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Procès Sankara et compagnons : Quand les réclamations « fantaisistes » fâchent les avocats de la défense !

Publié le lundi 25 avril 2022 à 22h56min

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Procès Sankara et compagnons : Quand les réclamations « fantaisistes » fâchent les avocats de la défense !

L’audience sur les intérêts civils dans le cadre du procès Thomas Sankara et douze de ses compagnons, s’est, finalement, tenue ce lundi 25 avril 2022 devant le tribunal militaire.

Elle a donc été consacrée à la demande de dédommagement des parties civiles. L’Etat, cité dans le procès comme civilement responsable, s’est aussi constitué partie civile. Pour ce faire, l’agent judiciaire de l’État (AJE), représentant de l’État, réclame la somme d’un milliard 145 millions de FCFA aux condamnés au titre de dommages et intérêts (l’Etat estime que ce sont ses biens : armes, véhicules, carburant, etc.) qui ont été utilisés en cette après-midi de jeudi 15 octobre 1987 pour perpétrer le coup d’État. « Qui allègue doit prouver », a rappelé Me Mathieu Somé, un des avocats de Gilbert Diendéré, soulevant ainsi l’impératif pour l’Etat de justifier la somme avancée.

C’est parcourant les pièces justificatives fournies par l’Agent judiciaire de l’État, que Me Latif Dabo, également avocat de Gilbert Diendéré, va se révolter de lire parmi celles-ci, des factures de la "consolatrice" portant consommation de beauforts, de sucreries, de frites, de poulets, d’eau, des notes sur la confection de tenues abacost pour la sécurité rapprochée du juge d’instruction, l’érection d’une guérite devant la porte du juge d’instruction à trois millions de FCFA, d’achats de fourchettes, tasses, thé, 70 tickets de 5000 FCFA, etc.

"Tant qu’il s’agit de Sankara, on peut tout utiliser. Tout est fait comme si la justice militaire n’existait pas. Pourtant, cette même justice a tenu le procès du putsch, le procès Yimdi, des audiences foraines (si je ne me trompé). La défense demande donc de faire ressortir le lien de causalité entre ces factures de consommation et le dossier Sankara et compagnons. "Les gens ne vont pas prendre l’argent du contribuable pour aller faire la fête et puis venir faire payer au nom du procès", a appuyé Me Olivier Yekouni.

Des propos que l’agent judiciaire de l’État rejette en expliquant que pour ce procès emblématique, aucun moyen nécessaire à sa réalisation n’était de trop. "Ils auraient (avocats de la défense, ndlr) souhaité que ceux chargés du dossier soient affamés, assoiffés et qu’ils abandonnent le dossier. (...). L’État a mis les moyens pour chercher la vérité. Même si c’était de la vodka ou du whisky par lesquels il fallait passer pour la manifestation de la vérité, l’État les aurait donné", rétorque l’agent judiciaire de l’État, insistant que la défense espérait que le procès n’ait pas lieu.

Comme en réponse et également aux avocats des parties civiles, l’AJE affirme que l’État est plutôt victime des évènements du 15 octobre 1987, il ne saura donc être tenu pour civilement responsable. « Notre qualité de victime n’est pas à démontrer, elle est clairement établie », convainc-t-il avant d’indiquer que l’État n’a pas formé les militaires pour qu’ils viennent faire des coups d’État.

Pour les demandes d’indemnisation des familles des victimes, les avocats de la défense ont soutenu que hormis la famille de Thomas Sankara, et dans une moindre mesure, celle de Frédéric Kiemdé, toutes les autres ont été indemnisées en 2022 dans le cadre du Fonds d’indemnisation des victimes des violences en politique. Ce qui n’est pas partagé par des avocats des parties civiles pour qui, la démarche sus-évoquée par la défense ne saurait faire office d’indemnisation telle que requise dans ce procès.
Après les débats, le tribunal va trancher l’ensemble de ces questions, le 10 mai 2022 à 10h.

O.L

Lefaso.net

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