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Extractions aurifères : « L’exploitation minière a été un malheur pour Poura », déplore Nignan K. Michel, chef coutumier

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Extractions aurifères à Poura • LEFASO.NET • lundi 28 juin 2021 à 22h45min
Extractions aurifères : « L’exploitation minière a été un malheur pour Poura », déplore Nignan K. Michel, chef coutumier

La commune de Poura est une ville aurifère par excellence. Elle a abrité quatre mines industrielles. La dernière en date est la Société de Recherche Minière du Burkina (SOREMIB), fermée en 1999. Aujourd’hui, c’est l’orpaillage qui a pris le relais avec ses conséquences fâcheuses. L’or qui était censé faire le bonheur des populations est devenu un malheur pour tout le monde. Au cours d’un séjour à Poura, le 11 juin 2021, nous avons échangé avec le chef coutumier, sa majesté Michel Nignan. Dans l’entretien qui suit, il s’indigne de ce qu’est devenu son village.

Lefaso.net : Majesté, vous êtes le chef coutumier de Poura. Racontez-nous comment s’est formé votre village

Sa majesté Michel Nignan : C’est assez long. Ce sont nos ancêtres qui ont créé Poura. Ils sont venus de Mané dans le Sanmatenga vers 1700. C’est l’ancêtre « Pia Laré ». Son vrai nom c’est « Poulè » en gourounsi. Ce qui veut dire développer, agrandir. C’est le grand peuplement, le grand rassemblement. Aujourd’hui, c’est ce qui se passe ici. C’est le blanc qui a transcrit « Poura ».

Quelles sont les communautés qui vivent aujourd’hui à Poura ?

Il y a les Gourounsis, les Djans, les Bwaba, les Bobo dioula, les Mossé. Poura est devenu une ville cosmopolite. On y trouve presque toutes les ethnies du Burkina Faso.

Beaucoup de communautés, comment arrivez-vous à gérer toutes ces sensibilités ?

Dieu merci, il y a vraiment l’entente. Les gens vivent en symbiose. Lorsque vous venez sur une terre hospitalière, il y a certains critères, certaines règles qu’ils faut respecter. Depuis lors, nous n’avons pas eu d’embuche avec les populations.
Vous en tant que chef coutumier, quel est votre rôle dans la gestion de la cité ?
Mon rôle en tant que chef, c’est de veiller à ce que ma population aille bien. C’est de voir qu’est-ce qui ne va pas et qu’il faut gérer. Je dois créer l’entente, la convivialité et surtout amener les gens à vivre en cohésion. C’est ça le plus important. Lorsqu’il n’y a pas de cohésion sociale, la vie bascule. Ici nous vivons bien.

On ne peut parler de Poura sans évoquer sa richesse minière. Quel est son impact sur la vie de ses habitants ?

Vous avez parlé de richesse. Finalement, on essaie de voir est-ce que cette richesse n’a pas été un malheur pour Poura. C’est vrai que Poura est riche en or. Ce n’est pas maintenant. Je pense que la première mine qui s’est ouverte ici, s’est fermée vers les années 1932. L’autre s’est ouverte vers les années 1932 pour se fermer vers les années 1954. Je n’ai pas la précision. Ainsi de suite, il y a une autre mine qui est née dont les ruines existent encore. C’est à l’entrée de Poura, à droite. Elle s’est fermée en 1966. La SOREMIB a démarré ses travaux 1978. Son lancement a eu lieu en 1984.

Pourquoi Poura est riche en or et vous parlez de malheur ?

C’est vrai que par son exploitation, à son temps (en parlant de la SOREMIB) on ne pouvait quand même pas imaginer l’impact que ça allait avoir sur la ville de Poura et sa population. On était contents d’avoir une mine. C’est la face qu’on nous présentait. La mine est là avec ses différents travailleurs que tout le monde enviait. Moi-même j’y ait travaillé. C’est lorsque la mine s’est fermée qu’on s’est rendu compte de tout ce qui nous arrive. En ce moment, on n’avait pas droit à la parole. On ne participait pas à quoi que ce soit. Tout se scellait à partir du ministère et les gens venaient. On ne demandait pas l’avis de la population. La mine a travaillé. Elle n’avait pas de compte à rendre à qui que ce soit. A la fermeture de la mine, nous avons constaté que vraiment on est mal barrés. Avec toutes ces carrières à ciel ouvert, avec le bac à cyanure, un important dépôt de cyanure, après traitement. Il y a le rejet de minerai déjà traité au niveau de la digue. C’est nocif. Ça tue nos enfants, ça tue nos animaux. L’air est irrespirable à partir de ces endroits. Quand on regarde un peut tout cela, on se dit vraiment l’exploitation minière a été un malheur pour Poura.

C’est de ces trous de plus de 45 mètres de profondeur que les orpailleurs sortent le métal jaune

En tant que leader de communauté, avec des exemples passés, est-ce que vous êtes prêt à vous lancer dans une autre histoire de mine ?

Quand on essaie de lire un peu le code minier, je pense que toutes les dispositions pour l’ouverture d’une mine sont prises. Maintenant, ces dispositions seront-elles respectées ? L’industriel, quand il vient avec son argent, il s’en fout de ce qui se passe aux alentours. Pour lui, c’est la substance qu’il est venu chercher qui l’importe. Que vous vivez bien, que vous vivez mal, ce n’est pas son travail. Il n’est pas venu avec son argent pas pour faire cadeau à sa population. Lorsqu’il aura la substance qui est non renouvelable, il va partir. Et nous ? On devient quoi demain ? La mine SOREMIB, quand elle s’est fermée, il n’y a pas eu d’accompagnement. La population s’est transformée en orpailleur. Nous sommes à 90% orpailleurs sinon plus.

Donc vous ne faites pas autre chose ?

On cultive. Si tu ne cultives pas tu vas manger quoi ? La mine est venue nous trouver dans l’agriculture. Quand elle a fermé, on était là ne sachant rien faire.

De cultivateur, vous devenez orpailleur. Qu’est-ce qui vous a poussés à vous lancer dans ce travail ?

L’orpaillage est venu d’ailleurs, du Sahel, du Nord. Quand vous êtes-là, vous voyez des gens qui viennent avec balluchon, de fois sans chaussures. Avec une pioche et un sac, ils se mettent à ramasser des cailloux que vous regardez. Vous ne savez pas qu’il y a quelque chose dedans. Eux, ils les ramassent. Demain vous le voyez avec une moto, bien habillés. Tout le monde a commencé à faire autant.

Les populations ont donc commencé l’orpaillage tardivement !

Lorsque la mine travaillait, on nous a dit que cet or, on ne pouvait pas l’extraire si ce n’est pas à base de produits chimiques. Ils ont laissé entendre que ces produits étaient tellement toxiques qu’une fois à la maison, ils vont nous tuer toute la famille. On nous a fait croire que l’or vivait, que la manipulation des cailloux dans lequel on voyait l’or peut tuer. Ce qui fait que nous on ne faisait rien. Quand un camion passe et que le caillou tombe, quand tu prends, tu regardes, c’est de l’or pur. Tu le jettes et tu continues. Finalement, on s’est rendu compte que ce n’est pas cela. Toutes ces dispositions ont été prises pour que les gens ne pillent pas l’or. Mais quand c’est fini, il fallait vivre de quoi. Il n’y avait rien. Poura était une ruine. La mine nous a laissé rien que de la misère. Aujourd’hui toute la population est devenue orpailleur. En s’adonnant à l’orpaillage, est-ce que cela n’a pas un impact négatif sur la vie des populations ?

Il y a l’ouverture d’une nouvelle mine qui s’annonce. L’Etat a-t-il discuté avec vous, les populations ?

L’Etat ne nous a pas encore rencontrés pour dire quoi que ce soit. C’est plutôt le repreneur qui est là, qui a eu quelques rencontres avec nous. Et cela, ce n’est pas eux qui sont venus dire qu’ils ont eu le contrat de venir ouvrir la mine. C’est plutôt nous qui les avons découverts sur le terrain entrain de travailler. Nous leur avons demander ce qu’ils faisaient. C’était sur le rejet de la digue. Ils nous ont fait savoir qu’ils sont là pour la reprise des travaux pour une ouverture éventuelle. On s’est dit que c’était une bonne chose. Mais venez au moins vous présenter à la population pour qu’on sache que vous êtes là. Mais si vous ne faites pas ça, vous êtes là, on vous trouve sur le terrain, on ne sait qui vous êtes. On ne sait pas si vous êtes des imposteurs. Il s’est avéré même qu’ils n’avaient pas le contrat. C’est par la suite qu’ils ont régularisé leur situation au niveau du ministère.

Une vue de l’ancienne mine SOREMIB

Nous sommes à la fin de notre entretien. Votre mot de fin ?

Il faudrait que l’Etat soit regardant. Lorsqu’on dit qu’il y a une réouverture possible, il faudrait qu’on associe les populations à cette réouverture. L’ouverture d’une mine en général, il faudrait qu’on associe la population qui va abriter cette mine aux débats par rapport à l’ouverture de cette mine. Les enjeux sont énormes. Lorsqu’on ne vous associe pas, c’est ce qui amène à la fin des tiraillements entre les populations et les exploitants miniers. C’est ce qui amène ce désaccord parce qu’eux ils ne poursuivent que leur objectif.

Pendant ce temps, il y a des situations qu’ils créent au sein des communautés. Il y a des routes qu’il faut tracer dans les champs des gens qui cultivent depuis plus de 40 ans. Ils vont perdre ces champs-là. Ils vont aller cultiver où ? On va les dédommager avec des miettes. Quelqu’un qui est dans son champs depuis 40, c’est là-dedans il se nourrit et prend soin de toute sa famille. Vous venez seulement en espace d’une année, vous calculer l’argent d’une année ou de trois ans pour lui donner. Vous êtes là pour 10 ans, voire 20 ans. En ce moment cette personne fait quoi ? Tout en sachant que quand la mine va s’ouvrir ce n’est pas tout le monde qu’on va recruter. Ils n’auront pas aussi leurs champs.

Il faudra encore étudier très prochainement la question de réouverture pour qu’au moins la population soit imprégnée de ce qui va se passer, que la société sache ce que la population veut. Là au moins je pense qu’on va minimiser les mécontentements et les désaccords entre populations et sociétés.


Lire aussi : [Extractions aurifères à Poura : Un désastre environnemental qui menace jusqu’aux eaux du fleuve Mouhoun !->https://lefaso.net/spip.php?article105719]


Dimitri OUEDRAOGO
Auguste PARE (Vidéo et photo)
Lefaso.net

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