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Littérature : Un amour mortel

Accueil > Actualités > Culture • • mardi 30 juin 2020 à 12h30min
Littérature :   Un amour mortel

Si l’amour est une relation qui fait rêver, des personnes la redoutent. Certains disent qu’ils ne croient plus à l’amour, d’autres ont peur de s’engager parce qu’elles ont peur de la souffrance et de l’abandon. Pourquoi le rêve initial n’arrive pas à se transformer en amour véritable ? Pourtant, la plupart allèguent avoir tout donné ; leur cœur, leur argent et ils ont en retour la déception. Et si ce sacrifice était suspect de profonde fragilités ? Et si ce don était comme une marchandise en contrepartie de l’amour de l’autre ? Quelle place réserve-t-on à l’autre et ses besoins dans ce marchandage ? Daniel GUIRE et Anselme SANON proposent des nouvelles de vulgarisation scientifique de la psychologie. Ils présentent cette fille comme une qui a dû rencontrer des abandons qui l’ont fragilisée et qui l’ont conduite à ces échecs sentimentaux à répétition. Une immaturité affective, une souffrance limite ? Lisez plutot.

Ce jour-là, Ramata était tout en larmes ! Elle se sentait tellement mal qu’elle avait envie de disparaitre à jamais. Le pire c’est qu’elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait ! Ce que les autres pourraient dire, c’est qu’elle n’arrivait pas à rester avec un homme ! Pourtant, Ramata était très belle ! Femme au teint noir naturel, d’une brillance qui ne laissait personne indifférente, elle jouissait aussi d’une taille de top model.

Sa démarche, les jolis traits de son visage et son beau sourire arrachaient des commentaires lorsqu’elle passait. Si elle avait tout pour plaire physiquement, elle en avait aussi assez émotionnellement pour déplaire ! Elle avait des difficultés avec ses colères et ses sentiments. Aussi, en dépit de ses nombreuses qualités physiques, Ramata était considérée comme une fille atypique !

D’abord parce qu’elle n’avait d’amis que des garçons. Rivalité ? Ce qui est sûr, elle les trouvait trop mesquines à son goût ! Et puis, contrairement aux filles de son âge, elle était sans petit ami depuis quelques années. Si tout allait bien dans sa vie sociale, elle souffrait dès qu’elle entrait dans une relation d’amour ! Aussi, avait-elle décidé de ne plus aimer ! Parce que les hommes ne savaient pas l’aimer ! Certaines mauvaises langues allaient même jusqu’à se poser des questions sur sa féminité. Surtout qu’elle avait gros cœur et n’aimait pas les coquetteries de ses pairs. Elle était jadis connue pour sa coiffure à la garçon.

Son amitié avec de nombreux garçons n’était pas suffisante pour avoir un mari ce qui la mettait en conflit avec son père qui l’accusait de ne pas vouloir se marier parce qu’elle était à la recherche de l’homme idéal. Pour lui, si elle n’avait que trente ans, elle était quand même trop vieille pour rester toujours chez ses parents. Atypique aussi aux yeux des gens, elle était de bonne compagnie, amusait tout le monde comme une actrice ; du jour au lendemain, elle pouvait arriver toute terne comme si elle portait toute la tristesse du monde et souvent pour des raisons peu probantes !

A l’école, ses enseignants l’aimaient ; elle était considérée comme une vraie fonceuse ; elle travaille toujours avec enthousiasme on dirait pour ne pas penser ! Les enseignants la voyaient tous les temps à la bibliothèque. C’est justement en une après -midi, au retour de l’école, que
son chemin croisa celui de Frank un jeune banquier qui venait de faire son entrée dans la trentaine lui aussi. Frank l’interpella.

- Eh, ma sœur ! Comment allez-vous ?

- C’est à moi que vous parlez ? Lui demanda-t-elle plutôt timidement, tout en mettant la main sur la poitrine.

- C’est à vous, oui. Comment allez-vous ?

- Comment, puis-je vous appeler ?

- Excusez-moi !....

- Comment puis-je appeler une si ravissante demoiselle ?

- Mon nom est Ramata.

- Je peux vous appeler Rama ?

- wouais

D’où venez-vous Rama ?

- De l’école, j’y suis restée pour faire quelques exercices et apprendre quelques cours également. Et vous…. ?

- Frank ! Oui Frank c’est mon nom. Au fait, j’ai eu une journée plutôt difficile ; d’abord très chargée ensuite lorsque je suis sorti, la batterie de ma voiture m’a lâché.

- Oh ! Désolée pour vous M. Frank.

- Non charmante…demoiselle…non ?...Vous pouvez m’appeler Frank, pas Monsieur. Et l’occasion faisant le larron, je profite me dégourdir les jambes en rentrant.

- Ok Frank, je suis presque arrivée. J’habite juste à la porte à droite là-bas au bout de la rue. Et comme je ne veux pas de problèmes avec mes parents, je préfère faire le reste du chemin, seule. A un de ces jours Frank !

- Ah non…. Pas si vite ! Pourrais-je juste avoir votre numéro de téléphone s’il vous plait, jolie demoiselle ? (Tout en sortant son smartphone)

- Pourquoi faire ?

- Juste au cas où.

Elle sentait qu’elle ne pouvait pas lui résister.

- Ok c’est le……… (et Frank d’essayer le numéro pour vérifier s’il passerait)

- Ok merci et bonne soirée à vous, jolie demoiselle !

- Bonne soirée à vous aussi M. Frank ! Au temps pour moi…, Frank. Au plaisir !

- Bien de choses à toute la famille.

- Merci Frank, pareillement pour vous !

Cette nuit, elle n’a pas dormi ; mais c’était pas ses fréquentes insomnies ! Toute la nuit durant elle ne pensa qu’à Frank ! Elle se repassait le film de leur brève rencontre surtout les mots doux qu’il lui avait dits. Un homme élégant, qui semble gentil et qui allait l’arracher des insultes, des humiliations de toutes sortes qu’elle a connu toute sa vie dans cet enfer appelé famille. La vie lui souriait enfin ! Elle a un vrai homme à portée de main qui lui ferait oublier toutes les misères que les hommes incapables d’apprécier la valeur de son amour lui avaient fait subir.

Toute agitée elle se levait de temps en temps et se regardait dans la glace en s’interrogeant : « Est-ce vrai ce que Frank m’a dit ? Suis-je vraiment autant belle qu’il le prétend ? Non ! Frank ne peut pas être comme les autres hommes qui te séduisent avec des mots caressants, t’utilisent et te jettent ! Mais elle se rappelait aussi que les gens trouvaient qu’elle fait confiance trop vite et donc, va toujours trop vite !

Mais tout de même, je ne suis pas aussi moche que ça. Puis se retournant elle considéra sa silhouette et se dit tout bas : « Ah, que je suis ravissante ! » Elle avait l’impression que toute la scène n’était qu’un conte de fée où elle Rama avait enfin trouvé le prince charmant tant attendu de sa vie. Un homme qui allait la sortir de sa galère familiale ! Elle allait enfin quitter cette famille où seuls les coups et les injures les plus obscènes avaient droit de cité.

Et depuis ce jour, Ramata se sentait moins seule ! Elle n’allait pas laisser partir Frank. Elle s’était agrippé à Frank. Plus un jour ne passait sans que Frank et Rama se voient. Frank était comme une partie d’elle-même, comme son prolongement ; ils semblaient se comprendre à mi- mot ! Ils partageaient les mêmes sentiments, les mêmes émotions, les mêmes rêves ; ils semblaient se perdre l’un dans l’autre !

Quand Frank n’était pas au travail, il était avec Ramata. Son rendement en prenait un coup, l’école de Ramata aussi qui séchait les cours pour retrouver Frank ! Quand elle partait à l’école, elle n’arrivait plus à rester sur place ! A l’école plus rien ne marchait. Elle n’était plus au rendez-vous du groupe d’étude auquel elle appartenait. Elle ne prenait plus part aux devoirs. Bref, plus rien n’allait. Souvent même en plein cours Ramata sortait de la classe pour appeler Frank question juste d’entendre sa voix. Que de fois son téléphone fut-il pas confisqué par ses éducateurs pour fait d’envoie des textos en plein cours.

Toujours des messages du genre : « Salut mon cœur ! » ; « J’ai pensé à toi toute la nuit » ; « Sans toi ma vie n’est rien ! Ne m’abandonne jamais sinon je serai capable de me tuer » ! » ; « A quand mon mariage » ! Elle se sentait très heureuse mais aussi si inquiète à l’idée qu’elle pouvait perdre Frank ! Aussi, quand un texto ne recevait pas de réponse presqu’instantanément, ou un appel ne passait pas, Ramata commençait à transpirer, elle se mettait dans tous ses états, c’est tout comme si son monde s’écroulait.

Alors elle se demandait pourquoi il ne répondait pas ! Elle se disait alors qu’il a dû faire un accident, ou encore qu’il est avec une autre fille ! Et du coup elle en voulait à Frank et s’en voulait à elle-même de l’aimer comme une folle. Aussi, il n’était pas rare de la trouver encore pensive. Alors, quand Frank venait la retrouver, au lieu de profiter de sa présence, elle le traitait de tous les noms d’oiseau. Frank était surpris de l’entendre dire que c’est lui qui avait foutu sa vie en l’air. Il ne comprenait absolument plus rien, lui qui devenait tour à tour sauveur et bourreau.

Si au début de leur idylle Frank l’amenait au service bras dessus bras dessous, maintenant il redoutait les visites de Ramata ! Elle fait tout trop vite, sans penser ! Elle était prête à tout casser, tout brûler, quitte à regretter la minute qui suit ! Que de fois ces derniers mois Rama fit-elle irruption dans le bureau de Frank pour lui crier dessus parce qu’il échangeait avec une collègue ! Frank était pour elle, elle avait donc le droit de le contrôler !

Après, elle fondait en larmes, demandait à Frank de lui pardonner, que c’est arrivé comme un court-circuit ! Elle ne pensait plus tant elle avait peur de perdre Franck ! Elle jurait de ne plus recommencer et pourtant la même situation se répétait ! Entre temps du côté professionnel, Frank avait commencé à se faire bouder par ses collègues. Tantôt des reproches lui étaient adressés, tantôt c’était des lettres d’explication sans compter les coupures opérées sur son salaire en compensation des dégâts causés par sa fiancée. En somme tout allait mal au travail

On se rappelle encore ce jour-là où Frank de justesse a failli se faire étripé par Ramata avec ce long couteau de cuisine qu’elle tenait ferme à la main. Cette scène était donc consécutive à un texto que Frank avait reçu de son supérieur et qui disait : « on se voit donc demain à l’heure au lieu convenus ok ? ». Ainsi lorsque Ramata tomba sur le texto qu’elle lut toute tremblante de colère, elle fit irruption dans la cuisine et s’arma d’un long couteau.

Frank qui était encore sous la douche, ne se doutant de rien en sortit et c’est alors que Ramata sautant sur lui voulut le poignarder. Il esquiva le coup et manquant d’appui glissa et tomba. N’eut été l’agilité du voisin qui arriva à temps et saisit le poignet de Ramata si fortement qu’elle laissa tomber le couteau. Ramata criant, sautant, tapant, jurant et vociférant, attira l’attention du voisinage.

Depuis ce temps, Frank réalisa qu’il était en danger : Ramata était trop impulsive et pouvait le tuer avant de réfléchir à son geste ! Il lui apparut aussi clairement qu’il était difficile de construire de l’amour avec elle ! Elle a de gros besoins d’amour ! Elle donne beaucoup pour cela ! Mais qu’en est-il de moi mes besoins ? Elle avait trop de fragilité et ce qu’elle vivait n’était pas de l’amour mais de la dépendance ! Frank ne se sentait pas capable de l’aider ! Qu’en est-il de lui-même ses besoins ?

Frank n’en pouvait plus ! Il se cherchait ! Il se demandait comment échapper à Ramata. Il eut alors l’idée de demander discrètement une affectation dans une autre ville ! Lorsqu’enfin la décision tomba, il n’informa personne ! pas même ses proches amis ! Il voulait juste partir. Aussi, se contenta-t-il de prendre juste le strict minimum pour n’attirer aucune attention sur lui. Un jour, à la descente, il continua à la gare, prit nuitamment le bus et s’en fit pour son nouveau poste. Changeant de service, il en fit de même pour ses numéros.
Ne trouvant pas Frank à la maison, chez ses amis, ni en ville elle fonça à son service. Arrivée, elle alla directement à l’ancien bureau de Frank, fit irruption sans taper. Quelle ne fut pas sa surprise quand elle vit que quelqu’un occupait le bureau de Frank. Elle demanda avec un ultime effort de maitrise de sa colère : « Où est passé Frank ? ».

Celui-ci, témoin de la souffrance de son collègue face au harcèlement moral avec des pluies de messages insultants lui répondit froidement que « Frank ne travaille plus ici ! »

Le corps de Ramata fut traversé par une douleur cinglante ! C’était encore finit comme la dernière fois et toutes les fois passées. Elle ne pouvait pas se résoudre à laisser abandonner par Frank. C’était au-dessus de ses forces. Elle ne pouvait même pas se l’imaginer parce que Frank était à elle ! Toute effondrée, dans un balancement, elle se repassait le film de sa séparation avec Malik aussi.

En effet il y a de cela quelques années, Ramata avait eu une relation avec Malik. Cette relation passionnée se solda par un déchirement. Elle avait si mal qu’elle voulait mourir pour arrêter de souffrir. Après elle était dégoutée d’elle-même ! Elle avait honte ! Depuis elle avait fermé son monde jusqu’à sa rencontre avec Frank qui lui avait redonné le goût de vivre ! Voilà que Frank
aussi partait, comme Malik ! Comme tous les autres ! Ne connaitra-t-elle jamais le bonheur ? Pourquoi ni Malik, ni Franck, ni les autres qui prétendaient l’aimer l’ont abandonné sans pitié ? D

es violences de son enfance aux abandons qu’elle vit, elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi la vie l’accablait tant ! Elle était en rage contre Frank ! Elle se sentait vide ! Elle s’en voulait aussi d’avoir tout donné à un homme sans cœur ! Son cœur, son corps, ses petits cadeaux ! Elle se disait toute en larmes, il reste mon âme ! Il l’aura aussi ! Sur sa conscience s’il en a une !

Elle rentra précipitamment à la maison et s’enferma dans la chambre. Alertés par ses pleurs, ses parents tapèrent à la porte mais en vain ! Avec l’aide des voisins ils forcèrent la porte et la trouvèrent à terre, inconsciente. Arrivée à l’hôpital, les soignants conclurent à une tentative de suicide. C’est à l’issue de trois jours d’état léthargique que Ramata retrouva ses esprits. Elle fut reconduite à la maison. Famille et voisinage la retrouvèrent, cette même Ramata, fille atypique, crainte par certains, plainte par d’autres qui, repliée sur elle-même redoutait de s’engager dans une relation de peur d’être abandonnée.

Daniel GUIRE et Anselme SANON

Vos commentaires

  • Le 3 juillet à 10:52, par Oblas En réponse à : Littérature : Un amour mortel

    Beau texte, au détour duquel on comprend combien le manque d’amour des parents peut exposer les enfants. Nous avons de nos jours tellement de cas pareils, que je m’attendait à ce que les auteurs terminent par une esquisse de solutions. Une fin tragique déboussole les personnes qui vivent une situation pareil. Merci et à très bientôt pour une autre réalité racontée sous forme d’histoire.

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  • Le 3 juillet à 15:23, par La plus grande force ? En réponse à : Littérature : Un amour mortel

    Quelle triste histoire.
    Il est en effet très fréquent de nos jours de croiser de telles personne.
    Il est important pour les parents de revoir l’éducation des enfants. De travailler à renforcer la force mentale des touts petits, leur confiance en soi. Il ne sert à rien de succomber aux désirs de l’enfant, de le pourrir au point qu’il ne soit plus en mésure de vivre dans la société.

    Quand l’amour devient une dépendance, l’ambiance devient insupportable et le peu d’amour qui existe finir par mourir.
    J’aimerais tant que ce poste soit lu par tant de parents !

    Merci à vous Daniel GUIRE et Anselme SANON pour cet oeuvre !

    Répondre à ce message

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