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Burkina/Lien entre arbre et agriculture : « Aujourd’hui, le contexte nous impose de planter des arbres sans distinction pour sauver notre environnement », Pr Amadé Ouédraogo

Publié le vendredi 26 avril 2024 à 22h55min

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Burkina/Lien entre arbre et agriculture : « Aujourd’hui, le contexte nous impose de planter des arbres sans distinction pour sauver notre environnement », Pr Amadé Ouédraogo

Ce n’est un secret pour personne, les arbres jouent un rôle indispensable pour la survie et le bien-être de tous les autres êtres vivants. Ils interviennent notamment dans la régulation du climat et la garantie d’une agriculture durable. Pour comprendre l’importance de l’arbre dans ce domaines, Lefaso.net est allé à la rencontre d’un expert de l’arbre, un botaniste de spécialité biologie et écologie végétales. L’homme est également enseignant-chercheur à l’université Joseph Ki-Zerbo, il est le Pr Amadé Ouédraogo. Dans cette interview, il fait un tour d’horizon sur la question de l’arbre et sa contribution dans une agriculture durable et résiliente. Lisez plutôt !

Lefaso.net : Dans un pays comme le Burkina Faso, qui est confronté à des températures très élevées et où plus de 80% de la population est agricole, quelle peut être l’importance de l’arbre dans cette agriculture à risque ?

Le Pr Amadé Ouédraogo : L’arbre est un élément de l’écosystème et interagit avec les autres éléments de son environnement. Il contribue à améliorer les sols pour la production agricole. En effet, c’est le sol qui constitue le support de la production agricole. Lorsque l’on sème et que les graines germent, les plantes qui poussent tirent leurs nutriments minéraux du sol. L’arbre interagit avec le sol à plusieurs niveaux. D’abord le système racinaire des arbres permet de maintenir le sol afin de le préserver de l’effet du ruissellement. Donc, quand des arbres poussent sur un sol, ils servent de couverture pour la protection du sol.

En plus de cela, certains arbres que sont les légumineuses ont la capacité de fixer l’azote de l’air pour le mettre à la disposition des autres plantes qui n’en sont pas capables. (L’azote est un composant majeur des éléments nutritifs des plantes). Cela veut dire que quand ces arbres poussent dans un milieu, ils contribuent à fertiliser le sol et les paysans les repèrent comme des indicateurs de sols fertiles. C’est le cas du Vène ou Palissandre du Sénégal, un arbre de chez nous du nom scientifique de Pterocarpus erinaceus. L’arbre intervient aussi dans la formation des précipitations (pluies) à travers la végétation de façon globale et cela grâce à l’évapotranspiration qui produit des gaz chargés d’eau capables d’enrichir les nuages.

Au-delà de tout cela, l’arbre contribue aussi à la régulation de l’équilibre des gaz que nous respirons, c’est-à-dire qu’il contribue à son épuration tout en l’enrichissant en oxygène, indispensable à la vie, à travers le phénomène de la photosynthèse. Au cours de ce phénomène qui permet aux plantes de remplir leurs graines et fruits de matières (glucides, protéines et lipides), les arbres captent le gaz carbonique et rejettent l’oxygène. Donc, si toutes les plantes disparaissent de la Terre, les minutes qui suivent, c’est la vie animale qui disparaîtra aussi. Pour dire que notre vie est tributaire de celle des plantes, et donc des arbres qu’il faut travailler à préserver, parce que notre vie en dépend.

Vous avez tantôt parlé des types d’arbres comme les légumineuses qui favorisent la fertilisation des sols. Est-ce qu’à part les légumineuses, on en trouve d’autres types au niveau du Burkina Faso ?

Oui, il y a d’autres types d’arbres qui contribuent à la fertilité des sols. On peut citer, notamment les arbres qui enrichissent le sol par leurs litières, c’est-à-dire les feuilles mortes qui tombent, contribuent à régénérer le sol. Et à titre d’exemple, on a l’Acacia albida appelé en mooré « Zaaga ». C’est un arbre que les populations plantent parce qu’il a un comportement atypique qui consiste à perdre les feuilles pendant la saison pluvieuse et à les porter durant toute la saison sèche, un comportement tout à fait contraire de celui des autres arbres des milieux semi-arides.

Ses feuilles qui tombent constituent une source d’engrais naturel organique pour les cultures. Il y a aussi des arbres indicateurs de la proximité de la nappe phréatique qui poussent aussi à l’état naturel et lorsque les paysans les repèrent, ils savent que l’eau est très proche. En somme, tout compte fait, l’arbre est un élément indispensable dans la production agricole.

Si fait qu’il y a que parmi les pratiques agricoles qui préservent les ressources, il y a ce qu’on appelle l’agroforesterie qui consiste à cultiver dans un espace en association avec les arbres. Cette pratique de combinaison culture arbres-cultures est un système de plus en plus promu et adopté parce qu’il permet de préserver les ressources naturelles.

Cette thématique sur l’arbre nous amène à vous poser la question que beaucoup de personnes se posent à savoir, est-ce que tous les arbres peuvent être plantés dans les habitations ?

Avec l’actualité que nous vivons actuellement, la réponse sera sans équivoque. Ceux qui ont des arbres dans leurs cours se diront qu’ils ont eu raison de le faire, et les autres qui ne l’ont pas fait en paient les frais. Pour dire que si le slogan d’antan « plantons des arbres dans notre cadre de vie » avait été bien compris aujourd’hui, on ne sentirait pas de plein fouet les effets de la présente canicule. Et le parc urbain Bangr-Wéogo le montre clairement, parce que quand vous passez à côté, vous sentez directement la différence et cela montre l’importance de l’arbre dans notre environnement de vie, bien entendu que ce n’est pas un seul arbre qui le fait, mais toute une végétation.

Donc, il faut planter des arbres. Cette idée qu’il y a des arbres à ne pas planter chez soi, ou tout court à ne pas planter est une conception hors contexte actuellement. Du reste, dans certaines traditions, il était interdit de planter un arbre local. Aujourd’hui, le contexte nous impose de planter des arbres sans distinction pour sauver notre environnement car au-delà des services rendus par l’ensemble de la végétation, chaque espèce d’arbre à des spécificités.

Yvette Zongo
Lefaso.net

Crédit photo et vidéo : Auguste Pare

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