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Burkina/Révision constitutionnelle : « La barrière linguistique est un sérieux obstacle au développement », Dr Awa Tiendrébéogo/Sawadogo

Publié le mardi 16 janvier 2024 à 22h48min

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Burkina/Révision constitutionnelle : « La barrière linguistique est un sérieux obstacle au développement », Dr Awa Tiendrébéogo/Sawadogo

La Société burkinabè de droit constitutionnel a organisé une conférence le samedi 13 janvier 2024 à Ouagadougou sur le thème principal : « Révision constitutionnelle du 30 décembre 2023 ». L’un des moments forts de cet événement fut la présentation de la communication de Dr Awa 2e jumelle Tiendrébéogo/Sawadogo sur la thématique « Révision constitutionnelle et officialisation des langues nationales ».

La spécialiste des questions linguistiques de l’Université Joseph Ki-Zerbo (UJKZ), a souligné que la communauté scientifique burkinabè partage l’opinion selon laquelle, le développement doit se réaliser dans et par sa propre langue. L’exposé de la secrétaire permanente de la promotion des langues nationales a ainsi mis l’accent sur les enjeux d’officialiser les langues nationales au Burkina Faso.

En guise d’introduction, Dr Awa Tiendrébéogo donne en premier lieu un aperçu de l’intégration de la langue française en Afrique, et en particulier au Burkina Faso. « Le français était la langue institutionnelle du Burkina Faso depuis l’indépendance. Il nous a été imposé depuis 1896 et il a régné sans partage dans le pays, surtout dans l’administration. Et le choix de cette langue est un fait d’exclusion des masses qui ne la comprennent pas », a-t-elle conté.

Dr Awa Tiendrébéogo relate qu’en 2000, selon le Français Daniel Barreteau, linguiste et spécialiste des langues africaines, il y avait 1,09% des Burkinabè qui étaient des francophones confirmés. Et pour lui, être francophone confirmé était d’avoir au minimum le niveau de la classe de 3e.

« On peut donc dire tout simplement qu’au Burkina Faso, il y a un hiatus entre gouvernants et gouvernés à cause de la barrière linguistique. Cette barrière constitue un obstacle sérieux à la mise en œuvre des programmes et projets de développement », analyse-t-elle. Pour elle, la langue n’est pas seulement un outil de communication, c’est aussi un instrument qui construit notre identité, notre vision du monde, notre culture, nos valeurs et civilisations.

Selon Dr Awa Tiendrébéogo, tout ce qu’elle a pu bien évoquer jusqu’ici semble justifier la décision des autorités de la transition d’officialiser les langues nationales. « Mais quels peuvent-être les enjeux ? », s’est-elle interrogée.
De l’avis de l’experte, sachant que la politique linguistique est une détermination des grands choix en matière des relations entre langues et société, elle pourrait contribuer au renforcement des instances gouvernementales et/ou de la société civile.

« L’impérialisme linguistique »

La conférencière développe ses idées, en déclarant que l’Afrique a vécu jusqu’ici ce qu’elle pourrait qualifier « d’impérialisme linguistique ». Afin d’argumenter sa thèse, elle met en exergue une assertion d’Henri Gautier. « Henri Gautier, qui était le chef de cabinet du ministre français de l’instruction publique, au Congrès international de l’enseignement colonial, en 1931, disait ceci : Faites que chaque enfant né sous notre drapeau, tout en restant l’homme de son continent, de son île, de sa nature, soit un vrai Français de langue, d’esprit et de vocation », a cité Dr Awa Tiendrébéogo.

Puis d’ajouter que Pierre Foncin, premier secrétaire général de l’Alliance française, affirmait : « Tout client de la langue française est un client naturel des produits français ». Elle mentionne ensuite, que Pierre Foncin confiait : « c’est pour le commerce que travaille l’Alliance française qui a justement été formée à cet effet ».
« C’est dire que la propagation de la langue française est la clé des marchés extérieurs », relève Dr Awa Tiendrébéogo. « C’est pourquoi, il n’est pas rare d’entendre dans nos sociétés, “telle chose n’est pas à la mode’’, “ceci vient directement de la France ou de l’Amérique’’ », renchérit-telle.

De son analyse, les comportements qu’elle décrit sont la conséquence d’une assimilation mentale. « Ils l’on voulut ainsi et c’est à travers la langue qu’ils ont pu aboutir à ce résultat, de sorte que nous devenions des consommateurs qui ne “réfléchissent pas’’ », a-t-elle dit en s’excusant du terme employé.
Elle révèle que n’ayant pas reconnu les langues et les cultures africaines comme des valeurs, les colons, en particulier les Français, ont traité les langues africaines de « parlées », « d’idiomes », et de « dialectes ».

« J’aurai aimé ce matin que nous parlions tous fulfuldé, dioula, mooré… », Dr Awa 2e jumelle Tiendrébéogo/Sawadogo, secrétaire permanente de la promotion des langues nationales

Dr Awa Tiendrébéogo estime que « si le développement de tout peuple va de pair avec celui de la langue », un défenseur des langues africaines faisait remarquer que « l’option des langues coloniales comme seules langues officielles des pays africains est un frein au développement du continent noir ».

Après le rappel de cette citation, Dr Tiendrébéogo revient sur les propos des autorités burkinabè pendant les campagnes électorales. « Nos autorités ont souvent dit lors des campagnes, que nul ne peut se développer dans la langue d’autrui », dévoile-t-elle. Avant de noter que la mise en œuvre de la souveraineté linguistique du Burkina Faso a été longtemps attendue.

En effet, la secrétaire permanente de la promotion des langues nationales indique que l’officialisation des langues nationales au Burkina Faso le 6 décembre 2023 est le combat qu’ont toujours mené les scientifiques du pays, précisant qu’ils ne manquent pas de propositions dans leurs bibliothèques en ce sens.

Le boulevard de la reconquête de la souveraineté linguistique et identitaire étant tracé, déduit-elle, il leur appartient de se mettre au travail pour proposer aux décideurs des conditions de l’opérationnalisation de cette loi révisée. « Et nous sommes déjà à pied d’œuvre, car il nous faut une politique de langues inclusive », a-t-elle observé.

Dr Awa Tiendrébéogo signale également qu’à l’issue d’une étude, il est ressorti que le Burkina Faso possède exactement 59 langues nationales. « Jusqu’ici, nous avions une dizaine de langues utilisées dans l’éducation bilingue (français comme langues nationales) et une vingtaine de langues utilisées dans l’alphabétisation », a-t-elle montré.

Unir tous les Burkinabè autour d’un même idéal

Sur la multiplicité des langues nationales burkinabè, l’experte des questions linguistiques s’y attarde un instant. « Le patrimoine linguistique riche du Burkina Faso n’est pas une divergence. Car c’est une richesse qui doit nous unir davantage. Parce que si nous avons pu accepter qu’une langue venue d’ailleurs, à savoir le français, devienne une langue fédératrice afin que nous puissions nous comprendre, ne serions-nous pas fiers si c’était une langue burkinabè ? », questionne-t-elle.

Selon l’interprétation de Dr Tiendrébéogo, parmi les obstacles liés à l’aménagement linguistique au profit de l’officialisation, il faut signaler la réticence des diplômés et intellectuels. Car tous prétendent défendre la langue de leur terroir, déplore-t-elle.
« Personne n’a une langue, c’est le Burkina Faso qui a des langues et un patrimoine linguistique ! Tout comme l’hymne national, nous devons tous ensemble d’un même pas, reconnaître les langues majoritaires, et celles qui peuvent assurer les besoins communicationnels sur tout le territoire national, comme des langues officielles », sensibilise-t-elle.

Pour conclure, Dr Awa Tiendrébéogo a insisté qu’au niveau du Secrétariat permanent de la promotion des langues nationales, les actions sont entreprises pour fournir aux autorités un aménagement linguistique qui soit inclusif, promeut le patriotisme et l’esprit d’équipe. Cela, en vue d’unir tous les Burkinabè autour d’un même idéal.

Lire aussi : Burkina / Révision constitutionnelle : « On peut conclure que le pouvoir judiciaire a subi une atteinte majeure à son indépendance », Dr Aristide Béré

Hamed Nanéma
Lefaso.net

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Messages

  • Trop de langues différentes ne permettent pas de communiquer.
    Le français est une langue complexe qui va disparaître dans les échanges officiels au profit de l’anglais.
    Pour lire dans une langue locale, il faut adapter l’alphabet et la phonétique. De nombreux mots récents n’existent pas.
    Quand on propose d’apprendre dans la langue nationale, il y a une préférence des adultes pour apprendre le français. On ne refait pas le passé, on l’accepte.

    • @Ed
      Acceptée son passé ne signifie s’y cramponner. Le passé doit être assumé c’est-à-dire être accepté comme passé qui permet de vivre son présent et d’envisager son avenir sans complexe. Le passé que vous semblez conciderer comme indépassable n’existe que dans votre tête et c’est cela le conditionnement bien voulu pas la colonisation et l’impérialisme linguistique et culturel.
      Quelle est mon identité de burkinabè et d’africain si je ne comprends pas, ne parle pas, ne lis pas et n’écris dans aucune langue du Burkina et d’Afrique alors que je le fais à merveille dans une langue étrangère. Mon identité peut-elle être etrangère à moi-même ? Voilà la crise identitaire profonde dans laquelle la colonisation nous a plongé et dont beaucoup d’africains n’ont même conscience. Le prise de conscience collective est la première étape de la guérison de ce mal collectif qui nous confine dans une condition de sous-hommes sous-développés, appendice d’une humanité pleine et entière !
      Vous vous rendez compte de ce que vous dites ? Vous citez de nombreuses difficultés accumulées durant des décennies de déculturation et il vous semble impossible de revenir en arrière ! Mais imaginez si aux indépendances nos devanciers avaient eu le courage de faire ce demi-tour cultuel, vous ne seriez pas dans ce travestissement identitaire. Alors il faut que nos générations actuelles aient le courage nécessaire pour que leq générations futures ne soient plus dans cette même crise identitaire !
      Regardez bien : les français utilisent l’anglais mais on dit jamais de leur pays qu’il est anglophone ! Nous parlons plus de mooré que le français, mais pourquoi notre pays est dit francophone et non moorêphone ? Ceci est-il acceptable comme identité nationale dans le concert des nations ?
      Notre sous-développement est avant tout culturel et identitaire ; la politique et l’économie n’en sont que la conséquence

    • ED, faut savoir que les mots ne manquent jamais dans une langue. Les mots sont facilement créés. Si tu connaissais l’étymologie des mots français, l’histoire et l’origine du français tu n’allais pas regretter absence de mots. Ce qui nous manque seulement c’est l’estime de soi et le jugement lucide. Limitons les comparaisons qui nous laissent dans les sentiments obscurs défavorables ; et soyons bienveillants envers nous mêmes pour plus de confiance et de valeur. Tout se travaille. La mentalité d’abord et surtout.

  • Je suis globalement d accord avec cette analyse. Mais quelle langue alors choisir ? Dans quelle langue cette conférence s est elle déroulée ?

  • C’est vraiment surprenant que les gens découvrent que nous parlions une langue qui n’était pas la nôtre. On dirait que certaines personnes viennent de naître.
    Elle aurait pu animer la conférence en mooré ou en fulfuldé comme elle l’a dit.
    Il faut poser correctement le problème pour ne pas désorganiser le pays. Au Burkina, il y a combien de langues écrites ? Quels sont les programmes en langue actuellement ? Je sais que la bible a été transcrite en mooré ce qui est une belle avancé car dans le dispositif de l’Eglise catholique, il y avait bien eu anticipation.
    A ce stade, allez-vous imposer d’enseigner le droit dans une de nos langues nationales. Il va falloir nous dire nous qui ne sommes pas aller loin à l’école, c’est quoi une langue nationale et c’est quoi une langue de travail ?
    Si vous ne faites rien, le niveau de nos enfants risque de prendre un coup et après, on va encore s’accuser ici.

    • Article 37
      Vous soulever nombre d’interrogations légitimes. En vous remerciant, je pense que vous avez aussi donner un exemple de comment faire pour que tous accédons aux bonnes maîtrises de nos langues.

      En utilisant les mêmes méthodes que l’église par exemple. Il y a parmi nous des personnes qui ne comprennent ni ne lisent le français mais savent le faire avec le scénario de jésus qu’à bien voulu nous laisser voir les responsables de l’église.

      Ils nous diront que ça ne marchera pas tant que ce n’est pas la parole biblique ou si ça ne vient pas d’eux mais, nous avons la preuve que lorsqu’on veut, on peu...
      Wen na réegué.

  • Le nombre particulièrement élevé de langues nationales du Burkina Faso est un obstacle à la promotion de ces langues. Si le français nous a été imposé par le colonisateur, contrairement à ce que dit Dr SAWADOGO, je ne suis pas sûr que tous les burkinabè accepteraient de se voir imposer 2 ou 3 langues nationales différentes de leurs langues maternelles. C’est une question hautement sensible qu’il faut traiter avec précaution. Des pays comme le Sénégal, Madagascar, le Rwanda, le Burundi etc. qui ont une principale langue nationale n’ont pas ce problème. Ceci étant, nous devons également assumé notre héritage colonial en acceptant que le français fait partie de notre patrimoine commun.

  • Essayer de ne pas tromper la jeunesse par des affirmations gratuites !
    le développement a ses facteurs bien connus et les langues n’y figurent pas !
    Cependant les langues sont des supports de travail !

  • Le monde entier est d’accord avec le constat qu’apprenne dans sa langue accelère le développement d’une nation.
    Mais en faire l’un des sujets numéro 1 à l’heure actuelle revèle du populismme car il y a assez de pays exemple dans le monde a être bien développé sans sa propre langue :
    Canada, Belgique, la Suisse, l’Afrique du Sud etc
    ou acceptable Cote d’ivoire, Ghana à coté ici.

    Le développement d’une nation dépend uniquement de sa chance ou combat d’avoir des bons dirigants. Avant tout développement, nous avons besoin de manger à notre faim, avoir la paix (sécurité, toît pour dodo, etc), et être soigné (santé) comme un bébé.

    Si une nation a la chance ou fait un combat pour avoir un dirigeant qui guarantit cela, cette nation prospère.

  • Il faut faire attention à ce qu’un désir légitime d’émancipation ne devienne pas un repli identitaire. La quasi-totalité des pays du monde ont été colonisés (y compris la France). La langue en est souvent un héritage. Mais cela n’est un problème pour la quasi-totalité des pays. Voit-on des foules réclamer la fin du portugais au Brésil ou de l’espagnol dans le reste de l’Amérique latine ? La question de la langue est juste instrumentalisée par le pouvoir en place. Je ne suis pas sûr que ce soit le sujet d’intérêt principal des burkinabè.

  • C’est quand l’école et l’administration deviendront en langue nationale qu’on peut parler d’officialisation des langues nationales. Sankara avait tenté mais il n’avait pas pu.

  • Vous allez "bantariser" l’école avec ces idéologues à 2 francs, qui parlent d’impérialisme linguistique. Personne n’oblige personne à ne pas apprendre sa langue maternelle à ses rejetons. Si tous les manuels sont en langue étrangères, et les auteurs de ces livres aussi, vous allez passer le temps à les traduire, ou par fierté vous allez inventez vos manuels scientifiques à tous les cycles.
    Dans 10 ans nos étudiants seront à part et des étrangers viendront travailler dans les domaines les plus pointus et ambitieux. Continuez seulement.
    J’espère que la conférence a été faite en langue nationale

  • Sékou Touré a essayé de le faire en Guinée et jusqu’au aujourd’hui les Guinée sont une lacune intellectuelle encore à portée. Vraiment le français est un héritage coloniale qui nous aident à communiquer avec la plus des gens dans le monde. Vivant en occident dans un pays non francophones je me sens beaucoup plus rapproché de nos frères africains francophones que nos francophones (camerounais, togolais, ivoiriens, sénégalais...). Ça sera même un handicap du point de vue de international de ne pas parler ni l’anglais, ni le français. Les chinois, les japonnais, les hindous, les russes et autres parlent souvent l’anglais quand ils sortent de leur pays. Ne replions pas sur même, mais assumons notre héritage.
    Je ne pourrai pas exprimer ce que j’ai dans aucune de nos langues nationales. Nos langues africaines ne sont pas si évoluées et manquent un vocabulaire enrichi pour faire des études et dessciences approfondies.
    Exprimez des choses culturelle dans les langues (chants, poésie, théâtres..) mais laisser l’école avec langue principale comme le français. Nos langues nationales peuvent être comme 2nde matière facultative au lycée.

    • C’est une très bonne idée qu’officialiser les langes nationales on se souvient que Thomas Sankara à réçu un ambassadeur à Laye en parlant en Mooré ; il était traduit par Issa Tiendrebeogo, alors Ministre de l’Enseignement Supérieur.
      Pour aujourd’hui, comment par IMPOSER une matière "Langue Nationale" à tous les concours de la Fonction Publique. Cette matière sera obligatoire et élimination. ça, c(est concret. Bravo au gouvernant qui ont pris cette décision et l’on inscrit dans la Constitution
      Kenfo

    • La France avait elle aussi plusieurs « dialectes « que l’on a nommé « patois « et aujourd’hui « langue régionale « comme le provençal, Le Breton, le corse, l’alsacien, la langue d’Oc, la langue d’oïl etc, ces langues sont enseignées dans l’ EN et laissées au choix des parents et des élèves.
      C’est le roi François 1er qui impose, par une ordonnance de 1539, le français comme langue nationale en lieu et place du latin ( langue des envahisseurs romains avec la guerre des gaules de Jules César ).
      Le but du roi était de créer une nation où d’Est en Ouest, du Nord au sud, tous ses sujets pourraient se comprendre et supprimant le latin qui était la langue des élites.
      Si peu de burkinabés maîtrisent correctement la langue française, c’est avant tout car votre éducation nationale ne remplit pas son rôle de fournir, à l’ensemble de ses enfants, le même enseignement de qualité.
      Et, enfin je crois que vous avez d’autres chats à fouetter que de vous lancer dans une entreprise aussi hasardeuse ; où vos enfants iront-ils pour faire leurs études supérieures s’ils ne parlent que des langues burkinabés ? Pour l’instant, ils ont tous les pays francophones à leurs choix : il n’y a pas que la France !
      Bien à vous tous.

  • Moi ce que je sais , sais qu’au début des années 1980, on avait commencé l’enseignement des langues nationales à l’école primaire. après moins de 3 ans on l’a arrêtée, et c’était sous Sankara. Avons nous essayé de comprendre ce qui n’avait alors pas marché pour qu’on interrompte ainsi subitement ? Je suis pour une valorisation des langues nationales pour atteindre la majorité coupée de ’information . On n’a pas besoin de faire du populisme avec comme le fait capitaine Pinnochio. Traduisez d’abord la constitution et les documents essentiels dans les langues nationales et faites vos discours en langues nationales et les choses seront plus faciles.

    Passakziri

  • Je suis entièrement d’accord qu’un enfant apprend mieux dans sa propre langue que dans une langue qu’il ne comprend pas. Actuellement, beaucoup d’enfants doivent en même temps apprendre à lire et apprendre le français. Effectivement ce serait plus facile s’ils apprenaient d’abord à lire, à compter, etc... dans leur langue et qu’ils apprenaient le français par la suite.
    Ceci dit je pense que nous avons une approche émotionnelle du problème des langues. Dans certains pays, comme le Sénégal par exemple, le problème est plus simple car une langue locale s’impose naturellement à l’ensemble du pays. Il en est de même dans la plupart des pays d’Afrique de l’Est qui parlent tous depuis longtemps le kiswahili. Naturellement dans ces pays cette langue peut facilement être choisie comme langue nationale et langue officielle et langue de travail et tout ce qu’on veut. Au Burkina Faso, même si certaines langues comme le mooré et le peulh semblent s’imposer du fait du nombre (en proportion) de leurs locuteurs, nous devons faire face à une réalité : nous avons une soixantaine d’ethnies, donc autant de langues locales. Au final, auront nous autant de langues officielles et de travail ? Devrons nous avoir dans nos administrations et dans nos institutions nos textes dans autant de langues ? Si, pour des raisons pratiques, nous devons choisir une langue, laquelle choisirions nous qui sera acceptée par tous les Burkinabè ? Si nous devons choisir deux ou trois langues, cela voudra t’il dire que nos fonctionnaires en pratique devront être bilingues ou trilingues. Dans cette affaire de langue nationale, j’ai vraiment le sentiment que nous avons mis la charrue avant les bœufs, et qu’en croyant apporter une solution, nous nous soyons donné un problème dont la solution demande de longues années de réflexion, dont nous aurions pu faire l’économie compte tenu du nombre de défis que nous avons à relever en ce moment. La révision constitutionnelle elle même n’est pas d’une opportunité fracassante, et je finis par rejoindre ceux qui pensent que les autorités, par cette révision constitutionnelle, ont trouvé un habillage pour régler ce qu’ils croient être un problème (celui de la justice). C’est pourquoi cette affaire de langue nationale est inséré comme un cheveu dans la soupe, car son applicabilité pose questions, mais cela ne semble pas être leur problème.

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