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Prise en charge de la drépanocytose : Le FACA, un médicament burkinabè à la conquête de la sous-région

Publié le mardi 18 juin 2024 à 22h06min

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Prise en charge de la drépanocytose : Le FACA, un médicament burkinabè à la conquête de la sous-région

Le 19 juin de chaque année est célébrée la journée mondiale de lutte contre la drépanocytose. Cette maladie qui touche à majorité les populations noires se manifeste par des signes variés : anémie aiguë ou chronique, plus grande sensibilité aux infections, crises douloureuses causées par une mauvaise circulation sanguine, en particulier dans les os, etc. C’est une maladie dont on ne guérit pas, les traitements servent essentiellement à prévenir et calmer les crises. Au nombre de ces médicaments, le FACA, mis au point par des chercheurs burkinabè à l’Institut de recherche en sciences de la santé du CNRST (IRSS/CNRST). Dans cet entretien qu’il nous a accordé, Dr Salfo Ouédraogo, Maître de recherche au CNRST/IRSS, chef d’Unité de production pharmaceutique (U-PHARMA) revient entre autres sur le processus de mise au point de ce médicament, son efficacité et souligne que les recherches continuent afin de l’améliorer davantage. Lisez plutôt !

Lefaso.net : Le 19 juin, c’est la journée mondiale de lutte contre la drépanocytose. Avez-vous une idée de la prévalence de cette maladie au Burkina Faso ?

Dr Ouédraogo : La drépanocytose est une maladie génétique qui affecte l’hémoglobine et les globules rouges. Elle représente un problème majeur de santé publique au Burkina Faso et en Afrique. Le poids de la maladie se ressent beaucoup plus chez les enfants ; au Burkina Faso en 2015, l’annuaire statistique du ministère de la Santé rapportait que chaque année près de 2% des nouveaux nés seraient touchés par la maladie et 50-75% d’entre eux mourront avant l’âge de 5 ans. Certes d’énormes avancées ont été constatées sur la prise en charge mais d’énormes efforts restent à faire.

L’IRSS a mis au point le FACA, un médicament qui entre dans la prise en charge de la drépanocytose. Pouvez-vous revenir pour nous sur l’origine du FACA ?

Le FACA est un médicament traditionnel amélioré (MTA) issu des écorces des racines de deux plantes médicinales de la flore burkinabè, à savoir Fagara xanthoxyloides (FA) et Calotropis procera (CA). A l’origine, c’était une recette de la pharmacopée traditionnelle. En 1990, un doctorant en médecine qui enquêtait sur des recettes tradithérapeutiques à l’Ouest du Burkina Faso fît la connaissance d’un tradipraticien qui lui dévoila la composition de sa recette contre les crises drépanocytaires.

Par la suite, une forme de partenariat fut consentie entre le dépositaire traditionnel et une équipe de recherche dirigée par le professeur Innocent Pierre Guissou à l’Institut de recherche en Sciences de la Santé (IRSS) au Burkina Faso pour développer ce phytomédicament qui sera plus tard fabriqué à grande échelle au sein de l’Unité de production pharmaceutique U-PHARMA de l’IRSS.

Comment s’est passé le processus de mise au point de ce médicament ?

Une enquête ethnopharmacologique a été initiée pour la recherche-développement du phytomédicament (thèse en 1991) et une évaluation de l’évidence ethno-médicale (étude clinique sur une cohorte de 30 enfants drépanocytaires SS et SC a été menée au CHU-YO). Des études précliniques évaluant les activités pharmacologiques (antifalciformante, anti-inflammatoire, antipyrétique, myorelaxante, etc.) ont été réalisées ainsi que des études toxicologiques. L’ensemble de ces études a permis de confirmer l’efficacité clinique du mélange de la recette FACA. L’étape suivante a consisté en l’identification et l’isolement des nouvelles molécules (principes actifs) baptisés « Burkinabines » A, B et C.

Les études ont abouti à la mise au point du FACA sous forme gélule qui a obtenu sa première Autorisation de mise sur le Marché par le ministère de la Santé en 2010 au Burkina Faso, puis son inscription sur la liste des médicaments essentiels en 2011. L’AMM a été renouvelée en 2015 puis en 2020.

La drépanocytose est une maladie dont on ne guérit pas. Quel est le rôle du FACA dans la prise en charge de la drépanocytose ? Comment agit le médicament ?

De nombreuses études ont été menées dans le but de mettre en évidence l’activité du FACA. Elles ont permis de confirmer l’efficacité du médicament et d’élucider son mécanisme d’action probable. Ainsi le FACA agit par une action inhibitrice de la falciformation in vitro et in vivo (c’est-à-dire en inhibant la déformation des globules rouges, source de la maladie). Il agit également par une action anti-inflammatoire, analgésique et relaxant du muscle ce qui permet de réduire l’intensité de la douleur et la fréquence des crises. Le FACA contribue grandement à soulager le patient drépanocytaire et à améliorer sa qualité de vie.

Courant 2023, les études se sont poursuivies dans le cadre de la pharmacovigilance pour identifier les éventuels effets indésirables. A ce jour les seuls effets secondaires reconnus sont à titre d’irritation gastrique et de diarrhée.

A-t-il des effets secondaires ?

À ce jour, les effets secondaires reconnus et couramment rencontrés sont à titre de troubles digestifs (diarrhée, vomissement…)
Courant 2023, les études se sont poursuivies dans le cadre de la pharmacovigilance pour identifier les éventuels effets indésirables et ont confirmé ces effets secondaires.

Combien coûte le FACA ?

Le prix du FACA est de 4500 F CFA pour 100 gélules de FACA 160 mg (adulte 15 ans et plus). Le prix du FACA est de 3850 F CFA pour 100 gélules de FACA 80 mg (adolescent 5 ans à 15 ans)

Est-il suffisamment connu des médecins au Burkina Faso ?

De nombreux médecins connaissent le FACA. Et une collaboration existe avec certains d’entre eux dans le cadre du développement d’autres formes galéniques adaptés aux caractéristiques des patients. D’énormes efforts restent à faire à ce niveau.

Est-il commercialisé en dehors du Burkina Faso ?

FACA® gélule a obtenu son autorisation de mise sur le marché (AMM) en Côte d’ivoire courant l’année 2023 ; dans d’autres pays de la sous-région des demandes d’AMM sont en cours également (Benin, Mali). Des partenariats sont également entamés dans le processus de l’homologation du médicament dans bien d’autres pays de la sous-région Ouest africaine et en Afrique centrale, d’où les sollicitations parviennent régulièrement à l’unité. Le défi actuel serait d’honorer la forte demande.

Que faut-il faire pour mieux valoriser ce médicament ?

Une meilleure valorisation passe par l’adhésion des prescripteurs. Déjà le FACA® sous sa forme gélule est présenté au cours des différents fora et symposiums scientifiques aussi bien au niveau national que sous-régional. Les résultats des différentes études dont il a fait l’objet sont disponibles pour le grand public. Au vu de son efficacité avérée, le FACA® est valablement pris en compte dans les protocoles de prise en charge de la drépanocytose au niveau national par certains cliniciens. La drépanocytose affectant essentiellement les sujets de race noire, il est normal que le remède soit d’origine endogène. D’autres stratégies au niveau des autorités administratives pourraient booster sa valorisation, au regard de ses sollicitations hors du continent

Continuez-vous des recherches sur cette maladie ?

Comme tout médicament, les recherches se poursuivent dans le sens de l’amélioration. La forme gélule est peu adaptée chez les nourrissons et les jeunes enfants en termes d’administration. C’est ainsi que des études ont été menées pour la mise au point d’un sirop pédiatrique de FACA® facile à administrer à l’enfant de 06 mois à 5 ans. Une étude clinique est en cours pour l’évaluation de son efficacité (clinque et biologique) et de son innocuité (ou sécurité d’emploi). Cette étude est une perspective pour la prise en charge des enfants de 06 mois à 5 ans souffrant de drépanocytose.

Le FACA a été lauréat du premier prix Galien Afrique 2023, pouvez-vous nous en parler ?

« Le Prix Galien Afrique » consacre l’excellence et l’innovation. C’est une distinction prestigieuse récompensant l’innovation pharmaceutique, biotechnologique, en phytothérapie, en matière de diagnostic, de dispositifs médicaux et de solutions digitales en Afrique. Il est organisé par l’Association Galien Africa, en partenariat avec la Fondation Galien international.

Il est décerné aux meilleurs produits, services et initiatives très probants ou prometteurs, dans le domaine des découvertes et thérapies innovantes aux services de l’humanité. Le 6 octobre 2023, le Prix Galien Afrique 2023 a été décerné par le Président Macky Sall à trois lauréats, dont dans la catégorie « Meilleur produit de phytothérapie » au Phytomédicament FACA anti drépanocytaire mis au point et fabriqué par l’IRSS/CNRST du Burkina Faso. Le Prix est doté d’une bourse de 20 millions de FCFA.

Entretien réalisé en ligne par Justine Bonkoungou
Lefaso.net

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Messages

  • Toutes mes felicitations a nos chercheurs qui ont mis au point ce produit. L’etat doit miser sur la recherche pour que nos pays puissent sortir du sous developpement.

  • Bravo aux chercheurs Burkinabè.
    Il faut les encourager et améliorer le financement. C’est toujours mieux que de suivre Adja de Komsilga.

    • @Sabari, pourquoi chercher la bouche de certains ? On t’a dit que c’est les drépanocytaires qui vont chez Adja de Komsilga ? Ou veux-tu prendre leurs bouches pour manger ton piment ?

  • Le FACA est un très produit qui aurait pu véritablement porter très haut le prestige du Burkina Faso dans la galaxie des grandes prouesses du domaine pharmaceutique du 21eme siècle.
    Malheureusement, je pense que les gouvernements successifs n’ont pas suffisamment accompagné le projet et il y a aussi eu des querelles intestines au sein de l’équipe des chercheurs qui a fragilisé le projet.
    Mais ce n’est pas tards. Le FACA se fait connaitre et voyage sous les blouses et les mentaux aux 4 coins du monde. Il faudra oser aller plus loin en menant une étude multicentrique pour permettre à notre FACA d’avoir une autorisation de mise sur le marché à grande échelle.
    Mes vives félicitations à tous ceux qui ont contribué à la mise au point de ce produit et vivement que la recherche endogène se poursuive pour d’autres maladies négligées.
    Gongloma Sooké

  • "La drépanocytose est une maladie dont on ne guérit pas."
    Ben, c’est pas sûr...
    Un laboratoire américain vient de mettre au point une thérapie génique encore en test.
    Durant les 18 premiers mois de l’expérience 94% des patients n’ont pas refait de crise, après avoir reçu une seule injection.
    C’est hors de prix pour l’instant, mais d’autres labos travaillent sur cette thérapie génique qui utilise les ciseaux moléculaires, dans l’espoir de réduire considérablement les coûts.

    • Pardo, mais en me relisant aujourd’hui, je constate que ma façon d’exprimer les choses n’était pas forcément claire.
      Du coup, je précise : ce n’est pas en utilisant des ciseaux moléculaires, que l’on pourra réduire les coûts...

  • Félicitations à toute l’équipe et leur soutien.
    Il faut que nos Etats africains investissent réellement dans la recherche. Nos savoirs endogènes sont immenses. Un bon tandem entre Chercheurs et Tradipraticiens et un investissement conséquent dans la construction de laboratoires modernes révolutionneront notre médecine.
    Comment peut-on injecter des milliards pour rénover des stades de jeu par exemple et on ne peut faire autant pour la recherche en santé ?

  • Comment commander ce médicament ? Moi, j’en souffre. Merci.

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