

L.S. : Faire le poids ce n’est pas en termes décisionnaires mais en termes d’opinion. Ce que nous avons dit lors de la dernière conférence des parties sur les changements climatiques a eu des échos. Nous avons souligné que le débat était déplacé car sur la question, les pays occidentaux, savent exactement ce qu’il faut faire. Cependant, certains ne voient que leurs intérêts. Réduire les gaz à effets de serre suppose le changement ou la suppression de certaines industries.

En plus de cela, nous leur avons demandé de nous permettre de nous adapter au problème de changement climatique, surtout en ce qui concerne les pays vulnérables comme le nôtre. Pour cela, il faut faire des investissement chez nous. Ce qu’ils ne font pas. Et nous ne sommes pas d’accord pour cela. Ils ne peuvent pas agiter le spectre des changements climatiques et ne pas vouloir prendre les mesures les plus simples pour y faire face.

Et ça, il est important que cela soit dit à une tribune où tout le monde est rassemblé. Lorsque cela se dit de commun accord avec nos frères maliens, nigériens etc., nous avons plus de poids et mieux encore quand nous allons déposer une motion sur le bureau du secrétaire chargé de la convention. Il est donc important que nous soyons là-bas. Je ne crois pas que nous perdons notre temps en y allant.

Rabankhi Abou-Bâkr ZIDA
Fatouma Sophie OUATTARA

Sidwaya

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