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Commémoration du 15 octobre 1987 : "La Révolution était salutaire pour mon pays", estime le Pr Basile Guisssou

Le Professeur Basile Guissou, directeur du Centre national de recherches scientifiques et techniques (CNRST) est l’un de ceux qui se sont dévoués à la cause de la Révolution. Vingt (20) ans après, quel souvenir l’ancien ministre des Affaires étrangères de Thomas Sankara garde-t-il du 15 octobre 1987 marquant la fin de ce régime.

Sidwaya (S). : Comment aviez-vous vécu le 15 octobre 1987 ?

Basile Guissou (B. G.) : Le 15 octobre 1987, je n’étais plus au gouvernement. Le renouvellement d’août a vu le départ de mon parti politique du Conseil national de la Révolution (CNR). Je n’étais donc plus membre du gouvernement et j’avais repris service au Centre national de recherche scientifique voltaïque (CNRSV).
Le 15 octobre 1987, j’étais chez moi à la maison, sur ma terrasse, quand vers 16h, j’ai entendu des coups de feu. Tout de suite, j’ai compris que l’option du dénouement par la violence avait pris le dessus. Comme tous les Burkinabè, je me demandais comment cela allait se terminer, jusqu’à ce que la radio annonce la prise du pouvoir par le Front populaire et la disparition du président Thomas Sankara. Mais le 15 octobre était prévisible. Les discours du 4 août 1987 à Bobo-Dioulasso et du 2 octobre 1987 à Tenkodogo, étaient guerriers, dénonçant, attaquant, condamnant les prises de position du CNR. La tension était donc réelle et la ville bruissait de rumeurs qui laissaient voir qu’à la tête de l’Etat, il y avait une crise qui couvait et qui allait éclater absolument. Ce fut un événement dramatique que nous regrettons tous, mais qu’il faut assumer. Dans l’interprétation de cet événement chacun y va de sa sensibilité. Dans un contexte de liberté, on ne peut pas empêcher quelqu’un de vivre l’anniversaire d’un tel événement, de la façon qui lui semble la plus appropriée par rapport à sa sensibilité. Vingt (20) ans après le 15 octobre 1987, nous avons suffisamment de recul pour dire que c’est notre histoire.

S. : Regrettez-vous cet événement du 15 octobre 1987 ?

B. G. : Je n’ai jamais rien regretté de ma vie politique. Si c’était à recommencer je ferai la même chose et peut-être mieux. Je pense que l’option était salutaire pour mon pays qui avait besoin d’une révolution. Nous avons apporté la Révolution, avec toutes nos insuffisances mais avec notre foi en l’avenir de ce pays. Si le Burkina est Burkina aujourd’hui, c’est parce qu’il a fait une Révolution un 4 août 1983, qu’il a connu une crise un 15 octobre 1987 qu’il a pu surmonter avec toutes les difficultés la reconstitution d’un Etat de droit. Il y a de quoi être fier du chemin parcouru du 4 août 1983 à nos jours. C’est une histoire commune qu’il ne faut pas vouloir découper en saucissons. C’est un tout et il faut l’assumer. Vingt (20) ans après, le devoir de mémoire nous oblige à permettre aux générations qui n’ont pas vécu cet événement d’avoir des repères, de savoir d’où elles viennent pour mieux faire. De ce point de vue, commémorer des événements heureux ou douloureux est un devoir de mémoire pour toute force politique qui veut que les générations futures aient des repères. Car, l’expérience est une torche qui éclaire au dos. Si nous ne laissons pas de témoignages, nous condamnons nos successeurs à croire qu’ils doivent réinventer la roue, alors qu’elle existe déjà et qu’ils n’ont qu’à l’utiliser.

Il faut positiver cette commémoration et en faire des moments d’introspections critiques et d’autocritiques pour tirer les leçons. Le Burkina a un capital d’expérience politique à partager d’abord en interne, avant de la mettre en partage avec les autres pays africains. C’est bien qu’il y ait des éléments qui permettent de construire une histoire qui s’analyse et qui sert à éviter les erreurs, les errements que tout pays connaît dans son histoire politique. Dans ce sens, je crois que le Burkina est bien parti pour réussir et il n’y a rien à regretter.

S. : Quelle est votre appréciation de la démocratie que nous connaissons aujourd’hui ?

B. G. : Cette démocratie est le fruit de la Révolution démocratique. Il n’y aurait pas eu la Révolution le 4 août 1983, qu’il n’y aurait pas eu le 15 octobre 1987 et il n’y aurait pas eu non plus le 2 juin 1991, date du Référendum constitutionnel pour adopter la loi fondamentale à partir de laquelle la constitution institutionnelle actuelle a été mise en place pour réguler la vie politique nationale à l’admiration de beaucoup d’autres pays africains.

S. : Pour avoir travaillé quatre ans durant aux côtés du président Thomas Sankara et de Blaise Compaoré, ministre à l’époque, quelle image gardez-vous de ces deux hommes ?

B. G. : J’ai connu le président Thomas Sankara en 1983. Et c’est le même jour que j’ai connu également le président Blaise Compaoré qui était à l’époque ministre.
J’ai travaillé quatre ans avec les deux au sein du gouvernement. J’ai toujours eu des rapports équilibrés avec les deux. Sankara, à la différence était mon président, par conséquent j’avais des rapports de ministre à chef d’Etat avec lui. Avec Blaise Compaoré, j’avais des rapports de collègue ministre. Je n’ai jamais eu de tensions particulières ni avec l’un ni avec l’autre, même si à certains moments, mes positions sur beaucoup de problèmes divergeaient avec Sankara. Mais, on s’était toujours expliqué entre deux camarades. J’ai l’habitude de dire qu’il avait les qualités de ses défauts. Il avait foi en ce qu’il faisait et même quand il se trompait, il l’était de bonne foi parce qu’il croyait bien faire. Sankara était quelqu’un qui allait au bout de ses convictions et il assumait les conséquences. On dirait de lui qu’il était pressé, mais je ne pense pas que ce soit une caractéristique propre à lui seul. C’était toute l’équipe du CNR qui était trop pressée de faire vite et bien, tout ce qui pouvait permettre à notre pays d’aller de l’avant, dans une dynamique de fougue. C’était une jeunesse déterminée à aller le plus vite et le plus loin possible, avec tous les risques de ne pas arriver.
Je retiens seulement que j’ai eu un président qui, sans avoir jamais été ni mon Dieu ni mon maître, a été pour moi un camarade de lutte qui avait des convictions. Il était déterminé à faire de son pays, un pays qui allait cesser de tendre la main, capable d’utiliser le cerveau et les bras de ses fils pour créer des richesses et sortir de l’attentisme, du complexe de petitesse, de pauvreté du Voltaïque de l’époque. Je suis fier d’avoir travaillé quatre ans avec un homme de conviction qui est allé jusqu’à mourir pour son idéal.

S. : Peut-on dire que Thomas Sankara a été un panafricaniste ?

B. G. : Oui. Il a toujours défendu l’idée de l’unité africaine. J’étais ministre des Affaires étrangères, j’étais chargé de porter ce message aux tribunes internationales. Je pense que le Burkina a engrangé pendant les quatre années de la Révolution démocratique et populaire une tout autre image que celle qui avait prévalu à l’époque de la Haute-Volta. A New York, un ambassadeur m’a dit qu’avant l’arrivée de Sankara au pouvoir, il était incapable de montrer le Burkina sur une carte, mais depuis qu’il a écouté son discours à la tribune des Nations unies, il sait qu’il y a un pays qui s’appelle le Burkina Faso avec des dirigeants qui savent ce qu’ils veulent.

P. Pauline YAMEOGO

Sidwaya

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