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Soigner le cancer pédiatrique : Un parcours de soins long et complexe

Publié le mercredi 14 février 2024 à 14h00min

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Le 15 février est le jour dédié au cancer de l’enfant. C’est l’occasion de présenter un état des lieux de la prise en charge des cancers pédiatriques au Burkina Faso.

Introduction

Les cancers des enfants sont devenus un problème de santé publique à l’échelle mondiale. Bien que représentant 1 à 2% de tous les cancers, ils connaissent une croissance notable au cours de ces dernières années. Au Burkina Faso, les données issues du registre hospitalier des cancers pédiatriques du Centre Hospitalier Universitaire Yalgado Ouédraogo (CHU YO) attestent d’une croissance de l’incidence des enfants qui y sont soignés. Or, les familles doivent surmonter de multiples difficultés pour permettre la prise en charge de leur enfant malade. Ces difficultés sont de divers ordres, venant des décisions prises par les familles, du cadre de vie, du système sanitaire et aussi de la méconnaissance de ces maladies. L’analyse du parcours de soins illustre une partie de ces contraintes.

Faits saillants

En milieu rural, l’offre de soins publique est l’unique système disponible pour prendre en charge les enfants souffrant du cancer.
C’est dans la capitale que se trouvent deux des trois Centres hospitaliers universitaires capables de prendre en charge les pathologies cancéreuses.
Les Centres de santé et de promotion sociale (CSPS), sous la responsabilité d’un infirmier, sont les structures de soins de proximité dans lesquelles les ¾ des enfants souffrant d’un cancer débute leur parcours thérapeutique

Pour plus d’un enfant sur deux, le tradipraticien constitue un recours soit avant l’insertion dans le système conventionnel, soit pendant le parcours lorsque les moyens financiers ne permettent pas d’accéder aux hôpitaux publics.

Plus le malade vit dans un village éloigné de la capitale, plus le parcours de soins est long et multiple et retarde le moment d’une prise en charge adaptée.

Approche

Cette étude a été menée en 2023 auprès de 15 enfants souffrant du cancer. Ils ont été rencontrés dans le centre d’accueil « YEELBA/ONG SOLETERRE » ainsi que dans les CHU Yalgado Ouedraogo et Pédiatrie Charles de Gaulle à Ouagadougou. Leur âge varie de 1 mois à 14 ans.

Résultat 1 L’organisation du système de soins une double contrainte pour soigner rapidement les cancers pédiatriques

En milieu rural, les CSPS sont des établissements de proximité (figure 1). La politique sanitaire au Burkina Faso a pour objectif de réduire la distance entre ces centres et la population pour faciliter l’accès physique. Les CMA, sous la responsabilité de médecins, sont beaucoup moins nombreux et nécessitent de parcourir de longues distances pour y accéder. Les CHR, au nombre de 9, sont présents uniquement dans les principales villes. Les CHU sont situés à Bobo-Dioulasso (1) et Ouagadougou (4). Or, les soins pour cancéreux ne sont disponibles que dans 3 CHU.

Figure 1 : Répartition de l’offre de soins publique au Burkina Faso

Résultat 2 Des itinéraires thérapeutiques longs et complexes avant d’arriver à l’hôpital
Parmi les 15 enfants enquêtés, quatre faits sont constatés :

-  Le parcours de soins s’allonge avec l’âge des enfants. Les enfants d’un an et moins ont consulté dans peu de structures de soins avant d’arriver au CHU, voire une seule. Les enfants plus âgés ont en moyenne fréquenté 3 lieux de soins.

-  La médecine traditionnelle constitue une étape récurrente du parcours de soins, elle concerne 9 enfants sur 15. Ce mode de soins peut intervenir en premier recours ou pendant le parcours de soins lorsque les ressources financières ne suffisent plus à couvrir les frais liés aux déplacements et à la prise en charge hospitalière.

-  Les populations ont bien intégré le système de référencement puisque le CSPS, ou à défaut le dispensaire, est fréquenté par 10 enfants sur 15.
-  Hormis pour les plus jeunes, plus le lieu de résidence est éloigné de la capitale, plus le nombre d’étapes dans le parcours de soins augmente.

Figure 3 : Les parcours de soins de 15 enfants atteints du cancer

Recommandations

Pour le ministère de la santé et d’hygiène publique
-  Former le personnel de santé des structures de soins de base à l’identification des symptômes potentiels des cancers les plus fréquemment rencontrés au Burkina Faso ;

-  Former le personnel de santé des CHR et CHU à la prise en charge psychologique des enfants atteints de cancer et de leurs parents (annonce de la maladie) ;

-  Identifier les médicaments administrés par les tradipraticiens et les informer sur les moyens de diagnostic du cancer.
Pour les parents

-  Informer les parents de l’existence d’une maison d’accueil Yeelba/SOLETERRE, pour les accompagner lors de l’hospitalisation dans les CHU à Ouagadougou et à Bobo Dioulasso.

Marie-Thérèse ARCENS SOME, Maitre de recherche en sociologie urbaine, INSS/CNRST
Aude NIKIEMA, Maitre de recherche en géographie de la santé, INSS/CNRST

Remerciements à l’IRL ESS 3189 (CNRS – UCAD – CNRST), au Centre d’accueil YEELBA/ONG SOLTERRE, à l’INSS/CNRST, aux médecins oncologues des CHU Yalgado et Charles de Gaulle.

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