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Thèse de doctorat en sociologie : Yisso Fidèle Bacyé scrute « l’intimité » des ménages à Ouagadougou

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Recherches et innovations • LEFASO.NET • mardi 22 décembre 2020 à 23h55min
Thèse de doctorat en sociologie : Yisso Fidèle Bacyé scrute « l’intimité » des ménages à Ouagadougou

« Rapports de genre et émancipation économique des ménages : la problématique de la participation des femmes à la gestion des ménages à Ouagadougou ». C’est sur ce thème que l’étudiant Yisso Fidèle Bacyé a soutenu sa thèse de doctorat unique de sociologie, le lundi, 21 décembre 2020 à l’école doctorale Lettres, sciences humaines et communication de l’université Joseph Ki-Zerbo, à Ouagadougou. Au terme de son travail, le candidat a obtenu la « mention très honorable » du jury, faisant de lui, désormais, un docteur en sociologie.

Par ce thème, le candidat a analysé la contribution des femmes dans la survie des foyers à Ouagadougou, et ce, sous le prisme du genre. « Notre recherche étant mixte, nous avons utilisé l’entretien et l’enquête comme techniques de collecte des données sur le terrain, en plus de la recherche documentaire et de l’observation directe. Il ressort que la gestion des ménages est sous le joug des représentations sociales en tant que structures sociales objectivées et intériorisées.

L’étudiant, lors de son exposé

En outre, la division sexuelle des rôles sociaux influence aussi bien l’homme que la femme dans les faits de mobilisation et d’exécution des intrants indispensables à la gestion de la survie familiale. Ici, le développement est analysé en termes de réussite de l’éducation des enfants, ce qui détermine les mécanismes familiaux de développement et enfin le patriarcat, bien que s’exprimant, à l’entame du développement des initiatives économiques de la femme, n’obstrue pas la réalisation des objectifs des structures publiques de financement tels que formulés », a campé Yisso Fidèle Bacyé.

Dans son document de 369 pages, le candidat relève que les mécanismes de gestion des familles à Ouagadougou sont entremêlés de faits et gestes, de façon de considérer, de façon d’être. Ainsi dévoile-t-il que par la reproduction sociale, les couples (du fait des rapports homme/femme qui sont caractérisés par la division sexuelle des rôles) s’engagent dans des luttes internes invisibles, soit d’expression d’une masculinité, soit de conquête d’une émancipation. De la question de recherche « Comment les facteurs socio-anthropologiques déterminent-ils les comportements des conjoints en rapport avec la participation des femmes à la gestion des ménages ? », M. Bacyé a également relevé que dans la gestion des ménages, il y a cette tentative de domination (pour ne pas dire, cette domination) qui survit.

Parents, amis et collègues ont été nombreux à la soutenance

« Ce qui peut être expliqué par ce qu’on va appeler la masculinité. La masculinité ici, c’est ce qui reste à l’homme si on lui enlève tout ce qu’il a. C’est comparable à sa dignité. Ici, les hommes ont tendance à protéger cette masculinité ; puisqu’une fois la femme commence à contribuer financièrement à la gestion du ménage, elle acquiert des espaces de liberté. Ce qui va (un peu) amener de changement dans son rapport avec son époux. Certains peuvent donc considérer cela comme des effets pervers, l’insoumission de la femme et bien d’autres qui vont peut-être amener l’homme à ne plus pouvoir la contrôler. Alors que l’homme, dans les représentations sociales, c’est celui qui a une femme soumise. L’islam le dit d’ailleurs, la femme doit sa soumission à l’homme, du fait que c’est ce dernier-là qui survient à ses besoins. Ce sont ces représentations qui expliquent qu’une sorte de survivance demeure encore dans les rapports de genre en matière de gestion des foyers », explique Yisso Fidèle Bacyé.

Docteur Yisso Fidèle Bacyé pense se mettre désormais au service de la recherche au Burkina et renforcer davantage ses connaissances dans son domaine.

« Dès la première année, Yisso Fidèle Bacyé se distinguait »

L’étudiant relève à titre d’exemple (s’appuyant sur des études) qu’une femme ne peut pas se lever dans son foyer pour aller contracter un crédit sans l’avis de son époux. Dans le foyer, même quand l’homme accepte la contribution de sa femme, il ne veut pas que cela se sache. En la dévoilant, c’est sa masculinité qui est remise en cause. « Il préserve donc sa masculinité, sa dignité ; parce que dans nos conceptions, il n’est pas concevable que la femme, dont tu pars demander la main (on dit dans notre tradition, de façon terre-à-terre, quand on part pour les fiançailles, que nous demandons la main de votre fille pour nous donner de l’eau), soit celle-là qui devienne la principale personne qui va mobiliser les ressources pour le fonctionnement du ménage ».

Sujet « complexe », M. Bacyé a souligné que la difficulté d’une telle étude réside dans le fait d’aller interroger la femme en présence de son époux. L’autre accroc est relatif à la généralisation ; la ville étant tellement composite qu’on ne peut dire que ce qui se passe dans tel couple est ce qui se passe dans tel autre, précise-t-il.

La directrice de thèse, Pr Fatoumata Badini (Pr titulaire) a dit sa fierté et sa satisfaction d’avoir accompagné l’étudiant, qu’elle trouve dévoué et très entreprenant. « Il a eu beaucoup d’initiatives qui lui ont valu un accompagnement de plusieurs structures pour soutenir la réalisation de cette thèse et les résultats aujourd’hui montrent que le travail a été très intéressant et suscitent beaucoup d’autres réflexions, de nouvelles pistes de recherche ont été dégagées par les membres du jury et personnellement, je suis comblée que ce travail ait abouti, parce que beaucoup d’étudiants, malheureusement, commencent, mais ne terminent pas », apprécie-t-elle.

L’enseignante qualifie le travail d’un « hommage minutieux » rendu aux ménages de la ville de Ouagadougou, particulièrement aux femmes.
Rapporteur de séance, Pr Claudine Valérie Rouamba révèle que dès la première année, Yisso Fidèle Bacyé se distinguait dans sa lancée. Il a participé à l’animation du laboratoire et pour elle, c’est aussi une qualité, contrairement à certains étudiants qui se contentent des séminaires doctoraux. « La curiosité scientifique est l’une de ses valeurs et cela se ressent dans son travail », loue l’enseignante, Claudine Valérie Rouamba (maître de conférences).

La thèse, un apport théorique et factuel pour la communauté universitaire

Pr Jean-François Kobiané (Pr titulaire) a, lui, focalisé son intervention sur la méthodologie, tout en appréciant la pertinence du sujet pour un pays comme le Burkina où se pose de plus en plus la question de la participation de la femme au développement et où les femmes représentent, numériquement, la frange la plus importante de la population.

Le président du jury, Pr Kossi-Titrikou Komi Emmanuel (Pr titulaire, université de Lomé) trouve la problématique très importante. « Le candidat a eu beaucoup de mérite. Le mérite, ça se mesure à l’effort accompli, à la démarche et au résultat. Il a travaillé sur le terrain, effectivement, en entrant dans l’intimité des couples pour voir comment leurs membres se comprennent dans la gestion du foyer. Ensuite, il y a la démarche, celle qui consiste à trouver un mécanisme pour pouvoir construire sa problématique et aboutir à des résultats. Ce qu’il a pu faire avec assez d’autonomie. Troisièmement, des résultats qui sont à la hauteur des enjeux, dans la mesure où on doit pouvoir comprendre que les couples aujourd’hui sont en évolution constante dans une situation urbaine où la femme prend de plus en plus d’autonomie financière et cela peut poser problème dans l’harmonie des couples.
Ce travail permet de comprendre que certains hommes n’aiment pas que leur femme intervienne ou les aides à financer le fonctionnement du foyer. D’autres hommes l’acceptent, mais ne veulent pas qu’on le dise. Il y a aussi des hommes qui n’apprécient pas du tout que la femme travaille parce qu’à partir de ce moment-là, elle aurait acquis une certaine autonomie financière et ne serait plus aussi docile, facile à commander », appuie le président du jury, Pr Kossi-Titrikou Komi Emmanuel.
Il apprécie l’apport théorique et factuel obtenu par le candidat par son travail. Ce qui permettra, dit-il, de faire avancer la science.

Passée l’étape de critiques, suggestions, questions d’éclaircissement et de réactions du candidat, le jury est passé à la délibération. Une ultime étape qui a consacré l’admission de Yisso Fidèle Bacyé au grade de docteur en sociologie, avec la « Mention très honorable ».

O.L
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 22 décembre 2020 à 14:55, par Jean En réponse à : Thèse de doctorat de sociologie : Yisso Fidèle Bacyé scrute « l’intimité » des ménages à Ouagadougou

    Felicitations Dr BACYE ! Ce serait interessant que les resultats sont partages avec le public cible cad les femmes et quil y ait des propositions tres concretes pour mieux aider les femmes a gagner leur automnie financiere et economique pour accroitre leur participation a la creation des emplos et la richesse cad le PIB(produit interieur brut)
    Bonne chance ! Bonne suite !

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    • Le 27 décembre 2020 à 10:42, par Der Christophe PODA En réponse à : Thèse de doctorat de sociologie : Yisso Fidèle Bacyé scrute « l’intimité » des ménages à Ouagadougou

      Bonjour et mes respects à Dr. Bacyé pour cette problématique relationnelle sociale dépiècée ! Il a arraché son nouveau titre avec ses armes : sérénité, conviction et courtoisie !
      J’ai fait une lecture très rapide d’un(e) commentateur/trice qui a suffisamment campé son énergie sur le mécanisme "masculinité" par lequel docteur Bacyé a bien voulu approcher le problème.
      Le fait est réel ! Pour s’en convaincre, les quelques femmes qui se battent à travers le commerce de condiments dans la ville de Ouagadougou font grossir notre économie en terme de milliards de francs CFA selon une étude du Pr. BONOU. Cependant, la défense de la masculinité (que je traduirais comme cela : maintenir la femme à une économie embryonnaire pour la maîtriser) malgré les preuves des femmes est d’actualité !
      Je me suis proposé une réflexion à laquelle je vous demande l’honnêteté : pourquoi l’homme ou la femme n’envisage pas que sa progéniture (futur chef de famille) soit aux pieds de sa femme ? Particulièrement, belles mères ou futures belles mères , dans quelle peau sentirez vous chez votre fils chez qui tout le pouvoir économique est dicté par votre belle fille (la femme de votre fils) ?
      En empruntant ce chemin de questionnement, associez des adages et faits vécus et vous saurez assurément le fondement de cette mentalité fondée sur des régularités sociales et avertie d’une évolution référentielle et d’arrondi et non celle de troncature !
      En tout cas, je chemine !
      Merci encore Docteur et que Dieu vous comble !

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  • Le 22 décembre 2020 à 16:45, par jeunedame seret En réponse à : Thèse de doctorat de sociologie : Yisso Fidèle Bacyé scrute « l’intimité » des ménages à Ouagadougou

    Très pertinent sujet. Je le dit pas pour susciter révolte ou indisposer lecteurs. Mais pour remarquer comment ce sociologue a osé écrire sur certaines de nos mentalités anti sociales et anti développement, malheureusement dures à effacer. Comment ? Savez-vous combien de femmes fonctionnaires sont sans maris à cause de leur salaire ? Savez-vous combien de soeurs et amies refusent d’investir d’entreprendre ou construire parcelle de peur de perdre le foyer, l’entreprise ou de mourir sans rien profiter ? Savez-vous combien de chefs de villages gèrent encore des interrogatoires de femmes pour les amener à abandonner études et tels emplois ou les remplacer par ceci cela en faveur de l’orgueil masculin ? Savez -vous combien de grands fonctionnaires dans la ville de Ouaga achètent les sujets d’examens de petits emplois santé enseignants pour imposer telle fonction à madame et lui éviter tel niveau plus élevé que monsieur ? Ce sont des bagarres de familles froides qui ne finissent pas. Et comme monsieur l’a dit tout cela à cause d’un seul sentiment : masculinité. « « Ce qui peut être expliqué par ce qu’on va appeler la masculinité. La masculinité ici, c’est ce qui reste à l’homme si on lui enlève tout ce qu’il a. C’est comparable à sa dignité. Ici, les hommes ont tendance à protéger cette masculinité ; puisqu’une fois la femme commence à contribuer financièrement à la gestion du ménage, elle acquiert des espaces de liberté. Ce qui va (un peu) amener de changement dans son rapport avec son époux. Certains peuvent donc considérer cela comme des effets pervers, l’insoumission de la femme et bien d’autres qui vont peut-être amener l’homme à ne plus pouvoir la contrôler. Alors que l’homme, dans les représentations sociales, c’est celui qui a une femme soumise. L’islam le dit d’ailleurs, la femme doit sa soumission à l’homme, du fait que c’est ce dernier-là qui survient à ses besoins. ».Il y a des ethnies tellement bornées dans cette hiérarchisation que toute promotion féminine constitue toujours une dépossession masculine. On n’en parle plus ; mais ce n’est pas fini. Car même dans beaucoup de familles familles, les petites soeurs qui semblent avoir réussi ont souvent contre elles les frères aînés qui voudraient faire la même chose ou qui ne font rien. Et les filles qui vont loin dans les études sont souvent mal critiquées et leurs relations conjugales affectées par les contacts divers qui jouent à la perfidie contre toute intimité. Et bonjour les causes d’infidélités et ruptures toujours attribuées dans les murmures aux femmes simplement. Monsieur le sociologue a bien fait d’aborder car même aujourd’hui plusieurs difficultés de biens communs dans les unions sont justifiées par cet orgueil du genre. Prochainement sociologue, ouvrez un carnet de sondage public et discret au milieu féminin ; mêmes celles de haute autorité ; avec une longueur de temps ; car elles ont souvent peur de parler à l’autre genre auteur de son malheur. Mais essayer de trouver un consultant de base à ces victimes. À bientôt.

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  • Le 23 décembre 2020 à 08:49, par Grace divine En réponse à : Thèse de doctorat en sociologie : Yisso Fidèle Bacyé scrute « l’intimité » des ménages à Ouagadougou

    Felicitations !bon vent !Le vrai bonheur est au bout du travail bien fait !

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  • Le 23 décembre 2020 à 10:45, par burkinameilleur En réponse à : Thèse de doctorat en sociologie : Yisso Fidèle Bacyé scrute « l’intimité » des ménages à Ouagadougou

    Un e très bonne analyse et une œuvre digne d’intérêt général.
    Je voudrais savoir comment pourrai je avoir le contact de l’impétrant.
    Merci à Faso.net de m’aider.

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