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Appel aux professionnels de l’audiovisuel

Accueil > Actualités > Multimédia • • mercredi 4 février 2004 à 07h26min

La perfection n’est certes pas de ce monde, mais la qualité est à la portée de tous à condition de la rechercher, en la plaçant comme objectif. Journaliste, je pense l’être et c’est ce qui justifie mon inquiétude grandissante vis-à-vis de l’évolution négative de la profession (à certains niveaux), au Burkina. Je m’inquiète de plus en plus du manque de recherche de la qualité dans la réalisation des reportages et du fait de subordonner les reportages au payement de factures.

Pourquoi il ne faut pas faire facturer l’information

En me décidant à écrire ces quelques lignes, j’ai tout juste voulu partager un point de vue avec des confrères à propos des risques auquel est soumis notre chère profession. Je baserai l’essentiel de ma réflexion sur le volet audiovisuel qui semble être celui que je connais le mieux. Aujourd’hui à la RTB (Radio et TV), l’heure est à la facturation de toute activité qui a pour finalité la réalisation d’un reportage. Il y a même eu une décision du ministre en charge de l’Information qui la matérialise.

Les médias ne sont donc pas directement en cause puisque la décision a été prise plus haut. Mais ils sont corresponsables, parce que tous, ils les appliquent sans trouver d’inconvénients majeurs. Je dis que c’est tout simplement dommage. Il ne faut pas faire payer tout type de demandes de reportages parce que cela serait sérieusement dommageable au contenu des éditions des journaux Radio et TV. Ce serait créer une société à deux vitesses. Ceux qui ont les moyens pourront s’offrir les médias et les autres seront transformés en public de consommateurs. A quoi assiste-t-on de plus en plus ? Les journaux deviennent fades, indigestes à cause de leur trop plein de séminaires, ateliers, colloques, .... Pire il n’y a plus de place pour l’information internationale.

Ceux qui ont les moyens ont transformé nos médias publics en médias de réunions qui à 99%, n’ont que très peu d’intérêt pour le public (dans la manière avec laquelle ils sont présentés). Les journaux ressemblent à des défilés de modes. La « High Society » s’assied aux heures des éditions des journaux, tout juste pour se regarder, s’admirer. Et le lendemain, les coups de fils sont nombreux. Voici un aperçu de ce qui se dit. « Je t’ai vu hier à la télé. Tu étais bien coiffée, tu avais un bel ensemble.... ». Qu’en est il du message ? Rien, il est relégué au second chapitre.

Aujourd’hui dans les médias on ne réfléchit plus. La question est simple. « Est-ce qu’il a payé ? » . Alors que la bonne question devrait être en rapport avec le contenu de l’information. Voici un exemple qui devrait illustrer ce que je veux faire comprendre aux dirigeants. Lorsque le grand marché (Rood Woko) a brûlé, qui a adressé aux médias une demande de reportage et qui a payé la facture pour la couverture de ce triste événement ? Cette fois je pense qu’ils ont tout simplement agi en journalistes sans se demander et sans s’enfermer dans la « logique de rentabilité ».

C’est cette soit disant logique qui est en train de détruire ce qui reste des médias audiovisuels d’Etat, que plusieurs personnes ont construit en 40 années, longues et difficiles. Si nous ne réfléchissons pas pendant qu’il est encore temps, le pouvoir de l’argent qui mine les médias et que tout le monde dénonce à voix basse, sera la seule réalité d’ici peu. Il suffira d’avoir les moyens et décider de s’offrir un événement chaque jour dans une des éditions pour le mettre en pratique. Pourquoi le Conseil supérieur de l’Information (CSI), n’autorise pas les Radios de partis politiques ? Pourquoi pendant les périodes de campagnes politiques, on organise l’accès gratuit aux médias publics pour les partis politiques ?

C’est certainement dans le premier cas lié aux risques de dérives en termes de contenu et de permettre l’équité dans l’accès pour tous dans le second cas. Il ne faut pas non plus se cacher derrière le statut des médias pour justifier la situation du moment. Les textes sont produits par les hommes pour faciliter un certain nombre de choses. Lorsqu’on constate la non opérationnalité d’un texte il faut le relire ou l’abroger. Aujourd’hui dans les médias, l’actualité est tellement centrée sur les activités des grandes villes, notamment de Ouaga et Bobo qu’on finit par oublier les autres provinces du pays. Je vous propose une autre illustration. « Il s’est ouvert ce matin à l’hôtel Silmandé... ».

Pour le paysan de Bognadé, de Gorom ou de Nouna, que veut dire hôtel Silmandé, si l’on ne précise pas que c’est à Ouagadougou. Mes confrères gagneraient là, à mieux réécrire leurs lancements. Il y a longtemps, la TV ne couvrait que Ouaga. A cette époque quand on disait hôtel Indépendance, par exemple, tout le monde se retrouvait parce que le message de la TV ne dépassait pas la capitale. Depuis 1998, plus de 80% du territoire est couvert, ce qui signifie que d’autre types de téléspectateurs sont à prendre en compte. Là aussi, je pense que le changement qualitatif ne s’est pas encore opéré.

Avez-vous payé votre facture ?

Autre élément par rapport à la qualité, je surprends des rédactions qui disent nous avons trop de reportages en semaine et souvent on ose dire à l’antenne que l’actualité est pauvre. Dans le premier cas c’est la sélection qui doit s’imposer en tenant compte de l’intérêt en faisant jouer les critères de priorités que tous nous avons appris dans les écoles. Mais au contraire on se sent obligé de proposer des journaux hors normes (plus de 30 mn), parce que

« les gens ont payé ». Dans le second exemple de l’actualité pauvre, un confrère pour faire rire disait avec beaucoup de conviction. « L’actualité pauvre ça n’existe pas. Ce sont plutôt les journalistes qui sont pauvres d’esprit... ». Cela doit donner à réfléchir. Mais la question demeure, peut on se permettre la réflexion si tout est soumis au payement d’une facture ? Les factures pour l’information, c’est une atteinte à la liberté de la presse et des journalistes eux mêmes. Un journaliste (Rédacteur en chef ou chef d’édition qui ne peut pas décider de « sucrer » (supprimer) un reportage est pratiquement un prisonnier.

Présenter un journal où les sujets en majorité concernent des réunions d’hôtel doit faire réfléchir tous les confrères. Ils doivent se demander :« Est ce ça l’actualité au Burkina » ? Ce ne sont pas les sujets qui manquent, ce sont peut-être et certainement les journalistes qui font preuve d’une créativité rachitique. En terme de qualité il y a ces voix qui dérangent. Travailler dans l’audiovisuel signifie avoir un minimum par rapport à la voix et un peu au physique, pour le cas spécifique de la TV. Mais que constate t-on de nos jours ? Les voix les plus dissonantes sont en train d’envahir les médias audiovisuels comme si les responsables eux mêmes fermaient les oreilles (avec toutes mes excuses).

Dans les bonnes écoles on oriente par rapport aux qualités de tout un chacun. Une fois sur le terrain, il revient aux responsables de médias de mettre chacun là où il apportera au mieux sa contribution. Une voix désagréable dessert à coup sûr le médium. Apparemment, ça ne dérange plus. C’est le public qui doit subir jusqu’à zapper.

A mes chers jeunes confrères

Je pense qu’il n’est pas encore trop tard pour se remettre sur le droit chemin. La concurrence arrive à grand pas et on peut toujours changer son fusil d’épaule . La concurrence au plan national offre déjà un aperçu de ce qui va arriver si l’audiovisuel public ne change pas sa vision des choses. Tout le monde se plaint à demi-mots des coûts hors de portée des médias, (TV surtout). Cela profite aux privés qui vous proposent des prestations identiques à très peu de frais. Je ne parle même pas des bouquets par satellite.

Aux confrères, j’aimerais lancer un appel à un peu plus d’efforts pour rechercher la qualité et les performances. La bonne maîtrise de la langue française est un élément de base. Comment jouer le rôle d’éducateurs quand on propose un reportage plein de fautes élémentaires ? Que diront les enfants ? « Je l’ai entendu hier à la Télé ou à la Radio ». Souhaitez-vous voir votre nom associé aux fautes, aux erreurs, à ce qui n’est pas correct ? Les journalistes doivent être, je pense, des modèles et surtout de bons modèles, des originaux et non de pâles copies, de mauvaises références.

Pour cela il faut être ouvert aux critiques, se cultiver tout le temps pour ne pas être en retard sur l’évolution du métier et de l’actualité, bref de la vie elle-même. Les journalistes doivent se battre pour que la part de service public soit respectée dans les médias publiques. Ils doivent pouvoir être responsables du contenu de l’information qu’ils diffusent, sinon on n’aura plus besoin de professionnels de l’information. Le premier venu pourrait faire l’affaire, parce qu’on aura plus besoin de déontologie et d’éthique.

Aux dirigenants des médias audiovisuels

Aux responsables de médias (Ministère, Directeurs, Rédacteurs en chef...), il est urgent de se concerter pour réexaminer la situation. Peut-on et doit-on conditionner le contenu de nos éditions des journaux au simple payement d’une facture ? Est-ce cela faire de l’actualité ? Si le journal est constitué de 10 éléments de 30 mn et que chaque reportage coûte 270.000 F cfa, combien coûte chaque édition de 20 heures ? Est-ce que la performance des médias se mesure en terme de chiffre d’affaires, ou en terme de qualité de l’information (contenu bien sûr) ? Est-ce qu’il est honnête de faire payer un invité au Midi Magazine ou bien c’est le médium qui doit payer la participation des invités ?

Ce dernier exemple est la preuve que tout est en train d’échapper aux journalistes. Revenons un peu en arrière. Au moment ou un des grands hommes de médias au Burkina créait le Midi Magazine (1993), c’était pour permettre de faire un arrêt sur un point important de l’actualité (passée ou à venir). Ainsi donc, il revenait au médium TV de choisir les invités. Mais très tôt ils ont été débordés et ce sont les demandeurs qui ont commencé à se proposer pour passer au Midi Magazine. C’est devenu pratiquement la règle et il arrive maintenant des jours où il « n’y a pas d’invité », parce que personne n’a téléphoné pour souhaiter être l’invité du Magazine. Comme c’est triste.

Cette situation aurait été moins triste si on ne vous facturait pas votre passage à 300.000 F cfa ! Allons, chers confrères et dirigeants, reprenons nous. En termes de médias, pour ceux qui ne le savent pas encore, il n’y a que les espaces publicitaires qui peuvent être vendus, donc facturés. Les spots publicitaires peuvent coûter autant que vous voulez, parce que c’est de la publicité. Et là encore, on confond tout. Publicités et messages d’informations sont facturés au même prix.

Autrement dit quand vous faites un spot sur la lutte contre le SIDA, si vous ne faites pas un bon plaidoyer ou si vous ne faites pas intervenir un certain nombre de personnes, vous serez facturés comme les promoteurs d’une marque de bière, de cigarette ou de peinture. Je demande tout simplement donc que les rendez-vous d’actualité soient détaxés. Réunissez vous et revoyez ce qui peut rapporter de l’argent aux médias, sans « prostituer » les journaux et les magazines d’actualité. A ce niveau il n’y a pas que les dirigeants qui soient incriminés. La réflexion ne doit pas se limiter à ceux qui dirigent. Ils peuvent faire fausse route. Tout le personnel doit se poser les bonnes question, parce que comme on dit, les dirigeants ne font que passer.

Le gouvernement peut aider à sauver les médias

Je voudrais finir en renouvelant mes craintes de voir « mourir » l’audiovisuel public au Burkina, si rien en urgence n’est fait. Les journalistes y perdront définitivement leur réputation et tout le secteur avec. C’est parce qu’on vend tout que certains hommes et femmes de médias du service public vendent eux aussi leurs prestations et qui perd ? Ce sont les médias qui sont taxés de non rentables et le journalistes de corrompus. Il y a deux cas de figure : ou bien les demandeurs continuent de jouer les complices en payant des factures qui ne doivent pas exister et qui vont de plus en plus être élevées, ou bien les autorités des médias réfléchissent pour identifier ce qui peut rapporter de l’argent aux médias en dehors de l’actualité.

Sinon ce qui risque d’arriver, ce ne sera plus un journal pauvre en actualité, mais un journal sans reportages parce que personne n’a voulu payer, pour porter son événement au journal. Il est également temps que les rédactions fassent la part des choses entre actualité et autre type d’information. Au Burkina tout devient actualité alors que ce terme obéit à un certain nombre de critères que mes chers confrères semblent avoir oublié, à force d’obéir machinalement, à la loi de la rentabilité. Deux questions pour terminer. Pourquoi les médias de service public adorent-ils autant les séminaires, au delà bien sûr des perdiems et des fonds qu’ils rapportent aux organes ?

Question à 1000 F cfa. Parce que pour la plupart ces réunions sont présidées par les membres du gouvernement. Et dès qu’un ministre est présent à une cérémonie, il y a comme une obligation de voir les médias, et les demandeurs payent. C’est la logique. Avec tout le respect, SEM le Premier ministre ne pourrait il pas limiter la participation des membres de son équipe à des événements d’une certaine importance dont je laisse imaginer les critères au niveau de sa structure, sinon ce serait banaliser la fonction et tout le reste. Tous les séminaires qui s’ouvrent et referment ne peuvent-ils pas l’être sans les ministres ? Ne peut-on pas laisser les ministres à des tâches plus importantes pendant que les techniciens proposent des recommandations qu’ils soumettrons aux ministres pour analyse ? En quoi la présence d’un ministre à une cérémonie influence-t-elle le contenu de celle-ci ?

Certains ministres à force de passer à la TV deviennent de véritables vedettes du petit écran,(souvent ils peuvent présider deux ou trois séminaires dans la même journée). Imaginez-les le soir à 20H. Et quand un discours est coupé... le chef du gouvernement doit se pencher sur cette question avec ses conseillers et directeurs de la communication. Trouvez d’autres occupations à nos ministres. Il y a bien autre chose à faire à la tête d’un département ministériel plutôt que de courir de séminaires en séminaires. Un de nos regrettés confrères ne disait-il pas qu’ « à force d’ouvrir et de refermer les séminaires certains finiraient par se coincer quelque part. Agissons avant ! Moins de discours et plus d’actions !

Dernière question pour finir. Pensez-vous honnêtement que si personne n’honore une facture il n’y aura pas de journaux TV et Radio ? La facturation de l’actualité est tout simplement un non sens.

Bonne réflexion

Ieroyrodney@yahoo.fr, Journaliste
Ouagadougou Sect. 17 Burkina Faso

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