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SOS Villages d’Enfants au Burkina Faso : placer la famille au cœur de la protection de l’enfant

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Recherches et innovations • LEFASO.NET • lundi 7 octobre 2019 à 22h02min
SOS Villages d’Enfants au Burkina Faso : placer la famille au cœur de la protection de l’enfant

Introduction
Les organisations de protection de l’enfance sont nombreuses au Burkina Faso. Chacune intervient sur une ou plusieurs catégories d’enfants vulnérables en se fondant sur une vision, des objectifs et une démarche. Quelques soient les résultats attendus, la méthode d’approche est fondamentale et s’évalue sur sa capacité à créer un environnement protecteur pour l’enfant. Dans sa démarche, SOS Villages se penche sur deux cibles : l’enfant ayant perdu la prise en charge parentale et celui qui risque de la perdre. Dans ce sens, l’ONG attribue un rôle central à la famille dans le processus de protection et d’insertion de l’enfant d’où son slogan « la chaleur d’un foyer pour chaque enfant ». Comment cette approche est-elle planifiée ?

La maison familiale saambiilem (la fraternité) à Ouagadougou

1. Aux origines : la Deuxième Guerre mondiale

Nous sommes en 1949. Le monde sortait de la guerre la plus atroce de son histoire. Les pertes en vie humaine ont occasionné des centaines de milliers d’enfants orphelins, arrachés à l’affection parentale et à la vie familiale. Herman Gmeiner, jeune étudiant autrichien à cette époque, conçoit l’idée de créer un espace de regroupement où ces enfants, rendus vulnérables par la guerre, pourront se retrouver pour former une fratrie, une famille au sein de laquelle ils pourraient s’épanouir normalement.

C’est, en quelque sorte, une reconstitution de leur environnement familial. Cette idée aboutira à la fondation de l’Association SOS Kinderdorf International (SOS-KDI) ou SOS Villages d’Enfants en 1949. Le premier Village d’enfants SOS ouvrit ses portes à Imst en Autriche. Une année plus tard, 20 autres Villages s’ouvraient dans la même ville, en Allemagne, en France et en Italie avant de s’étendre à l’Amérique latine et en Asie en 1960, puis à l’Afrique au début des années 1970. Le premier Village africain a vu le jour à Abidjan, en Côte d’Ivoire, en 1971.

L’ONG compte 2 000 établissements fonctionnels à travers le monde. Le fondateur développa l’approche de SOS Villages en fondant également des maisons de jeunes, dans lesquelles les générations d’enfants devenus grands se préparent à vivre de façon autonome. Au Burkina Faso, un accord gouvernemental signé le 7 septembre 1993 entre les autorités burkinabè et Kinderdorf International consacre le début de l’implantation de l’Association dans le pays sous forme d’organisation nationale autonome (Yaka, 2012).

Son fonctionnement est assuré par des acteurs nationaux dont la connaissance du milieu, des réalités et des exigences locales sont nécessaires pour faciliter une meilleure prise en charge des enfants. Quatre ans plus tard, le premier Village d’enfants a ouvert ses portes à Ouagadougou et, en 2004, celui de Bobo-Dioulasso a vu le jour.

2. Philosophie et principes directeurs

SOS Villages est organisée autour d’une vision centrée sur le développement intégré des plus petits. Elle part de l’idée fondatrice selon laquelle l’enfant en situation de vulnérabilité ne peut être suffisamment protégé qu’à l’intérieur d’une famille qui l’accueille, qui l’accepte et qui l’aime. En d’autres termes, il ne doit pas grandir seul. C’est pourquoi le premier principe, parmi les quatre qui fondent l’action de l’ONG, est le développement de l’enfant dans un milieu familial affectueux. Celui-ci se sent membre d’une famille et d’une communauté et cela se traduit par :

- la présence d’une mère : les enfants ont droit à un parent ;
- l’existence d’une maison où ces derniers forment, avec elle, une famille ;
- une ambiance fraternelle : les liens familiaux se développent naturellement à travers la présence des frères et sœurs.

Le second principe est le renforcement des réseaux de soutien social au profit des enfants et de leurs familles. Cela passe par la reconnaissance du rôle, des capacités et des potentialités de la communauté avec laquelle la collaboration a pour finalité le développement de cet appui en leur faveur. L’intérêt supérieur de l’enfant comme base de toute décision et action constitue le troisième principe de la structure.

En tenir compte est un impératif majeur dans tout processus de prise en charge globale et spécifique de l’enfant à travers les politiques et les programmes de protection. La participation de ce dernier à la recherche de solutions le concernant est le dernier principe. Il occupe une place de choix dans le discours international sur la protection des personnes vulnérables. Ce qui en fait un fondement clé dans la démarche de l’ONG. Un bureau national basé à Ouagadougou et composé de sept départements est chargé de la mise en œuvre de cette protection.

3. Un dispositif de prise en charge centré sur la famille

À Ouagadougou et Bobo Dioulasso où l’ONG intervient principalement, le dispositif de prise en charge comprend deux Programmes de Renforcement de la Famille (PRF), deux Villages d’enfants SOS (VESOS) auxquels trois cellules d’encadrement des jeunes (CEJ) sont rattachées et dans lesquels des infrastructures éducatives et sanitaires sont fonctionnelles. Ce dispositif repose sur sa Politique Programme (PP) qui se veut fédératrice de l’ensemble des interventions centrées sur l’enfant.
La réponse aux vulnérabilités des cibles de l’ONG s’inscrit dans une double approche : protectrice et préventive.

La première se réfère aux maisons familiales qui forment les VESOS, dans lesquelles l’enfant mène sa vie et qui sont réservées à ceux qui ont perdu la prise en charge parentale. L’objectif est de donner une famille aux enfants démunis et la possibilité pour eux de créer des relations durables, de vivre selon leur propre culture et religion d’origine.

Il s’agit aussi de les amener à se découvrir et à exprimer leurs aptitudes, et de les aider à bâtir leur propre avenir par l’éducation et la formation. Les VESOS des deux principales villes du pays fonctionnent avec un total de 25 maisons familiales (dont 12 à Bobo Dioulasso) qui accueillent 250 pensionnaires à partir de 0 à 5 ans pour dix années de vie familiale.

Le concept de famille prend ici tout son sens. Un des responsables explique : « L’objectif de l’ONG, c’est d’assurer la sécurité affective des enfants. Tous ceux que nous recevons ici présentent des manques au plan social comme l’alimentation, la scolarité, l’habillement, et au niveau psychologique comme l’affection, l’amitié, la tranquillité, la chaleur familiale, etc. Il faut, pour chacun d’entre eux, une figure d’attache pour se développer.

SOS Villages crée donc une famille artificielle avec une mère et ses enfants, en plus de leur tante, qui vivent sous le même toit. Le cadre familial constitue un début de réponses aux préoccupations de l’enfant. La maman considère les enfants comme ses propres enfants et vice versa. Ces adolescents se considèrent également comme frères et sœurs ». Dans la nouvelle famille de l’enfant, ses frères et sœurs, sa tante et surtout sa mère jouent un rôle prépondérant dans son développement et la construction de sa personnalité.

C’est sans doute ce qui justifie ces propos du Fondateur de l’ONG qui estime que « nous cessons de comprendre ce qu’est un enfant si nous n’apprécions pas à sa juste valeur l’importance de la relation qui le lie à sa mère. C’est sur cette relation que repose notre développement dans sa globalité, en tant qu’individus et en tant que membres de la société ».

La mère éducatrice partage sa vie avec les enfants et, en tant que professionnelle de la prise en charge, garantit le bien-être de ceux-ci à travers la relation parentale. Le rôle de chef de famille qu’elle occupe implique une responsabilité accrue si bien qu’elle est tenue d’associer les bénéficiaires, en fonction de leur degré de maturité, aux prises de décisions.

La deuxième approche se focalise sur la mise en œuvre des Programmes de Renforcement de la Famille (PRF) en direction de la seconde catégorie de cibles de l’ONG. L’objectif est de veiller à ce que des enfants, courant le risque d’être séparés de leur famille biologique, évitent de perdre le soutien parental. Les capacités économiques des ménages concernés sont renforcées afin de prévenir les vulnérabilités des enfants de la communauté.

Cela se traduit par le financement d’activités génératrices de revenus à leur profit dans une dynamique participative impliquant les autorités locales et les partenaires sociaux. La pertinence de cette logique d’action réside dans sa capacité à influencer favorablement et durablement les conditions de vie du bénéficiaire sans le soustraire de son milieu familial.

Conclusion

En fondant ses interventions sur la nécessité de ne pas laisser l’enfant grandir seul hors d’un cadre familial, SOS Villages d’Enfants est en phase avec les principes clés du droit international de l’enfant. La Convention relative aux Droits de l’Enfant (CDE) par exemple considère la famille comme l’unité fondamentale de la société et le milieu naturel dans lequel la croissance et le bien-être des plus petits doivent s’organiser avec leur participation.

C’est aussi une vision qui se justifie sur le plan scientifique car les recherches actuelles sur la protection de l’enfance convergent sur le besoin d’organiser la prise en charge des jeunes enfants en situation de précarité sans rupture des liens familiaux, en insistant sur le fait que la famille demeure le cadre idéal de leur plein épanouissement.

Dr Siaka GNESSI
Sociologue / Attaché de Recherche
INSS / CNRST
Ouagadougou

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