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Burkina/assainissement : « L’État n’est pas obligé d’être partout et s’arroger tous les lauriers », Mahamadi Ouédraogo

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Publié le mardi 4 juin 2024 à 21h15min

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Burkina/assainissement : « L’État n’est pas obligé d’être partout et s’arroger tous les lauriers », Mahamadi Ouédraogo

Communicateur, maître de cérémonie, chargé de l’audiovisuel dans une organisation internationale pour la consolidation de la paix, président de l’association Être utile, agir utile, Mahamadi Ouédraogo, plus connu sous le nom Mdi Ouédraogo est un homme aux multiples casquettes qui force l’admiration de tous par sa prestance, son talent oratoire et son engagement citoyen. Dans cet entretien, M. Ouédraogo nous fait découvrir son engagement citoyen à travers son association. Il aborde aussi les défis à relever dans le secteur de l’assainissement.

Lefaso.net : Qu’est-ce qui vous a motivé à créer l’association Être utile, agir utile ?

Mahamadi Ouédraogo (MO) : Je suis parti d’une conviction que le meilleur d’entre nous est celui qui est le plus utile aux autres. Après avoir écouté l’histoire du colibri, je me suis dit qu’il fallait que je me donne un idéal et que je travaille à le rendre réel dans la mesure du possible. Après des échanges avec des amis qui m’ont mis en confiance, on a lancé l’association et depuis on mène nos activités comme on peut.

Au-delà de l’association, j’essaie de me rendre utile sur le digital notamment Facebook et Twitter où je partage ma passion du micro, écris des textes de motivation afin que nous puissions toujours se dire que le bien qui construit les autres est encore possible dans notre pays. C’est petit ce qu’on fait mais on se dit que petit à petit si chacun s’y met, un autre Burkina Faso meilleur est possible.

Pourquoi cette orientation spécifique vers l’assainissement à travers des activités d’envergure ?

La majeure partie de nos problèmes de santé vient du manque de propreté. Si on est propre, on règle pas mal de problèmes. En plus, quand le cadre de vie est beau et agréable, on vit bien et on se sent bien. C’est tout ça qui me motive à y consacrer mon énergie. Aussi j’aime la nature, la verdure donc j’essaie d’être une voix utile. Ailleurs, il est écrit que Dieu est propre et n’aime que la propreté. Normalement nous avons tous les repères disponibles pour investir dans l’assainissement. Le palu fait rage, la dengue est là et fait des victimes, la diarrhée fatigue tout le monde. Quand vous regardez notre environnement, il y a une frustration légitime qui gagne votre cœur. Les dépotoirs à ciel ouvert et cet environnement qui se dégrade, je ne sais pas vous, mais ça fait mal au cœur de voir certaines de nos réalités. Dénoncer c’est bien, interpeller c’est juste mais nous en tant que colibri, on s’est dit qu’agir est ce qui nous permettra de nous rendre plus utiles. Il y a une corrélation entre tous les secteurs mais si on agit dans la propreté, il y a de forte chance que ça bouge également sur d’autres activités des hommes.

Quels sont les problèmes d’assainissement de la ville de Ouagadougou ?

Les problèmes sont très nombreux. Il y a le problème d’évacuation des eaux usées et excrétas, des caniveaux bouchés qui empêchent l’eau des pluies de couler tranquillement sans faire des dégâts. Il y’a la prolifération des sachets plastiques qui dégrade l’environnement mais surtout la gestion des déchets solides que nous produisons. En la matière, les défis sont énormes. Pour terminer, avec la vague des chaleurs endurée cette année, on a vu la nécessité d’insister sur le reboisement. Le problème, c’est aussi le manque de synergie entre la municipalité et la communauté. On a comme le sentiment que chacun est de son côté sans véritablement s’unir autour des problèmes. Récemment la mairie elle-même a lancé une opération de curage de caniveaux en pompe et le lendemain des gens sont venus y jeter la vidange de leurs toilettes. Il y a aussi le fait que la propreté n’a pas réussi à devenir quelque chose de culturel chez nous. Quand tu veux agir dans l’assainissement, on pense que la propreté c’est l’affaire des blancs ou des riches donc du coup il y a tellement de préjugés qui font que les lignes bougent difficilement. Mais qu’à cela ne tienne, chaque problème à sa solution. Là où il y a la volonté, il y a toujours une perspective. Vivement que ça bouge pour que Ouagadougou soit une ville très propre.

De manière générale, les villes du Burkina Faso, en particulier Ouagadougou, souffrent du manque de propreté. Comment pensez-vous que la société civile peut réussir là où le gouvernement à travers l’initiative présidentielle pour le développement communautaire et l’opération Mana mana, a des difficultés ?

Le développement d’un pays est l’affaire de tous. Si on se met ensemble on fera des progrès. Le Burkina Faso, c’est nous. Et la société civile a un grand rôle à jouer. Elle doit être un levier d’espoir et de mobilisation de toute la communauté sur des sujets de proximité. En la matière, nous sommes tous en tant que citoyen, une société civile. Dans nos quartiers, il y a tellement de choses à faire. On peut se mettre ensemble par petit groupe pour nettoyer nos cadres de vie, faire le bien entre nous et aménager notre quartier. Si chacun met une ampoule devant sa porte qu’il allume chaque nuit, ça permet de résoudre un problème. C’est déjà un pas. Plus on est propre, c’est tout le monde qui gagne. Si chacun jette ses ordures à la poubelle et qu’on s’abonne aux structures d’enlèvement des ordures, le gain est énorme pour tous. Il ne faut pas qu’on s’impose des limites là où tout est perspective. Le citoyen fait sa part et l’État prend le relais quand c’est plus costaud. Là où on gaspille moins les énergies. Il existe de bons exemples ailleurs où ce sont les communautés elles-mêmes qui sont au cœur de la résolution de leurs préoccupations et ça marche. Chez nous, il faut oser se réinventer. Ça se fait déjà mais l’effet contagion globale n’est pas encore réalisé.

Quels messages lancez-vous aux autorités pour une meilleure prise en charge des questions d’assainissement ?

Les réalités sont là et il faut oser traiter les questions avant qu’elles ne deviennent encore plus compliquées. La question des ordures solides dans notre ville mérite un traitement avec succès. Il y a beaucoup de choses qu’on a laissé faire, on a normalisé un certain désordre et aujourd’hui avec la faiblesse de l’autorité de l’État, remettre les choses en place demande de la volonté, de la vision et surtout de l’engagement. Nos autorités doivent faire du travail collaboratif citoyen une formidable opportunité de traitement des problèmes de la cité. L’État n’est pas obligé d’être partout et s’arroger tous les lauriers. Il faut agir dans le symbolique pour redonner le goût de l’engagement citoyen aux gens. Si le processus est bien fait toutes les actions collectives finiront par créer l’effet boule de neige et ça sera un grand bien pour le pays. L’État doit miser vraiment dans le faire faire et il suffit de bien identifier les bons acteurs afin d’éviter l’éternel recommencement.

Vous l’avez dit, l’État seul ne peut réussir le pari de l’assainissement. Quels messages souhaitez-vous délivrer à la population ?

L’État seul ne peut réussir certes mais quand l’État s’y met c’est le meilleur moyen pour faire vite et bien. Tout ce que nous faisons reste faible tant que l’État ne prend pas les choses en main. Ici quand on dit l’État, c’est vraiment toutes les structures régaliennes qui disposent des outils et des moyens pour traiter la volonté populaire. Tant que l’orientation n’est pas claire, les petites énergies risquent de s’épuiser et quand elles s’épuisent, c’est l’échec total. Nous devons tout faire pour que les bonnes volontés ou les citoyens engagés ne se découragent point par manque d’accompagnement et d’intérêt. Comme dirait l’autre : ce n’est pas la méchanceté des gens méchants qu’il faut craindre mais l’inaction des gens bien. C’est le bien qui sauvera notre pays. Tant qu’on s’engagera pour l’accomplissement du bien, tout sera à notre portée pour réussir.

Interview réalisée par Aïssata Laure G. Sidibé
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