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Sexualité des jeunes : L’Abbé Jean Emmanuel Konvolbo déplore « le logiciel sexuel » du ministre Charlemagne Ouédraogo

Accueil > Actualités > Société • • lundi 25 octobre 2021 à 10h00min
Sexualité des jeunes : L’Abbé Jean Emmanuel Konvolbo déplore « le logiciel sexuel » du ministre Charlemagne Ouédraogo

Dans une déclaration diffusée sur les réseaux sociaux et qui fait polémique depuis quelques jours, le ministre de la santé, Pr Charlemagne Ouédraogo, a donné sa vision de la sexualité des jeunes. Une vision que déplore ici l’abbé Jean Emmanuel Konvolbo, bien connu sur Lefaso.net pour ses écrits sur les questions de sexualité, et qui nous a fait parvenir sa réaction pour publication.

Lors de sa conférence inaugurale au lancement du Master en Management de structure de santé qui a eu lieu le 18 octobre 2021, à la chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso, le Professeur Charlemagne Ouédraogo, ministre de la santé du Burkina Faso a dit entre autres :
« Lors du forum des jeunes à Koudougou le Week-end dernier, Son Excellence, monsieur le Président du Faso m’a donné la parole pour répondre à des questions sanitaires et j’ai saisi l’occasion pour inviter les jeunes à utiliser des préservatifs…et nous avions un guichet dehors pour donner gratuitement les préservatifs. ... Mille personnes femmes et hommes jeunes qui se croisent pour se côtoyer pendant une semaine, le sexe s’invite, c’est naturel ! C’est le contraire même qui va inquiéter ! Ah oui ! Vous savez que la sexualité c’est la seule chose qui ne s’arrête pas quelle qui soit la catastrophe qui arrive. Lorsque vous avez des déplacés internes, des gens qui sont dans le stress et dans la détresse, ne commencez pas à donner de la nourriture, distribuez des préservatifs, distribuez des méthodes contraceptives parce que on peut ne pas manger, on peut ne pas boire mais on va faire le sexe. Donc il faut que les gens fassent de la sexualité responsable, c’est-à-dire, ne pas pour du plaisir se trouver avec des enfants. Si vous voulez des enfants il n’y a pas de problème mais si vous n’en voulez pas et c’est juste pour le plaisir, puisque vous en avez droit, prenez votre disposition des méthodes efficaces pour avoir ce plaisir sans procréer et c’est l’intérêt justement de la planification familiale… ».

Il poursuit son discours en exprimant son désaccord radical contre les catholiques, son clergé et leurs structures de santé à propos de leur position vis-à-vis des méthodes contraceptives modernes. Je vais me limiter à la première partie de son discours ci-dessus transcrit de l’audio que j’ai écouté.
Ce discours a fait beaucoup rire mais si l’on se met à y réfléchir, on aurait plutôt envie de pleurer.

En effet, en nous rapportant ce qu’il a dit aux jeunes réunis à Koudougou et en s’adressant aux auditeurs de son discours inaugural, monsieur le ministre de la santé a dévoilé son propre logiciel sexuel, c’est-à-dire la manière dont lui-même s’est programmé pour se comporter sexuellement car on ne donne que ce que l’on a. Le logiciel sexuel de monsieur le ministre de la santé est celui de la satisfaction immédiate de toute pulsion sexuelle. « C’est naturel », dit-il, et on ne peut pas lui en vouloir pour cela. Je trouve seulement dommage, qu’au cours d’un forum national des jeunes où le Président du Faso a rendu un vibrant hommage à une jeunesse « consciente » et « patriotique », on les invite à l’intempérance sexuelle et à l’intempérance tout court.

L’indiscipline sexuelle est, en effet, la racine ou - pour utiliser une expression que monsieur le ministre de la santé comprend bien- la cellule souche de toutes les indisciplines et donc non seulement de l’incivisme qui mine notre société mais encore de l’allergie à tout effort à fournir quand vient le moment de mettre en pratique des réformes décisives qui apporteront le renouveau à notre pays. L’homme est un tout. Il ne peut pas être intempérant dans un des secteurs de sa vie sans l’être dans les autres. Les habitudes que l’homme acquiert à sa jeunesse l’accompagnent toute la vie.

Si j’écris, ce n’est pas pour répondre à monsieur le ministre de la santé et encore moins pour l’attaquer. C’est plutôt pour parler moi aussi aux jeunes car je ne voudrais pas que l’opinion nationale et internationale retienne, que le logiciel sexuel du ministre de la santé soit le seul modèle au Burkina Faso, que l’on ne pense pas que le discours qu’il a tenu contient les meilleures recommandations que la génération des parents de notre pays à laquelle j’appartiens, a à offrir à la jeunesse, en matière de sexualité.

Chers jeunes, il est vrai que le désir sexuel est inné et naturel et que l’émotion qui relève du sexe est une des plus puissantes avec la foi et l’amour. Toutefois, si la sexualité d’une personne reste à l’état brut, à l’état animal, elle cause à coup sûr son malheur. De même que l’homme doit être éduqué à bien manger, à bien parler, à bien faire sa toilette, il doit être aussi bien éduqué à bien vivre sa sexualité. Un proverbe moaga dit que « l’homme accompli est celui qui est devenu maître de sa bouche et de son sexe » (moaaga yaa ned sên tôe a noore la a taore). Des proverbes similaires se trouvent dans toutes les langues et cultures de notre cher Faso. Cette maîtrise de la bouche et du sexe s’obtient par l’éducation et la discipline qui n’obéissent pas à la tendance naturelle de notre corps. Napoléon Hill au chapitre 11 de son Best-seller « Réfléchissez et devenez riches », dit : « toute personne intelligente sait que la prise de stimulants tels que l’alcool, et les narcotiques est une forme d’intempérance destructive. Mais tout le monde ne sait pas que les excès sexuels peuvent devenir aussi destructeurs que le sont l’alcool et les narcotiques. Raisonnement et volonté s’émoussent et se perdent ».

Parmi les 30 principales causes de l’échec que Napoléon Hill énumère au chapitre 7 du même livre, il cite « le manque de contrôle des besoins sexuels » en onzième position. Voyez vous-mêmes, chers jeunes qu’en voulant installer son propre logiciel sexuel dans vos cœurs de jeunes, monsieur le ministre de la santé a l’intention de vous programmer pernicieusement pour l’échec. Ainsi, à moins qu’une mise au point ne soit faite en haut lieu pour rassurer vos parents, ils risquent de vous interdire de participer aux prochains forums avec le Président du Faso car ils ne voudront pas que la bonne éducation qu’ils vous ont donnée soit sapée par des forums de jeunes convertis en tourismes sexuels institutionnels.

Chers jeunes, monsieur le ministre de la santé vous a donné la directive suivante : « Lorsque vous avez des déplacés internes, des gens qui sont dans le stress et dans la détresse, ne commencez pas à donner de la nourriture, distribuez des préservatifs, distribuez des méthodes contraceptives parce que on peut ne pas manger, on peut ne pas boire mais on va faire le sexe ». Comment, après les massacres de Yirgou et de Solhan, peut-on parler avec une telle légèreté et un tel irrespect des déplacés internes en les réduisant à leurs désirs sexuels ? Si ces déplacés avaient des représentants constitués, ils poseraient plainte contre celui qui a proféré de telles paroles.

Mais peut-être que monsieur le ministre de la santé se dit dans son assurance : « que peuvent des déplacés internes contre un ministre, surtout s’il s’appelle Charles le Grand (Carlus Magnus) ? ». J’espère qu’on nous dira clairement que l’idée que monsieur le ministre de la santé se fait des déplacés internes n’est pas celle de tout le Gouvernement mais plutôt une opinion personnelle qu’il est seul à porter et à assumer. Chers jeunes du Burkina Faso, quand vous rencontrez une personne, ne le réduisez pas à son désir sexuel mais pensez à une richesse plus grande : ses valeurs humaines, spirituelles et culturelles, la pertinence de ses idées pour la compréhension de la vie et le développement intégral de l’homme. Et si des étudiants en médecine parmi vous voudront un jour se spécialiser en gynécologie, qu’ils le fassent par altruisme, comme une manière de rendre hommage à leurs mères et non par désir de jouissance parce que leur profession les mettra constamment en contact avec les femmes.

Chers jeunes, monsieur le ministre de la santé vous a exhortés à une « sexualité responsable ». L’expression est bonne mais le concept de la responsabilité y est déformé. La responsabilité se définit en effet comme l’obligation faite à une personne de répondre de ses actes et d’en supporter toutes les conséquences. Elle repose sur le principe de causalité et réside dans l’humain à travers la mise en œuvre des vertus de la prudence, de la justice, de la force et de la tempérance, et non dans un dispositif artificiel. La responsabilité de celui qui circule en moto ou en voiture ne commence pas seulement à partir du moment où il achète une police d’assurance pour qu’en cas d’accident, les victimes soient indemnisées mais déjà dans sa vertu de prudence, le contrôle de ses émotions et sa conscience dans l’application du code de la route qu’il doit rigoureusement apprendre. De même, une sexualité responsable ne commence pas par l’utilisation d’un préservatif pour éviter une éventuelle grossesse. Chers jeunes, dites non à qui vous exhorte à marcher avec des béquilles alors que vous pouvez le faire avec vos propres pieds.

Chers jeunes, beaucoup d’entre vous, dans les rangs des FDS ou des VDP ont payé le prix de leur vie pour notre sécurité. Ce n’est pas par une hypertrophie de leur désir sexuel qu’ils ont pu faire un tel sacrifice. Un de vous, Hugues Fabrice Zango, a remporté la toute première médaille olympique au Burkina Faso. A coup sûr, il a allié la discipline de sa vie sexuelle à celle de l’entrainement physique pour obtenir un tel résultat. Quand donc vos parents vous éduquent avec discipline, ce n’est nullement pour vous étouffer ou vous rendre la vie difficile mais pour vous assurer une qualité de vie saine et vous habiliter à réussir dans tous les domaines de votre vie pour votre pleine réalisation, pour la fierté de votre pays et de toute l’humanité.

Abbé Jean Emmanuel KONVOLBO

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