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Analyse des contraintes liées à la production maraîchère des femmes à Gninga dans le Boulkiemdé

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Recherches et innovations • • lundi 15 décembre 2014 à 10h00min
Analyse des  contraintes liées à la production maraîchère des femmes à Gninga dans le Boulkiemdé

Le Burkina Faso est un pays sahélien enclavé d’une superficie de 274 000 km2. Sa population était estimée par le recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-2006) à 14 017 262 habitants dont 51,7% de femmes. Plus de 40% des 14 millions de burkinabè vivent toujours en dessous du seuil de pauvreté (PAM ; 2012). Les femmes sont plus exposées à cette pauvreté, notamment celles résidant en milieu rural, pour qui la production vivrière reste l’activité principale. De façon générale, les femmes, qui assurent plus de 75% de la production de subsistance ont un faible accès aux moyens de production, au capital humain et aux services financiers et de vulgarisation (PNG, 2009).

Ce faible accès et contrôle des ressources et des facteurs de production, ainsi que le changement climatique, compromettent l’autosuffisance alimentaire des familles et l’obtention de revenus de cette tranche de la population, les rendant encore plus vulnérable. De ce fait, les femmes rurales trouvent dans la pratique du maraîchage une solution palliative pour combler le déficit céréalier et pour améliorer leur revenu financier. Quelles peuvent être les contraintes des femmes dans la pratique de l’activité maraîchère ? Pour répondre à cette question nous avons choisi le village de Gninga dans la province du Boulkiemdé. Le présent document de vulgarisation fournit des informations visant à améliorer les aménagements maraîchers et les appuis apportés aux femmes à travers l’évocation de leurs contraintes.

MATERIEL ET METHODES

Site de l’étude

L’étude a été menée dans le village de Gninga, située au Nord-est (à 20 km) de la ville de Koudougou chef-lieu de la province du Boulkiemdé et de la région du centre ouest. Gninga, l’un des 15 villages rattachés à cette commune, compte 2 490 habitants, dont 1 462 femmes (58,71%), RGPH-206. Il appartient à la zone climatique nord soudanienne dont la pluviométrie est comprise entre les isohyètes 700 mm et 800 mm avec, toutefois, une grande variabilité de la pluviosité. Sur 30 ans, la station météorologique de Koudougou (1970 à 2000) montre des hauteurs d’eau annuelles variant entre 245 et 1 003 mm pour des nombres de jours de pluies comprises entre 34 et 70 jours, dont 14 saisons hivernales en-dessous de 700 mm (Dama/Balima, 2012).Le maraîchage se pratique pendant la saison sèche, qui s’étend d’octobre à Mai. La saison de pluies (juin à septembre) est la période des cultures pluviales. Certains hommes continuent le maraîchage en saison de pluies sur les terres exondées ; cela n’est pas possible pour les femmes très occupées aux travaux champêtres et aux tâches ménagères familiales. L’élevage bovin, ovin, caprin, porcin et de la volaille est pratiqué dans le village. Chaque concession élève au moins une espèce. Les déchets des animaux servent à la fertilisation des cultures.

Deux périmètres maraîchers ont été aménagés par l’AMB et la Mission catholique d’Imasgo au profit des femmes. A travers ces aménagements, les femmes ont bénéficié de puits modernes et de la clôture en grillage. Dans ces périmètres collectifs, chaque exploite sa parcelle.

Echantillonnage

Sur la base d’une population totale de 101 femmes, un l’échantillon de 30 productrices a été tiré de façon aléatoire pour les enquêtes. Parmi les 101 femmes, 78 sont mariées et 23 sont des veuves.

Collecte de données

Les données d’enquête ont été réalisées en mars 2014 à l’aide d’un guide d’entretien collectif auprès des productrices du village de Gninga. Les données concernent les cultures pratiquées, les difficultés des femmes dans la production maraîchère, la liste des sites maraîchers où les femmes disposent de jardins maraîchers individuels ou des jardins collectifs, l’âge, le niveau d’instruction, l’expérience dans la pratique du maraîchage et la formation reçue en maraîchage.

Une enquête réalisée en mars 2014 par une étudiante stagiaire a permis de collecter des données qualitatives, au moyen d’un guide d’entretien collectif avec les producteurs maraîchers, de recenser les cultures pratiquées, d’identifier le nombre total de productrices sur les2 périmètres maraîchers, ainsi que les difficultés rencontrées par les femmes dans la production maraîchère, enfin de répertorier dans le bas-fond les sites maraîchers où les femmes disposent de jardins maraîchers individuels. Une population cible de 101 femmes a ainsi été retenue. Les données quantitatives proviennent du questionnaire administré à l’échantillon de 30 productrices tirées aléatoirement, soit 20 femmes mariées sur un total de 78 et 10 veuves sur un total de 23 qui ont fait l’objet de l’enquête. Parmi les 30 femmes, 22 possèdent également des jardins maraîchers individuels. Les veuves sont chefs de famille et supportent en général, entièrement, les charges de leurs enfants.

RESULTATS

1. Caractéristiques générales de l’échantillon

La majorité des productrices (40%) a un âge compris entre 30 et 39 ans ; 30% ont un âge compris entre 40 et 49 ans ; 20% ont entre 50 et 77 et 10% ont moins de 30 ans. Elles sont majoritairement sans niveau d’instruction (63%) ; 10 femmes (33,3%) ont été alphabétisées en langue locale mooré et une seule femme a fréquenté l’école primaire. Les femmes qui pratiquent le maraîchage depuis moins de 5 ans sont au nombre de 12 soit 40%, les autres ont une ancienneté dans le métier comprise entre 5 et 12 ans. Malgré cette ancienneté constatée, 93% des femmes n’ont jamais reçu de formation en maraîchage. Enfin, toutes les femmes pratiquent le maraîchage sur des terres qui ne leur appartiennent pas. Même au sein des périmètres aménagés, aucune attestation foncière à titre individuel ou collectif n’a été établie.

2. Les contraintes de production rencontrées

2.1 Sous équipement des femmes en matériel de production

L’AMB et la mission catholique ont apporté des appuis pour la clôture des périmètres maraîchers pour sécuriser les cultures contre la divagation des animaux et les vols. Cependant, parmi les 22 femmes qui ont des jardins individuels, 17 femmes ont des clôtures en paille et 5 des clôtures en grillage/paille. Ces dernières sont en train de fixer le grillage progressivement. Les clôtures en paille sont renouvelées chaque année.
Les femmes disposent de puits, de puisette et d’arrosoir pour irriguer. Des puits modernes et traditionnels sont recensés dans les périmètres.

Cinq puits modernes ont été réalisés par l’AMB et sept par la mission catholique. En plus des puits modernes, chaque femme a réalisé un puits traditionnel individuel dont le coût varie entre 25 000 et 35 000F. Toutes les femmes ont accès à l’eau des puits grâce aux puisettes. La puisette se compose d’une corde et d’un récipient. En général, ce sont des bidons vides de 20 litres qui sont transformés de façon artisanale. Le nombre de puisette-arrosoir par femme varie entre 1 et 4 ; 67% possèdent jusqu’à deux et 30% possèdent trois puisette-arrosoir. Dans 73% des cas le mode d’acquisition est l’achat cash, 17% à crédit. Le coût unitaire est de 2 000F CFA.

Des seaux sont aussi utilisés pour recueillir l’eau pour divers usages à l’intérieur et aux abords des jardins et périmètres maraîchers (arrosages, lessives, abreuvement d’animaux, etc.)

Le petit matériel de travail du sol se compose de daba, de bineuse et de pioches. Toutes les femmes possèdent des daba et des bineuses. La possession des pioches est moins systématique ; 58% des femmes n’en possèdent pas, 33% ont une pioche et le reste plus d’une pioche ; les coûts d’acquisition unitaire varient entre 600 et 2000F.

2.2 Faible utilisation des intrants liée au manque de revenus financiers

Les semences utilisées sont obtenues par achat. Certaines femmes produisent elles même leur semence.

Trois types d’engrais sont utilisés, le NPK, l’urée et le fumier. Les quantités utilisées varient selon les superficies exploitées et leur capacité financière. Il ressort néanmoins, que dans la majorité des cas, les quantités de NPK et d’urée utilisées sont faibles, soit moins de 10kg/femme. Pour ces deux intrants, les achats se font cash dans 77% des cas. Pour l’utilisation du fumier une seule femme dispose d’une fosse fumière. Toutefois, la quasi-totalité des femmes (90%) réussissent à obtenir du fumier en collectant les excréta d’animaux dans la brousse, sur les pistes à bétail et aires de pâturage. Selon la quantité de fumier ainsi obtenue, elles achètent un complément de 1 à 4 charretées.

L’utilisation des insecticides n’est pas développée chez les femmes, 73% n’en utilisent pas par manque de moyens financiers (achat, de l’insecticide et du matériel d’aspersion) et par ignorance de l’utilisation de ces produits. De ce fait, elles sont exposées aux attaques et aux maladies des plantes qui entrainent la baisse de la production.

CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

L’étude révèle que les femmes rencontrent d’énormes difficultés techniques et financières dans la pratique du maraîchage. Le manque de moyens financiers ne leur permet pas de donner de véritable envergure à l’activité, ce qui explique les moyens rudimentaires utilisés etla pénibilité liée à l’exhaure de l’eau lorsque les puits ne tarissent pas prématurément. Les efforts d’accompagnement devront consister à ce niveau à :
-  rendre disponible l’eau en approfondissant et améliorant la qualité des puits traditionnels ; en construisant davantage de puits modernes ; en augmentant la capacité de rétention d’eau de la retenue ;
-  améliorer et moderniser les équipements en organisant les femmes en groupement, en leur offrant l’accès aux crédits par la création de contacts avec des structures de financement et en les accompagnant dans la gestion et investissement des crédits octroyés ; en équipant les sites de production de matériels d’exhaure et de transport de l’eau ; en réalisant des clôtures plus durables et résistantes par la fixation de grillage et par la réalisation de haies vives ;
-  accorder des superficies plus grandes aux femmes pour la production maraîchère et sécuriser ces terres.

Le manque d’encadrement et de formation constitue également un réel handicap pour les femmes. Les défis sont importants à relever :
-  l’alphabétisation des femmes est une priorité ; elle leur permettra d’avoir accès aux fiches techniques en langue nationale réalisés par la recherche agricole et ses partenaires ;
-  L’organisation des formations en irrigation, en application de bonnes doses d’engrais organiques, minérales et des produits phytosanitaires, en construction des fosses fumières et production de fumure organique,en production semencière et réalisation de pépinière, en initiation à la production d’autres spéculations ; l’organisation de voyages d’études permettrait d’agrandir leur horizon et d’adopter des bonnes pratiques ;
-  L’accès à l’information sur les lieux d’approvisionnement en semences, engrais et produits phytosanitaires dans la commune de Koudougou ou auprès d’autres centres et institutions spécialisées est à promouvoir.

Mariam Dama/Balima ; Hyacinthe Kambiré ; W. Florence KANZEMO
BIBLIOGRAPHIE

Dama- Balima Mariam Myriam (2012) : Evolution et commercialisation des produits maraîchers dans le Centre-Ouest du Burkina ; « Revue de géographie de Lomé À H כֿ H כֿ », Togo, p.48-64.
KanzemoWendpanga Florence (2014) : Impact du maraîchage sur les revenus des femmes de Gninga (province du Boulkiemdé au Burkina Faso) ; Rapport de Stage de Licence Professionnelle, Université Aube Nouvelle, Ouagadougou- Burkina Faso ; 64p.
Ministère de la Promotion de la femme et du Genre du Burkina Faso, (2009). Politique Nationale Genre (PNG) Burkina Faso, 109p.

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