Actualités :: AGOA : "Les vérités que l’on refuse de dire"

L’admission du Burkina à l’AGOA, applaudie par les autorités nationales, suscite cependant des interrogations. Emmanuel Drabo du Bates College aux Etats-Unis, estime qu’il y a anguille sous roche. Eléments d’explication...

Différentes autorités burkinabè et américaines ont tenu bien de propos assez flatteurs à propos de l’AGOA qui, théoriquement, pourrait effectivement créer un bonheur ici-bas pour les nations pauvres d’Afrique. Il est vrai en effet qu’un marché on ne peut plus consommateur comme celui des Etats-Unis est désiré par toute économie d’exportation. M

ais soyons honnêtes là ! L’AGOA met réellement en question la philosophie de la société burkinabé sur le concept de souveraineté et de statut républicain, c’est-à-dire la liberté d’action du Burkina Faso et sa liberté d’établir des lois conformément aux besoins de ses citoyens et de sa constitution.

Pire, l’AGOA sous-entend en réalité que le Burkina, comme tous les autres membres, n’est aucunement redevable aux autres pays, à la limite qu’il n’entrave pas la paix et l`harmonie mondiales. Ceci n’est qu’un nouveau carcan politico-économique dans lequel le Burkina se tordra le cou !

Le pays de l’oncle Sam, tout comme celui de De Gaulle n’a pas non plus d’amis, sinon que des intérêts à préserver. Il est très important ici de retenir que l’AGOA est une loi qui a été votée par le Congrès américain, fortement influencé par le lobbying des capitalistes locaux et internationaux, dont la dynastie Bush elle-même.

L’objectif inavoué est de contrôler le marché textile de l’Afrique subsaharienne, de sorte à offrir plus de profits aux capitalistes et cela au détriment des travailleurs inquiétés par l’insécurité de leurs emplois et la dégradation de leurs droits face à leur opposition à l’exploitation industrielle.

Refuser cette néopolitique néo-autoritaire et néolibérale

Les pays africains quant à eux se voient soumis à des pressions sans équivoques pour adopter des dispositions similaires mais pires que celle de l’OMC. Ces dispositions sont relatives à la libéralisation de la protection des droits de propriété intellectuelle, de l’investissement et du secteur financier. Les bénéfices dont on vente le mérite ne sont en réalité que des illusions, le temps de piéger assez de nations sous la coupe américaine.

L’AGOA n’est, à mon avis, qu’un instrument d’affaiblissement des nations africaines d’autant plus qu’il pousse les gouvernements africains à renoncer aux privilèges et droits légitimes qui leur sont dus à l`OMC, de sorte à favoriser les compagnies américaines au détriment du vrai essor économique de notre continent.

Tout comme l’accord de Cotonou dont je ne ferai que mention ici, l’AGOA n’est en réalité qu’un moyen de presser les pays africains afin que ces derniers adoptent des politiques d’ajustement structurel qui les divisent, les fragilisent et réduisent leurs efforts d`intégration sous-régionale et régionale.

Les cas de l’Amérique latine avec au premier plan le Chili sous le régime sanguinaire de Pinochet soutenu d’ailleurs par les Etats-Unis au nom de « la préservation des intérêts américains » (Film Missing ), et au second plan l’échec de Mexico avec le NAFTA (North American Free Trade) sont deux leçons parmi des dizaines d’autres que l’histoire retiendra de l’économie politique et de la politique économique des Etats-Unis.

Si l’on a vraiment assez d’aspirations pour un véritable développement économique, social et politique de notre continent et de notre pays, si l’on veut créer assez d’espoir pour le futur, il est encore temps de prendre du recul et de refuser que nos leaders politiques opèrent malgré nous des choix dont ils ignorent ou se moquent très certainement des conséquences calamiteuses lointaines.

On ne quitte pas la France pour se jeter naïvement comme un bébé dans les bras des Etats-Unis, car Pierre ne vaut pas mieux que Paul. Si cela est vrai, il est alors temps de refuser cette néo-politique néo-autoritaire et néolibérale dont les grands perdants ne sont en fait que les plus pauvres, c’est-à-dire nous le peuple.

Emmanuel Drabo Bates College USA

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