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COP 27 en Egypte : « Pour les pays comme les nôtres, c’est une tribune de négociation de projets de développement, de financements », Pr Yélézouomin Stéphane Corentin Somé

Publié le mercredi 30 novembre 2022 à 22h00min

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COP 27 en Egypte : « Pour les pays comme les nôtres, c’est une tribune de négociation de projets de développement, de financements », Pr Yélézouomin Stéphane Corentin Somé

La 27e conférence des nations unies sur les changements climatiques (COP27), c’était du 6 au 20 novembre 2022 à Charm el-Ckeikh, en Egypte. Au lendemain de cette rencontre mondiale sur le devenir du climat, nous avons rencontré Yélézouomin Stéphane Corentin Somé, enseignant chercheur à l’université Norbert Zongo, professeur titulaire en géographie physique et environnementale et responsable du Laboratoire de recherche en sciences humaines et sociales (LABOSHS). Décryptage !

Lefaso.net : L’actualité est marquée par la tenue de la 27e Conférence annuelle des nations unies sur les changements climatiques (COP 27), en Égypte. Qu’est-ce qu’une COP et à quoi sert-elle ?

Yélézouomin Stéphane Corentin Somé : COP est une abréviation de « Conférence of the parties » en anglais, ou conférence des parties en français. C’est donc la conférence des parties à la Convention cadre des nations-unies sur les changements climatiques adoptée à New-York le 9 juin 1992. Cette convention fait partie du bloc des conventions adoptées dans la foulée de la Conférence sur l’environnement et le développement, Rio 1992. Les COP ont été créées par la convention elle-même en son article 7 où elle fixe les attributions de la COP. Cette convention a créé également un secrétariat permanent dont les attributions sont définies en son article 8. La convention a prévu également la création d’autres organes dans le but de favoriser son effectivité juridique.

Pour des pays comme le Burkina Faso et ceux du Sahel qui subissent de plein fouet le changement climatique, quels sont les enjeux d’une telle initiative ?

La convention adoptée, dès ses premières dispositions, a émis le concept de la responsabilité commune mais différenciée. Ce concept engage la responsabilité de tous les pays du monde dans la dynamique actuelle du climat mais reconnaît une différenciation dans cette responsabilité. Certains ont des responsabilités plus grandes que d’autres. Il prône la coopération, la solidarité, le transfert de technologies et de capitaux etc.

De nombreux mécanismes ont été mis en place dans ce sens et l’une des manifestions concrètes c’est le Protocole de Kyoto (arrivé à expiration) mais qui avait pratiquement mis en place le marché du carbone. La conférence de Doha a amendé le protocole de Kyoto. La COP 21 à Paris a consacré le fonds vert climat qui vise à soutenir les efforts des pays en voie de développement à promouvoir l’utilisation des énergies propres, etc.

Pour les pays comme les nôtres, c’est une tribune de négociation de projets de développement, de financements. Malheureusement, avec les capacités de pression limitées pour ces pays, c’est une tribune hélas de mendicité institutionnelle basée sur la pression morale qu’ils peuvent exercer de par leur situation de dénuement, sur les pays les plus riches. Ces pays les plus riches qui continuent de polluer et qui leur offrent des miettes pour les encourager à végéter dans une pauvreté structurelle ; leurs efforts étant inhibés par les limitations dans les choix technologiques particulièrement en matière énergétique.

Sentez-vous une évolution dans la prise de conscience de l’urgence climatique au niveau du Burkina ?

Au plan institutionnel, il n’y a pas de doute que l’Etat burkinabè a intégré dans ses différents programmes de développement, la question des changements climatiques, celle de l’adaptation aux changements climatiques etc. Mais c’est un peu bizarre du point de vue opérationnel, car nous sommes un pays sous industrialisé, dont la capacité de production des gaz à effets de serre est particulièrement limitée. Oui, dans notre engagement, nous faisons la promotion des énergies propres dont les coûts sont exorbitants. Ce sont des énergies de luxe mais dont l’efficacité en matière de développement industriel reste particulièrement limitée.

Est-ce que ces rencontres internationales permettent réellement de résoudre les questions des émissions de CO2 et la hausse des températures sur le terrain ?

Les changements climatiques posent des questions scientifiques majeures malheureusement devenues des questions politiques et même dogmatiques. Il n’y a qu’une vérité, celle de la responsabilité de l’activité humaine sur la dynamique du climat. Si la hausse actuelle des températures est clairement observable, il convient d’élargir le champ des causes et ne pas sanctuariser une cause unique : l’activité humaine.

Les changements climatiques doivent inviter l’homme à l’humilité, car notre terre évolue dans un univers dont la partie connue s’étend sur 47 milliards d’années lumières. La terre par rapport à l’univers n’est même pas l’équivalent d’un grain de sable au bord de la mer. La terre ne vaut même pas l’équivalent d’une goutte d’eau dans la mer en comparaison avec l’univers. Il est peut-être temps de changer de paradigme, et quitter le champ des dogmes devenus des panacées.

Financements, énergie, adaptations, quels sont les enjeux de cette rencontre pour l’Afrique ?

L’Afrique est l’objet de toutes les convoitises des pays aujourd’hui puissants qui ont acquis cette puissance à travers l’exploitation des énergies dites polluantes et dont ils ne peuvent se séparer brutalement aujourd’hui. Financement, énergie et adaptation sont liés. Pour l’Afrique, il est question de choix stratégiques sur cette question et cela doit être envisagé en transcendant les financements éphémères, non structurants. Quelle politique énergétique adopter pour un développement durable ?

Quelles sont les solutions stratégiques et les prospectives en cas d’augmentation exceptionnelle des températures ? C’est vrai, la géopolitique actuelle n’est pas pour lui faciliter la tâche, mais l’Afrique doit changer de logiciel et se dire qu’il n’y a pas, en définitive, des subventions généreuses. Elle doit s’organiser pour mieux faire face aux défis qui se posent à elle.

Quelles retombées le Burkina Faso peut-il attendre de cette COP27 ?

Je ne sais pas exactement mais je suppose que si on s’en sort avec quelques millions de dollars c’est déjà formidable. Ensuite j’espère que la COP a été une occasion de positionnement diplomatique et l’occasion de nouveaux partenariats.

Que retenir des conclusions de la COP 27 ?

La grand’messe sur le climat a eu lieu comme d’habitude et les efforts de financement supplémentaires ont été promis, des mécanismes de contrôles ont été maintenus etc. Chaque COP tient à faire sensation, Kyoto, Doha, Paris, etc. Mais il s’agit toujours de renforcer les systèmes de contrôle des émissions, de mettre en place des instruments de solidarité, d’imaginer de nouveaux mécanismes de financement. Ce qui est mis en avant pour cette COP africaine en Egypte, la COP 27 à Charm-el-Cheikh, c’est le fameux fonds des pertes et préjudices climatiques. C’est l’innovation majeure.

Lefaso.net

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