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Laurent Ghilat Paré : L’Abbé Emile Simboro apporte un éclairage sur son père Michel

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Publié le mercredi 27 mars 2024 à 20h00min

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Laurent Ghilat Paré : L’Abbé Emile Simboro apporte un éclairage sur son père Michel

A la suite de notre article sur Laurent Ghilat Paré, pionnier de l’église et de l’enseignement de la Haute Volta, l’Abbé Emile Simboro, du diocèse de Dédougou, apporte ce complément qui porte notamment sur Michel de Kawara, le père de Laurent Ghilat Paré.

Un cadet de Dii Alfred dans la mission, Michel de Kawara, père de Laurent Ghilat

Il faut rappeler que les Missionnaires, communément appelés Pères Blancs, arrivent pour la première fois au Soudan français, plus précisément à Ségou le 1er avril 1895 où ils fondent la toute première mission d’évangélisation. Le 21 mai 1895, ils fondent également un deuxième poste de mission plus au nord, à Tombouctou. Une de leurs activités principales était la lutte contre l’esclavage qui constituait un véritable fléau à cette époque. C’est ainsi qu’ils ont créé des orphelinats et des villages de libertés où ils accueillaient les esclaves soit rachetés par eux-mêmes, soit à eux confiés par les colons, soit des fugitifs.

C’est dans ce cadre qu’on peut situer l’histoire du papa de M. Laurent Ghilat Paré, un des auxiliaires des premières heures de l’évangélisation. Il fut victime de la recrudescence de l’esclavage après la deuxième mission combien dévastatrice de la colonne Voulet en pays san et marka en novembre 1896, revenant de Ouagadougou, tombé le 1er septembre de la même année. On peut supposer qu’à cause de la famine provoquée par la destruction systématique des champs et des greniers de tous les villages insurgés comme Da et Kawara, le papa de Laurent Ghilat a été vendu lui aussi, de même qu’un de ses petits frères qu’il retrouvera providentiellement à Ségou sous le nom d’André. Ce garçonnet avait d’abord séjourné à l’orphelinat de la mission de Tombouctou avant d’être transféré à Ségou le 16 mai 1898 (Diaire de Ségou, 16 mai 1898).. Malheureusement les chroniqueurs des postes de mission ne parleront plus de lui.

Comme beaucoup d’autres esclaves, le papa de Laurent Ghilat a eu la chance d’être libéré par un officier colonial qui le confia le 29 mai 1899 aux Pères de la mission de Ségou au Mali d’après le diariste du poste : « Aujourd’hui dimanche, l’adjudant Beaurin de l’infanterie de Marine nous amène un jeune Samo d’une dizaine d’années. Samo prétend qu’André, un de nos enfants, est son petit frère. André affirme ne pas le connaître tout d’abord et finit par admettre que la chose est bien possible ». Il portera le nom de Michel et sera baptisé le 15 août 1902 dans la mission de Banankourou à 20 km de Ségou où Dii Alfred aussi évoluait.

Le 13 mars 1903, Michel quitte le Mali pour la mission de Ougadougou en compagnie d’une dizaine d’autres auxiliaires et enfants. En effet, le mémorialiste du poste de Banankourou écrit à cette date : « Un de nos enfants, Michel, originaire du pays des Samogho se joindra à la petite caravane d’enfants qui part de Banankourou pour se rendre à la mission de Ouagadougou ». (Diaire de Banankourou, 13 mars 1903).

Lire aussi : Laurent Ghilat Paré : Un pionnier de l’église et de l’enseignement de la Haute Volta

Malgré toutes les difficultés que va connaître la jeune mission de Ouagadougou à cette époque, Michel fait partie des rares auxiliaires venus du Mali à rester très fidèle aux Missionnaires. Il se marie le 6 juin 1907 à Ouaga comme le rapporte le diariste du poste : « Mariage de Michel venu de Ségou, il y a 4 ans, avec Anne, orpheline élevée à la Mission. Ils s’établissent au village » (Diaire de Ouagadougou, 7 juin 1907).

C’est Dii Alfred lui-même qui dans un entretien enregistré en 1974, nous donne plus de détails sur la vie de ce brave ouvrier de l’évangélisation. Selon lui Michel était de Kawara, village voisin de Da. Et à son interlocuteur qui lui demandait s’il a connu Michel, il pose à son tour, la question suivante : « Vous connaissez Laurent à Ouagadougou ? On l’appelle Laurent... Il est le fils de Michel ». Celui-ci l’aide à trouver le nom Ghilat et Dii ajoute : « Oui, Laurent GHELAT. Son père est de Kawa. Il vient d’ailleurs de construire une maison à Kawa ».

Rome le 27 mars 2024

Abbé Emile SIMBORO

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Messages

  • Ma mère m’a raconté aussi, cette histoire : « la maman Anne mère de Laurent Ghilat, était une Ragana » (Dagomba dans les récits historiques des origines des Peuples venus du Ghana comme les Mossé par exemple). Puis elle a ajouté qu’elle fut, elle et bon nombres des femmes chrétiennes comme Cécile la tante de Joseph Ky-Zerbo, la maman Sophie (une bissa) sa mère adoptive et la maman Nathalie (une gourounsi de Pô) sa marraine et bien d’autres : Antoinette, Augustine, Élisabeth, Caroline…, furent des auxiliaires précieuses des sœurs blanches quant à la formation spirituelles des filles qui avaient fui les maris du village et que Mgr Thevenoud recueillait et les confiait aux sœurs qui en firent les fameuses tisseuses, aux doigts agiles comme des fées, des tapis qui ont eu une renommée, je dirai internationale. Un métier qui correspondait parfaitement à la mentalité traditionnelle et coutumière du pays et qui voudrait qu’une bonne épouse soit également une bonne fileuse de coton. Ces filles donc quand elles se préparaient au mariage passaient quelques mois ou une année entière chez ces auxiliaires, où elles étaient initiées à la vie familiale, l’entretient et la propreté dans le ménage, les soins de bébés, bref tout ce qui pouvait concerner un bon foyer : discipline, l’éducation des enfants, respect entre les époux et aussi des visiteurs et la gaieté, avec cette caractéristique traditionnelle et que l’Église a su mettre en valeurs et en évidence : Celle que rien ne se décide et ne s’exécute sans le dernier mot avisé de l’épouse.

    Soit dit en passant il y avait une autre personnalité dans le même quartier de Saint Léon à Ouagadougou qui a subit le même sort que Di Alfred, mais à une nuance près : Il s’agit de Joseph Badoua, le grand-père des Zomodo. Lui paraîtrait-il fut exporté jusqu’en Amérique. Mais sa libération dont ma mère m’a racontée l’histoire comporte deux faits importants : Soit c’est parce qu’il a été fait chrétien, soit ce fut suite à l’abolition de l’esclavage en Amérique. Libéré donc, il ne voulut guère rester là-bas. Alors, d’investigation en investigation et par morceau de pays, il put ainsi après mille risques et dangers rejoindre son terroir natal et s’installa dans l’un des quartiers saints que l’église avait acquis pour ses convertis.

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