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Utilisation des pesticides : « Le légume qu’un insecte n’a pas touché n’est pas non plus bon pour un humain », dixit Manoé René Sanou

Accueil > Actualités > Environnement • • mardi 1er octobre 2019 à 23h05min
Utilisation des pesticides : « Le légume qu’un insecte n’a pas touché n’est pas non plus bon  pour un humain », dixit Manoé René Sanou

Le pesticide est fait pour lutter contre un nuisible, qu’il soit un insecte ou une maladie de plante. Non contrôlé, il devient nocif pour l’être humain, et plusieurs personnes en sont victimes au Burkina Faso. En effet, sur le marché des pesticides, pilule un certain nombre de produits non-contrôlés et non-autorisés par les organes compétents. La Direction de la protection des végétaux et du conditionnement (DPVC) en assure le contrôle au Burkina et procède souvent à des saisies de pesticides non-homologués. Dans une interview accordée à une équipe des éditions Lefaso.net, le chef de service des pesticides de la DPVC, Manoé René Sanou, revient sur l’univers des pesticides au Burkina Faso.

Lefaso.net : Présentez-nous la direction de la protection des végétaux

Manoé René Sanou : La Direction de la protection des végétaux et du conditionnement est une direction technique du ministère de l’Agriculture, chargée de gérer tous les aspects concernant la lutte contre les nuisibles tels que les ravageurs, les mauvaises herbes et les maladies des cultures. C’est une direction qui travaille essentiellement dans la défense des cultures.

Nous faisons entre autres la surveillance phytosanitaire qui consiste à se rendre sur le terrain pour voir le niveau d’infestation des cultures afin de mieux organiser la lutte contre les nuisibles. C’est la direction qui a en charge la protection des cultures et l’organisation de toutes les activités en lien avec la santé des cultures, étant entendu que la santé de ces cultures passe par leur protection. C’est ce à quoi travaille la direction.

Quels sont les différents services qui sont sous la tutelle de la DPVC et les activités qu’ils mènent ?

A l’intérieur de la direction, nous avons plusieurs services qui travaillent à l’atteinte des objectifs de la direction. Vous avez le Service de la surveillance phytosanitaire et des interventions qui se charge de la surveillance de l’évolution des ravageurs sur le terrain, les identifier et organiser la méthode de lutte ou la défense de ces cultures.

Le Service de contrôle phytosanitaire et de la qualité qui a des postes de contrôle phytosanitaire au niveau des frontières qui sont chargés de contrôler tout ce qui est végétaux et produits végétaux. Je trouve en Côte d’Ivoire une plante qui me paraît belle et que je veux amener au Burkina, ça peut apporter des nuisibles en terre burkinabè. Alors le service se charge de vérifier tout cela.

Sur les réseaux internationaux, on parle des organismes de quarantaine, c’est-à-dire qu’un organisme peut être présent en Côte d’Ivoire mais être nocif pour le Burkina Faso. Pour ce genre de produits, il faut des dispositions à la frontière pour empêcher son introduction à l’intérieur du pays parce qu’il peut avoir un impact économique nocif pour la production. Il y a ensuite le service des pesticides qui se charge de la mise en application de la règlementation sur les pesticides.

Et pour ce faire, nous menons des sensibilisations sur les effets des pesticides sur la santé humaine, animale et végétale ou sur l’environnement. Nous faisons aussi le contrôle de la qualité des pesticides à l’importation, à l’exportation, à travers nos postes de contrôle au niveau des frontières, en transit et à l’intérieur du territoire national, et nous veillons au suivi toxicologique des pesticides ; ce qu’on a appelé la toxicovigilance.

En dehors de ces postes, nous menons souvent des contrôles inopinés à l’intérieur du pays, auprès des distributeurs, pour vérifier la qualité des pesticides. En début de campagne [agricole] surtout, on est inondé de toutes sortes de produits qu’il faut contrôler parce que ce sont des produits qui sont dangereux. Et enfin, il y a le Service de suivi-évaluation.

Outre ces quatre services, la DPVC dispose d’une unité nationale de lutte antiacridienne qui a pour mission de lutter contre le criquet pèlerin et les autres acridiens sur l’ensemble du territoire national.

Faites-vous des sorties de contrôle ou est-ce lorsque la direction est alertée qu’elle procède à des saisies ?

Le contrôle, c’est l’un de nos mandats et chaque année, nous essayons d’organiser des contrôles. Bien sûr que nous n’avons pas les moyens de saisir tous les pesticides qui pullulent de façon illégale dans notre pays, mais l’on se fait une idée de la situation qui est toujours sous contrôle.

Au niveau de nos frontières, beaucoup parviennent à contourner notre dispositif. Comme ils sont au courant des contrôles, ils prennent aussi des dispositions pour les contourner.

A l’intérieur de notre pays, il y a une seule firme qui formule nos pesticides, c’est la SAPHYTO, qui ne produit qu’une infime partie de ce qu’il faut aux consommateurs. Alors la plus grande partie, environ 80%, des pesticides distribués au Burkina est importée. Et nous, nous avons l’obligation de contrôler tous ces pesticides pour que ceux défendus ne tombent pas entre les mains des paysans qui ignorent tout des effets de ces pesticides.

Les effets sur le plan économique sont considérables, mais aussi c’est pour protéger la santé de la population. Parce que ce sont des produits chimiques dangereux qui ne doivent pas être vendus n’importe comment. Le commerçant n’étant toujours pas de bonne foi, il peut vendre un produit qui ne correspond même pas au mal que le paysan veut combattre. Il expose dans ce cas le producteur et l’amène à faire aussi une mauvaise production.

Alors, lorsque nous saisissons, il y a un travail technique que nous faisons : la numérisation de tous les produits saisis, la quantification, etc. Pour cette année, nous avons saisi d’abord autour de dix tonnes de pesticides non-homologués. A l’intérieur, il y a des produits solides surtout en spirale, en poudre et liquides qui sont généralement des insecticides mais aussi des herbicides.

Sur quoi vous vous appuyez pour faire le contrôle ou la saisie des produits lors de vos opérations ?

A ce niveau, il faut savoir que notre règlementation repose sur une règlementation générale des pays membres du CILSS. L’organisation regroupe neuf pays et pour l’ensemble de ces pays, il y a un organe qu’on appelle le Comité sahélien des pesticides (CSP) basé à Bamako qui statut régulièrement sur les produits autorisés à l’intérieur des pays membres du CILSS. Lorsque ce comité statue, il publie la liste de l’ensemble des produits qui sont autorisés à être vendus. Et cette liste est mise à jour chaque six mois, dans le mois de mai et dans celui de novembre.

Donc la firme qui veut commercialiser dans l’espace CILSS, dépose un dossier d’homologation au niveau du CSP, avec toutes les preuves que les produits vendus sont ceux autorisés par le CSP. Lorsque nous faisons notre contrôle, nous nous basons sur cette liste. Alors si nous avons saisi un produit, c’est qu’il n’est pas autorisé à être vendu sur le territoire.

Cependant, il y a plusieurs types de produits qui se ressemblent où l’un est autorisé et l’autre non. Si l’on considère Confo king, Super confo, ce sont des variantes d’un même produit. De façon générale, lorsque les opérations de contrôle arrivent à prouver chez un distributeur que les produits qu’il commercialise ne répondent pas aux normes exigées en matière de qualité, nous procédons à la saisie de ces marchandises.

Comment un paysan peut-il savoir qu’un distributeur donné a l’autorisation de vendre le produit ?

Pour le savoir, il faut demander tout simplement si la personne a un agrément pour la distribution de son produit. Si elle en a, qu’elle le présente. C’est la seule méthode pour le découvrir. En matière de distribution des pesticides, les personnes qui sont autorisées à le faire sont des personnes qui détiennent un agrément délivré par le ministère du Commerce.

Combien d’opérations de saisie avez-vous menées en 2019 et quelle quantité de matières elles ont permis de saisir ?

Cette année, c’est une seule opération ponctuelle que nous avons menée. En plus de cela, souvent il y a les forces de l’ordre qui nous appuient. Pendant leur contrôle de routine, lorsqu’elles suspectent la qualité d’un produit, elles nous font appel pour que nous venions inspecter.

A l’intention des forces de l’ordre, nous menons souvent des activités de formation et de sensibilisation pour permettre un meilleur appui pour nos services. La plupart de nos activités de sensibilisation sont à l’endroit des producteurs, pour leur permettre de savoir les produits autorisés, comment les utiliser sans trop s’exposer et pour que cela n’ait pas un impact sur l’environnement. Il faut le signaler : en début de saison, les gens les utilisent n’importe comment et ça fait des victimes.

Au village, lorsqu’un paysan l’utilise à proximité d’une source d’eau, par ruissellement, ça peut polluer la source d’eau qui peut être là où des familles s’approvisionnent en eau de boisson, là où les animaux s’abreuvent. Alors que pour les intoxications chroniques, l’effet n’est pas immédiat. On est bien portant et puis un beau matin, on tombe malade d’une maladie incurable. Donc les sensibilisations se font à travers les associations des producteurs et les forces de l’ordre.

Donc pour revenir à votre question, nous avons pu mener des opérations dans quelques régions du Burkina, telles que les Hauts-Bassins en 2015, le Centre-Sud en 2014 et 2017, l’Est, le Centre-Ouest, le Centre-Sud et le Centre-Est. Mais à Ouagadougou, c’est la première fois que nous menons une opération.

Après la saisie de produits non-homologués, que se passe-t-il ensuite ?

La suite après saisie d’un produit non-autorisé, c’est l’élimination. Ce ne sont pas des produits autorisés, donc on ne peut pas faire une rétrocession. Maintenant si nous devons appliquer la loi, c’est le distributeur qui doit aussi payer l’élimination. Et l’expérience que nous avons, c’est que l’élimination est parfois plus chère même que le prix d’achat. Parce que les pesticides, comme je le disais, ce sont des molécules qui ne doivent pas être éliminées n’importe comment.

Il faut un dispositif particulier pour leur élimination. Et souvent la température d’élimination doit être élevée, au-delà de 1000 °C, c’est-à-dire entre 1300 et 1400 °C. Pour créer ces conditions, c’est très difficile. Donc le coût devient plus cher. Et dans les normes, c’était au fautif de prendre en charge cette élimination. Déjà qu’il trouve que vous avez pris toute son économie, si vous allez exiger encore à ce que la personne paye pour l’élimination, ça va poser problème. Donc c’est nous-même qui nous en chargeons.

C’est pourquoi la plupart des pesticides que nous saisissons sont toujours dans nos magasins. Nous attendons des occasions favorables pour pouvoir les éliminer. Heureusement pour nous qu’il y a un projet sous-régional, pour les pays membres du CILSS, qui va procéder à l’élimination d’une bonne partie de ce que nous avons saisi.

Dans les normes, la loi prévoit des amendes, des poursuites judiciaires et même des peines d’emprisonnement à l’encontre des fautifs. La loi que nous avons actuellement, est une nouvelle loi qui a été adoptée en 2017 et c’est elle qui a intégré les sanctions. Sinon l’ancienne loi des années 1990 n’avait pas prévu de sanctions.

Quelles sont les bonnes pratiques qu’il faut avoir face aux pesticides ?

En la matière, il faut seulement être exigeant face à ce que nous voulons consommer. Il y a plein de molécules qui sont à l’intérieur des produits, que l’acheteur ne voit pas. Lorsque vous appliquez des pesticides sur un produit agricole, le produit agricole absorbe une partie.

Lorsque le ravageur viendra s’attaquer à n’importe quelle partie de la plante, il sera intoxiqué et à la fin, il y a ce qu’on a appelé les résidus qui restent sur la plante. Voilà pourquoi lorsque le producteur respecte les bonnes pratiques, on demande toujours qu’il y ait un certain délai avant récolte. C’est-à-dire que lorsque vous appliquez aujourd’hui le produit, on vous donne un délai suffisant pour que le produit soit complètement détruit.

Lorsque vous n’atteignez pas ce délai avant de récolter, il y aura toujours des résidus à l’intérieur des récoltes. Si vous allez vendre, ceux qui vont consommer seront aussi exposés à des risques de santé. Et le paysan lui-même dit toujours ne pas vouloir consommer mais vendre.

C’est-à-dire qu’ils appliquent les mauvaises pratiques parce qu’ils veulent vendre ; ce n’est pas eux-mêmes qui vont consommer. Ici, lorsque vous allez payer de la salade, vous ne savez pas comment cette salade est produite. Il se peut que le producteur ait traité aujourd’hui et le lendemain seulement, il a récolté. Ces cas sont nombreux. Et là aussi, une personne peut mourir sans que l’on ne sache comment cette personne est morte.

Personnellement, j’ai un exemple de ce genre. Un ami militaire qui a sa cour unique où il faisait de l’élevage. Quand il partait en mission, il a confié ses moutons à sa maman qui allait au marché acheter les feuilles de choux et autres qu’elle venait donner aux moutons. Une fois, elle est revenue avec des feuilles - on ne sait pas où elle les a trouvées-, elle les a données aux moutons qui ont mangé et aucun n’est ressorti vivant. Les moutons sont tous morts, une quinzaine de moutons.

Imaginez-vous les personnes qui vont aussi consommer ces légumes, chacune prendra au moins une dose. Peut-être la différence serait que les moutons en ont consommé en quantité, mais les personnes aussi peuvent être détruites à petit feu. Il est démontré aussi qu’il y a des produits qui sont bio-cumulables, c’est-à-dire lorsque vous consommez ce produit aujourd’hui, votre organisme retient quelques molécules.

Demain vous en mangez encore, ça s’ajoute et ainsi de suite jusqu’à un certain seuil. Et un beau matin, on va dire que c’est un sorcier qui vous a tué, alors que c’est un produit toxique que vous avez accumulé dans votre organisme. Donc pour revenir à cela, c’est parce que le consommateur n’est pas exigeant que tout le travail que nous menons devient compliqué.

Ailleurs, sur les molécules non-autorisées, les gens sont exigeants. Parce que si ton produit n’est pas bien fait, il n’y aura personne pour l’acheter. Donc si sur la chaîne des acteurs, tout le monde était conscient du risque lié à ces produits, cela faciliterait la tâche à tout le monde.

Quels sont vos rapports avec les structures d’autres ministères qui se chargent aussi de la protection des végétaux, telles que les forestiers ?

Nous collaborons beaucoup avec ces gens qui sont pour nous des appuis incontournables. Il n’y a pas d’immixtion dans nos rôles, parce que chacun travaille sur la base d’une loi qui est élaborée en tenant compte des organes qui sont un peu dans le même domaine.

Donc chacun travaille sur la base d’une loi et sur un aspect spécifique de la protection des végétaux, sauf que nous sommes complémentaires et pour y arriver, nous n’avons d’autres choix que de nous appuyer les uns sur les autres. Surtout au niveau de nos frontières, la loi dispose que nos documents techniques que nous élaborons sont des préalables pour les opérations douanières.

Un importateur qui arrive avec un produit phytosanitaire, la douane le dirige vers le service phyto qui contrôle la qualité avant le dédouanement du produit. Lorsque les importateurs arrivent au niveau des frontières, ils ne connaissent que la douane, et c’est à la douane maintenant de les orienter vers les services compétents qui sont souvent plusieurs.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans l’accomplissement de votre mission ?

Il y a plusieurs difficultés mais la principale, comme je l’ai dit plus haut, reste la méconnaissance des acteurs des produits. Les acteurs à qui ces produits sont destinés connaissent très peu les produits. Cela fait que souvent, ils peuvent opposer de la résistance à ce que nous faisons comme travail. S’ils connaissaient vraiment les risques liés à ces produits, notre travail serait encore plus facile. Dans ce domaine, les gens mettent l’accent sur l’enjeu économique par rapport à tout ce qu’on peut avoir comme effet néfaste.

Cela est alors lié au peu de connaissances que les acteurs ont du produit. Lorsqu’on parle d’acteurs, il ne s’agit pas seulement des consommateurs, mais aussi des distributeurs et des producteurs. Le consommateur, une fois au marché, n’est pas exigeant par rapport à la qualité du produit. On ne se demande pas comment le produit a été fabriqué, comment il s’est retrouvé sur la place du marché. Pendant nos formations, il y a des gens qui témoignent avoir acheté des produits qui sentaient mauvais.

Comme toute structure, nous manquons de moyens. Le personnel que nous avons n’est jamais suffisant. Dans les postes de contrôle, c’est toujours deux ou trois agents, alors que le travail qu’il y faut abattre est considérable. Donc il est toujours naturel qu’on criera au manque de moyens.

Quelles sont vos doléances à l’endroit de l’autorité de tutelle ?

Il faut dire c’est tout d’abord une question de moyens pour pouvoir maximiser sur la sensibilisation afin d’arriver à changer les mentalités en la matière. Je pense que tous les partenaires qui peuvent appuyer la sensibilisation sont les bienvenus, que ce soit le ministère ou d’autres départements.

Souvent, il y a des ONG qui nous appuient et comme le budget de l’Etat ne peut jamais être suffisant, parfois il y a des partenaires qui nous apportent leur soutien mais pour la plupart, c’est dans des zones ciblées. Ce ne sont pas des partenaires formels, mais des structures qui agissent dans une zone donnée. Sur le terrain, il y a beaucoup à faire dont la qualité des produits et la protection même de l’individu.

Le traitement des produits nécessite un équipement de protection qu’on appelle EPI (Equipement de protection individuelle) qui comporte la combinaison, les gants, les bottes, un chapeau, un masque avec des lunettes. Donc vous devez être bien protégé. Cependant, ce qu’on voit sur le terrain est tout autre. Souvent, l’individu se met en débardeur sans autre protection et, pis, il traite souvent contre le vent. Le soir, c’est souvent des démangeaisons, des rhumes, des maux de tête.

Quels sont vos conseils à l’endroit des populations ?

D’abord à l’endroit des distributeurs, le premier conseil est que ceux qui n’ont pas l’agrément de vente peuvent s’approcher des services compétents. Venir ici pour se renseigner par rapport aux conditions de vente, comment se constitue le dossier de demande d’agrément, etc. Nous, nous avons souvent des formations à l’intention de ces derniers.

C’est important, d’abord pour ne pas qu’on saisisse un jour une marchandise sur laquelle vous avez investi des millions, et ensuite pour ne pas porter atteinte à la vie d’autrui. Parce que si nous mettons l’argent au-devant de tout, nous pouvons l’avoir mais ce seront des gens que nous allons sacrifier pour l’obtenir et dans ce cas, ce argent ne sera pas aussi propre qu’il le fallait. Chercher toujours à frauder, peu importe le domaine, c’est jouer avec la vie d’autrui et par conséquent, c’est se créer aussi des ennuis sans le savoir.

Donc mon conseil, c’est que ces derniers puissent venir auprès de l’autorité compétente dans l’optique de se conformer aux règles. Nous avons souvent des séances de formation pour ces personnes : comment reconnaître un produit de bonne qualité, comment même vendre, parce que la vente ne se fait pas au hasard. Elle fait partie même des dossiers de demande d’agrément, comment disposer d’une infrastructure bien adaptée, parce que lorsqu’ils font la demande, nous sortons pour voir aussi les infrastructures pour le stockage qui doivent inclure l’aération. Ce n’est pas bien qu’une personne s’asseye à côté d’une boutique qui sent fortement, la personne s’intoxique sans le savoir. Puisque l’intoxication se fait aussi par inhalation (par la respiration). Les distributeurs sont très importants dans cette chaîne de sensibilisation des producteurs.

A l’endroit des producteurs, je dirai qu’avant même d’appliquer un produit, il est conseillé d’aller voir un spécialiste. C’est tout comme dans le domaine de la santé où l’on interdit l’automédication. Parce que c’est dangereux pour quelqu’un de se faire appliquer des produits qui ne correspondent pas à son mal ; la personne s’expose à d’autres problèmes de santé.

Dans le domaine des cultures, lorsqu’on autorise un pesticide, c’est sur une culture donnée contre un ravageur pour lequel le produit a été fabriqué. Supposez que dans votre champ, vous constatez une maladie des cultures et vous partez prendre un insecticide, qui est normalement destiné à lutter contre un insecte, est-ce que cela va marcher ?

Vous risquez au contraire toute votre culture ! Puisqu’ici, vous avez des symptômes liés à la présence d’agents pathogènes tels que les bactéries, les champignons, etc. et non des insectes. Donc pour ne pas avoir à faire ce genre d’erreurs, nous demandons aux paysans de toujours faire recours à un technicien, qui pourra faire un diagnostic du problème et vous conseiller le produit spécifique.

Pour la consultation des techniciens, je signale que c’est un service public et donc gratuit. Un producteur ne peut pas s’excuser sous prétexte que la consultation d’un spécialiste est chère. Les services sont totalement gratuits.

Pour les consommateurs, c’est se renseigner si possible sur la production du fruit ou du légume, le nombre de fois que la plante a été traitée, les produits utilisés et pourquoi ne pas avoir son producteur chez qui l’on prend régulièrement ses produits. A défaut, lorsque vous allez au marché, il faut regarder les cultures les plus attaquées. Le chou par exemple est une légumineuse très sensible.

Il est alors très rare de voir un chou qui n’est pas attaqué. Si vous le constatez, cela veut dire que c’est un chou qui a été traité trop de fois si bien qu’il n’a pas pu être touché. J’ai l’habitude de dire que ce que l’insecte n’a pas aimé, ce n’est pas bon pour l’humain non plus.

L’idée de combattre les nuisibles n’est pas de les anéantir complètement. Ils ont aussi leur rôle dans l’équilibre de l’écosystème. L’objectif visé, c’est de maintenir leur population à un niveau où ils ne seront pas nuisibles, c’est-à-dire un seuil acceptable. Alors que le paysan ne veut même pas voir les traces d’un insecte ou d’une anomalie. Alors que quand vous traitez des cultures, il y a toujours des résidus mais il y a un niveau jugé acceptable. Dans certains pays, les gens sont très exigeants.

Par exemple, si nous avons un produit qu’on veut exporter, on est obligé de nous soumettre aux exigences du pays destinataire en matière de dosage. On a eu un cas comme cela avec le Japon pour le sésame. Le Japon importait beaucoup notre sésame et à un moment donné, ils se sont rendu compte que les teneurs étaient au-delà des normes et ils ont suspendu. Donc pour la consommation, il y a des normes au-delà desquelles un produit ne doit pas être consommé.

Entretien réalisé par Etienne Lankoandé
Lefaso.net

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