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Elections de 2020 au Burkina Faso : « Nous avons un challenge important qui consiste à amener le fichier électoral à être conforme à l’état de la population », annonce Newton Ahmed Barry, président de la CENI

Accueil > Actualités > Politique • LEFASO.NET • samedi 4 janvier 2020 à 00h26min
Elections de 2020 au Burkina Faso : « Nous avons un challenge important qui consiste à amener le fichier électoral à être conforme à l’état de la population », annonce Newton Ahmed Barry, président de la CENI

Fonctionnement de la CENI, Insécurité, vote des Burkinabè de la diaspora, fichier électoral…C’est autour de toutes ces préoccupations liées aux élections, que le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Newton Ahmed Barry, s’est prononcé à travers cette interview qu’il nous a accordée le lundi, 30 décembre 2019 dans les locaux de son institution.

Lefaso.net : A la tête de la CENI depuis juillet 2016, et à l’orée de 2020, année électorale au Burkina, quel bilan pouvez-vous dresser sur la conduite de l’institution ?

Newton Ahmed Barry (NAB) : C’est vrai qu’on est venu avec beaucoup d’ambitions, à la tête de la CENI, pour essayer de performer, évidemment, les procédures, améliorer le processus et, in fine, permettre que le standard de qualité que nous avons hérité puisse être remis à un niveau plus élevé. C’était un peu l’ambition, autour de la problématique de la bonne gouvernance, notamment la question de la soutenabilité et ensuite la problématique de la participation aux élections à travers l’inscription sur le fichier, mais également la participation aux élections.

Je dois dire aujourd’hui que, sur le premier point, à savoir la problématique de la soutenabilité, on est encore à mi-chemin, on n’a pas pu avancer ; on a fait un certain nombre de réformes qui n’ont pas abouti. Mais j’ai espoir, parce qu’on est obligé de revenir sur cette question fondamentale.

Deuxièmement, aujourd’hui, l’enjeu que nous sommes en train de conduire, c’est celui de l’inscription sur le fichier électoral. Il faut au moins que nous réussissions cela ; dans un pays où nous sommes près de 20 millions, avec plus de dix millions qui ont 18 ans et plus, on ne peut pas se contenter d’un fichier électoral d’à peine cinq millions d’électeurs. C’est peu.

L’autre challenge que nous devons réussir, c’est le vote des Burkinabè de l’étranger (leur enrôlement sur le fichier électoral, ensuite leur votation en 2020 à la présidentielle). Ce sont, un peu, les challenges.
Ensuite, il y a un autre impondérable qui s’est ajouté au processus ; c’est la question de la sécurité. Cette question, on ne l’avait pas en venant à la CENI. Aujourd’hui, c’est une donne, de premier plan d’ailleurs, et qu’il va falloir gérer aussi.

Lefaso.net : La soutenabilité des élections est une préoccupation longtemps soulevée par le citoyen burkinabè (qui estime que le coût des élections est très élevé pour un pays comme le Burkina) et dès votre arrivée, vous vous en êtes approprié. Mais, vous ne semblez pas avoir été suivi par les acteurs politiques. Où peut-on situer le blocage ?

NAB : A plusieurs niveaux. Mais je pense qu’on a fait quand même trois ans sur cette question. Je dois avouer qu’aujourd’hui, je veux éviter les adjuvants de la polémique. Mais je pense que cette question-là, on reviendra là-dessus ; parce que comme, je l’ai dit, on ne peut plus conduire les élections, dans un pays pauvre comme le Burkina Faso, et ne pas être soucieux de la soutenabilité financière. C’est extrêmement important, d’autant plus que les propositions alternatives améliorent même le processus et réduisent énormément les coûts.

Donc, il va falloir forcément qu’on y revienne. A ce jour, ce qui me préoccupe, c’est la nécessité d’améliorer la participation au fichier électoral. On ne peut pas rester sur cette base squelettique, alors qu’il y a un potentiel énorme. C’est un enjeu extrêmement important, malgré l’insécurité.

Lefaso.net : Sur cet aspect d’amélioration du fichier électoral qui vous tient visiblement à cœur, est-ce vraiment une mission de la CENI, quand on sait aussi que la question de fond soulevée par l’opinion, c’est la gouvernance et la crédibilité des acteurs en compétition ?

NAB : Justement, c’est la problématique de l’œuf et de la poule : si les citoyens ne s’approprient pas leur devoir de citoyenneté, la question de la bonne gouvernance va demeurer ; parce qu’il faut qu’on commence par un bout pour solutionner cela. Et il me semble que la veille citoyenne, la participation citoyenne, dans le cadre de la gouvernance, sont des facteurs qui vont permettre de solutionner la problématique de la gouvernance.

Lefaso.net : Parlant de la vie de l’institution, on ne peut passer sous silence vos débuts marqués par des bisbilles, notamment avec certains commissaires. Cela n’a-t-il pas entamé la santé de la CENI ?

NAB : Non, je ne pense pas qu’il y a une crise (il y a évidemment des incompréhensions entre les acteurs) qui fragilise l’institution. Cela prouve, à mon avis, que l’institution vit et a une vie démocratique et qu’évidemment, cela devra plutôt renforcer le crédit de l’institution. Le différend n’était pas une question de personne, de mauvaise gouvernance…, si c’était cela, à mon avis, ça pouvait fragiliser l’institution (parce que là, on toucherait à des fondamentaux essentiels qui sont la question de l’éthique et celle de la gouvernance).

Le débat qui nous a opposés était autour des réformes. Ce n’était pas eux-mêmes seulement, mais l’ensemble de la classe politique ; parce que n’oubliez pas que la CENI, c’est une composition à dominance partis politiques (la société civile n’y est représentée que par cinq commissaires, sur les quinze). Donc, c’est une question qui n’était pas seulement entre le président et les commissaires (ou certains commissaires), mais une problématique d’ensemble liée aux propositions de réformes que nous voulions conduire.

Lefaso.net : Mise à part cette préoccupation de soutenabilité financière, à ce jour, le point du processus vous donne satisfaction ?

NAB : On a quand même réussi à avoir quelques petites victoires. Par exemples, aujourd’hui, tout le monde a admis qu’on ne peut plus s’enrôler avec des documents que l’on peut falsifier. Tout autre document qui n’a pas de biométrie tout à fait affirmée a été écarté du processus d’enrôlement sur le fichier électoral. On peut donc dire que c’est une victoire, ça fait longtemps que nos prédécesseurs avaient mis cette question sur les rails, mais n’y étaient pas parvenus. On peut donc dire qu’on a arraché une petite victoire de ce point de vue-là.

Aujourd’hui, pour aller s’enrôler, il faut la CNIB (Carte nationale d’identité burkinabè) ou le passeport ordinaire. C’est un élément extrêmement important.
Maintenant, il y a un certain nombre d’éléments à performer par rapport à ce que nous avions trouvé et l’un des points (puisque nous commençons l’enrôlement à partir du 4 janvier) qui vont être essentiels, c’est l’inscription sur le fichier électoral. C’est un challenge pour nous ; que nous puissions retrouver au moins 40% de 18-30 (personnes âgées de 18 à ans, ndlr) dans le fichier électoral.

C’est un challenge que nous puissions retrouver également sur le fichier électoral, plus de 50% de femmes ; parce qu’elles représentent dans la tranche d’âge concernée par l’enrôlement, près de 70% de la population.

Donc, en récapitulatif, qu’on puisse avoir une inscription des jeunes proportionnelle à leur représentation dans l’état réel de la population (18-30 ans), à savoir, plus de 40% sur le fichier électoral ; que les femmes aussi représentent plus de 50% dans le fichier électoral, ce qui, à mon avis, est conforme à l’état de la population.

Donc, globalement, nous souhaitons que nous puissions quitter l’état squelettique d’aujourd’hui pour nous retrouver avec un fichier électoral conséquent qui va montrer déjà aux acteurs politiques, que les populations se sont approprié le processus et que désormais, ça va être extrêmement important et serré en matière d’attribution et de dévolution du pouvoir.

Lefaso.net : Vous avez porté cette question spécifique d’enrôlement de la frange jeune avec le plan Marshall : « Enrôle ton 18 ans » …

NAB : Effectivement, on s’est dit tout simplement que nous sommes autour de cinq millions d’électeurs sur le fichier électoral. Si chacun devrait enrôler son enfant de 18 ans, nous ne serions pas très loin du gap que nous attendons en interne. Et n’oublions pas qu’à l’étranger aussi, il y a une forte communauté burkinabè.

Là aussi, si les choses se réalisent selon les projections, on pourrait avoir plus de deux millions d’électeurs à ce niveau. Ce sont des éléments sur lesquels, nous pensons qu’il va falloir maximiser. Et après, on reparlera toujours de notre fichier électoral (un aspect extrêmement important) ; parce que, jusqu’à présent, notre procédé par lequel nous renouvelons ou nous faisons une mise à jour du fichier électoral, ne prend pas en compte le fait d’enlever les personnes décédées.

Et ça, c’est une faiblesse. A mon avis, après ce processus-là, il va falloir globalement revenir sur la façon, non seulement de constituer le fichier électoral, mais de le rendre plus dynamique.

Lefaso.net : C’est donc dire que pour ces élections de 2020, il n’y a pas de possibilité d’émonder le fichier électoral des cas de décès ?

NAB : Depuis 2012, le procédé que nous avons mis en place permet seulement de prendre de nouveaux électeurs. Il ne permet pas d’enlever les morts. On ne peut donc pas continuer dans ça, ce n’est pas bon.

Lefaso.net : Vous avez la lourde charge également d’organiser, pour la première fois, des élections étendues aux Burkinabè de la diaspora. Quel est le point de la mise en place des démembrements de la CENI dans les pays concernés et est-ce que tout est sur les rails dans ces juridictions électorales ?

NAB : Selon le code électoral, pour que nous puissions ouvrir un bureau de vote, dans une Ambassade ou un Consulat, il faut qu’il y ait au minimum 500 immatriculés. Ce sont 22 pays où nos représentations diplomatiques remplissent ces conditions. Sur cette base-là, on a pu mettre en place tous nos démembrements à l’étranger.

Actuellement, les commissaires sont dans l’ensemble de ces démembrements et le 4 janvier, nous allons procéder au lancement officiel de l’enrôlement par une cérémonie que nous voulons faire à Abidjan, en Côte d’Ivoire, au Consulat général. Ça va être un tournant extrêmement important de notre démocratie, car ce sera la première fois que nous allons établir, constituer, le fichier électoral des Burkinabè de l’étranger.

A ce jour, les informations qui nous reviennent est qu’il y a une grande mobilisation à l’étranger autour des démembrements et des commissaires qui sont déjà sur place et nous sommes confiants que les choses vont bien se passer. En tout cas, notre diaspora veut prendre à bras-le-corps ce droit qui lui est donné et à mon avis, on devrait avoir de bons résultats.

Lefaso.net : Mais selon des informations, le démembrement des USA est présidé par un acteur politique plutôt que de la société civile. Qu’en est-il exactement ?

NAB : Sur cette question, la loi dit qu’à l’étranger, ce sont les organisations de la société civile, reconnues par les Ambassades ou les Consulats, qui prennent part à la compétition pour la désignation des membres. Donc, nos commissaires se sont adressés aux Ambassades et Consulats qui, d’ailleurs, étaient-là (les premiers responsables) au moment de la mise en place des démembrements. Donc, j’ai entendu cette question.

Mais je pense qu’il faut peut-être y voir aussi quelques rivalités locales. En tout état de cause, ce qu’il y eût fallu faire, si ce que vous avancez était vérifié par ceux qui la portent, c’est de faire un recours, comme le prescrit la loi. Après la mise en place du démembrement, il y avait huit jours pour le contentieux. A l’étranger, nous avons expliqué comment le contentieux se mettait en mouvement.

Il fallait donc écrire sur la procédure que nous avons indiquée et, naturellement, nous aurions, dans les différentes instances, apprécié la question et si l’allégation était fondée, on aurait tout simplement demandé à ce que la composante se réunisse de nouveau et choisisse une autre personne. Cet aspect n’a pas été porté à notre connaissance et à ce jour, nous n’avons pas de raison de penser que les choses n’ont pas été faites selon les règles de l’art.

Lefaso.net : A quoi faut-il s’attendre après le lancement officiel de l’enrôlement à Abidjan ?

NAB : Le 4 janvier, au matin, comme à Abidjan, dans l’ensemble de nos Ambassades et Consulats, l’enrôlement va commencer. Ensuite, nous allons étendre le dispositif en fonction de l’accord que nos Ambassades et Consulats pourront avoir avec les pays hôtes, conformément au protocole d’accord issu du dialogue politique national.

Vous savez qu’avec le code électoral, en vigueur aujourd’hui, on ne peut s’enrôler que dans l’enceinte des Ambassades et Consulats. Le dialogue politique a conclu qu’on pouvait aller en tout autre lieu, mais avec l’accord des pays hôtes. Donc, au fur et à mesure que les accords vont être noués avec les pays, évidemment, nous allons étendre la possibilité d’enrôler en tout autre lieu, que l’enceinte de l’Ambassade ou du Consulat.

Lefaso.net : C’est dire que le gouvernement est attendu sur ce point précis !

NAB : La lettre est déjà partie ; nous avons écrit au ministère des Affaires étrangères pour lui demander d’activer cette entente issue du dialogue politique national.

Lefaso.net : Avez-vous confiance que le processus va se dérouler normalement avec les acteurs ?

NAB : A mon avis, les acteurs sont de bonne foi, il n’y a donc pas de raison d’en douter. Le gouvernement est mobilisé, parce que tout le nécessaire a été mis à la disposition de la CENI. Depuis l’adoption du décret le 25 juillet, nous avons régulièrement bénéficié de toutes les ressources nécessaires au déploiement et au début de l’opération. Donc, nous restons confiants qu’il n’y a pas de raison que cela ne continue pas.

Lefaso.net : En clair, techniquement, la CENI est-elle prête sur cette question ?

NAB : On est prêt depuis un trimestre, voire depuis un an, parce que nous avons travaillé sur plusieurs scénarii et celui-là était le scénario traditionnel sur lequel, la CENI avait toujours opéré. Donc, nous étions toujours techniquement prêts. Il y avait juste le renouvellement du matériel informatique. Les kits d’enrôlement biométriques devraient être renouvelés, et c’est ce que nous faisons. Nous n’avons pas fini de renouveler l’ensemble, mais nous en avons, à ce jour, suffisamment pour pouvoir commencer l’enrôlement à l’étranger.

Lefaso.net : A quand ce processus au plan interne, au Burkina ?

NAB : Le 3 février, l’enrôlement des électeurs va démarrer au niveau national. Mais, de façon successive. Le pays est divisé en trois zones. La première commence le 3 février où nous allons y passer quatorze jours. Nous passerons ensuite à la seconde zone pour également quatorze jours et, enfin, à la troisième zone où nous ferons également quatorze jours. Il y a seulement l’exception de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, où nous restons 21 jours, pour tenir compte du statut particulier de ces deux entités administratives. Sur la première zone, nous aurons près de 4 602 points d’enrôlement.

Cela revient à dire que dans chaque village ou secteur, on aura au moins un point d’enrôlement, qui correspond à un kit biométrique. C’est un point fixe où celui qui veut s’enrôler vient avec sa CNIB ou son passeport ordinaire, nous vérifions par le numéro d’identification personnelle. Si nous établissons la validité du document, nous procédons à la prise des empreintes digitales de la personne, faisons sa photo et nous imprimons une carte d’électeur que nous remettons séance tenante à celui qui vient s’enrôler.

Lefaso.net : C’est la première expérience par laquelle, les élections s’ouvrent à la diaspora ; ce qui rend certainement la tache énorme. N’aurait-il pas fallu une réforme de la CENI pour prendre en compte cette nouvelle donne, notamment par le renforcement de la ressource humaine ?

NAB : Pour une CENI, c’est le format que nous avons et c’est ce format qui est performant. Il y a, pour chaque élection, un personnel d’appoint qui est recruté. Nous avons, depuis octobre, recruté, par la voie de la plateforme électronique, le personnel d’appoint nécessaire. Aussi bien en termes d’opérateurs de kits, c’est-à-dire les agents enrôleurs que d’ingénieurs superviseurs.

Nous avons également recruté par la même voie, ceux que nous appelons des cadres d’appui (un certain nombre de personnel que la CENI a formé depuis les années 2000 sur la maîtrise du processus électoral et auquel nous faisons appel régulièrement).
A ce jour, on a donc un personnel qualifié, temporel pour l’essentiel, qui va nous permettre de faire la mise en œuvre de ce que nous entreprenons.

Lefaso.net : … et au niveau de la diaspora ?

NAB : A ce niveau, les opérateurs de kits de niveau BAC ont été recrutés localement, parmi nos compatriotes. Mais, les ingénieurs informaticiens viennent du Burkina ; parce que ce sont eux qui s’assurent du bon fonctionnement de la valise biométrique et de son incorruptibilité.

Lefaso.net : Parlant de troisième facteur, que vous évoquiez en début de propos, à savoir la sécurité, certains pensent que des élections ne doivent pas être tenues dans ce contexte. Une telle opinion ne vous met-elle pas dans une sorte d’embarras ?

NAB : C’est une nouvelle donne, que nous ne connaissions pas avant. Mais on a des pays voisins qui l’ont connue et qui ont fait avec. Et comme les situations ne se présentent pas de la même façon, il fallait tout simplement, au niveau de la CENI, réfléchir à la question et apporter une réponse endogène, liée à la réalité du phénomène sur notre territoire. C’est pour cela que nous avons, avec l’appui du PNUD (Programme des Nations-Unies pour le développement) et de l’Union européenne, mis en place une commission qui a travaillé sur deux phases.

La première, c’était de voir comment nous allons procéder, à partir du 3 février, à l’enrôlement des personnes déplacées ou comment interagir avec les zones de crise. Cette étude a été menée en tenant compte de deux éléments importants. Il s’agit du continuum des droits des citoyens. Il n’est pas acceptable qu’à la détresse morale et sociale dans laquelle se trouvent aujourd’hui nombre de nos citoyens, on y ajoute également une sorte de privation de droits du citoyen ; il faut que nous maintenions le droit des déplacés.

Il faut également que les circonscriptions ne soient pas modifiées, que nous puissions continuer à élire nos députés dans les provinces et nos conseillers municipaux dans nos communes, pour que ces circonscriptions puissent continuer à fonctionner.

Voilà les deux postulats de base sur lesquels cette préoccupation est conduite. Quand nous allons finir la phase de l’enrôlement, au mois de mars, il y aura la deuxième phase de l’étude qui va donc regarder comment on met les bureaux de vote et comment on comptabilise ces voix afin que, et par rapport à la préoccupation que j’ai exprimée tantôt, on puisse élire des députés dans l’ensemble de nos circonscriptions.

Il s’agit donc de voir, à ce niveau, comment on répartit les voix, comment on les centralise et comment on les calcule. C’est une question préoccupante, qu’on va résoudre avec la deuxième phase de l’étude. Ensuite, et puisqu’immédiatement en 2021, on va organiser les municipales, c’est de voir comment on maintient les circonscriptions, comment faire en sorte que les conseillers municipaux puissent être élus.

Lefaso.net : De façon concrète, un déplacé qui quitte un village de la commune de Barsalgo et qui se retrouve dans la commune de Kaya, il vote dans ce dernier lieu, mais sa voix est rapportée à son village de départ de Barsalogho ?

NAB : C’est à peu près cela ; c’est-à-dire que dans chaque village, nous avons un fichier électoral. Donc, quand un village se déplace, avec les personnes-ressources, le processus va consister à les retrouver. Si nous les retrouvons, nous organisons leur vote pour que le résultat puisse repartir dans le village (de Barsalogho, ndlr). C’est dire que si dans ce village, on doit élire deux conseillers, le vote des électeurs de ce village permet de continuer à choisir ces deux conseillers municipaux. Il en est de même pour la députation.

Lefaso.net : Avec ce transfèrement de voix de leur lieu d’accueil vers leur circonscription d’origine, ne risque-t-on pas de tomber dans le mandat impératif, qui est pourtant interdit au Burkina ?

NAB : Non, pas du tout ; parce que c’est un cas de force majeure. Si la personne pouvait retourner, elle serait retournée. Si on ne fait pas ça, le fait de comptabiliser la voix de la personne déplacée dans sa circonscription d’accueil peut provoquer d’autres problèmes comme un gonflement artificiel du quotient électoral). C’est pour cela que nous sommes obligés de manager pour maintenir les équilibres et permettre, évidemment, que la démocratie puisse fonctionner.

Lefaso.net : 2020 est une année capitale pour le Burkina. Quels sont les rendez-vous importants autour desquels vous appelez à la mobilisation des Burkinabè ?

NAB : Pour les Burkinabè de l’étranger, à partir du 4 janvier, la mobilisation commence. C’est une occasion unique. L’Etat, leur Etat, fait d’énormes sacrifices, malgré la situation dans laquelle il se trouve. Ce sont plus de 25 milliards qui vont être mobilisés sur l’ensemble du processus pour permettre aux Burkinabè de l’étranger, non seulement de s’inscrire sur le fichier électoral, mais également de participer aux élections en 2020. C’est donc un sacrifice énorme et je pense que les Burkinabè de l’étranger devraient en être conscients et, conséquemment, montrer que le jeu en valait la chandelle.

Un deuxième appel, c’est aux Burkinabè de l’intérieur, pour dire qu’à partir du 3 février, nous avons un challenge important qui consiste à amener le fichier à être conforme à l’état de la population. Aux jeunes qui auront 18 ans ou qui ont eu 18 ans depuis 2015 (année de la dernière révision de la liste électorale, ndlr), vous êtes interpellés ; c’est l’occasion pour vous de vous faire entendre.

Mais avant, il faut que vous vous inscriviez sur le fichier électoral. L’inscription est libre certes, mais elle apporte aussi des devoirs citoyens. Inscrivez-vous sur les listes électorales, possédez votre carte d’électeur et au moment des votes, vous déciderez de qui vous voulez.

Mais il est extrêmement important aujourd’hui que cette question soit appropriée par tous les citoyens, toutes les franges sociales ; parce que c’est un challenge, il faut arriver à, à peu près, un fichier électoral aussi important que la base de données de l’ONI (Office national d’identification) qui dit qu’à ce jour, il y a plus de neuf millions de Burkinabè qui possèdent une CNIB et qui peuvent donc s’enrôler sur le fichier électoral. Cela veut dire que la population existe, ce n’est pas fictif. Ça veut dire en réalité qu’on peut avoir un fichier électoral de dix millions, comme nous le projetons, parce que c’est quelque chose qui est basé sur un référent réel.

C’est donc l’enjeu et je pense que tout le monde devrait se mobiliser, surtout que dans des situations difficiles que connaît le pays, je pense que la réponse, c’est la mobilisation et la participation citoyenne.

Lefaso.net : Votre message à l’ensemble des Burkinabè à la faveur du nouvel an ?

NAB : En tant que premier responsable de la CENI, évidemment, mon souhait pour 2020, c’est qu’aussi bien à l’intérieur qu’à l’étranger, les Burkinabè saisissent l’opportunité pour s’enrôler sur le fichier électoral et se préparer à exercer leur droit civique, leur droit de vote.

En interne, nous avons un enjeu extrêmement important de solidarité, du point de vue des droits également, avec les personnes déplacées. La CENI s’engage à tout mettre en œuvre pour leur permettre de ne pas perdre leur droit de vote.

Nous avons aussi un appel à l’endroit des jeunes, pour qu’ils comprennent que la question de la veille citoyenne, c’est effectivement l’exercice du droit civique. Aux femmes, je leur dis la même chose et réitère que l’année 2020 est très importante pour chacune et pour chacun.

Sur ces mots, je souhaite une excellente année à toutes et à tous. Je prie Dieu que la paix revienne dans notre pays, que la sérénité revienne, que la cohésion ne quitte jamais le Burkina Faso. Nous sommes un peuple unique, nous devrions comprendre cela et travailler à faire du Burkina Faso, ce qu’il a toujours été, et ce que nos devanciers ont voulu qu’il soit ; qui fait que, quel que soit le moment, quand on regarde l’histoire particulière de ce pays, on se rend compte que malgré l’adversité de la nature, c’est un pays particulier, qui fait des performances qui surprennent toujours tout le monde.

Interview réalisée par Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

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