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"Paroles d’honneur"" : Ou quand Simone Gbagbo réécrit l’histoire de la Côte d’ivoire (1/5)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Côte d’Ivoire • • jeudi 22 mars 2007 à 08h43min

Simone Gbagbo

Quelques uns pensaient que Simone E. Gbagbo était une femme politique. Bien plus politique que son mari. Ayant une formation idéologique solide, un ancrage à gauche indestructible et une longue expérience des luttes syndicales, sociales et politiques. Erreur.

Dans Paroles d’honneur, le livre qu’elle vient de signer (cf. LDD Côte d’Ivoire 0205/Mardi 6 mars 2007), à trop vouloir se justifier, elle ne tarde pas à dévoiler ce que beaucoup savent mais ont oublié.

Autrement dit : le FPI n’est pas la grande organisation politique démocratique et socialiste qui a engagé un rude combat contre la "dictature" de Félix Houphouët-Boigny et Laurent Gbagbo n’est pas ce leader de l’opposition qui, pour sauver sa vie, a dû choisir l’exil.

Dans les années 1970 et 1980, les Gbagbo sont des universitaires plutôt privilégiés par le système mais qui, comme beaucoup d’universitaires à cette époque, en Afrique comme ailleurs, veulent se positionner comme des opposants radicaux au régime en place. C’est en France, d’ailleurs, en 1969, que Gbagbo va tout naturellement, s’intéresser à l’action politique. En Côte d’Ivoire, il formera un groupe informel qui jouera à la révolution : blazes, cellules, commissaires politiques, presse clandestine (très clandestine d’ailleurs ; je ne sais pas ce qu’il reste de La Feuille du Militant qu’évoqué S.E.G), etc. "Ainsi se déroulait notre vie toute tournée vers notre idéal, défendre nos idées, combattre le néocolonialisme". S.E.G. est d’ailleurs elliptique en ce qui concerne leur vie privée (quid du père de ses trois premières filles ?).

Jugeons du niveau politique de ce groupuscule : "C’est à ce moment-là, écrit S.E.G., que se produisit un tournant dans le marxisme international : la démaoïsation de la Chine populaire après la mort du Grand Timonier, Mao Tsé-toung. A l’instar de la plupart des mouvements révolutionnaires de l’époque, notre organisation perdait soudain une partie de ses repères [...] Fallait-il abandonner la plate-forme marxiste ?" . Réponse de Gbagbo (alias Santia puis Djédjé Léon) en 1980, citée par S.E.G. : "Nous allons laisser tomber la lutte marxiste et lutter désormais pour le socialisme et la démocratie ".

Il faudra que S.E.G. m’explique un jour la corrélation entre la chute de Mao, l’échec de la "révolution culturelle" et l’abandon du marxisme ! J’ajoute que sur la page suivante, S.E.G. écrit sans rire au sujet de Houphouët-Boigny : "Les traces qu’il a laissées comportent des aspects positifs. Beaucoup se reconnaissent encore en lui. En l’honorant et en poursuivant une partie de son oeuvre, Laurent a agi en homme d’Etat responsable ".

Gbagbo peut d’ailleurs rendre hommage au "Vieux". En 1980, il a été nommé directeur de l’Institut d’Histoire d’art et d’Archéologie africains à Abidjan et il sera même élu à Y Assemblée nationale. Une information vite expédiée par S.E.G. : "Cependant tout candidat élu devient automatiquement et obligatoirement, député du PDCI. L’Assemblée nationale demeure donc une assemblée de parti unique". Eh oui, ainsi allait la Côte d’Ivoire et les "révolutionnaires" ivoiriens dans les années 1980. C’est alors que Gbagbo va choisir un autre horizon : la France. Car, souligne S.E.G., "le temps était venu défaire connaître notre lutte à l’extérieur afin de la renforcer ". "L’un d’entre nous devait s’exiler pour remplir cette importante mission. Laurent fut désigné. [Il] s’en alla au moment où nous étions en train de réorganiser notre structure pour passer de la plate-forme communiste à la plate-forme socialiste". Via Ouagadougou (où il s’est rendu par le train), Gbagbo va gagner Paris par un vol UT A.

En France, les socialistes sont au pouvoir. Mais on lui refuse le statut d’exilé politique qu’il a demandé en avril 1982 ; par contre, on lui propose la nationalité française (il est le fils d’un ancien combattant). Ce n’est qu’en 1985, après (selon S.E.G.) que Houphouët se soit vanté "d’être né dans l’or et avoir de l’argent en Suisse" que la France lui accordera des "papiers d’exilé". Hormis Guy Labertit, selon S.E.G., Gbagbo "ne rencontrera aucun dirigeant du [Parti socialiste] pendant son exil".

Le 13 septembre 1988, la République de Côte d’Ivoire lui ayant offert un "billet en classe économique ", Gbagbo reviendra au pays à la demande de Félix Houphouët-Boigny et retournera, "à sa grande satisfaction", à l’Institut d’Histoire d’art et d’Archéologie africaine. Avouons que le retour de Lénine en Russie, dans un wagon plombé, avait quand même plus de gueule !

Les 19-20 novembre 1988 se tient le congrès constitutif du FPI Quelques mois plus tard, le 19 janvier 1989. Gbagbo épouse Simone. Le 30 avril 1990. le multipartisme est officiellement rétabli en Côte d’Ivoire. Et un nouveau venu apparaît sur la scène politique : Alassane Dramane Ouattara. "Des personnes proches d’Houphouët-Boigny, écrit S.E.G., prétendaient que le Président connaissait les origines burkinabé de Ouattara, mais que ce statut lui offrait la possibilité d’élever à un poste important du pays un individu qui n’allait pas pouvoir faire ombrage à "son dauphin constitutionnel", Henri Konan Bédié, dans la mesure où, étant étranger, il était inéligible au poste de président de la République". On appréciera cette présentation des choses qui vise à faire, sous Houphouët, un "étranger" de Ouattara !

Ce n’est d’ailleurs pas le seul étranger en Côte d’Ivoire puisque S.E.G. souligne que lors de la présidentielle 1990 (qui opposera le "Vieux" et Gbagbo), des cartes d’identité ivoiriennes avaient été distribuées à "de nombreux étrangers, surtout burkinabé" que S.E.G. qualifie de "bétail électoral [...] : bon nombre de ces étrangers ne voulaient pas voter et avaient été visiblement exploités contre leur gré à coups de menaces et d’intimidations". C’est alors que S.E.G. a "acquis la conviction que cet homme [Ouattara] était dangereux, sans scrupule, sans foi ni loi ".

En 1993, le "Vieux" meurt. Ouattara va, selon S.E.G., tenter son "premier hold-up constitutionnel". "Les braises lui brûlant la plante des pieds", Ouattara va "précipitamment" quitter le pays sans jamais cesser de "s’entêter pour revenir sur la scène politique". "Alassane Ouattara, nous explique S.E.G., n ’est tout simplement pas ivoirien d’origine, même s’il est né en Côte d’Ivoire. Son père, de nationalité burkinabé, était un commerçant qui vivait là lorsque Alassane est né, avant d’être rappelé dans son village à Sindou au Burkina Faso où il fut d’ailleurs nommé chef traditionnel et le demeura jusqu’à sa mort. Ce n’est que des années plus tard, qu’Alassane Ouattara reviendra en Côte d’Ivoire sur recommandation du FMI. Le président Houphouët-Boigny le nommera Premier ministre, pour des raisons qui lui sont propres".

Dans ce contexte, il est bien délicat pour S.E.G. d’expliquer la connexion entre Gbagbo et Ouattara qui sera mise en place, ultérieurement, pour contrer la politique de Bédié : le Front républicain constitué par le FPI et le RPR. C’est alors que S.E.G. sort de sa manche Djeny Kobina. vieille relation de Gbagbo ("Culture de gauche, initiation au communisme, militantisme syndical ils avaient presque tous les deux le même itinéraire de base ") quir après l’accession au pouvoir de Bédié, quittera le PDCI pour fonder le RPR et proposer la candidature de... Ouattara à la présidentielle 1995.

Explication de S.E.G. : "Le RDR, à cette époque-là, n’est pas encore marqué par cette présence massive des populations du Nord. C’est un parti composé de gens de toutes ethnies ivoiriennes. Il se positionne idéologiquement comme un parti centriste". Ce n’est pas tout. Si le FPI boycottera la présidentielle 1995, ce n’est pas par solidarité avec Ouattara exclu de la compétition (comme l’affirmait alors Gbagbo) mais parce que "les dés étaient pipés". S.E.G va nous expliquer en quoi ils étaient "pipés".

A suivre

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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