Anniversaire de Thomas Sankara : Le Balai citoyen rend hommage au « cibal en chef »
Ce 21 décembre 2014, le président Thomas Sankara né le 21 décembre 1949, aurait eu 65 ans. Si l’homme n’est plus, le Balai citoyen a tenu à commémorer l’anniversaire de celui que le mouvement appelle, le « cibal en chef ».
Après un recueillement à 15h sur la tombe de l’illustre défunt au cimetière de Dagnoen, la journée d’hommage et de commémoration de la date d’anniversaire s’est poursuivie au Palais de la jeunesse et de la culture Jean Pierre Guigané. Concours d’imitation du discours sur la dette de Thomas Sankara, concert de Sams’K Le Jah en présence de Blandine et Valentin Sankara, ont marqué la suite de la soirée.
Le recueillement au cimetière a été l’occasion pour Me Sankara président de l’UNIR/PS, par ailleurs avocat de la famille du défunt, de faire le résumé de l’état d’avancement du dossier. Les nouvelles autorités assurent que justice sera rendue, mais « nous n’avons aucune nouvelle pour le moment » affirme l’avocat qui a donc demandé au gouvernement de la transition de procéder à des enquêtes pour que les responsables soient traduits en justice. « Thomas Sankara a droit à la justice, et sa famille au savoir », a-t-il ajouté, faisant également référence à la demande de reconnaissance de la tombe.
Et ensuite de poser une question à laquelle lui-même apporte la réponse, « A qui profite les crimes ? On les connait et nous demandons un mandat d’arrêt contre Blaise Compaoré, contre François Compaoré et les militaires qu’on avait condamné et dont 2 seraient toujours en vie ».
Parlant du père de la révolution d’aout 1983, l’artiste Smockey dira que si certains affirment qu’il aurait eu 65 ans, pour eux « il a 65ans parce que son combat continue toujours ». Pour le porte-parole du Balai citoyen, une première étape a déjà été franchie avec la chute du président Blaise Compaoré. La justice pour Thomas Sankara serait la deuxième étape en cours. La troisième étape sera, dit-il, la réhabilitation de son image et la réappropriation de ses idées majeures.
Dépôt de balais sur la tombe pour que justice soit faite
Pour le dernier acte marquant le recueillement au cimetière, les artistes Sams’K Le Jah et Smockey accompagnés de Me Sankara ont déposé ensemble des balais sur la tombe de Thomas Sankara. Des balais ont été également déposés sur celles de ses douze compagnons d’infortune. Ce geste qui aurait une symbolique, a été expliqué par un autre leader du mouvement, Sams’K.
« Pour certaines régions du Burkina, lorsque quelqu’un meurt et qu’on ne connaît pas les auteurs de sa mort, on accompagne le défunt avec un balai lui disant de nous aider à retrouver les tueurs, les assassins. Dans le cas de Thomas Sankara, même si la Justice n’a pas encore clairement établi qui sont les criminels, ceux qui étaient là le 15 octobre 1987, avec tout le combat abattu par sa famille, par les juges, par les avocats, et aussi le dossier qui a été fait par Alain Foka sur RFI, à travers un certain nombre de témoignages, il y’a des noms qui reviennent. Aujourd’hui la jeunesse ne voudrait pas être complice, de ceux qui assassinent la mémoire.
Il y en a qui disent qu’ils ont quitté Blaise, ce n’est pas suffisant. Nous, on veut savoir ce qui s’est passé le 15 octobre, pourquoi vous avez arrêté notre espoir, qui vous êtes, et vous serez jugés. C’est pour cela, aujourd’hui nous sommes sur la tombe du camarade capitaine, pour lui dire merci d’avoir fait de nous des héritiers. Nous espérons qu’il est fier quelque part, du travail que nous avons pu faire pour que Blaise quitte le pouvoir ».
Un concert pour marquer l’anniversaire
Pour également marquer cette journée d’anniversaire, cette fois-ci en chansons, un concert a été organisé par l’artiste Sams’K Le Jah. Bien avant le début du concert, l’occasion a été donnée à des « Sankara » de reprendre le discours sur la dette de celui à qui ils disent s’identifier. Mahamadi, un étudiant en 7e année de médecine a, lui aussi, tenu à partager avec le public, une partie du discours de son idole à l’ONU. Discours de plus de 45 minutes qu’il affirme avoir appris ‘’par cœur’’.
Monté sur scène et habillé à l’instar de certains de ses musiciens en Faso Danfani, c’est une sélection d’une douzaine de chansons que l’artiste en concert du jour, a jouée. Circonstances obligent, le refrain « ce président-là, il faut qu’il parte et il partira » d’une de ses chansons souvent jouée lors des marches-meetings, a été modifié pour l’occasion en un « on a gagné, on a gagné ». L’ambiance était donc celle de fête qui a fait danser le public sorti nombreux pour l’occasion au Palais de la jeunesse et de la culture, Jean Pierre Guingané.
Si la lutte a payé, l’artiste et leader du Balai citoyen a tenu cependant à adresser un message aux nouvelles autorités de la transition à travers un morceau spécial qu’il a composé. « Nos frères, nos sœurs sont morts, et c’est par le sacrifice de leur vie que vous êtes là aujourd’hui au pouvoir. Alors au nom du sang versé, au nom de l’avenir de la jeunesse, nous vous prions de ne pas nous trahir ».
Dans la même chanson, il a également rendu hommage aux morts de l‘insurrection populaire ; « je sais que vous n’êtes pas morts, vous avez inscrit vos noms, et l’histoire de ce pays les retiendra ».
A la dernière chanson du concert, Valentin et Blandine, frère et sœur de Thomas Sankara, ont été invités à monter sur scène pour chanter « joyeux anniversaire » à celui qui était à l’honneur. Un « joyeux anniversaire » qui a été entonné en chœur par le public debout, portables allumés.
« Nous voyons que la jeunesse est débout. Cela nous conforte. Les nouvelles autorités ont annoncé des choses, la famille attend de voir ce qui va se passer », dira Valentin Sankara à la sortie de la dernière activité en hommage à leur frère.
Amélie GUE
LeFaso.net

