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Laure Ouédraogo : Veuve d’un militaire tombé au front, elle se bat pour offrir un avenir radieux à sa fille

Accueil > Actualités > Portraits • LEFASO.NET • mercredi 23 juin 2021 à 23h10min
Laure Ouédraogo : Veuve d’un militaire tombé au front, elle se bat pour offrir un avenir radieux à sa fille

A seulement 23 ans, Laure Ouédraogo (nom d’emprunt) a dû faire face à une grande épreuve : la perte brutale de son conjoint. Parti défendre une zone du Burkina en proie à l’hydre terroriste, celui-ci ne rentrera jamais à la maison , il est tombé dans l’attaque de son camp militaire. C’était en décembre 2019. Malgré la douleur que lui inflige la perte de l’être aimé, Laure Ouédraogo n’a pas le choix : elle doit se relever et aller de l’avant, être désormais le père et la mère de leur petite fille qui n’avait qu’un an lorsque son père perdait la vie. A l’occasion de la journée mondiale des veuves célébrée ce 23 juin, nous lui consacrons un portrait.

« La mort tombe dans la vie comme une pierre dans un étang : d’abord, éclaboussures, affolements dans les buissons, battements d’ailes et fuites en tous sens. Ensuite, grands cercles sur l’eau, de plus en plus larges. Enfin le calme à nouveau, mais pas du tout le même silence qu’auparavant, un silence, comment dire, assourdissant », disait l’écrivain et poète français, Christian Bobin.

Laure Ouédraogo ne s’imaginait pas que le 24 décembre 2019 deviendrait pour elle une date tristement mémorable. Alors qu’elle était en pleine préparation de la fête de Noël, la triste nouvelle tombe, comme un coup de massue. Son compagnon depuis deux ans, le père de sa fille d’à peine un an, vient de tomber au front, à Arbinda. Il y était pour une mission de trois mois. Laure est dévastée par la nouvelle, surtout quand elle pense à sa petite fille qui n’aura pas la joie de grandir auprès de son géniteur. Une situation très mal vécue par la désormais veuve à seulement 23 ans. Pleurs, renfermement, dépression, ...Laure Ouédraogo est passée par toute une panoplie de sentiments pour faire son deuil combien difficile.

Dans cette douloureuse épreuve, Laure a pu compter sur le soutien de sa famille et de sa belle-famille. Elle avoue que c’est grâce à leur assistance qu’elle n’a pas sombré. Appels, messages, visites, soutien financier… Ses proches ont tout mis en œuvre pour lui remonter le moral et l’aider à se sentir moins seule.

Apprendre à vivre avec la douleur

Après deux ans de veuvage, Laure affirme n’avoir pas totalement guéri de cette perte. Elle s’oblige tout de même à aller de l’avant, surtout pour sa fille dont elle doit prendre soin. Lorsque son compagnon s’éteignait, Laure n’avait pas d’emploi stable. Comme elle a effectué des études anglophones, elle donnait des cours dans divers établissements en tant qu’enseignante vacataire pendant l’année scolaire, pour ne pas chômer.

Désormais face à ses nouvelles charges et afin de se donner toutes les chances de décrocher un emploi qui les mettrait à l’abri du besoin, sa fille et elle, elle décide d’achever une licence en gestion de projets entamée en 2019. Elle est accompagnée dans cette démarche par l’initiative Go PAGA, qui lui permet de renforcer ses capacités en informatique et même d’obtenir un stage en vue de soutenir son mémoire pour l’obtention de son diplôme de licence.

Grâce à Go PAGA, elle bénéficie également d’un soutien psychologique qui l’aide à renforcer sa confiance en soi et à retrouver peu à peu le moral. Laure Ouédraogo espère décrocher un emploi à l’issue de son stage, pour assurer un meilleur avenir à son enfant qui a maintenant deux ans et demi.

S’il y a bien une chose dont notre jeune veuve est convaincue, c’est que la mort n’arrête pas l’amour. C’est pourquoi elle encourage les femmes confrontées à la perte de leur conjoint, à prendre courage et à ne pas tarder à faire leur deuil. Car, soutient-elle, même si la douleur est vive, il faut se relever et aller de l’avant, surtout pour sa progéniture.

Armelle Ouédraogo
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 23 juin à 12:46, par Nabiiga En réponse à : Laure Ouédraogo : Veuve d’un militaire tombé au front, elle se bat pour offrir un avenir radieux à sa fille

    C’est douloureux en effet. Il faut que le gouvernement militaire cesse de détruire les motos et autres équipements de djihadistes, les vendre aux enchères afin de venir en aide aux familles des victimes de ce djihad. Quoi qu’il en soit en dehors des droits corporatifs dont on droit les familles des défunts, il faut un soutien continue de l’État. Cette jeune veuve, comment va-t-elle continuer sa vie surtout si on sait comment la société traite des veuves.

    Quelle stupidité ce djihad. Comment un œuvre de l’homme dont l’objectif est de tuer, d’endeuiller, de blesser peut-il être saint. Comment une guerre déclarée où des gens seront tués peut-elle sainte ? Et pourtant, on nous endeuille chaque jour justement parce qu’ils mènent une guerre dite sainte contre le Burkinabè et aux populations dans la région des trois frontières. N’oublions surtout pas que les populations tuées chaque jour au Burkina et ailleurs sont de la confession musulmane. Comment peut-on comprendre alors ?

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  • Le 23 juin à 15:49, par Momo En réponse à : Laure Ouédraogo : Veuve d’un militaire tombé au front, elle se bat pour offrir un avenir radieux à sa fille

    Dans tous les pays (les vrais), il y a un programme de prise en charge des pupilles de la Nation. Les orphelins de guerre doivent être pris en charge par l’État sur son budget, point barre. Ce n’est pas aux associations sauf si elles sont déclarées d’utilité publique de le faire.
    Quand on prend la responsabilité d’envoyer des combattants au front, on doit prendre en même temps la responsabilité de prendre en charge leur progéniture. C’est le strict minimum. On attend les OSC, les élus... pour talonner qui de droit et le gouvernement doit impérativement mettre un terme à cette injustice, s’il est avéré que rien n’existe ou donner l’information aux personnes concernées. Ce n’est pas à la veuve et au veuf de se débrouiller quand le soutien de famille vient de sacrifier sa vie pour son pays.
    Journalistes, soyez citoyens et interpeller le commandement, les ministres et le chef de l’État. On souffre de souffrir pour nos soldats et leurs familles
    Arrêtez de nous faire pleurer à longueur de journée avec les incohérences politiques dans le pays.

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  • Le 23 juin à 21:28, par HUG En réponse à : Laure Ouédraogo : Veuve d’un militaire tombé au front, elle se bat pour offrir un avenir radieux à sa fille

    Nul part on ne voit un appui du gouvernement.Est un oubli ou pas.Moi je pense pas a oubli.je pense a un abandon de l etat.Pourtant il devrait avoir un appui psycho sociale et financier de la part des services de l Etat.

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  • Le 24 juin à 09:57, par Le réaliste En réponse à : Laure Ouédraogo : Veuve d’un militaire tombé au front, elle se bat pour offrir un avenir radieux à sa fille

    Sur le plan accompagnement, je pense qu’il en existe. Il y a bien lieu de se renseigner souvent avant d’écrire. Il reste entendu qu’un accompagnement ne saurait être totalement suffisant et encore moins remplacer un être cher. Si ce qui est prévu que je ne divulguerai pas ici est bien géré, les ayants droits peuvent tout de même avoir une place acceptable dans la société, surtout avec les soutiens divers des parents et connaissances compte tenu de la solidarité encore légendaire de bon nombre de nos compatriotes.
    Courage et réconfort aux familles endeuillées par l’hydre terroriste.
    Que nos diverses autorités soient plus réalistes en adoptant des mesures fortes à même de contrer efficacement le phénomène. A l’encontre des populations, un certain réalisme est également nécessaire, à travers un changement fondamental de comportement, une sincère collaboration avec les FDS. Cependant, nos politiciens constituent le bouclier des solutions idoines à notre souffrance, en ce sens que la politique est devenue un commerce honteux au Burkina, cependant animé par un nombre pléthorique de partis, d’associations et que sais je encore, chacun venant pour sa panse, profiter des ressources publiques, l’intérêt général repoussé au calendres grecques. Il nous faut une conscientisation à nouveau de nos populations, peut-être vous comme moi y compris, ceci pour la survie de notre nation car, comme le disait feu Norbert ZONGO, "personne ne peut avoir un avenir dans un pays qu n’en a pas". On a tant voler et emmagasiner les biens, si le pays n’a pas d’avenir, tout le monde sombrera ensemble.
    Un Burkinabè réaliste indigné

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  • Le 24 juin à 12:19, par Terrible En réponse à : Laure Ouédraogo : Veuve d’un militaire tombé au front, elle se bat pour offrir un avenir radieux à sa fille

    Mme, de tout coeur je souhaite que vous décrochiez un emploi, que Dieu pense vos plaies et que vous et votre fille soyiez à l’abri de tout besoin. Votre compagnon a donné sa vie pour le salut de la Nation, cette Nation devrait être reconnaissante de ce sacrifice ultime. J’ose espérer que le commandement et l’Etat feront quelque chose pour vous y aider. En réalité, ce sont tous les burkinabè qui vous sont redevables et devraient faire quelque chose pour atténuer cette perte (gratuité de l’enseignement et des frais y afférents jusqu’à la fin de la scolarité de la fillette, soins gratuits pour maman et bébé, aide à l’emploi ou montage d’une activité génératrice de revenu pour la femme, aide au logement, soutien psychologique...) !

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