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François Warin à Christophe D. Dabiré : Le parricide, chemin obligé de la transmission ?

Publié le mercredi 31 mai 2023 à 15h59min

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François Warin à Christophe D. Dabiré : Le parricide, chemin obligé de la transmission ?

Dans les lignes ci-dessous, François Warin, ancien enseignant de philosophie au Burkina Faso, "réplique" à Kwesi Debrsèoyir Christophe Dabiré, un de ses anciens étudiants qui lui-même réagissait à un premier écrit de Pr Warin. L’auteur espère ainsi « éclairer certaines questions » et « apaiser les tensions » que le précédant article avait pu provoquer.

J’ai lu et relu le texte de Dabiré si bien prénommé, (en dagara Debsoiyr c’est l’homme qui tient haut et élève la maison) et je reconnais et dis publiquement que sa lecture, que sa critique « sans merci » (i.e. sans pitié) de mon article est absolument remarquable et que son texte fera date. Il fait montre d’une culture historique et philosophique solide, d’une acuité dans l’analyse, d’une ironie maligne, mordante et sans concession, d’une virtuosité dialectique qui débusque contradictions ou renversements logiques coupables…enfin, de toutes ces qualités intellectuelles que nous avions tous reconnus, mes amis et moi, lorsque nous faisions partie du jury de sa thèse.

Impressionnés par son singulier génie et par l’ardeur inflexible d’une revendication hautaine et libertaire qui ne baisse jamais la garde, nous lui avions vivement conseillé de se présenter aux concours. Ses propos acerbes, ses rapprochements dérangeants, son hostilité bien tempérée ne sont jamais haineux, il garde la mesure, ne verse pas dans les outrances extravagantes des « décoloniaux », outrances qui ne peuvent générer que la division, la discorde et la solitude. Non, la guerre des races n’a pas remplacé la lutte des classes, non, il n’y aura pas de réunions non mixtes, de délit d’appropriation culturelle… et nous pourrons peut-être débattre entre nous, face à face et d’égal à égal, en hommes libres. C’est en tous cas le fragile pari auquel j’entends, une fois encore, souscrire ici.

Oui, Debsoyr a raison : mon article procède tout entier de l’émotion, c’est un discours amoureux de l’Afrique et un cri dont le cœur silencieux, comme dans le cri de Munch, est proprement le déchirement. Son interprétation de mon titre (« L’Afrique au cœur ») dont le sens est sur-déterminé et l’affect qu’il mobilise terriblement chargé, est à la fois pertinente et retorse. J’ai en effet été touché et blessé de voir la France évincée sans retour du Sahel par des fauteurs de guerre, et j’ai pensé que les populations des pays sahéliens avec lesquelles j’ai vécu se sentiraient elles aussi touchées et blessées sans que je parle pour autant, me reproche mon interlocuteur, des blessures de la colonisation. Alors n’y aurait-il dans mon texte qu’une « pleurnicherie » de blanc qui ne concernerait personne ?

Mais cette affaire est grave : il s’agit en effet de prendre la mesure des conséquences du séisme géopolitique d’envergure en train d’advenir. Le tueur du Kremlin dans son bras de fer avec l’Occident essaie de s’imposer comme le leader des pays du Sud, des pays non alignés, en les dressant contre leurs anciens colonisateurs. Le Président à vie d’un pays totalitaire comme la Chine où désormais tout le monde marche au pas et où l’ethnocide des Ouigours ne semble pas émouvoir grand monde, est même venu l’assurer de son soutien. On ne peut donc pas balayer d’un revers de main l’impact de la colonisation comme le fait Debsoiyr en proposant de la décoloniser, car le critère de la victimisation coloniale est manifestement devenu la pierre de touche justifiant le soutien des nouveaux maîtres, sans parler de l’allégeance et de la vassalité du Mali à leur égard.

Oui j’aime mon pays, mon Faso dit-on en dioula, ma maison du père et ma maison est effectivement celle d’un père mort en camp de concentration pour avoir résisté à l’occupation nazie. Je dis cela parce que l’exemple de la résistance française à l’occupant m’a prédisposé à comprendre la résistance des peuples colonisés et leur lutte pour l’émancipation. C’est pourquoi je ne voudrais pas que l’on me prenne pour un autre et que l’on me reproche de me taire sur les exactions perpétrées par ce qu’on appelle l’Occident. Je le reconnais, une forte nostalgie imprègne non discours. Mais, évitons l’anachronisme, je ne suis pas motivé par la nostalgie de l’Empire colonial dont je porterais le deuil.

La référence à l’Empire explique, donne sa profondeur historique et sa continuité à la présence française en Afrique. Bien sûr, je ne l’ai pas connu, cela ne la légitime en rien et un projet d’agression et de reconquête serait proprement absurde. Je ne méconnais pas certains épisodes cruels de son histoire, je n’en ignore pas les affreuses exactions ni le retard que la France à pris pour reconnaître le sacrifice des peuples de couleur tombés pour sa libération, je rappelle que la colonisation est maudite, à juste tire considérée aujourd’hui comme un crime contre l’humanité. Les fortes paroles de Césaire dans le Discours sur le colonialisme ne résonnent-elles pas encore à nos oreilles ? N’est-ce pas sur des crânes africains, ceux des Herero et des Nama, les génocidés de Namibie, que les biologistes allemands, ancêtres du racisme nazi, ont fait leurs mensurations criminelles ?

Mais l’Afrique dont je porte le deuil est celle de la coopération. celle dans laquelle j’ai vécu, celle que j’ai connu, où j’ai été un professeur heureux et comblé et où la fonction que j’ai occupée m’a paru avoir un rôle positif. Entre les Universités de Ouagadougou et celle de Strasbourg je fus le modeste instigateur d’un accord permettant à mes étudiants de poursuivre leurs études dans une Université, disons, « de gauche ». La détestation et le ciblage de la France collaborationniste de Vichy, de celle raciste de l’Algérie française, de la France nationaliste d’aujourd’hui qui dénonce « le grand remplacement », ont toujours été les cordes bien tendues de mon arc.

Dans un article en ligne intitulé Le nom de nègre j’ai parlé très clairement de l’abomination de la traite, dans un autre, toujours en ligne, la haine de l’Occident, j’ai examiné les raisons et la légitimité d’une telle haine. Car c’est la guerre d’Algérie qui m’a structuré politiquement et le combat de ma jeunesse a été celui de la décolonisation avec laquelle j’aurais aimé voir se lever une ère nouvelle. Le mot de décolonisation a d’ailleurs connu une fortune considérable et a été utilisé dans les contextes les plus variés. On a très vite parlé, 10 ans après les années 60, de décoloniser l’enfant, et surtout les femmes sans toujours se rendre compte t des conditions concrètes difficiles que cela supposait, notamment dans le tiers monde : la maîtrise de la fécondité et le droit à l’avortement.

J’aime mon pays mais j’ai aimé aussi ceux pour lesquels j’ai demandé à partir au titre de la coopération. N’aimerais-je vraiment l’Afrique que colonisée comme le dit un peu méchamment mon interlocuteur ? Pourtant bien loin de me comporter comme un suprématiste blanc, je suis très souvent parti en brousse à la rencontre des villages africains. En les laissant être, en les « laissant revenir à leur être propre », j’ai pu faire l’expérience de ce qu’était vraiment l’hospitalité. Ma passion pour l’art africain qui a réveillé l’art européen, lequel se mourait d’une lente amnésie, est aussi bien connue. Debsoiyr cite mon article sur le sculpteur bambara mais j’ai écrit bien d’autres articles et livres sur ce sujet, sur les lobi en particulier, le peuple qui avait résisté le plus farouchement à la colonisation, et j’ai cherché à faire partager ma passion à mes étudiants africains, à leur faire découvrir la grandeur de leur propre patrimoine en introduisant dans le cursus universitaire un cours d’esthétique.

Debsoiyr affiche une certaine indifférence et un certain fatalisme à l’égard de la colonisation. C’est un problème de blanc qui s’accroche à son ancien pré carré, dit-il,. A nous autres Africains, elle ne nous a rien apporté, nous n’avons aucun intérêt dans l’affaire. Colonisation française ou colonisation russe, c’est du pareil au même, de toute façon l’identité africaine toujours mise à l’épreuve de la puissance du négatif s’est toujours forgée dans l’adversité et dans l’humiliation.

A une telle assimilation je répondrai deux choses. J’ai beaucoup d’affinités avec le peuple et la culture russe mais c’est d’un système politique hérité du KGB et du stalinisme qu’il va s’agir ici. L’impérialisme américain, par ailleurs, occupe toujours le devant de la scène, mais les USA ne sont pas encore entièrement acquis au populisme de Donald Trump et ils ont su élire, il n’y a pas si longtemps, un président de couleur à l’intelligence acérée et au verbe châtié. Tous les pays ont sans doute leur chancre et la France arrogante et donneuse de leçons n’a pas toujours été exemplaire.

Pourtant ne faut-il pas tracer une frontière entre les pays qui respectent le séparation des pouvoirs, dans lesquels la Justice n’est pas aux ordres et où l’Etat de droit, critère juridique de la démocratie, est effectif, d’une part et ceux qui, à l’intérieur, répriment toute opposition, empoisonnent sans scrupule les dissidents à l’étranger au polonium radioactif, se repaissent et s’engraissent avec les capitaux accumulés par les oligarques (cf. la vidéo de Navalny) et, à l’extérieur, tentent de mettre à genoux un pays souverain en exterminant peu à peu la population civile ?

Entre l’Europe qui a tant de mal à prendre sa part de « la misère du monde » et d’autre part le pays du boucher de Damas, celui des Talibans de Kaboul et des Mollahs de Téhéran, des candidats contraints à la migration et à l’exil ne se trompent pas de sens… L’exclusion par le Burkina des journalistes indépendants ne fait-elle pas partie des pratiques si coutumières à certains pays, ne sont-ils pas le symptôme d’une dérive autoritaire quelque peu inquiétante ?

La colonisation serait pour ses victimes un détail, un épisode sans importance, sans intérêt pour eux, elle ne leur aurait rien apporté de positif, elle serait vite oubliée…. Sauf que c’est en français que notre contradicteur s’exprime, que se sont les très riches archives occidentales qui l’ont nourri et qu’il doit en partie ce qu’il est devenu à la formation qu’il a reçue. A lui aussi la colonisation lui colle à la peau et il a trouvé plus d’une stratégie pour se l’approprier, la cannibaliser et peut-être la retourner contre elle-même.

Quant à moi, dans le cas présent, j’ai obtenu ce que je méritais : le coopérant ne réussit que lorsqu’il s’efface, qu’il disparaît, quand il s’auto supprime pour laisser place aux plus jeunes qui prennent alors la relève. Telle est la logique à laquelle répond toute transmission, tel est le destin à la fois exaltant et douloureux de tout professeur : il se doit de reconnaître tous ses enfants comme le dit Debsoiyr, même et surtout s’ils ont perpétré ce que Freud appelait le meurtre du père et si ses disciples se révèlent quelques fois indisciplinés ou non-conformes... Il y a plus de deux millénaires, Platon déjà, dans Le Parménide, avait été confronté à la nécessité du parricide, en l’occurrence à celle du meurtre du père de la philosophie, Parménide. Si l’on veut que la parole soit possible, si l’on veut dire ce qui est mais aussi ce qui n’est pas, il faut alors, contre la thèse de Parménide, donner consistance au non-être, au néant…Telle sera mon ultime manière de retrouver encore mon ancien étudiant, que je tiens à remercier.

Une remarque encore et une référence au modèle de la langue, marqueur de la diversité culturelle mais aussi condition de l’échange entre les hommes. Voilà la meilleur manière d’articuler la particularité de nos cultures sur la croyance en l’universalité des droits humains. Les Russes et les Chinois estiment que cette universalité n’a de valeur qu’occidentale. La charte du Mandé l’annonce pourtant dès le XIIIeme siècle lorsqu’elle proclame, sous le règne de Soundiata Keita, premier souverain de l’Empire du Mali, l’inviolabilité de la personne humaine, l’intégrité de la patrie, la liberté d’expression….

Les fondements et les conditions de ce que nous appelons la Civilisation sont ici affirmés comme nous le rappelle aussi Raymond Aron qui met en évidence l’énigme et le paradoxe de la condition humaine prise entre l’affirmation identitaire de chaque culture et la reconnaissance universelle de l’humanité en tout homme. Ecoutons cette parole, qu’elle nous donne l’espérance et qu’elle ait valeur de testament ! « La reconnaissance de l’humanité en tout homme a pour conséquence immédiate la reconnaissance de la pluralité humaine. L’homme est l’être qui parle mais il y a des milliers de langues. Quiconque a oublié un des deux termes retombe dans la barbarie ».

François Warin
Ancien enseignant de philosophie

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Vos commentaires

  • Le 1er juin à 10:02, par kwiliga En réponse à : François Warin à Christophe D. Dabiré : Le parricide, chemin obligé de la transmission ?

    "le coopérant ne réussit que lorsqu’il s’efface, qu’il disparaît, quand il s’auto supprime pour laisser place aux plus jeunes qui prennent alors la relève. Telle est la logique à laquelle répond toute transmission, tel est le destin à la fois exaltant et douloureux de tout professeur"
    Monsieur Warin, une telle humilité vous honore.
    Elle n’est malheureusement pas l’apanage de nos enseignants et autres vieux intellectuels, qui n’admettront jamais un contradicteur plus jeune, encore moins l’un de leurs apprenants.
    En espérant que cet atavisme culturel s’effacera peu à peu et que Monsieur Dabiré et ses nombreux confrères sauront faire preuve d’autant de pudeur et d’effacement, vis à vis de leurs étudiants.

    • Le 1er juin à 20:39, par SIDIBE En réponse à : François Warin à Christophe D. Dabiré : Le parricide, chemin obligé de la transmission ?

      Ce n’est pas aussi simple que vous le dites Kwiliga ! Il ne suffit pas d’être jeune ou étudiant pour avoir raison face aux anciens, aux maîtres et professeurs, il faut le mériter. Monsieur Warin se montre humble parce que Dabiré son ancien étudiant le mérite, il a l’honnêteté de le dire publiquement, certainement pas uniquement parce que ce dernier est plus jeune. J’imagine que Warin a eu d’autres étudiants dont il ne pourrait pas dire autant, c’est normal, tous les élèves et étudiants ne sont pas bons, tous les profs non plus ! A leur tour souhaitons au contraire que les étudiants et disciples voire les enfants de Dabiré soient encore meilleurs que lui par leur "génie", le surpassent mais pas simplement en âge. Merci à Warin et Dabiré qui donnent l’exemple d’un dialogue intellectuel sans concessions en effet mais qui reste civilisé. On n’est pas prêt de connaître de tels débats publics entre les profs et leurs étudiants sous nos cieux, peut-être parce que les profs ne forment pas étudiants à être meilleurs qu’eux, et que les étudiants n’ont pas le niveau intellectuel suffisant pour débattre avec leurs professeurs. C’est dans nos universités comme en politique, il y a des gouvernants et des gouvernés

      • Le 2 juin à 09:14, par kwiliga En réponse à : François Warin à Christophe D. Dabiré : Le parricide, chemin obligé de la transmission ?

        Bonjour SIDIBE,
        C’est marrant, à la lecture complète de votre message, j’ai le sentiment qu’au départ, vous apportez une contradiction "de principe", pour finir par dire en substance, la même chose que moi.
        Peut-être ai-je raté le point d’achoppement entre nos propos, mais je me sens fortement en accord avec les vôtres.

  • Le 1er juin à 13:23, par SOME En réponse à : François Warin à Christophe D. Dabiré : Le parricide, chemin obligé de la transmission ?

    Merci à M Warin d’avoir le courage de répondre et éclaircir sa position. C’est cela aussi que l’on dénomme le débat d’idées. Merci pour votre début laudateur envers M Dabire. Quant à la suite, on comprend bien votre réaction. Néanmoins je ne peux que différer de vous dans certains de vos arguments. Mais encore une fois, c’est cela aussi le débat d’idées.

    Oui ! nul ne peut nier, à moins de ne pas disposer des éléments intellectuels nécessaires, que c’est une affaire de séisme géopolitique majeur dans ses enjeux et implications, jusque même dans l’avenir même de l’humanité. Alors en imputer la responsabilité au seul Poutine (comprenons la Russie) est une erreur, à moins d’être un choix de lecture des événements. Il faut lire les événements dans leurs causes profondes et non voir juste les effervescences produites.

    Qualifier Poutine de « …tueur du Kremlin dans son bras de fer avec l’Occident » etc c’est emboucher une version (en l’occurrence celle des Occidentaux) sans scruter la genèse des événements dans leurs vraies causes profondes. Alors il n’est donc pas surprenant que vous le posiez en dictateur qui « …essaie de s’imposer comme le leader des pays du Sud, des pays non alignés, en les dressant contre leurs anciens colonisateurs. ». Là encore, ceci n’est qu’une vision partielle et partiale des événements du monde a l’heure actuelle de l’Histoire, Elle dont certains avaient voulu trop hâtivement dans leur euphorie « d’hégémon hyperpuissant », décréter la fin de l’Histoire. Alors nul étonnement qu’ils se retrouvent aujourd’hui avec tout le monde contre eux. Et s’étonner de ne pas comprendre pourquoi il en est ainsi. Ce n’est pas parce que ce sont les anciens colonisateurs : d’ailleurs ce passé commun devrait constituer un avantage et non un désavantage.

    Mais pourquoi alors en est il devenu ainsi ? Et si nous partageons la même langue (et on sait en linguiste, ce que fait une langue dans la vie d’un être) alors pourquoi en est il ainsi alors que cela devrait nous rapprocher ? Et pourquoi l’Afrique devrait-elle quitter un colon pour un autre colon ? Etc. Ce n’est pas balayer d’un revers de main l’impact de la colonisation. C’est bien loin d’un acte d’ingratitude. Les causes sont plus profondes que cela, au delà de Freud et Parnemide. Et en tant que coopérant, c’est à juste titre que vous vous devriez considérer votre action comme bénéfique.

    Quant au […] critère de la victimisation coloniale […] manifestement devenu la pierre de touche justifiant le soutien des nouveaux maîtres… », c’est la sempiternelle rengaine assénée aux africains qui montre que l’on n’a pas compris (ou que l’on ne veut pas comprendre) le tournant de l’Histoire.

    Vous parlez de l’ethnocide des Ouigours qui ne semble pas émouvoir grand monde, mais pourquoi par contre tout le branle bas pour l’Ukraine ? Vous ignorez probablement quel rôle jouent ces ouïgours et turco mongols en Chine. Vous ignorez le rôle de l’ONU et de ses satrapes dans cette guerre au Sahel sous les oripeaux de la bienfaisance et de la démocratie.

    Tout comme vous parlez de l’URSS KGB etc avec les Navalny, oligarques, Syrie, etc, c’est ignorer ce que furent ces événements dans la géopolitique mondiale, et qui ne sont pas éloignés de ce qui se passe au Mali et au Burkina aujourd’hui. Les dissocier, c’est faire hors sujet.

    Si « …la référence à l’Empire explique, donne sa profondeur historique et sa continuité à la présence française en Afrique. » et toutes les « horreurs » que vous citez, je ne comprends pourquoi s’émouvoir que les africains en veuillent aujourd’hui la fin ? Devrait-on même parler de reconquête qui serait à condamner.

    Ne pas méconnaître les sacrifices des peuples de couleurs (sic, je ne n’aborderai point ce concept ici) depuis la colonisation en passant par le nazisme, les nama et Herrero etc, jusqu’a l’apartheid du national christianisme, continuation du nazional socialisme d’Hitler après sa défaite. Lequel apartheid a été soutenu et maintenu par ces mêmes occidentaux, hier, ennemis des nazis, mais aujourd’hui amis de ces mêmes nazis, en une hiérarchisation des genocides.

    Quand on vient écouter un Melenchon qui ose tenir un certain discours à l’assemblée nationale sur le Mali, il ne faut pas s’étonner… l’Afrique est encore même trop gentille ! L’expulsion de ces deux espions du Burkina a été une trop grande gentillesse diplomatique. Tout comme ce retour en France du mercenaire Quignolot, la veille instructeur de barkhane au Mali, le lendemain déguisé en journaliste …indépendant en Centrafrique avec des cargaisons d’armes lourdes. Quel journalisme !!! On sait qui sont ces journalistes !

    Votre expérience et vision des relations inter nations et inter peuples tranchent bien avec les comportements des dirigeants, et c’est en cela qu’ils faut savoir faire la part des choses entre le combat des peuples et le combat des dirigeants. Thomas Sankara n’a t’il pas montré que ceux qui exploitent les peuples africains sont les mêmes qui exploitent les peuples européens ? Il est sans déni qu’il y a des occidentaux qui sont plus africains que des africains (peau noire, masque blanc).

    L’universalité n’est universelle que dans sa multidimensionnalite réelle. Les dagara disent que «  un chien tombe, un chien chien tombe, voilà le vrai jeu de chiens » : si c’est le même chien qui tombe chaque fois, ce n’est plus un jeu.

    Oui !« La reconnaissance de l’humanité en tout homme a pour conséquence immédiate la reconnaissance de la pluralité humaine. L’homme est l’être qui parle mais il y a des milliers de langues. Quiconque a oublié un des deux termes retombe dans la barbarie »

    Je parlais de l’importance de la langue et de pluridemensionnalite. C’est l’objet de s luttes actuelles des peuples africains. La France elle même n’y croit plus, son élite à vendre leur pays !, alors pourquoi les africains devraient ils continuer ? Si l’Occident veut persister dans la barbarie tout en se faisant passer pour la civilisation, c’est sa fin. Sarkhosy a osé dire ouvertement que l’occident a toujours été la civilisation de barbarie comme l’avait déjà démontré cheikh anta Diop. Ce même sarkhosy qui a eu le culot, et l’outrecuidance, et la suffisance de l’ignare de venir insulter toute l’Afrique dans un lieu symbolique qu’est Goré ! Etc. Vous voulez quoi ? Une ère se tourne. Que ceux qui ont les yeux pour voir voient, et les oreilles pour entendre entendent. Relisons le discours sur le colonialisme que l’on a délibérément occulté pour venir célébrer Césaire à sa mort.
    Il n’y a rien de nouveau sous le soleil… pour ceux qui ne veulent pas voir
    SOME

  • Le 1er juin à 16:34, par Renault HÉLIE En réponse à : François Warin à Christophe D. Dabiré : Le parricide, chemin obligé de la transmission ?

    « le coopérant ne réussit que lorsqu’il s’efface »
    C’est ce qu’on nous répétait à l’époque de « la Mitte », sous Mitterrand. Il fallait bien faire comprendre à ceux qui avaient des liens familiaux sur place que le boulot était de préparer son remplacement par des cadres locaux. Par exemple, les profs devaient se replier en premier, sauf s’ils « formaient des formateurs ».
    La blague était « le dernier coopérant est prié de débrancher la lumière de la MAC et de vider le frigo »
    (MAC = Mission d’Aide et de Coopération)
    Les ONG et des « contrats locaux » prenaient le relais, mais en dehors du périmètre de l’État français.
    Bon, pour certains qui avaient de la famille sur place, c’était plus dur. Mais la plupart avaient un poste qui les attendait en toubabie... Il y a même eu une loi en 1983 pour cela, la « loi Le Pors » qui facilitait les retours en veillant à créer un nombre de postes adapté dans l’Hexagone.
    En gros, en 1990-2000, il n’y avait plus de profs payés par la France, sauf haut niveau universitaire ou bien école française payante pour expats.
    Rien à voir avec les gros bataillons de profs, de médecins et d’ingénieurs délégués entre 1956 et 1980, dont un certain nombre très brillants.
    Exemple célèbre : le grand Michel FOUCAULD en Tunisie pendant la guerre d’Algérie.
    C’est pour ça que je ris quand j’entends un africain dire au 21e siècle « il y a beaucoup de français en Afrique ». Cela signifie qu’il n’a pas connu 1956-1980.
    Je ris aussi quand j’entends traiter tous ces jeunes pleins de généreux enthousiasme, généralement à gauche, « d’occupants néocoloniaux ». Il y avait une « muraille de Chine » entre les jeunes coopérants et les vieux expats coloniaux amateurs de gin-tonic et de pili-pili, nettement plus « droitiers ».
    Une anecdote : J’ai entendu il y a quarante ans des locaux raconter que les coopérants étaient mieux logés qu’en France. Cela m’amusait beaucoup "in petto", car ma villa ici en France était nettement plus grande que la maisonnette ou appart riquiqui de la plupart des coopérants étatiques là-bas, qui pourtant paraissait luxueuse à certains. Tout est relatif...

  • Le 3 juin à 11:37, par Kwesi Debrsèoyir Christophe DABIRE En réponse à : François Warin à Christophe D. Dabiré : Le parricide, chemin obligé de la transmission ?

    1."Dèbrsèoyir" dit une finalité, une tâche (tenir la maison, c’est-à-dire la famille, la porter haut si l’on remplace le s de sèoyir par un z : zèo ou zèwyir) et les conditions de sa réussite qui tiennent à la fois dans le pluriel des hommes (dèbr et pas dèb), le nombre des hommes qui y suffit (sèo ou sèw), et l’action même de construire en renforçant (sèori ou sèwri) les fondations de la maison. Car, avant de tenir la maison, il faut qu’elle tienne dans ses fondations.
    Une famille, une maison, ne se tient pas seul (encore moins une nation : contre donc le pouvoir d’un seul), mais par les hommes qu’il faut, en nombre suffisant (n’importe quel rassemblement d’hommes même très nombreux ne fait pas une maison, une famille). Tout ceci est une interprétation vraisemblable qui n’est pas une traduction du prénom qui m’est plus propre que mon nom (comme le sont en général les prénoms dagara). Le propre ne se traduit pas, il n’existe aucune langue pour le traduire et l’approcher...

    2. Au lycée cependant, un professeur d’histoire-géographie Burkinabè (un certain Paré) croyait pouvoir prononcer ce prénom propre et le rendre intelligible à lui-même et à toute la classe, lorsqu’il nous rendait les copies plus ou moins bien notées, en le..."francisant" ; c’est-à-dire en le prononçant non pas en dagara, ce qui avait peu de chance de réussir, n’étant pas lui-même Dagara, mais en...français : Debrsèoyir devenait "débrousser" et "débrouissailler". Sous les grands éclats de rires de toute la classe. Mon prénom propre était alors traduit et moqué, en français, par "broussard" ; j’étais un enfant de la brousse, un débroussailleur de champs, par le "génie" d’un professeur Burkinabè, Africain, nègre, pour des camarades de classe qui l’étaient tout autant...

    3.C’est donc finalement un Français blanc, François Warin qui, pour la première fois, essaie ici d’entendre et de faire parler ce que mon prénom a de de propre non pas depuis le français qui est pourtant sa langue natale, mais depuis la langue dagara. Un autre professeur, Blanc, profondément nostalgique non pas vraiment de l’Empire colonial français mais de ce que cet Empire contient de salutaire pour lui Warin, mon ancien professeur Blanc me SAUVE ici de l’humiliation d’un professeur nègre, au sens exact du salut que j’empruntais à Heidegger dans mon texte précédent : sauver, "c’est libérer une chose, la laisser revenir à son être propre"...

    4. Je lis ici ou là des commentaires qui me reprochent de ne citer que des penseurs européens, et qui donc sous-entendent que je suis l’exemple même de l’intellectuel africain colonisé qui ne sait parler que de ses maîtres Blancs : à quoi je réponds à mon tour par un grand éclat de rire dionysiaque : oui, voyez, je suis un colonisé, je suis même doublement colonisé : de l’extérieur, par la France, ET de l’intérieur par mes frères nègres qui s’appellent fièrement Paul, François, Alain, Mamadou, Issa, Seydou ou Abdoulaye mais sans jamais se donner la peine d’interroger d’où leur viennent ces si jolis prénoms facilement prononçables...
    La colonisation, je ne la connais que trop, j’en ai eu ma dose, j’en suis suffisamment vacciné : j’en suis donc aussi suffisamment immunisé ! Que les donneurs de leçons anti-colonialistes aillent autant se faire... vacciner : pour arrêter de ne faire que du bruit, de brasser du grand vent, pendant qu’ils colonisent et méprisent leurs frères africains de la brousse et des villages, frères qu’ils "violent" à coups de slogans, et en...français, des slogans qu’ils seront toujours incapables de mettre en pratique, pas parce que ces slogans disent toujours faux mais parce ces anti-colonialistes de slogans sont lamentablement incompétents même dans l’application de leurs propres "vérités"...
    OUI je suis (un) colonisé, un débroussailleur : dans l’entre-deux, dans le clair-obscur du "mensonge millénaire" des Blancs et de l’hypocrisie des Africains qui consiste, cette hypocrisie, à se mentir à eux-mêmes, l’Afrique et le monde nègre ont davantage besoin de débroussailleurs que d’obscurs faiseurs de bruits. Je suis un débroussailleur, pas de champs (ce que sont aussi mes parents), mais de... concepts. C’est cela que Debrsèoyir veut dire, sans que cela soit une traduction de ce que ce prénom a de propre et singulier...

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