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Burkina / Lutte contre le terrorisme : Il faut désarmer la parole publique et soigner la communication entre nous, individus de la société

Publié le samedi 9 septembre 2023 à 18h00min

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Burkina / Lutte contre le terrorisme : Il faut désarmer la parole publique et soigner la communication entre nous, individus de la société

« Petite pluie abat grand vent », nous enseigne-t-on. Pour dire en termes simples qu’il faut parfois peu pour trouver une solution à un problème qui semble insoluble ou encore qu’avec des moyens minimes, on peut aboutir à une fin élevée ou qu’il suffit d’un élément à première vue mineur pour aboutir à de grandes réalisations (Notre temps dictionnaire). Le Burkina Faso est à la croisée des chemins. Dès lors, tous les détails à même d’aider à sortir de là sont à déposer sur la table pour être explorés. Et dans ces détails, la parole publique et la communication de façon générale entre chacun et les autres membres de la société méritent de ne pas être négligées.

On évoque tous, et facilement, l’unité nationale, la cohésion sociale et la mobilisation générale autour d’un minimum de consensus, comme conditions nécessaires pour parvenir à éradiquer le phénomène terroriste sous lequel ploie le pays depuis plus de sept ans maintenant. Sauf que là, on n’évoque pas l’essentiel, ou du moins, pas suffisamment : comment créer cette condition.

En menant une offensive de sensibilisation de masse, le Conseil supérieur de la communication (CSC), le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) et le National democratic institute (NDI), cas de cette conférence publique à Bobo-Dioulasso, le 26 août 2023 sur les bonnes attitudes à adopter sur les réseaux sociaux, mettent le doigt sur une racine qui nourrit des maux de la société contemporaine burkinabè. « Si nous nous exprimons bien, nous pouvons aider notre pays à renforcer la cohésion sociale et à créer les conditions d’un retour à la paix. Mais si nous nous exprimons mal, c’est nous-mêmes qui allons semer les graines de la discorde », motive bien le président du CSC, Abdoulazize Bamogo.

La question de la parole publique, et de façon globale de la communication entre les individus de la société, est ainsi posée. Comment on se parle dans la société, sur les sujets d’intérêt crucial ? Use-t-on de la bonne manière, du ton et des mots adéquats pour se parler sur les divers sujets en discussions ? Avons-nous même ce souci que notre parole serve à construire qu’à assouvir un orgueil, une fierté personnels ou à défendre des intérêts propres ? Visiblement, tel est loin d’être le cas.

Dans le contexte de dégradation de la situation sécuritaire, les Burkinabè (pas tous, heureusement) ont le sens de la parole publique et de celle qui anime les rapports sociaux entre nous, individus de la société, à quel que niveau que ce soit. Ainsi, au lieu que la parole serve à décrisper les situations difficiles, elle les exacerbe. Dans la crise sécuritaire que le Burkina traverse depuis plus de sept ans maintenant, des interventions publiques ne sont malheureusement pas porteuses d’espérance. Si elles ne pèchent pas dans le contenu lui-même, elles le sont par les mots ou par le ton, si ce ne sont tous ces éléments à la fois.

La parole et les expressions publiques sont devenues un ingrédient supplémentaire de pourrissement et d’exacerbation de la situation difficile. Parler dans la courtoisie et dans le sens de servir est même devenu comme un signe de faiblesse, d’ignorance, de naïveté et expose à toutes les insanités publiques. Finalement, ceux qui n’ont pas la force de piétiner leur propre éducation, le bon sens en versant dans la tendance générale ont fini, certains, par se taire, se contentant d’être de simples spectateurs muets.

Les réseaux sociaux sont, en grande partie, le véhicule de ce mal silencieux qui ronge la société à plusieurs niveaux. Ici, on se rend compte que c’est ceux-là même qui sont supposés avoir « les yeux ouverts » (dans la tradition, les intellectuels sont considérés comme ceux-là qui ont les yeux ouverts) qui constituent le mal de leurs sociétés. Leurs interventions ne sont plus faites pour éclairer, servir et construire ; elles sont plutôt émises pour répondre à des désidératas personnels et égoïstes, satisfaire à des missions commandées. Dans cet esprit nocif, les réseaux sociaux sont devenus des espaces où on parle beaucoup, mais on écoute très peu.

Les débats publics menés autour des attaques au Burkina portent bien, et en eux-mêmes, les germes de cet état d’esprit nuisible, destructeur, hypocrite, voire de méchanceté. Pourtant, au moment où le pays subit l’insécurité, une grande partie de Burkinabè éprouvée par la situation, ceux qui ont droit à la parole et aux interventions publiques devraient faire en sorte que leurs propos servent de remède, à construire et non à frustrer, provoquer, contraindre, diviser et à semer des équivoques. Cela passe par le choix des mots, propos et la manière de faire passer le message, c’est-à-dire le ton dans lequel il est dit.

C’est un minimum de discipline et de sacrifice auxquels ceux qui ont la parole doivent se soumettre. C’est, là, un pari qu’il faut gagner. Tout commence par la parole. Aucune idée, aussi pertinente soit-elle dans le fond, ne vaut que lorsqu’elle est portée par les mots et le ton qui siéent. Malheureusement, l’espace public burkinabè est inondé de messages nocifs. On tient compte très peu des effets des interventions qu’on fait. Pour nombre, et sur le sujet crucial de la lutte contre le terrorisme, l’essentiel, c’est d’énerver et de faire mal davantage à l’autre, lancer des pics.

Au lieu donc que les énergies se fédèrent en faveur de la lutte générale contre le phénomène terroriste, elles se dispersent pour plutôt, et de par nos pratiques, nourrir l’insécurité. Lorsqu’on plonge dans des groupes sociaux, notamment WhatsApp et Facebook, par exemples, on voit à quel point des dérives sont sans limite avec les images, vidéos d’anciennes et actuelles personnalités à la merci de toutes les railleries. Et c’est à volonté et allègrement relayé par même des personnes qu’on pense être au-dessus de telles soupçons, par le respect qu’elles dégagent à première vue.

Lorsque de tels montages sont faits avec des images de Roch Kaboré, Paul-Henri Damiba, Ibrahim Traoré, etc., pour servir d’objet de moqueries et pire, d’injures des plus inimaginables, banales et indécentes, on se demande si on rend service vraiment à une cause qu’on prétend défendre ou on fait mal réellement à celui qu’on dit ne pas aimer. On oublie que derrière chaque personnalité qu’on expose ainsi sur la place publique, se trouvent des milliers de partisans, de parents, amis et autres proches qu’on froisse.

Il faut désarmer le verbe, désarmer les actes, désarmer la parole et les interventions publiques. C’est indispensable pour construire un minimum d’élan commun et pour une société apaisée. La parole publique doit être faite pour construire, et non pour diviser comme cela fait sa traite aujourd’hui.

Comment, au nom d’intérêts inavoués, des individus peuvent-ils s’ériger en spécialistes de destructions ou en griots usurpés ?
Quand on estime être important dans la société, sa parole doit refléter la valeur qu’on pense incarner ; c’est-à-dire apaiser, arranger, donner espoir et non entacher l’esprit.

Avoir l’humilité de soigner sa parole publique et veiller sur ses propos avec son entourage est une vraie révolution que chacun doit opérer pour faire une société apaisée. Cela ne fera que du bien à tous, sans exception !

Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 7 septembre 2023 à 06:27, par Frédéric TINDANO En réponse à : Burkina / Lutte contre le terrorisme : Il faut désarmer la parole publique et soigner la communication entre nous, individus de la société

    Omar, félicitations pour cette plume. Vous touchez là un problème réel qui ronge le ciment social dans notre pays : les maladresses, les incohérences et l’ignorance.
    Le jour que chaque Burkinabè déciderait de soigner son langage vis-à-vis de l’autre, nous auront gagné la guerre contre le terrorisme, la désunion, la dépendance...
    Les burkinabè ne se respectent pas, ne s’aiment pas..Cela se constate à travers leurs paroles. Et c’est dommage.
    Qu’aucun intérêt personnel et égoïste ne soit un obstacle à l’éclat de la vérité et à la construction d’un pays de paix et de stabilité durable.

  • Le 7 septembre 2023 à 07:15, par kenfo En réponse à : Burkina / Lutte contre le terrorisme : Il faut désarmer la parole publique et soigner la communication entre nous, individus de la société

    Mr Oumar L. Ouédraogo : Tout ce que vous dites est ok., vrai et pertinent. On peut commencer par le fasonet, où vous laissez passez des paroles qui auraient dues etre censurées. Nous fonctionnons un peu à l’envers : Même au niveau du CSC, souvent, c’est suite à la plainte publique de petites gens que le CSC réagit, alors qu’ils sont sensés censurer à priori. Quand on a la jauge et le jugement, il faut agir à temps. Un conducteur qui maitrise le parcours du voyage ne doit pas attendre que les passagers se plaignent avant de réagir... Faites correctement votre travail, on s’en portera mieux, et nous ferons un peu plus attention, dans nos réactions publiques. Que chacun joue correctement son role, sans état d’ame ?NI DeMESURE DANS LES éMOTIONs primaires ; Que les joueurs jouent et que l’arbitre siffle fort, quand il le faut ;

    Kenfo

  • Le 7 septembre 2023 à 09:37, par kwiliga En réponse à : Burkina / Lutte contre le terrorisme : Il faut désarmer la parole publique et soigner la communication entre nous, individus de la société

    "Avons-nous même ce souci que notre parole serve à construire qu’à assouvir un orgueil, une fierté personnels ou à défendre des intérêts propres ?"
    Une excellente question que l’on peut se poser en écoutant ce que notre putschiste président a dit à l’égard de notre justice, dans le cadre de l’affaire de la "guérisseuse de Komsilga"... par exemple...

  • Le 7 septembre 2023 à 10:58, par fally doucoure En réponse à : Burkina / Lutte contre le terrorisme : Il faut désarmer la parole publique et soigner la communication entre nous, individus de la société

    parole sage et belle invite a la mesure. tout se joue dans la forme c est a dire les mots qui blessent ou qui desinforment. le principe d eliberte de pensee et de s exprimer reste cardinal et on ne doit pas y toucher. La liberte d´analyser, d evaluer, de critiquer surtout positivement une critique constructive que certains pourreient considere comme une demoralisation de telle telle force en actions contre notre fleau du moment, le terrorisme. Pour que la parole soit libre aussi nous devons cesser de constituer des polices de la pensee, d eriger tel ou tel fils de notre pays en Dieu en maitre absolu qui peut se permettre tout dans la parole sans nous consulter ou tenir compte de la difference. il faut qu on cesse d empecher les autres de dire le contraire de qu on a dit. Il faut aussi qu on laisse tout citoyen sans etre inquiete dire que tel regime, tel polique, tel responsable public pretendant nous defendre a bien ou mal agi. car ce pays nous appartient a nous tous, des pro IB ; DES PRO ROCK, des pro Damiba, des pro BLAISE, des pros autres leaders politiques ou de a societe civile, et donc nul n a le droit d empecher tout pro de dire si le pays va bien ou pas. meme les pro djihadistes qui sont burkinabe aussi on doit les respecter dans leur expression, sauf lorsqu elle consiste a tuer. En ce moment la on sort de la parole libre et lucide, car on tue. tuer est inadmissible bien qu on soit citoyen du meme pays que tous les autres pros dont je viens de parler. merci a faso net pour ce rappel a la parole constructrice et courage a vous

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