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Les femmes et le leadership organisationnel

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Recherches et innovations • • jeudi 4 décembre 2014 à 16h15min

Cet article traite de la question du leadership dans les groupements et organisations en général, et en particulier de la place des femmes dans leurs instances de direction.

La notion de leadership donne lieu à des définitions multiples et contrastées. Par exemple, Stogdill (1974) ne trouve pas moins de onze définitions, et Bennis et Nanus (1985) en recensent plus de 300 (Cornet et Bonnivert, 2008). Au terme d’une revue de la littérature spécialisée, Cornet et Bonnivert définissent le leadership comme la capacité à mener des personnes ou des organisations vers la réalisation d’objectifs. Le leadership renvoie ainsi aux aptitudes d’une personne ou d’un groupe de personnes à diriger, motiver, impliquer, impulser, guider, inspirer et/ou influencer son (leur) entourage. Ces aptitudes sont généralement perçues comme nécessaires et souhaitables pour occuper des positions de management.

La faible présence des femmes dans les fonctions dirigeantes des organisations est fréquemment soulignée dans les études sur le leadership. On s’y interroge par exemple pour savoir pourquoi les femmes ne sont pas assez présentes au sommet de la hiérarchie des fonctions, quel est le profil de celles qui y ont accès et, plus spécifiquement à quels défis les femmes-leaders d’organisations font-elles le plus souvent face ? La réponse aux deux dernières questions nous a été donné lors de notre participation en décembre 2012 à sur le Sur la base du diagnostic des contraintes du genre au sein des associations de la commune de Ouagadougou travaillant dans le domaine de la transformation des produits agroalimentaires et de l’artisanat, formulé à l’occasion de l’atelier de restitution organisé par le Forum National de la Recherche Scientifique et des Innovations Technologiques (FERSIT), cet article vise à montrer que les femmes, dès lors qu’elles ont accès aux instances de décisions au sein des organismes dirigeants des associations, peuvent renforcer leur leadership et créer, au profit d’autres femmes, des opportunités d’apprentissage et de formation, qui sont des étapes indispensables à l’accès à la décision.

Les données sur lesquels nous fondons notre analyse proviennent d’une part du document résultant de l’étude réalisée sous les auspices du FRSIT et d’autre part des travaux de l’atelier de restitution dudit document en décembre 2012.L’article présente d’abord les associations qui ont fait l’objet de l’étude et identifie ensuite quelques aspects de la participation des femmes aux instances de décision.

1. Caractéristiques générales des associations

L’étude a été menée auprès de 25 associations dont 17 féminines (Action mère et enfants, AFLCPI, BadeyaBenkadi, Bien être de la Femme, Groupement NongTaaba, GTPAA TeegaWendé, Merveille du Faso, Nabonswendé, Nayinèré, Nomwendé, Nongtaabanematoulaye, Promo Karité, REHOBOTH, RTCF, Song TaabaYalgré, UMLPLL et Wendsongda)et 8 associations mixtes (ABJSPD, AIRTAE, ASPBN, Cendwane, Fitlait, Lagamtaaba, Relwendé, Shekina) de la commune de Ouagadougou. Les plus anciennes ont été créées il ya 30 ans et les plus jeunes il ya 5ans. La répartition montre que les associations créées il ya 30 à 15 ans sont les plus nombreuses et représentent 60% et la proportion de celles crées après les années 2000, c’est-à-dire de 5 à 14ans d’âge est de 40%. Le nombre de membres par association est très variable entre 5 et 165 pour les associations féminines et 7 à 200 pour les associations mixtes. Les tranches d’âge des membres se situent entre 15 et 30 ans pour les hommes et 31 à 50 ans pour les femmes, traduisant une faible présence en général de jeunes filles au sein des associations.

Les produits transformés par les associations suivant les 9 domaines d’activités, ou filières sont :
-  la filière karité : beurre de Karité, produits cosmétiques,
-  l’arachide : pâte d’arachide
-  le néré : soumbala,
-  les céréales : farine, boisson (dolo de mil), grumeaux de bouillies et de dèguè, couscous, …,
-  le lait : yaourt, lait frais, fromage
-  les légumes : divers condiments secs (oseilles, gombo, tomates, etc.)
-  les fruits : jus et produits séchés, friandise à base de fruits (tamarins, bissap, gingembre, etc.)
-  le coton : Tissage de bande d’étoffe (Faso Dan Fani), tissus teints
-  l’artisanat : divers articles (sacs à mains, articles produits à partir des déchets plastique, etc.)

Sur les 9 filières dénombrées, les quatre qui concentrent les interventions sont : les céréales (11 associations), le karité (10 associations), le coton et le néré (9 associations chacune). En majorité, les associations interviennent dans au moins 2 filières, 60% soit 15 associations. La tendance à transformer plusieurs produits est une pratique courante comme l’indique les produits transformés par filière. De même, les associations qui transforment le beurre de karité, l’arachide, le lait, produisent également du savon (toilette, lessive etc.).

Les modes de transformation sont le séchage, la cuisson, la fermentation, la mouture, l’étuvage, le tissage/teinture et le modelage. Le niveau de transformation est artisanal pour 60% des associations, semi industriel pour 28% et les 12% restants combinent les transformations artisanales et semi-industrielles. Dans l’exercice de leurs activités, les 25 associations ont identifié 20 contraintes auxquelles elles font face dont 5 principales : l’insuffisance de fonds de roulement, le manque d’équipements, l’insuffisance de formation, le manque de local assaini ou de siège, enfin, les difficultés diverses se rapportant à la matière première utilisée (Dama/Balima, 2014).
L’accès des femmes aux instances de décision des associations apparaît comme la principale piste à privilégier en vue de surmonter ces contraintes. Les femmes trouvent que leur plus grande implication tant au niveau interne qu’au niveau national des associations leur permettra de mieux résoudre les problèmes.

2. La participation aux instances de décision

Pour Jacquet (1995), les besoins pratiques et besoins stratégiques sont partie intégrante du concept de genre. Les besoins pratiques, appelés aussi besoins concrets, sont d’ordre matériel. Les besoins stratégiques peuvent être concrets mais ils sont d’ordre politique. La distinction entre les types de besoins doit rester présente à l’esprit dans les études de genre, car les femmes en particulier, ont des besoins stratégiques à combler.

2.1 Au niveau interne des associations

Au sein des associations, la participation aux instances de décision se manifeste prioritairement par l’accès au bureau dirigeant, à des fonctions statutaires : Président/te et vice président/te ; Secrétaire général (e) et Secrétaire général (e) adjoint (e) ; Secrétaire à l’information ; Chargé/chargée de l’organisation ; Trésorier/trésorière et Trésorier adjoint/trésorière adjoint ; Commissaire aux comptes. Outre ces fonctions statutaires, la pratique montre qu’un /une chargé (e) aux relations publiques ou aux relations extérieures ; qu’un /une chargé (e) de la communication et d’autres personnes ressources telles que les conseillers et conseillères (en général des personnes d’expérience) sont désignées pour appuyer le bureau.

Au sein des 25 associations, les femmes ont accès à la prise de décision à travers cette instance. Cet accès est effectif et total pour les 17 associations féminines, puisque l’ensemble des postes de responsabilités est occupé par les femmes. Au sein des associations mixtes elles y ont également accès. Ainsi elles sont présidentes de 5 des 8 associations mixtes et dans toutes les associations mixtes, le bureau compte au moins deux femmes. C’est au sein de ces organes dirigeants que les femmes peuvent influer sur les choix à faire pour atteindre leurs objectifs, notamment la réduction de l’état de pauvreté dans lequel elles se trouvent et la participation au développement du pays.

L’accès aux prises de décisions se manifeste secondairement lors des différentes réunions dont l’Assemblée générale. On dénombre une réunion par mois dans la grande majorité des associations (87%) et une réunion toutes les deux semaines pour 13% des associations. La tenue de ces réunions est effective à 88% tant pour les associations féminines que pour les mixtes.

Ainsi au niveau interne des associations, les femmes arrivent à définir leurs besoins pratiques (en renforcement des capacités matérielles, financières et humaines) comme elles l’ont si bien décrit à travers les contraintes auxquelles elles font face dans l’exercice de leurs activités économiques ; elles parviennent également à proposer des solutions pour les résoudre. La participation des femmes aux organes dirigeants des associations leur confère le droit à la parole, une reconnaissance sociale et l’opportunité d’influer sur la définition des priorités politiques à l’échelle nationale. Les actions de promotion du leadership féminin menées au niveau national par le Ministère de la promotion des femmes et du genre au sein de différents cadres de concertation concourent à l’atteinte de tels résultats.

2.2 Au niveau national

La création du Ministère de la promotion de la femme et du genre impulse la promotion du leadership féminin par différentes actions menées en faveur de l’adoption de la politique nationale genre (PNG) depuis juillet 2009 :
-  l’organisation des Fora nationaux
Instituée en 2010, ils se tiennent tous les 2 ans.
• Le premier forum a eu lieu les 27 et 28 septembre 2010 à Bobo Dioulasso, à la faveur de la célébration du 50ème anniversaire de l’accession du Burkina Faso à l’indépendance. La réflexion menée par les 2 000 délégué(e)s des 13 régions du Burkina Faso sur le thème « la contribution de la femme à l’édification du Burkina Faso de l’indépendance à nos jours :bilan et nouveaux défis »a conduit à l’adoption d’une vingtaine de recommandations visant une plus grande dynamique en matière de genre et d’autonomisation des femmes à la base. Leur mise en œuvre a été confiée aux départements ministériels. Certaines de ces recommandations telles l’obtention de matériels modernes de transformation des noix de karité, l’appui à la commercialisation de la production ; la création d’une banque pour le financement des activités génératrices de revenus, prennent en compte les préoccupations des 25 associations qui font l’objet de la présente étude. L’atelier « bilan de mise en œuvre des recommandations du Forum de 2010 », tenu en avril 2012 à Ouagadougou, a présenté quelques résultats de mise en œuvre au sein des départements ministériels ;
• Le second forum national dont le thème était « Prise en compte des femmes dans la mise en œuvre de la Stratégie de Croissance Accélérée de Développement Durable (SCADD) » s’est tenu à Ouagadougou du 13 au 14 septembre 2012. Les cellules genre des départements ministériels y ont participé. Il a permis de formuler de nouvelles recommandations et de poursuivre celles en cours.

-  la création des Cellules genre au sein des départements ministériels et institutions

Instituées en 2012, ces nouvelles structures dont l’objectif est de promouvoir la politique nationale genre au sein des départements ministériels et institutions, assurent aussi le renforcement des liens entre les ONG et associations féminines et les départements ministériels. Outre les échanges directs au cours des différents ateliers et Fora ; on observe un renforcement de liens accru entre les différents acteurs au sein d’autres cadres de concertations, telles que les plateformes d’innovation mises en place à l’échelle du pays.

Conclusion

Les instances de décision sont des lieux de pouvoir. L’accès des femmes à ces instances les rend capables de définir elles-mêmes leurs objectifs, de s’impliquer pleinement dans les processus de prise de décisions économiques et sociales. Elles peuvent ainsi mieux s’engager dans la formulation des politiques et de prises de décisions à tous les niveaux. Cette participation doit être effective au sein de différentes directions : associations, comités villageois de développement, collectivités territoriales, plateformes, etc. Ce droit reconnu aux femmes à titre individuel ou collectif de participer aux décisions qui les concernent ne doit pas rester théorique. Si le leadership est associé aux compétences reconnues à une personne (un leader) ou à un groupe de personnes dans leur aptitude à diriger, motiver, impliquer, impulser, guider, inspirer et/ou influencer son entourage ; cela exige des femmes qu’elles cherchent à renforcer leur compétence pour y arriver.

M. Mariam Dama/Balima
INERA/ Département Gestion des Ressources Naturelles et Systèmes de Productions (GRN/SP)
Année 2014

Bibliographie

CORNET Annie, BONNIVERT Stéphanie (2008) : De l’importance d’introduire les contextes culturels et nationaux pour comprendre la relation leadership et genre.
Fonds Mondial pour les femmes (2014) : Atelier de diffusion de la recherche portant sur les femmes rurales à l’avance : une initiative d’apprentissage pour relier les femmes rurales et influencer les agendas politiques et les programmes des bailleurs de fonds, 24 juillet 2014, Ouagadougou.
JACQUET Isabelle (1995) : Développement au masculin/féminin- Le genre, outil d’un nouveau concept, Editions l’Harmattan, Paris, 192 p.
KASYA Joséphine(2008) : Défis auxquels font face les femmes leaders au sein des gouvernements locaux- expérience de l’Ouganda. « Renforcement du Leadership féminin au sein du gouvernement local pour garantir l’efficacité de la Gouvernance locale et de la Réduction de la pauvreté en Afrique : Rôles, défis et stratégies » Yaoundé, Cameroun 26 – 27 mai 2008.
MRSI/FERSIT Burkina Faso (2012) : Diagnostic des contraintes du genre au sein des associations travaillant dans le domaine de la transformation, commune de Ouagadougou – Province du Burkina Faso ; rapport pour l’atelier de validation par Kadidia TALL/KAREMBEGA
TIENDREBEOGO/KABORET (2000) : La participation des femmes africaines aux processus de prise de décision : réalités et perspectives ; communication au Conseil Economique et Social, Ouagadougou, Burkina Faso, 18p.

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