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L’Opposition et les élections couplées

Accueil > Actualités > Politique • • jeudi 23 février 2012 à 00h45min

Comment vaincre le signe indien Le Chef de file de l’Opposition multiplie les rencontres avec des acteurs divers et pour objet le même point : les conditions d’organisation des élections législatives et municipales de 2012 au Burkina. Si les élections en Afrique et surtout au Burkina Faso se gagnent ou se perdent à partir de la préparation, il faut souligner que l’opposition burkinabé a tout intérêt à se battre pour des meilleures conditions d’organisation. Cependant les meilleures conditions ne font pas forcement l’affaire de l’opposition.

Après sa rencontre avec l’équipe de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), puis l’audience à lui accordée par le chef du gouvernement Luc Adolphe TIAO, Me Bénéwendé Sankara était tout dernièrement avec des missionnaires onusiens pour évoquer les élections prochaines au pays des hommes intègres.

« Il s’agit d’une mission d’écoute, de rencontre avec les acteurs du processus démocratique. Nous sommes venus échanger sur la situation actuelle et recueillir les attentes à l’endroit de la communauté internationale ». C’est en substance l’objet de la mission, exprimé par Simon-Pierre Nanitelamio qui a conduit la mission du système des Nations Unies, forte de quatre personnes dont la Directrice du PNUD / Burkina Ingrid Cyimana. Cette mission répondait aussi aux sollicitations du gouvernement burkinabè et de la CENI qui attendent tout l’appui nécessaire des partenaires pour faire face aux exigences financières et techniques de l’enrôlement biométrique des électeurs, du renforcement de capacités des acteurs du processus électoral, de la sensibilisation pour une participation citoyenne de tous.

Demandeurs de la biométrie depuis belle lurette, Maître Bénéwendé Sankara et ses collaborateurs ont égrené les préoccupations de l’opposition sur l’organisation et le succès certain de ces consultations électorales à venir. Dans un bref aperçu, ils ont rappelé que dans un contexte où depuis vingt (20) ans nous évoluons dans un semblant d’Etat de droit marqué par l’organisation régulière d’élections, les gagnants ont toujours gagné. Bien entendu par le truchement très probable de la porosité du fichier électoral mais aussi de la conduite globale des processus électoraux.

Selon le Chef de file de l’opposition, la volonté affichée du gouvernement d’accepter l’introduction de la biométrie répond bien au contexte international qui impose aux Etats un minimum de conditions dans la conduite des affaires publiques. Conséquence, le gouvernement a accepté ce qu’il a toujours refusé : l’introduction de la biométrie. Ce qui constitue une avancée à l’actif de l’opposition qui attend maintenant de la CENI un agenda définitif du processus électoral ; le choix de l’opérateur ayant été déjà entériné par le gouvernement.

L’Opposition a profité de la mission onusienne pour faire un point de ses besoins : la prise en charge des délégués des partis politiques dans les bureaux de vote est une exigence pour créditer la sincérité des élections : « nous demandons seulement une égalité pour que de toutes parts, on suive la sincérité du scrutin » a expliqué Maître Sankara. La couverture de tous les bureaux de vote aussi bien par la majorité que par l’opposition permettra d’éviter les trucages, les fraudes, la corruption que l’on connaît de par le passé et d’en arriver à des transitions qui respectent les valeurs de la démocratie. L’argument que les partis politiques bénéficient de financement qui leur permettrait de s’occuper de leurs délégués dans les bureaux de vote est nettement battu en brèche car seulement cinq (05) partis politiques sont concernés. Il faut donc, sans calcul malhonnête, accepter prendre en charge tous les délégués de l’opposition comme ceux de la majorité. Autrement, la biométrie seule ne sera pas suffisante pour garantir une transparence optimale des élections.

Sous l’angle des compétences, l’opposition s’inquiète qu’à ce jour, il y ait un seul ingénieur et un maintenancier à la disposition de la CENI. Or, la biométrie doit être protégée. Dans ces conditions, comment la CENI arrivera-t-elle à contrôler le fichier qui sera conçu par l’opérateur, au-delà de la confiance dont elle jouit aux yeux de l’opinion ? Il faut pour ce faire que dans le cadre élargi d’un éventuel renforcement des capacités, la question de compétence du personnel soit prise au sérieux.

D’autres questions à l’instar de la formation des électeurs (80% d’analphabètes), la dépolitisation de l’administration, l’exploitation de la pauvreté des populations, la distribution des gadgets, l’acquisition des actes d’état civil, le traitement de l’information, l’application des quotas ont également été évoquées et discutées.

Le chef de file de l’Opposition malgré les difficultés, son institution fait son « travail », il traduit aussi cette volonté des partis politiques (opposition en particulier) à lutter pour que les élections au Burkina Faso soient organisées dans les meilleures conditions possibles. Cette opposition voudrait bien évidemment tirer des dividendes politiques et légitimes. Il reste que l’opposition si, elle désire remporter des victoires ou battre plus précisément le CDP et son monde hétéroclite, devra aller au-delà de certaines conditions.

L’opportunité à saisir

Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) se prépare activement pour son prochain congrès ordinaire en début mars 2012. Déjà, les instances du parti au niveau local sont en train de connaître des renouvellements avec plus ou moins de bagarres entre des factions ; ces bagarres prouvent le manque de sérénité au sein du parti au pouvoir. Il faudrait se rappeler que les congressistes du CDP devraient réfléchir sur la vie du parti et adopter les stratégies pour les élections couplées de 2012.

Le parti qui dirige le Burkina Faso depuis plus d’un quart de siècle est à la croisée des chemins et se cherche une certaine virginité politique. La crise sociopolitique de 2011 a encore montré que le CDP, tout comme le Président du Faso qu’il supporte, est dans la dynamique des « has been » qui n’ont plus grand-chose à proposer à la Nation. L’ambiance même au sein du parti demeure délétère. L’ambition du CDP pour cette année 2012 sera donc de transcender cette situation inconfortable pour espérer rester au devant de la scène politique en commençant par remporter les élections à venir.

On se rappelle qu’aux élections législatives et municipales qui ont eu lieu après les évènements de Sapouy, le CDP avait perdu beaucoup de sièges à l’Assemblée et dans les municipalités, victime de la grogne sociale qui a accompagné l’assassinat de Norbert Zongo et ses camarades. Il est fort probable qu’il en soit ainsi en 2012 et cela pourrait être une occasion pour l’électorat de sanctionner une fois de plus et de façon remarquée le parti au pouvoir. Avec les alternances démocratiques ou forcées qui ont été constatées dans le monde et chez des voisins ouest-africains l’année dernière, sanctionner le CDP relèvera de la logique.

Mais pour que le CDP soit sanctionné ou pour qu’une révolution au niveau de l’Assemblée et des municipalités soit une réalité au Burkina Faso, il faudrait une seule chose principalement : un travail acharné des partis politiques de l’opposition dans le sens de convaincre les électeurs d’une part, mais aussi une stratégie et une tactique se fondant sur la réalité géographique du terrain d’autre part. Cette opposition est, il faut le dire, toujours critiquée de toute part comme n’étant pas crédible et minée par des intérêts égoïstes. Cette image qui lui colle à la peau est le premier facteur de son échec dans les échéances électorales. Ce n’est pas le CDP qui gagne les élections, c’est l’Opposition qui les perd comme dirait un certain professeur. Le problème est que l’opposition semble ne rien entreprendre pour changer cette image. Cela fait forcement l’affaire du parti au pouvoir.

Pour cette année 2012, l’opposition burkinabé a une opportunité et doit la saisir pour montrer aux électeurs qu’elle est à même de leur proposer quelque chose de substantielle en terme de projets de société qui impactent les conditions de vie des citoyens. Il lui faudra, pour ce faire, une meilleure organisation ; des messages mieux élaborés qui attirent et qui s’adaptent ; des actes cohérents qui prouvent et s’éprouvent. La mise en commun rationnelle des forces dans les zones où il est plus facile de prendre des voix (c’est le cas des grands centres urbains). La capacité à mobiliser les électeurs au maximum car si le CDP gagne les élections successives c’est à cause aussi du fait que ses partisans s’inscrivent plus que ceux des autres partis. L’exemple de la présidentielle de novembre 2010 est patent. L’opposition burkinabé a pratiquement abandonné la campagne d’enrôlement des électeurs aux mains du parti au pouvoir si fait que les inscrits étaient dans leur large majorité du CDP. Conséquence, il gagne les élections dont les conditions d’organisation étaient déjà impropres, avec un score « habituel » mais qui ne signifie pas forcement qu’il maîtrise l’électorat.

Autrement dit, pour gagner ou à défaut pour améliorer son score aux élections municipales et législatives prochaines, l’opposition doit faire preuve d’activisme politique positif qui exploite les faiblesses du CDP ; qui convainc l’électorat

Par Michel NANA

Par Bendré

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