LeFaso.net, l'actualité Burkinabé sur le net
Proverbe du Jour : “Soyez un repère de qualité. Certaines personnes ne sont pas habituées à un environnement où on s’attend à l’excellence.” Steve jobs

Risques climatiques, vulnérabilité et résilience des populations rurales au Burkina Faso : Cas des régions des Hauts Bassins et Sud-Ouest

Publié le lundi 29 janvier 2024 à 16h50min

PARTAGER :                          

1. Introduction
Le Burkina Faso est un pays sahélien où plus de 90% de la population pratique l’agriculture comme activité principale. Les burkinabé dépendent presque entièrement de la terre pour subvenir à leurs besoins. Cependant, le pays est confronté aux effets néfastes des changements climatiques, résultant à des sécheresses récurrentes dues aux faibles pluviométries enregistrées.

Comme l’a fait remarquer Kaboré et al., pour des populations qui vivent principalement de l’exploitation des ressources naturelles, le changement climatique représente une éventuelle menace pour la viabilité des ménages ruraux (Kaboré et al. 2019).

Par ailleurs, l’agriculture est confrontée à une dégradation accélérée et continue des ressources naturelles, notamment la ressource productive "terre" due essentiellement aux activités anthropiques de l’homme. Les effets du changement climatique combinés à la pauvreté des sols, entraîne de mauvais rendements agricoles (Diarra et al, 2017) qui n’arrivent pas ou arrivent à peine à couvrir les besoins alimentaires des populations rurales durant toute l’année.

L’instabilité des productions agricoles des populations surtout rurales conduit les producteurs agricoles à développer des stratégies en vue de faire face à la situation de déficit alimentaire surtout aux périodes critiques de l’année (soudure). L’objectif principal de cette étude est de cerner les stratégies de résilientes des populations rurales à travers l’étude de cas des régions des Hauts-Bassins et du Sud-Ouest burkinabé.

2. Méthodologie
L’étude -a été conduite dans 4 villages sites situés dans les régions des Hauts-Bassins et du Sud-Ouest Burkinabé. Ces villages sont : Djuié, Gombélédougou, Guéguéré et Lofing. Les villages de Djuié et Gombélédougou sont localisés dans la commune rurale de Koumbia dans la province du Tuy (région des Hauts-Bassins). Le village de Guéguéré est localisé dans la commune de Guéguéré et Lofing est dans la commune de Dano. Guéguéré et Lofing sont tous 2 localisés dans la province du Ioba (région du Sud-Ouest).

La zone d’étude est dans le domaine climatique soudanien et sud-soudannien caractérisé par des précipitations annuelles oscillant entre 800 et 1100 mm/an. Des travaux antérieurs menés dans la zone de l’étude par Dayamba & al. (2019) ont évoqué « des débuts de plus en plus tardifs de la saison pluvieuse, la baisse des quantités de pluie, la mauvaise répartition, les séquences sèches survenant la plupart du temps en début et fin de saison, des vents forts et une augmentation de température » (Dayamba & al., 2019, p.11-13).

La zone d’étude dispose de formations végétales suivantes où se trouve plusieurs essences dont les plus dominantes sont :Parkia biglobosa, Pteleopsis suberosa et Vitellaria paradoxa, Afzelia africana, Daniellia oliveri, Khaya senegalensis, Acacia seyal, Antiaris africana, Berlinia grandiflora et des herbacées telles que Andropogon gayanus, Pennisetum pedicellatum et Andropogon pseudapricus (DJIGUEMDE Salamata, 2021).

Les principales activités des populations sont l’agriculture et l’élevage. Le système d’agriculture est basé sur les cultures céréalières telles que le maïs, le mil, le sorgho, les tubercules, l’igname, la patate douce, le soja et le niébé.
Les données ont été collectées à l’aide d’un questionnaire qui a été administré à un échantillon de 153 répondants chefs de concession et ou de ménage dans les 04 villages sites. La répartition des ménages a été faite de la façon suivante : région des Hauts-Bassins : 60 ménages et région du Sud-Ouest : 93 ménages. Les données collectées ont été saisies à l’aide du logiciel Excel et analysées avec SPSS.

3. Résultats
3. 1 La diversification des activités de production comme stratégie de résilience aux effets des aléas climatiques

Les aléas climatiques (telle que la diminution de la longueur de la saison des pluies, l’augmentation des périodes sèches à l’intérieur des saisons pluvieuses due à la baisse très significative des précipitations) peuvent compromettre la production agricole. Les chefs de ménages s’adonnent à l’exercice d’activités secondaires qui leur permettent d’être résilients face à ces aléas. Ces activités sont : l’élevage d’animaux domestiques (bovins, ovins, caprins et volaille), la vente de produits agricoles (essentiellement cultures de rente), l’orpaillage, les petits travaux agricoles hors exploitation (voir tableau 1).

Tableau 1 : Répartition des ménages selon les sources de revenus pour faire face à la période de soudure

La vente des produits d’élevage concerne surtout les petits ruminants 32,60% et la volaille (13,10%).

L’orpaillage est une activité pratiquée par 10,18% des ménages dans les régions mais surtout au Sud-Ouest du pays où existent assez de sites d’exploitation minière. Très peu de chefs de ménage ont déclaré monnayer leurs services en travaillant comme main d’œuvre agricole dans d’autres exploitations agricoles (8,17%). Aucun membre des ménages de la région du Sud-Ouest en dehors du chef de famille ne travaille comme main d’œuvre agricole en dehors de leurs exploitations agricoles. Seulement 4,8% des membres de ménage de la région du Hauts-Bassins (précisément à Gombélédougou) travaillent comme main d’œuvre agricole pendant la période des cultures en dehors de leurs exploitations (voir tableau 1).

En plus de ces activités, les exploitants dans les régions de Tuy et des Hauts Bassins, s’adonnent au ramassage et à la cueillette des produits forestiers non ligneux (PFNLs), le ramassage et la vente du bois, la production du charbon de bois, la chasse, les activités commerciales et l’artisanat

Dans l’ensemble, environ 13, 5% des chefs de ménage pratiquent le ramassage, la cueillette et la vente des PFNLs. C’est dans les localités du Sud-Ouest et des- Hauts Bassins que respectivement 17% et 10% des chefs de ménages déclarent vendre les PFNLs pour diversifier leurs sources de revenus.

Les activités de ramassage de bois et la vente de charbon de bois sont pratiquées seulement dans la région des Hauts-Bassins (à Gombélédougou) où seulement 5% des chefs de ménage déclarent pratiquer ces activités.

Quant à la chasse, très peu de chefs de ménage (5%) exercent l’activité occasionnellement et vendent les produits de la chasse pour satisfaire leurs besoins, dans la région du Sud-Ouest.

L’artisanat est pratiqué par seulement 5% de chefs ménage signalés dans les deux zones d’investigation. Les chefs de ménage s’adonnent à cette activité pour complémenter leurs sources de revenus.
En ce qui concerne le commerce, 7% des chefs de ménage (uniquement dans la région des Hauts-Bassins) s’adonnent à la commercialisation de vivres alimentaires et de produits divers comme source de diversification de revenus.

La diversification des activités est une stratégie de résilience des populations permettant de faire face aux aléas climatiques. Selon Jouve, la pluriactivité permet aux exploitations de surmonter les fluctuations de revenus induites par les aléas climatiques (Jouve, 2010 : p 2). Gray et Mueller pour leur part, attestent que « le changement des conditions climatiques, la dégradation des sols sont des facteurs de diversification et de migration » (Gray & Mueller, 2012 : p 10).

3.2. Vulnérabilité et résilience des populations des deux zones géographiques face aux effets du changement climatique

Les répondants reconnaissaient avoir adopté des changements comportementaux en vue de faire face aux effets des aléas climatiques. L’emprunt de nourriture pour faire face aux périodes de soudure est très peu pratiqué par les producteurs de la région du Sud-Ouest (1,45%) et des Hauts-Bassins (1,30%). La proportion de ménage ayant déclaré avoir emprunté de l’argent pour faire face à la période de soudure est infime : 3,95 % pour la région des Hauts-Bassins et seulement 1,45% pour le ud-Ouest .

Peu de répondants (4,80%) disent avoir bénéficié d’aide de parents ou encore d’une distribution alimentaire ou de l’aide financière de la part des projets. C’est le cas de 6,45% de répondants dans la région du Sud-Ouest et 3,15% de répondants dans les Hauts-Bassins.

Des répondants disent s’être imposés un certain nombre de restrictions alimentaires pour faire face à l’insuffisance de productions alimentaires. Ces restrictions se résument à l’impossibilité de diversification des produits alimentaires ; la réduction de la quantité préparée de nourriture ; la diminution du nombre de repas par jour et le recours à des produits de substitution. Le tableau 2 donne la répartition des types de changements opérés dans l’alimentation en période de soudure.

Tableau 2 : Répartition des types de changements opérés dans l’alimentation en période de soudure par localité

La possibilité de diversification des produits alimentaires diminue pour 32% de répondants suivi du recours à des aliments de substitution (27,35%), de la réduction de la quantité de nourriture préparée (23,45%) et de la diminution du nombre de repas dans la journée (17,20%).

1. Conclusion
Cette étude de cas montre que les producteurs agricoles s’adonnent à d’autres activités de production pendant les périodes critiques où les stocks de céréales s’amenuisent dans les ménages.

Ces activités sont : essentiellement l’élevage, la vente de produits agricoles, l’orpaillage, les petits travaux agricoles hors exploitation, l’artisanat, le petit commerce. Ces occupations leur permettent de dégager des revenus complémentaires pour subvenir aux besoins alimentaires. Par ailleurs, les répondants reconnaissent avoir adopté des changements de comportements en vue de leur permettre de faire face aux effets des aléas climatiques.

Ces stratégies sont essentiellement la possibilité de diversification des produits entrant dans l’alimentation, le recours à des aliments de substitution, la réduction de la quantité de nourriture préparée et de la diminution du nombre de repas dans la journée. La duplication de cette étude dans les autres régions géographiques du Burkina Faso aura l’avantage de fournir une cartographie des stratégies de résilience développées par les producteurs pour faire face aux effets des aléas climatiques à l’échelle nationale.

2. Pour en savoir plus

COULIBALY-LINGANI Pascaline, 2024. Risques climatiques, vulnérabilité et résilience des populations rurales au Burkina Faso : cas des régions des Hauts Bassins et Sud-Ouest. Communication au Colloque International à l’hommage de la Professeur Yolande BERTON-OFFOUEME, du 08 au 12 janvier 2024 à Brazzaville/ Congo
DAYAMBA, Sidzabda Djibril, D’HAEN Sarah, COULIBALY OUEZZIN Jean-David et KORAHIRE Joël Awouhidia, 2019. Étude de vulnérabilité des systèmes de production agro-sylvo-pastoraux face aux changements climatiques dans les provinces du Houet et du Tuy (Burkina Faso). Technical Report · November 2019 DOI : 10.13140/RG.2.2.19258.95683. https://www.researchgate.net/publication/338423380_

DIARRA Abdoulaye, BARBIER Bruno, ZONGO Bétéo , YACOUBA Hamma, 2017, Impact of climate c-hange on cotton production in Burkina Faso. African Journal of Agricultural Research. Vol. 12(7), pp. 494-501

DJIGUEMDE Salamata, 2021, Fluctuation des populations et évaluation des dégâts des mouches des fruits dans les parcs à karité, Vitellaria paradoxa C. F. Gaertn. à l’Ouest du Burkina Faso : cas du transect Koumbia-Dano. Mémoire de fin de cycle. Diplôme de Master II En Gestion Intégrée des Ressources Naturelles. 55 p.
GRAY Clark and MUELLER Valerie, 2012, Drought and population mobility in rural Ethiopia, World Development 40 (1), 134-145.

JOUVE Philippe, 2010, Pratiques et stratégies d’adaptation des agriculteurs aux aléas climatiques en Afrique subsaharienne. Le Dossier S’adapter aux aléas, oui mais comment ? 2 p.

KABORE Pamalba Narcise et al. ,2019. Perceptions du changement climatique, impacts environnementaux et stratégiesendogènes d’adaptation par les producteurs du Centre-nord du Burkina Faso, In Vertigo, 19 (1)

KOALA, Ouango, 2017, Les effets probables de la loi 034/2009 relative à la sécurisation foncière rurale au Burkina Faso sur les migrants agricoles des grandes sécheresses des années 1970 et 1980 : cas des communes de Solenzo et de Balavé. Faculté : Faculté des Sciences. Mémoire de Master de spécialisation en gestion des risques et des catastrophes.

Auteurs : COULIBALY/LINGANI Pascaline
Affiliations des auteurs : CNRST/INERA/Laboratoire de l’Environnement et des Ecosystèmes Forestiers, Agroforestiers et Aquatiques/Ouagadougou/Burkina Faso
Auteur correspondant : COULIBALY-LINGANI Pascaline, Email:linganipasco@gmail.com

PARTAGER :                              

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 LeFaso TV
 Articles de la même rubrique