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Emile Paré (MPS/PF) : "On ne peut pas parler de renaissance démocratique, le 15 octobre"

Emile Paré

Ancien militant de la Révolution démocratique et populaire (RDP) et président du Mouvement du peuple pour le socialisme/Parti fédéral (MPF/PF), Emile Paré trouve que le processus démocratique a été engagé au Burkina Faso seulement en 1991. Ce processus qui, de son point de vue, a évolué en dents de scie, ne mérite pas d’être célébré.

La constitution a été votée le 2 juin 1991 et promulguée le 11 juin de la même année. Cette constitution est le fruit d’une lutte âpre des forces démocratiques pour l’avènement du processus démocratique actuel. Comme beaucoup d’autres démocrates, je fais partie des personnes qui ont mené la lutte démocratique pour l’avènement de la constitution et du processus démocratique. Ceci pour dire que j’ai voté oui pour la constitution et bien entendu, je suis de ceux qui sont pour l’application de cette constitution.

L’évolution du pays en son temps, a montré qu’il y avait des forces dans le cadre de la CFD (Convention des forces démocratiques) qui voulaient que notre processus démocratique soit devancé, ait un préalable à la conférence nationale souveraine. Laquelle allait permettre de faire le bilan du processus politique dans notre pays, depuis l’indépendance jusqu’à nos jours aux plans socioéconomique et politique. Nous pourrions alors tirer les enseignements et partir sur de nouvelles bases. Beaucoup de pays sont passés par cette phase. C’est vrai qu’il y a eu des problèmes à certains endroits. Mais les conférences ont été des occasions de réconciliation nationale, en ce sens qu’ils ont permis de lancer la démocratie dans ces pays sur des bases solides. Notre pays n’a pas pu le faire, mais nous avons pensé qu’il fallait une constitution, même si elle est "mauvaise" que son absence. Depuis lors, sur la base de celle-ci, un certain nombre d’acquis ont été effectivement obtenus, notamment les libertés politiques, le multipartisme des institutions qui sont présents et proclament la séparation des pouvoirs.

Mais la non tenue d’une conférence nationale souveraine a fait que notre processus démocratique a été engagé sur de mauvaises bases. C’est ce que j’ai toujours appelé la maladie originelle de la démocratie burkinabè. On n’a pas pu laver le linge sale en famille si bien qu’un certain nombre d’insuffisances pour ne pas dire de fautes graves ou de la manière de gérer l’Etat ont couru sur le processus. Voyez la violation des droits de l’homme malgré l’adoption de la constitution. Il y a eu entre autres, la mort d’Oumarou Clément Ouédraogo, Dabo Boukary et Norbert Zongo. Les processus électoraux également n’ont pas été des meilleurs. Beaucoup d’élections ont eu lieu. Les gens apprécient la démocratie par le cyclisme des scrutins.

Mais nous, nous disons qu’il faut que ces élections cycliques soient libres, équitables et transparentes. Jusque-là, rien de tout cela. Et nous avons également milité pour la neutralité d’un certain nombre d’institutions de la séparation des pouvoirs consacrée dans la constitution mais qui, dans les faits, n’était pas une réalité. La neutralité de l’armée, de la justice ainsi que son indépendance et la liberté de presse n’étaient pas effectives au début du processus démocratique.

Mais depuis la lutte héroïque que les populations ont menée sous la coordination des organisations démocratique de masse de parties politiques après la mort de Norbert Zongo, nous avons vu des réformes politiques qui ont eu lieu et qui ont permis une avancée d’un certain nombre d’acquis. Malheureusement, dès qu’on a parlé de pardon, de paix, de calme, toutes les réformes ont été remises en cause. C’est pourquoi je pense que le processus démocratique a évolué en dents de scie.

A l’anniversaire de notre parti créé le 21 septembre 2002, nous avons fait une déclaration dans laquelle nous avions demandé un retour à la case de départ. Le processus démocratique actuel balbutie. Nous considérons que depuis la constitution jusqu’à ce moment, nous sommes dans une transition démocratique, pas encore dans un véritable Etat de droit. Nous pensons qu’il a nécessité que nous marquions un arrêt pour organiser des assises nationales en vue de discuter de quel Etat de droit pour le Burkina Faso. La IVe République est donc une République de transition. Elle est à son terme et il faut passer à la Ve République qui va donner un cadre institutionnel réellement démocratique.

Au Burkina Faso, les acteurs politiques ne savent pas reconnaître leur passé politique. On ne peut parler de renaissance démocratique le 15 octobre 1987. C’est faux et erroné politiquement et il faut le reconnaître. Qui a parlé de démocratie en cette date. Vous pouvez prendre la déclaration de proclamation du 15 octobre, le discours du président du Front populaire, le 19 octobre 1987 et d’autre textes fondateurs du Front populaire, notamment son statut, son programme, nulle part on ne parlait de démocratie. Quand des acteurs politiques parlent de renaissance démocratique, je trouve que c’est une ineptie politique. Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que la renaissance ne peut commencer qu’avec la constitution, à moins de ne pas être un démocrate.

Le démocratie par définition est la proclamation d’une constitution républicaine qui reprenne le multipartisme, la séparation des pouvoirs et les libertés citoyennes. Toute chose qui n’existait pas le 15 octobre. La renaissance démocratique par conséquent, ne se fête pas à cette date. Nous savons que des personnes veulent fêter l’avènement de Blaise Compaoré au pouvoir, c’est-à-dire l’accession d’un homme au pouvoir. Ils sont libres. Mais ceci n’est pas une fête de la renaissance démocratique car le processus démocratique de notre pays n’a pas 20 ans et il ne faut pas tronquer l’histoire. Si on veut faire avancer le processus démocratique, la paix sociale, la réconciliation, je pense qu’il ne revient pas au parti au pouvoir de vouloir fêter le 15 octobre. Car cela n’apporte rien à l’approfondissement de la démocratie dans le pays.

Par contre, il est tout à fait logique qu’on commémore le décès d’un individu, d’un homme politique. Mais que des hommes du pouvoir veuillent ajouter un anniversaire qui n’a aucun sens politique, c’est là où il y a divergence de l’accession au pouvoir de Blaise Compaoré et moi. Toutefois du point de vue de l’Etat de droit, chacun est libre de faire les manifestations qu’il juge nécessaires. Et dans l’optique d’approfondir la démocratie, il est malsain pour le Congrès pour le démocratie et le progrès (CDP) et tout ce qu’il y a autour, à savoir les tontons, les tanties ou cousins, de faire du 15 octobre un grand événement. Le président du Faso, Blaise Compaoré est, je crois, celui qui est le plus mal à l’aise, en tant que chef de l’Etat, garant de la constitution qui interdit les coups d’Etat, le pouvoir à plus de 10 ans. Et si cette idée de fêter la renaissance démocratique à cette date est le sien, elle n’est pas bonne. Si elle vient d’autres personnes, elle n’est pas bonne non plus.

Pendant qu’on y est, pourquoi ne pas fêter le 4 août puisque tous ces gens qui parlent étaient là à la proclamation du 4 août, l’avènement de Saye Zerbo au pouvoir le 25 novembre 1980, puisqu’il était à la tête du 1er régime progressiste ou les multiples prises de pouvoir de feu le président Lamizana ? Si nous avons décidé d’adopter la constitution, et d’en faire le point de départ d’une étape nouvelle démocratique, je crois alors qu’il faut relativiser les autres fêtes.

Ceux qui parlent aujourd’hui de fêter en grande pompe le 15 octobre, sont ceux-là qui on enlevé le 4 août et le 15 octobre des fêtes légales à ne pas commémorer. Pourquoi ? Parce qu’ils estimaient qu’elles rappelaient des événements douloureux. Aujourd’hui, ils parlent de célébration des 20 ans de l’avènement du 15 octobre. Je trouve qu’il y a là une irresponsabilité politique. Le 15 octobre, je ne serais ni à gauche ni à droite, je serais chez moi en train de faire mon propre bilan.

ropos recueillis par
Séraphine SOME

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