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Burkina/Tradition orale : « Aujourd’hui, le conte a perdu sa place d’antan au sein de la société », déplore Abdoulaye Ouattara

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Publié le lundi 29 mai 2023 à 22h45min

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Burkina/Tradition orale : « Aujourd’hui, le conte a perdu sa place d’antan au sein de la société », déplore Abdoulaye Ouattara

Le conte, récit de fiction contenant une leçon de morale, jouait une fonction essentielle dans l’éducation des enfants dans la société africaine. Aujourd’hui, confronté à la modernisation de la société, il tend à être oublié. En effet, rares sont les artistes qui y trouvent passion et travaillent pour sa revalorisation. Selon Abdoulaye Ouattara, administrateur de l’association la Maison de la parole, « il faut faire revivre le conte, si nous voulons remédier aux problème de la société dus au manque d’éducation ».

Autrefois transmis aux enfants pendant la nuit par les anciens, le conte avait plusieurs fonctions sociales : éduquer et sensibiliser, mobiliser et animer, faire rire et faire peur, initier à la méditation, etc. Aujourd’hui, le conte a perdu sa place d’antan au sein de la société. La nouvelle génération ne l’a pas vécu ou ne le vit pas. Pour des acteurs culturels, il serait même prétentieux de dire que le conte a un impact actuel, car il tend à disparaître parce que beaucoup de conteurs ont abandonné la pratique pour différentes raisons.

« On se rend compte aujourd’hui que le conte n’est plus dit dans les familles comme auparavant. Sur dix familles peut-être, une seulement a déjà dit un conte à ses enfants au cours de l’année. Et dans les grandes villes, ce sont des pratiques qui n’existent presque plus. Du coup, le conte a des difficultés dans la pratique familiale », a déploré Abdoulaye Ouattara, administrateur de l’association la Maison de la parole. Si les contes n’ont plus d’effets ou ne sont plus pratiqués comme avant dans nos sociétés, cela s’expliquerait, selon Abdoulaye Ouattara, par plusieurs raisons. La première cause, dit-il, est que nous faisons face à la modernisation de nos sociétés.

« Aujourd’hui avec la modernité, nous avons l’apparition des télévisions, des téléphones portables et des tablettes numériques. Malheureusement, beaucoup d’enfants sont abandonnés à ces écrans et aux programmes des télévisions qui ne sont pas adaptés aux enfants. Il y a la question de l’internet qui est arrivée avec les réseaux sociaux qui ont pris le dessus. Et le peu de temps que les parents pouvaient avoir pour discuter avec leurs enfants, ils ne le font plus. Tout le monde est accroché à son téléphone, aux réseaux sociaux. Ce qui fait que les enfants sont encore plus délaissés. Egalement, il y a le fait que les enfants ne passent plus le temps avec leurs grands-parents », a-t-il expliqué.

Il reste convaincu qu’il y a nécessité de faire revivre le conte dans notre société en proie au terrorisme. Car dit-il, le conte se termine toujours par un enseignement, par une morale donc il n’y a pas meilleure école que le conte. Il n’y a pas meilleure éducation que celle que le conte peut donner. « Le conte contribuait à éduquer les enfants dès le bas âge, et les enfants grandissaient avec des valeurs qui les aidaient à comprendre la société. Le conte enseigne aux enfants l’amour, le bien ; le conte enseigne aux enfants à ne pas tuer ni agresser et lorsqu’on vide notre société de toutes ces valeurs, vous voyez qu’il y a un grand vide qu’il faut chercher à combler », a laissé entendre Abdoulaye Ouattara.

Abdoulaye Ouattara déplore le fait que le conte ne soit plus pratiqué comme auparavant

Former des conteurs et adapter le conte au temps

Convaincu que le conte permettrait de remédier aux problèmes actuels de la société, dus au manque d’éducation, Abdoulaye Ouattara propose plusieurs alternatives. Son plus grand souhait aujourd’hui est que les jeunes soient plus attentionnés aux contes qui leurs enseignent beaucoup de choses au détriment de la télé et des tablettes. Ainsi à travers son association dénommée la Maison de la parole, une association culturelle qui milite dans la promotion du patrimoine immatériel et beaucoup plus dans la promotion des arts de la scène dont le conte, il ambitionne d’instaurer le conte à l’école. Ce projet qui est soutenu par le ministère en charge de l’éducation nationale se fixe pour objectif de proposer des actions et des outils pertinents permettant d’utiliser de façon claire le conte dans les établissements scolaires, tout en respectant les programmes et les orientations officielles de l’éducation nationale.

Il a souligné que cela pourrait aider à lutter contre l’échec scolaire. « Notre association travaille sur la nécessité d’insérer le conte dans le curricula et nous avons été approché par le ministère de l’Education nationale pour le mettre en place. Cela va concerner d’abord les écoles primaires. Notre structure a été contactée pour ça et nous espérons qu’avec les changements de régimes survenus suite aux coups d’Etat, le projet va se poursuivre, afin de nous permettre de mettre en place ce projet », a-t-il dit.

Avant de poursuivre : « Avant le colon prenait le soin de mettre quelques contes dans les manuels scolaires et cela était un atout et si nous arrivons à poursuivre ce projet nous pourrions mettre en place également des ouvrages qui peuvent être proposés même aux élèves du secondaire pour leur montrer l’avantage du conte dans la société. Je pense que cela pourrait aider à ressusciter le conte ». C’est ainsi que l’association la Maison de la parole s’est engagée, depuis des années, à faire revivre les merveilles des contes aux jeunes burkinabè. « Chaque année nous organisons le festival international du conte et nous organisons également des formations à travers le monde et à travers le pays. Ces actions visent à promouvoir la pratique du conte », a-t-il rappelé.

Pour faire revivre le conte comme dans le passé, cette association projette donc de former plus de jeunes conteurs. Pour cela, elle met en œuvre un projet de formation qui permet de former des gens dans plusieurs localités du pays. Il s’agira de former des conteurs qui vont, à leur tour, former d’autres conteurs. Toute chose qui va donner l’envie à d’autres personnes de s’intéresser à la pratique du conte. Par ailleurs, pour parvenir au grand public, Abdoulaye Ouattara estime qu’il faut adapter les contes en bande dessinée. « Nous sommes en train de moderniser le conte et on veut s’adapter à la technologie en réalisant le conte à l’aide des différentes technologies. Pour que pendant que le conteur conte, les images apparaissent sur l’écran », a-t-il confié.

Toutes ces actions visent à faire en sorte que la pratique du conte acquiert une valeur patrimoniale et gagne en vitalité malgré les menaces liées au mode de vie moderne. Aussi, la figure du conteur doit être revalorisée dans la société, afin de permettre aux jeunes générations de rester connectées à cet art séculaire qui n’a pas fini de livrer tous ses secrets. Abdoulaye Ouattara invite les parents à tout faire pour que le conte occupe sa place d’antan dans la société burkinabè. « Nous invitons également les conteurs à concevoir des projets pour toucher les populations. Car c’est en cela que nous pourrons revivifier le conte et faire aimer le conte dans notre société », a-t-il conclu.

Romuald Dofini
Lefaso.net

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Messages

  • Félicitation pour cette belle initiative. Courage pour la suite.

  • Moi je propose que pendant les vacances on organise un concours de contes qui va concerner dans un 1er temps les enfants de 12 à 15 ans de toutes les localités du Burkina . On fait des éliminatoires comme la semaine nationale de la culture , fitini show et autres pour arriver à la finale . Cela pourrait participer aussi à occuper sainement les enfants pendant les vacances.

  • Bravo à vous et très bonne initiative de ré-enracinement culturel de nous-mêmes, de nos jeunes, de nos enfants qu’on tente de sauver de la mort culturelle !
    Ce qui nous tuera, c’est la fausse modernisation frelatée, marchande, aliénée et néocoloniale !
    Bien évidemment, de passer son temps à se prélasser au salon, entre la Télé et le frigo, ne fait pas grandir intellectuellement ni socialement ; surtout lorsqu’on est biberonné par des flots ininterrompus de navets et autres clips de séries débilitantes des Bolliwoods hindous, Télenovelas brésiliens... et autres Coupés-décalés de Soukous congolo-ivoiriens abrutissants !
    Plus personne dans ces conditions ne réfléchit dans les cases et autres villas pour médiocres, déculturés rétifs aux soirées contes de notre enfance ! De la préhistoire !
    Et c’est là que nos problèmes insidieusement s’amoncellent, et que nos cultures nous échappent ! Parce que le temps de cerveau nécessaire disponible à la réflexion n’est plus là et est désormais dédié à l’abrutissement, à l’aliénation, aux concours de beauté de l’avant-haut et de l’arrière-bas ! Toute chose que porte la tyrannie du désir marchand, pornographique et frivole ! Bref, c’est de là que vient la mort de nos racines et de notre âme culturelle et intellectuelle !
    Comme on dit, couramment, l’arbre pourrit par la racine et le poisson par la tête !
    Ce ne sont nullement les Elections folkloriques, financées, surveillées, validées par l’Occident collectif et soit disant porteuses de Démocratie et autres Droits de l’Homme formelle qui nous sauveront de nous-mêmes et des autres voleurs violeurs de peuples, mais bien notre enracinement profond et stable de nous-mêmes dans nos cultures, comme point d’appui, pour un présent et un avenir émancipé contre toutes les chaines d’aliénations exogènes occidentales et arabes islamistes qui nous ligotent !
    Enfin, il faut savoir qu’en Occident même et au Moyen-Orient arabe islamiste, le conte est un genre littéraire majeur d’initiation culturelle dont les enfants et les jeunes sont sensibilisés, dès la prime enfance, du primaire à l’université !
    C’est une question de bonne santé culturelle et intellectuelle propre à toute société consciente de son avenir et d’elle-même !
    C’est un genre littéraire à valoriser dans les familles, à l’école, et à la télé, dans toutes nos langues et non exclusives à aucune ethnocratie de dominance linguistique féodale !
    Na an lara, an sara !

  • BRAVO. Ce n’est pas le conte qui perd la place ; mais les fesses et l’esprit d’écoute d’attention. Je propose qu’on intègre le conte comme matière d’écoles, et d’évaluation dans nos examens et concours. Avec des prix et récompenses à ceux qui en font toujours rédaction et publication. Mêmes dans les pages de journaux, mieux que des faits divers.

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