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Augustin Loada : "Il y a des organisations de la société civile qui donnent des leçons… mais ne respectent pas toujours ces principes d’éthique".

Accueil > Actualités > Politique • • samedi 26 juin 2004 à 12h14min

Pr Augustin LOADA

Au Burkina Faso il y a des organisations de la société civile qui participent pleinement au renforcement du processus démocratique. Au nombre de celles-ci, le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) dirigé par le Pr. Augustin Loada, directeur de l’Unité de formation et de recherche des sciences politiques et juridiques. Le Pr. Loada avec le CGD jouent une grande partition dans le renforcement de la gouvernance démocratique au Burkina à travers le renforcement de capacités des acteurs de la vie politique et des organisations de la société civile.

Nous l’avons rencontré pour qu’il nous parle de l’analyse faite par le CGD sur la mise en œuvre de la gouvernance démocratique au Burkina Faso. Il n’hésite pas dans cet entretien à mettre le doigt sur certaines plaies dans la vie des partis politiques et des organisations de la société civiles.. Entretien riche en enseignements.

Hebdomadaire du Burkina (H.B) : Renforcer les capacités des acteurs du système démocratique du Burkina Faso pour une bonne gouvernance démocratique tel est le credo du CGD. Quels sont les principes directeurs que s’impose le CGD en vue d’atteindre ses objectifs ?

Pr. Augustin Loada (A.L) : Lorsque le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) a été créé, nous nous sommes fixé comme valeurs cardinales l’objectivité, l’impartialité et puis la participation inclusive. Dans la mise en œuvre de ces valeurs fondamentales, nous essayons de promouvoir la gouvernance démocratique à travers quatre (04) axes d’interventions stratégiques qui ont été définis au niveau du Centre pour la gouvernance démocratique en particulier à travers son plan stratégique quinquennal 2000-2005.

Ces axes d’intervention stratégiques sont les suivants : l’évaluation régulière de la gouvernance démocratique au Burkina Faso. Il s’agit de voir dans quelle mesure, des progrès et des insuffisances sont enregistrés en matière de gouvernance démocratique dans notre pays. Deuxième axe d’intervention stratégique : le renforcement des capacités des partis politiques.

Troisième axe d’intervention stratégique : le renforcement de l’administration des élections et des capacités du système électoral. Et le quatrième axe c’est le renforcement de la participation citoyenne au Burkina Faso.

Donc c’est à ces différents niveaux que le Centre pour la gouvernance démocratique entend apporter sa contribution pour la consolidation du processus démocratique au Burkina, et pour la promotion de la bonne gouvernance. Voici un peu les principes directeurs que nous nous sommes fixés en la matière.

Un an avant la fin de ce plan quinquennal. Est-ce qu’il y a un bilan à faire ?

En réalité, le Centre pour la gouvernance démocratique a été créé en 2000, mais c’est véritablement en 2001 que nous avons commencé nos activités. A partir du moment où c’est le 29 mai 2001 plus exactement que nous avons reçu notre récépissé de reconnaissance. Il y a quelques mois de cela que nous avons fêté le troisième anniversaire du Centre pour la gouvernance démocratique. Et à l’occasion de ce troisième anniversaire, nous avons essayé de tirer un peu des enseignements des trois (03) ans d’interventions du CGD.

Je crois que fondamentalement, le CGD s’est imposé dans le paysage de la société civile au Burkina Faso comme étant un acteur plus ou moins important de la promotion de la gouvernance démocratique au Burkina Faso. A travers un certain nombre d’interventions tendant notamment à promouvoir le dialogue démocratique au niveau des partis politiques et au niveau de la société civile, à travers aussi un certain nombre de recommandations que nous avons faites pour renforcer le processus démocratique au Burkina Faso.

Il y a certainement des faiblesses que certains ont relevées au cours de ces trois années d’existence. Et parmi ces faiblesses, il y a le fait que le CGD se limite en quelque sorte au niveau des élites politiques, au niveau de la capitale Ouagadougou. Alors que la consolidation de la démocratie exige aussi des interventions au niveau local à la base de façon à ce que la culture démocratique que nous essayons de promouvoir au niveau central puisse également s’imprégner à la base pour une démocratie beaucoup plus solide.

Je crois que c’est l’une des faiblesses qui a été soulignée à laquelle nous essayons de remédier pour les années à venir en travaillant particulièrement avec les réseaux des organisations de la société civile qui sont sur le terrain. Je pense en particulier aux caucus qui ont été mis en place dans le cadre du projet de renforcement des capacités que nous avons mis en œuvre avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

La deuxième faiblesse que certains ont noté, c’est qu’au niveau du CGD, il y aurait des théoriciens, des idéalistes qui ne prennent pas bien souvent en compte les réalités de la chose politique. C’est peut-être une faiblesse, mais qui est aussi due au fait que nous sommes au fait de ces réalités de la politique, mais il y a aussi le fait que nous sommes animés par un certain nombre de valeurs de principes qu’on peut effectivement qualifier d’idéalistes. Mais c’est aussi l’une des raisons d’être du CGD, promouvoir l’idéal démocratique.

C’est pour cela que souvent, nos recommandations, ou nos prises de position ne sont pas comprises par certains. C’est un peu ces deux faiblesses que je voudrais signaler après trois (03) années d’existence. Il va sans dire que le processus démocratique, c’est une œuvre de longue haleine. Donc, on ne doit pas s’arrêter en si bon chemin, c’est un travail qu’il faut poursuivre inlassablement avec d’autres.
Parce que c’est en travaillant avec les uns et les autres qu’on pourra apporter une contribution significative.

Parlant d’actions sur le terrain, on vous a vu à l’orée des législatives 2002 agir plus du côté des acteurs de la vie politique burkinabé. Quelles sont les leçons que vous avez tirées de ces actions ?

Effectivement le CGD a commencé à travailler à partir de 2001. Et l’année 2002 était une année électorale, nous avons concentré nos interventions sur le domaine des élections en apportant une contribution au renforcement des capacités des différents acteurs du processus électoral. Qu’il s’agisse de la CENI ou de ses démembrements ou des membres des bureaux de vote, ou des observateurs, le CGD avec l’appui de ses partenaires a essayé d’apporter sa pierre à la construction de cet édifice électoral.

Il y a des leçons qu’on peut tirer de cette expérience. Il y a d’abord le fait que c’est un travail qui est un peu répétitif en ce sens que les acteurs du processus électoral ne sont pas des professionnels en tant que tel. Puisqu’il y a des années de cela, l’organisation des élections relevait du domaine du ministère de l’Administration du territoire ou ministère de l’intérieur. Donc on avait affaire ici à des fonctionnaires dont le travail était d’organiser et d’administrer les élections.

Mais là on a affaire à une administration électorale intermittente. Donc il faut à chaque fois, à la veille des échéances électorales, refaire le travail de renforcement des capacités parce que bien souvent, ce ne sont pas les mêmes qui reviennent au niveau des démembrements de la CENI. Et cela pose un problème au niveau de la capitalisation des expériences. Donc je pense qu’il y a un travail de réflexion qui doit être mené sur les voies et moyens de capitaliser les expériences parce qu’on ne peut pas continuer chaque fois à répéter les mêmes exercices. C’est extrêmement coûteux.

Deuxième leçon que l’on tire de cette expérience, c’est qu’il est particulièrement important aussi d’agir au niveau des électeurs parce que c’est avant tout en direction des électeurs que les partis politiques se tournent quand l’administration électorale est mise sur pied. Donc c’est particulièrement important de trouver les voies et moyens de renforcer la culture démocratique. Et dans ce sens, nous pensons qu’il ne sied pas d’attendre à chaque fois la veille des élections pour sensibiliser les populations sur l’importance des votes en démocratie et les techniques de votes. Je pense que c’est un travail qui doit se poursuivre entre deux élections et non pas seulement à la veille des élections. Voici un peu les deux enseignements que je tire.

Naturellement le processus électoral est si complexe que chacun des acteurs devra jouer sa partition pour qu’il soit couronné de succès. Si un des acteurs est défaillant c’est l’ensemble du processus qui risque d’être entaché d’irrégularité ou connaître un certain nombre de difficultés. Donc aussi bien les partis politiques que les organisations de la société civile ou l’administration électorale, chacun doit jouer sa partition.

Nous allons rentrer bientôt dans une autre période électorale avec la présidentielle et les municipales de 2005. Est-ce que le CGD prévoit faire des actions particulières à ce niveau ?

Au niveau du Centre pour la gouvernance démocratique, nous essayons d’être flexible par rapport à la conjoncture politique. L’année 2005 étant une année électorale nous couvrons en principe ces deux élections. L’élection présidentielle et les élections municipales. Nous envisageons un certain nombre d’activités dans cette perspective.

D’abord au niveau du renforcement des capacités des différents acteurs du processus électoral. Nous pensons en particulier aux acteurs, à ceux qui sont chargés de l’organisation des élections. Nous souhaiterions, en collaboration avec la CENI, contribuer à la formation des différents administrateurs électoraux. Je pense en particulier aux démembrements de la CENI, aux membres des bureaux de vote comme nous l’avons fait en 2002.

Nous pensons également aux électeurs à travers des activités de sensibilisation, et des activités d’éducation au vote. C’est un peu à deux niveaux que nous voudrions agir, apporter notre contribution, non seulement au niveau des administrateurs électoraux, des membres du bureau de vote, mais au niveau des électeurs aussi.

Nous avons aussi en projet, l’organisation des enquêtes par sondages. Et nous voulons le faire en partenariat avec certaines organisations qui sont sur le terrain parce que nous voudrions qu’on puisse discuter sur un certain nombre de préoccupations essentielles exprimées par les Burkinabé de façon à voir un peu comment les différents acteurs entendent apporter des réponses à ces préoccupations. Le but, c’est d’identifier un certain nombre de préoccupations et puis de voir comment on pourrait discuter, animer un certain nombre de dialogues autour de ces préoccupations et interroger aussi les acteurs quant aux réponses qu’ils veulent ou entendent apporter à ces préoccupations.

On a aussi remarqué que le CGD ne se frotte pas tellement avec les leaders des partis politiques. Prévoyez-vous d’améliorer votre action dans cette direction pour les échéances électorales à venir ?

Les partis politiques constitueront une des parties prenantes du processus électoral, mais c’est aussi une cible d’intervention privilégiée du CGD. Je crois que le CGD est l’une des rares organisations de la société civile à travailler avec les partis politiques. On comprend bien les réticences des uns et des autres à travers les partis politiques, mais compte tenu du fait que ce sont des acteurs incontournables du processus démocratique, il faut bien essayer de travailler avec eux pour voir dans quelle mesure on peut contribuer au renforcement des capacités de ces acteurs essentiels en démocratie.

Dans ce sens, il y a des activités qui sont prévues par le CGD au niveau des partis politiques. Permettez-moi de mentionner un projet de renforcement des capacités des partis politiques que nous avons conçus en partenariat avec l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale (IDEA) qui va concerner cinq (5) pays de la sous-région. Outre le Burkina Faso, il faut compter le Mali, le Sénégal, le Ghana et le Nigeria. L’objectif essentiel de ce projet à vocation régionale est de comprendre dans un premier temps comment les partis politiques sont organisés, comment ils fonctionnent et comment ils traitent des questions aussi essentielles que la place des femmes dans les partis politiques, le financement des partis politiques le fonctionnement démocratique interne des partis politiques.

Il s’agit dans un premier temps de comprendre ces différentes variables et puis de mettre en relation les différents partis politiques issus des différents pays que j’ai cités pour voir dans quelle mesure ils pourraient échanger des expériences pour le renforcement des capacités.

Voici un peu ce que nous envisageons de faire pour les partis politiques dans les deux (2) années à venir (2004-2005).

Néanmoins, vous êtes actuellement plus tournés vers la société civile. Ce choix sera-t-il une continuité dans vos actions ?

C’est une continuité. J’ai parlé tout à l’heure de flexibilité compte tenu du fait que nous avons en partenariat avec le programme des Nations unies élaboré un projet de renforcement des capacités pour des partis politiques. D’ailleurs en rapport avec l’un de nos axes d’intervention à savoir le renforcement de la participation citoyenne, puisque la société civile est une composante essentielle de la gouvernance démocratique.

Le but de ce projet était de voir dans quelle mesure la société civile pourrait mieux s’organiser, renforcer ses capacités internes pour contribuer de façon significative au processus démocratique, mais aussi au développement tout court. C’est dans ce sens que faisant suite aux recommandations du forum national de Bobo-Dioulasso qui s’est tenu en décembre 2002, nous avons mis en œuvre un certain nombre d’activités essentielles qui ont abouti à la mise en place des caucus dans six (06) zones du pays. Ouagadougou, Banfora, Bobo-Dioulasso, Kaya, Tenkodogo et Ouahigouya.

Nous avons mis des caucus c’est-à-dire des groupes thématiques structurés en fonction des onze (11) composantes de la société civile identifiées par le document-cadre de référence des organisations de la société civile. Ce document-cadre a été présenté en conseil des ministres en février 2002. Ces caucus sont essentiellement perçus comme des réseaux d’organisations qui conservent leur autonomie, leur indépendance, mais qui se regroupent en composantes diverses pour réfléchir sur leurs contributions au dialogue des politiques et qui mettent en commun un certain nombre de ressources pour renforcer leur capacité avec la facilitation du CGD.

Permettez-moi également de mentionner une initiative assez importante, qui a pour objectif de contribuer à crédibiliser les organisations de la société civile qui encourent un certain nombre de critiques. Je veux parler du code de bonne conduite, des organisations de la société civile, qui ont aussi mis en place un comité national de suivi des applications de ce code de bonne conduite.

A cette étape des différentes rencontres avec les membres de la société civile, est-ce qu’aujourd’hui on peut définir qui appartient à la société civile ?

Le problème de l’identité de la société civile est un problème qui est assez complexe et qui a fait l’objet du forum national de la société civile de décembre 2002. Au cours de ce forum, des débats ont été provoqués sur la question de savoir qui appartient à la société civile et qui n’appartient pas à la société civile.

Je crois qu’un certain nombre de critères ont été avancés tendant à définir la société civile comme cet espace intermédiaire entre l’Etat et les groupes fondamentaux organisés en vue d’apporter une contribution au processus de développement et au processus démocratique avec un certain nombre de traits caractéristiques comme par exemple la forme associative, le volontariat, la volonté de contribuer à la démocratie ou au développement, la volonté d’apporter un certain nombre de réponses aux préoccupations des populations à la base etc.

Donc il y a eu un certain nombre de faisceaux de critères qui ont été avancés pour permettre d’identifier la société civile.

Mais, je dois avouer que c’est un exercice qui est difficile dans la mesure où on peut se poser des questions par rapport à l’appartenance de certaines organisations ou de certains mouvements à la société civile. Mais la réponse qui a été donnée d’une manière générale c’est qu’en la matière, il faut avoir une approche inclusive. C’est-à-dire une approche qui ne serait pas fondée sur l’exclusion. L’essentiel étant que les organisations ou les mouvements en questions puissent apporter une contribution à la démocratie et au développement.

C’est ça qui me paraît beaucoup plus important que de chercher à identifier l’essence de la société civile parce qu’une organisation qui peut remplir tous les critères formels d’appartenance à la société civile peut en réalité se comporter de façon critiquable par rapport à ce qu’on attend d’une organisation de la société civile. Donc à ce point de vue, il faut avoir une approche beaucoup plus souple beaucoup plus inclusive qu’une approche qui exclut a priori telle ou telle organisation.

Aujourd’hui, quel est le reproche qu’on peut faire à la société civile parce qu’il y a souvent des critiques qui nous reviennent par rapport à la société civile ? Des reproches qui commencent à créer le doute sur la crédibilité de la société civile. Est-ce que vous avez des reproches à faire à la société civile ?

Les critiques qu’on peut adresser à la société civile sont nombreuses. Si vous lisez par exemple le document-cadre de renforcement des capacités des organisations de la société civile, il y a un diagnostic sans complaisance qui a été établi en ce qui concerne les organisations de la société civile. D’une manière générale, on constate que certaines organisations ne respectent pas toujours leur propre statut ou les lois de la République.

Certaines organisations ne fonctionnent pas toujours de manière démocratique, leurs instances ne se réunissent pas de manière régulière, certaines organisations de la société civile ne sont pas toujours admirables pour ce qui concerne la gestion de leurs propres ressources. De ce point de vue, on constate que bien souvent les organisations de la société civile aiment donner des leçons de "bonne gouvernance" aux partis politiques mais elles ne respectent pas toujours ces principes d’éthique.

C’est donc pour contribuer un peu à la crédibilisation des organisations de la société civile que les participants du forum de Bobo avaient recommandé la formulation d’un code de bonne conduite pour les organisations de la société civile et c’est ce qui a été fait avec la facilitation du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) il y a quelques semaines de cela.

On a déjà adopté le code de bonne conduite. Quel est le processus qui est mis en œuvre pour pouvoir vraiment atteindre l’objectif recherché ?

Je précise que ce code de bonne conduite a été adopté suite à une recommandation du forum de Bobo en décembre 2002. Donc ce n’est pas le code de bonne conduite du CGD, c’est le code de bonne conduite des organisations de la société civile qui ont participé à ce forum, et qui ont participé à l’adoption de ce code de bonne conduite. C’est un processus qui est volontaire mais aussi ouvert. Volontaire en ce sens que ce sont les organisations de la société civile elles-mêmes qui ont éprouvé le besoin de se lier par un code de bonne conduite pour crédibiliser un peu leur action.

C’est un processus ouvert en ce sens que toutes les organisations de la société civile qui le souhaitent peuvent adhérer à ce code de bonne conduite. Et ce code de bonne conduite a été élaboré par des experts soumis à l’attention des organisations représentées à l’atelier qui s’est tenu au mois de mai 2004. Et ce sont les participants à cet atelier qui ont amendé le projet de code de bonne conduite qui a été proposé et qui, finalement l’ont adopté à l’issue de l’atelier, et qui par la suite ont mis en place un comité national de suivi pour gérer un peu le processus de mise en œuvre du code de bonne conduite.

Doit-on parler de sanctions pour toute organisation de la société civile qui aurait enfreint à ce code ?

Le droit ne va pas sans sanction, de la même façon, les règles et principes de bonne conduite ne vont pas également sans sanction. Mais il faut bien comprendre la nature des sanctions. Ces sanctions peuvent être positives, elles peuvent être négatives et en l’espèce les participants de l’atelier ont choisi plutôt l’approche positive.

En ce sens qu’il s’agit de mettre en place un processus qui encourage les organisations de la société civile à parfaire leur conduite, à développer des principes éthiques qui permettent de les crédibiliser. Dans ce sens, je dirais que la sanction principale qui a été retenue c’est que les organisations de la société civile qui adhèrent au code mais qui ne respectent pas les principes de bonne conduite de ce code seraient exclus en quelque sorte d’une sorte de tableau des organisations de la société civile éthique.

Puisqu’il s’agit de mettre en place, un processus de laïcisation des organisations de la société civile. Vous voyez bien que ça n’a rien à voir avec les sanctions coercitives que le juge par exemple peut décréter lorsqu’un individu ou une organisation commet une infraction par rapport aux lois de la république. C’est une approche qui encourage, qui incite, qui stimule les organisations de la société civile à se conduire de manière éthique par rapport au code qu’elles se sont volontairement donné.

Vous avez en partenariat avec le PNUD commandité une étude sur le rôle, et la place de la chefferie dans la gouvernance démocratique du Burkina. Quelles sont les motivations qui ont prévalu à susciter cette étude ?

Cette étude sur le rôle et la place de la chefferie, a été menée pour, en quelque sorte, donner suite à l’une des recommandations du forum de Bobo. Je rappelle que lors de ce forum y avait une controverse sur la question de savoir si la chefferie appartenait ou pas à la société civile. Pour certains, la chefferie appartient aux organisations de la société civile.

Pour d’autres, elle doit être exclue des organisations de la société civile. C’est pour trancher donc cette question qui a éclaté que les participants au forum ont recommandé une étude pour clarifier un peu la situation. Je dirai que, c’est suite à cette recommandation que des consultants ont été commis pour faire cette étude en vue de trancher la question de savoir si la chefferie appartient ou pas à la société civile et voir dans quelle mesure elle pourrait apporter une contribution significative au processus démocratique et au processus de développement.
C’est une approche constructive qui a animé ceux qui ont recommandé cette étude-là.

Un atelier de validation des résultats de cette étude s’était tenu, mais il n’a pas pu aboutir aux résultats auxquels on s’attendait. Quelles sont les raisons qui ont prévalu à cela ?

A partir du moment où l’étude a été menée par des consultants sur recommandations des participants au forum de la société civile, il était tout à fait indiqué que les résultats soient soumis aux participants, aux organisations de la société civile pour qu’ils puissent échanger, autour des conclusions de cette étude. C’est dans ce sens que nous avons organisé un atelier, il y a quelques semaines de cela pour dialoguer autour des conclusions de cette étude.

Malheureusement cet atelier n’a pas pu se mener jusqu’au bout compte tenu du fait que les chefs qui avaient été invités après la cérémonie d’ouverture n’ont pas voulu contribuer aux travaux de l’atelier puisqu’ils se sont retirés après concertation. Des raisons ont été exposées.

Je rappelle que la chefferie avait publié une déclaration pour expliquer un peu sa position. Parmi les raisons qui ont été évoquées par la chefferie, figurait entre autres le fait que l’étude portait sur un sujet suffisamment complexe et qu’il fallait approcher la question de façon beaucoup plus prudente. Deuxième raison évoquée, la question du rôle de la place de la chefferie. La question du statut de la chefferie fait déjà l’objet d’une réflexion qui est en cours au niveau de la chefferie.

De ce point de vue, la chefferie a estimé qu’il fallait qu’elle mène jusqu’au bout cette réflexion avant éventuellement de contribuer au débat. Il y a une troisième raison qui a été invoquée par la chefferie, à savoir qu’elle n’a pas pu se concerter sur les conclusions de l’étude. Donc de ce point de vue, elle ne pouvait pas apporter une contribution au débat dans la mesure où elle-même ne s’était pas mise d’accord sur le contenu de l’étude. Voici un peu les raisons officielles qui ont été avancées pour justifier la non-participation de la chefferie. Ce qui était extrêmement fâcheux pour les organisations dans la mesure ou s’ils avaient été saisis en ce qui concerne toutes ces raisons, on aurait probablement différé l’organisation de l’atelier.

Mais je crois que c’est une position qui a été décidée probablement avant l’atelier. Je constate aussi que certains chefs notamment ceux qui sont venus des provinces ont été convaincus de ne pas participer à l’atelier le jour même de l’atelier puisque certains sont "descendus" dans les hôtels que nous avions réservés pour eux. Donc pour moi, cela dénotait d’une attitude constructive par rapport à l’atelier qui devait se tenir le lendemain.

Ce jour dans la salle nous avons constaté qu’il y avait plus de chefs du plateau central. Est ce que vous ne pensez pas qu’une représentativité selon la soixantaine d’ethnies pourrait être une voie à utiliser pour cette fin ?

J’avoue que le sujet est effectivement complexe, mais je puis vous assurer que ceux qui ont fait l’étude ont pris soin de consulter un échantillon suffisamment représentatif des chefferies qui existent au Burkina Faso. Il y a eu bien sûr le plateau central qui a été touché, mais je crois que ceux qui ont fait l’étude ont pris soin également d’interroger les chefs, les autorités traditionnelles par exemple de l’Ouest.

De ce point de vue, je peux vous apporter des assurances quant à l’objectivité, je dirai l’approche "scientifique" qui a été adoptée par les consultants. Le moins qu’on puisse dire c’est que la chefferie n’est pas homogène. Nous avons pu le constater, elle n’est pas du tout homogène. Les résultats de l’étude ne pouvaient que refléter cette diversité-là.

Doit-on maintenant attendre le CGD sur d’autres pistes dans les jours à venir ?

Oui, permettez-moi d’ajouter en ce qui concerne l’étude sur la chefferie, que nous avons été reçu en audience par sa Majesté le Moro Naba entouré de ses ministres. Nous avons expliqué l’esprit dans lequel nous envisagions organiser cet atelier, un esprit tout à fait constructif parce que pour nous, il ne s’agit pas d’exclure la chefferie. C’est un constat, la chefferie est incontournable, les autorités traditionnelles religieuses sont incontournables.

Qu’il s’agisse du processus démocratique ou du développement humain dans notre pays. La question qui est posée c’est celle de savoir justement à partir du moment où ces autorités sont incontournables, quelle place, quel rôle elles peuvent jouer de façon à "optimiser" leur participation au processus démocratique et au processus de développement. C’est un peu cette problématique qui nous a animé. Nous au niveau du CGD, nous n’avons pas du tout une position négative par rapport aux autorités traditionnelles.

Ce que nous souhaitons justement c’est que leur place, leur rôle soient bien définis de façon à ce qu’elles puissent apporter de façon beaucoup plus optimale une contribution au processus indiqué. En ce qui concerne les autres domaines d’intervention du CGD, compte tenu du fait que nous allons bientôt rentrer dans une année électorale nous envisageons de concentrer l’essentiel de nos interventions au niveau des élections dans les mois à venir.

Mais, il n’y a pas que cette question, parce que, il n’y a pas que les élections pour faire une démocratie. Il y a aussi d’autres aspects. Nous avons mentionné le cas des partis politiques. Mais je dois mentionner la gouvernance locale, nous avons des activités qui sont prévues dans ce sens. Nous avons aussi pour préoccupation, de promouvoir la gouvernance économique dans notre pays.

Dans ce sens, le CGD va entreprendre un certain nombre d’activités en matière de processus budgétaire en vue d’encourager la participation des organisations de la société civile dans le processus budgétaire. Je dois souligner à ce propos que nous envisageons un séminaire international, au bout duquel nous allons inviter les pays francophones de la sous-région à participer à une réflexion sur la participation des organisations de la société civile au processus budgétaire.

Ce séminaire se tiendra à la fin du mois de juillet et il se tiendra en collaboration avec IDASA qui est l’Institut pour une alternative démocratique en Afrique du Sud. C’est un institut qui est bien connu en Afrique du Sud qui travaille sur le processus budgétaire.

Est-ce que vous avez un appel à lancer à l’endroit des acteurs de lagouvernancedémocratique ?

Disons que chacun doit jouer son rôle. La construction démocratique appelle la participation de tous. Tous les acteurs de la gouvernance démocratique, qu’il s’agisse de l’Etat des organisations de la société civile ou des partis politiques, chacun doit jouer son rôle. Il appartient à l’Etat de poser les règles du jeu, de mettre en place un cadre juridique et institutionnel propice à l’épanouissement de la démocratie.

De ce point de vue l’appel que nous voudrions lancer auprès des partis politiques, auprès des autorités étatiques gouvernementales, c’est de développer une sorte de capacité responsable vis-à-vis des recommandations qui sont faites par les organisations de la société civile pour promouvoir la gouvernance démocratique. Bien souvent il y a des incompréhensions, mais je crois que chacun doit comprendre que le seul souci qui nous anime en tout cas au niveau du CGD, c’est d’apporter une contribution pour que le processus démocratique au Burkina Faso se consolide.

A ce point de vue, nous demandons un peu plus de compréhension et d’attention par rapport aux recommandations qui sont faites par le CGD. Pour les partis politiques naturellement, qui sont des acteurs clés, il faut qu’ils découvrent un certain nombre de fonctions essentielles qu’ils doivent jouer pour renforcer le processus démocratique au Burkina Faso.

Je pense par exemple à la fonction d’éducation. Les premiers concernés en matière de promotion de la culture démocratique, de promotion de la citoyenneté etc. Ce sont les partis politiques qui concourent à l’expression de suffrage donc il leur appartient de s’investir dans l’éducation des populations en matière de vote, en matière de citoyenneté etc. Ils ne doivent pas abandonner cette fonction aux organisations de la société civile qui ne peuvent que jouer un rôle d’appoint.

Donc, il faut aussi que les partis politiques redécouvrent leurs fonctions programmatiques. C’est la vocation des partis politiques de conquérir et d’exercer le pouvoir. Mais il leur faut aussi proposer aux populations des projets de société, des programmes de gouvernements. Donc, c’est aux partis politiques qu’il appartient de proposer un certain nombre de solutions, un certain nombre de perspectives aux préoccupations des Burkinabè. Mais qu’est-ce que l’on constate au niveau des partis politiques ?

Ce sont essentiellement les discussions sur les questions institutionnelles, sur les questions de candidatures. On ne voit rien venir au niveau des programmes de gouvernement, on ne voit rien venir au niveau des solutions qu’ils entendent apporter aux problèmes que les Burkinabé soulèvent chaque jour. Il faut qu’ils découvrent cette fonction-là. C’est essentiel, sinon la vie politique va continuer à se structurer autour des querelles de leadership, autour des questions de personne. Et ce sera extrêmement fâcheux parce que quand on regarde plus souvent parfois on est vraiment dépité par rapport au spectacle que les partis politiques exposent à la face des populations.

Ensuite, au niveau des organisations de la société civile, ce qu’on pourrait demander c’est beaucoup plus de coopération, beaucoup plus de solidarité parce que plus souvent les organisations de la société civile ne se comportent pas comme il le faut.

On a l’impression que ce n’est pas si différent par rapport aux partis politiques parce qu’il y en a qui ne sont pas très constructifs. C’est toujours les querelles de leadership, ce qui de nature décrédibilise les organisations de la société civile.

Il faut que chacun essaie d’apporter une contribution constructive, positive par rapport au processus démocratique et qu’on évite de répéter les mêmes erreurs que les partis politiques.

Entretien réalisé par Abou Ouattara et Roger W.Nana
L’Hebdo

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