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Groupe parlementaire J&D : « Ne pariez pas sur notre implosion »

Accueil > Actualités > Politique • • mercredi 23 juin 2004 à 09h27min

Nouveau président, depuis quelques semaines, du groupe parlementaire Justice & Démocratie (J&D), Philippe Ouédraogo se prononce sur la passe d’armes télévisuelle qui a opposé le samedi 5 juin 2005, deux de ses camarades, en l’occurrence Laurent Bado et Me Bénéwendé Sankara. Et donne son avis sur deux sujets qui agitent l’opinion et la classe politique : le candidat unique de l’opposition et la probable candidature de Blaise Compaoré à la présidentielle de 2005.

Vous venez d’être porté à la tête du groupe parlementaire « Justice et Démocratie (J&D) » ; dans quel état avez-vous trouvé ce groupe ?

• Je voudrais d’abord profiter de votre journal pour remercier les députés du groupe parlementaire « Justice et Démocratie » pour la confiance qu’ils ont placée en moi pour assurer la présidence de notre groupe parlementaire pour une année. Comme vous savez, le groupe parlementaire vient de connaître trois situations singulières.

D’abord le nombre de ses membres est passé de 15 à 13 puis à 20, et il devient le groupe le plus important après celui du CDP. Ensuite, les responsabilités qui pouvaient lui être confiées au sein du bureau de l’Assemblée nationale ont été, malgré son importance numérique, largement amputées comparé à ce qu’il assurait antérieurement : cela l’a conduit à refuser la portion congrue que le CDP voulait lui réserver dans le bureau de l’Assemblée.

En effet, le groupe parlementaire du CDP, conformément aux dispositions du règlement intérieur, qui accorde un pouvoir absolu à la majorité, fait la pluie et le beau temps sur toutes les questions relatives à l’organisation de l’Assemblée nationale. Enfin, l’atmosphère au sein de notre groupe parlementaire « Justice et Démocratie » se ressent des désaccords survenus entre deux de nos membres les plus importants, désaccords exprimés par la voix des médias, ce qui leur donne une résonance qui gène sérieusement notre travail.

Rappelez-nous le nombre de formations qui composent le groupe J&D...

• Les députés de notre groupe parlementaire sont issus des sept (7) formations politiques suivantes : CDS, CNDP, CPS, PAl, PAREN, UNDD et UNIR/MS. Ils sont donc issus de sept partis différents, mais ils ont décidé, en toute conscience, d’organiser ensemble leur travail au sein de l’Assemblée nationale, sur la base d’objectifs communs clairement identifiés, consignés dans la Charte de création du groupe, qu’ils ont tous approuvée individuellement, et qui justifient l’appellation du groupe : c’est la promotion de la démocratie tant au sein du Parlement que dans la vie politique, sociale et économique burkinabè, c’est la promotion de la justice sociale au Burkina Faso.

Quand on sait qu’il y a dans ce groupe des sankaristes, des communistes, des libéraux, etc., n’est-ce pas finalement un panier à crabes où chacun joue de la pince ?

• Nous sommes, je crois, tous conscients à la fois de nos différences idéologiques, de la différence de nos parcours politiques, et même parfois de la rivalité propre des ambitions politiques que nous pouvons nourrir pour nos partis spécifiques ou pour les individus que nous sommes. Ne pas en être conscient, ce serait faire preuve d’un manque d’intelligence qui, à ce niveau, aurait été plutôt inquiétant. C’est pourquoi nous convenons délibérément de mettre l’accent sur ce qui nous réunit dans le groupe parlementaire et qui est clairement énoncé dans notre Charte ; c’est pourquoi lorsque des situations menacent la cohésion du groupe comme actuellement, chacun s’investit pour contribuer à résoudre le différend.

D’un autre côté, nous cherchons, en tant que députés, dirigeants ou non de partis, à aider à faire progresser la communauté des objectifs politiques des partis d’opposition dont nous sommes issus. L’image de notre groupe parlementaire est donc loin de celle d’un panier à crabes. Il reste que la cohésion, l’unité, le rassemblement sont toujours le fruit d’un travail conscient où la volonté de réussir doit toujours être présente.

La seule opposition à Blaise peut-elle constituer un programme politique pour un groupe aussi disparate ?

• Je ne crois pas que l’opposition à Blaise Compaoré soit ce qui nous unit dans le groupe parlementaire JUSTICE ET DEMOCRATIE. Non, il faut voir les choses au-delà des attitudes un peu folkloriques et caricaturales que certains peuvent adopter, et au-delà des simplifications et déformations que certains peuvent en donner. Nous sommes dans des partis d’opposition parce que nous pensons que nous pouvons proposer autre chose au pays, autre chose qui respecte mieux les droits des citoyens tels qu’ils sont effectivement inscrits dans la Constitution, autre chose qui réponde mieux aux problèmes que vivent les citoyens de ce pays, autre chose qui correspond à une meilleure insertion du

Burkina dans la marche générale du monde aujourd’hui. Mais nous n’avons pas dit que nous avons proposé au niveau du groupe parlementaire « Justice et Démocratie » un programme politique de l’opposition. Encore une fois, cela c’est la responsabilité du regroupement des partis de l’opposition, et je ne crois pas dévoiler un secret en disant qu’ils y travaillent.

Ainsi que vous le disiez plus haut, récemment deux députés du groupe, notamment Me Sankara et le Pr Laurent Bado, se sont insultés publiquement sur Canal 3. Quel commentaire en faites-vous ?

• Je dirai que c’est malheureux, et que cela nuit à l’objectif de renforcement, de cohésion de notre groupe parlementaire et de regroupement de l’opposition. Mais je pense que nous sommes tous, y compris eux-mêmes, conscients des risques que cette situation comporte pour les objectifs que nous poursuivons ensemble, et notamment de l’exploitation grossière qui peut en être faite par nos adversaires. C’est pourquoi nous considérons comme un devoir urgent de rappeler à chacun ses responsabilités politiques.

Etes-vous de ceux qui soutiennent que Bado est un « opposant gâteau » ?

• Franchement je ne sais pas ce que ça veut dire « opposant gâteau ». De toutes façons, et quel que soit le sens qu’on donne à ce terme, je pense qu’une franche discussion, sans faux fuyant et portant sur l’essentiel des questions qui se posent aujourd’hui concrètement à l’opposition, montrera qu’il n’y a, dans tout ce bruit, amplifié comme je l’ai dit parce qu’il a eu lieu devant les médias, plus des différences de stratégie que d’objectifs. Je crois que nous pouvons faire confiance en l’intelligence de chacun des deux protagonistes de ce débat public pour qu’ils calment le jeu et que la discussion aborde plus sereinement les vraies questions, plutôt que les facettes les plus subjectives de la controverse.

Le moins qu’on puisse dire est qu’après cette passe d’armes, l’ambiance au sein du groupe doit être tendue...

• Vous savez, cette passe d’armes comme vous dites, est intervenue quasiment en même temps que la clôture de la session parlementaire. C’est donc depuis, une période de faible fréquentation de l’Assemblée par les députés de notre groupe parlementaire. Comme vous savez, les choses sont ainsi faites à l’Assemblée nationale que nous ne disposons que d’un bureau pour tous nos vingt membres. Travailler à l’Assemblée est donc impossible pour nous. Nous ne nous y retrouvons que pour des réunions ou juste avant une séance plénière de l’Assemblée. Dans ces conditions, il m’est difficile de sentir ce que vous appelez l’ambiance au sein du groupe.

Après de telles extrémités, la cohabitation au sein du même groupe est-elle encore possible ?

• J’ai souvent discuté de l’incident avec les députés du groupe parlementaire que je rencontre. Mais plutôt que de nous morfondre sur la situation, c’est plutôt ce qu’il convient de faire pour la dépasser qui nous préoccupe. Vous savez, nos membres sont des gens intelligents, qui savent, avec éventuellement du recul, juger de ce qui est essentiel et de ce qui ne l’est pas. Je crois donc que chacun, y compris les premiers concernés, saura vite avoir une vue réaliste de la situation et de ce qu’il convient de faire. C’est pourquoi, pour ma part, je n’ai pas de crainte particulière pour la cohabitation au sein du groupe.

Ne s’achemine-t-on pas vers une implosion de J&D ?

• Franchement, je ne conseille à personne de parier sur une telle implosion ! Elle n’aura pas lieu parce que ce n’est l’intérêt de personne au sein du groupe. De toutes façons, attendons et nous verrons.

En tant que président de ce groupe, quelle est votre position sur la candidature unique de l’opposition qui divise les adversaires du parti au pouvoir ?

• En tant que président du groupe parlementaire « Justice et Démocratie », je n’ai pas de position sur cette question, car notre groupe parlementaire n’est pas compétent pour en discuter. En tant que Secrétaire général du PAl, d’un parti qui est partie prenante de ce regroupement que certains appellent R14 ou Alternance 2005, même si ces appellations n’ont aucun caractère officiel, j’épouse la position arrêtée à la suite des discussions que nous avons eues ensemble. Dans ce regroupement, nous avons estimé qu’à défaut d’une candidature unique du regroupement, nous pourrions admettre une deuxième ou à la limite trois candidatures. Cette position nous a semblé plus sage et plus réaliste, plutôt que de vouloir de toutes forces, sachant ce que nous sommes et d’où nous venons, chercher dogmatiquement la candidature unique de l’opposition.

D’aucuns pensent que si l’opposition s’acharne contre la probable candidature du président sortant c’est parce qu’il n’y aurait pas en face quelqu’un pour troubler son sommeil. Qu’en pensez-vous ?

• Vous savez, en 1998, personne ne s’est acharné comme vous dites sur la candidature du Président sortant : à l’époque, la réclamation portait sur l’institution d’une CENI véritablement indépendante. Actuellement, l’opposition rejette sa candidature parce que la restriction à deux mandats consécutifs était clairement inscrite dans la Constitution de 1991, et qu’elle avait sa raison d’être.

Chacun connaît la propension des chefs d’Etat africains à s’éterniser au pouvoir, à considérer la présidence comme un pouvoir de droit divin, et comme un pouvoir familial, et à tout faire, y compris par les moyens les plus inacceptables, pour garder le pouvoir.

Parallèlement, il y a la propension des courtisans à le convaincre que sans lui, le pays ne pourrait pas être gouverné. C’est en sachant tout cela que les constituants de 1991 ont inscrit la limitation dans l’article 37 de la Constitution.

Mais comme vous voyez, cela n’a pas manqué ! La première modification de la Constitution faite par le régime a visé essentiellement l’article 37 ! La pression populaire qui a dénoncé la malgouvernance dans le pays, à la suite du ras-le-bol exprimé après l’assassinat le 13 décembre 1998, de Norbert Zongo et de ses compagnons, a permis qu’on revienne à la rédaction initiale de l’article 37.

Mais ce n’est pas pour que le Président actuel s’autorise, à la suite de contorsions pseudo-juridiques de ses partisans ou de nouvelles autruches politiques, à s’éterniser sur quatre mandats successifs ! Soyons sérieux ! Si Blaise Compaoré s’autorise à se présenter à nouveau en 2005, les démocrates qui n’auront pas élevé la voix pour s’y opposer devraient, à partir de là, avoir un sommeil troublé.

Car ils auront, par leur silence ou leur pusillanimité, autorisé Blaise Compaoré, avec l’aval de ses courtisans les plus intéressés, à violer sciemment l’esprit même de l’article 37 de la Constitution. Les partis de l’opposition se refusent, quant à eux, à être complices d’une telle compromission.

Je voudrais pour terminer remercier votre journal pour le travail qu’il accomplit régulièrement à côté des autres médias qui l’ont rejoint, pour l’information large de ses lecteurs. Je vous remercie vous-même d’avoir prêté attention à la situation de notre groupe parlementaire dans les conditions actuelles. J’espère que nous retrouverons votre journal toujours à nos côtés, rendant compte des questions qui concernent notre groupe parlementaire. A vous et à votre journal, je souhaite enfin bon courage

Propos recueillis par Cyr Payim Ouédraogo
Sidwaya

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