Actualités :: Baisse drastique des coûts dans la santé : Comment l’amener au succès (...)

Pour Dr Paul Stanislas Rimpingdewindé Zoungrana, la baisse significative des tarifs des examens de scanner, d’IRM et d’actes d’hémodialyse dans le secteur hospitalier public pourrait drainer les patients du secteur confessionnel et une partie du secteur privé vers les structures publiques de santé. Pour lui, les personnes les plus vulnérables pourraient se retrouver avec des délais trop longs pour réaliser leurs examens, si des mesures strictes de gestion des files d’attente pour accéder à ces examens ne sont pas mises en place.

Je dois d’emblée dire que j’applaudis des deux mains les mesures annoncées par le conseil des Ministres du 13 mars 2024, concernant la baisse significative des tarifs des examens de scanner, d’IRM et d’actes d’hémodialyse. J’ai été très vite submergé par beaucoup de questions quant à la pérennité de la mesure. Par pérennité, j’entends l’accessibilité permanente attendue des usagers vulnérables. Mes questions ont vite cédé la place à des inquiétudes. En effet, les patients des établissements confessionnels, associatifs, ONG et privés où les examens d’imagerie et de dialyse ne sont pas subventionnés par l’État iront grossir les rangs dans les établissements publics.

Il y a trois (3) catégories d’établissements au Burkina Faso :
-  Le secteur public à vocation sociale. Il n’a pas l’obligation de générer des bénéfices mais doit fonctionner en équilibre des charges, sous peine de n’être à même d’offrir des soins de qualités. Tout burkinabè quel que soit ses revenus, doit avoir accès aux soins dans les établissements publics.

-  Le secteur privé qui comme tout privé doit être rentable donc générer des bénéfices sous peine de disparaître. Tout burkinabè peut décider par choix volontaire d’aller se soigner dans les établissements privés de soins s’il a ses moyens financiers. Le rôle du secteur privé n’est pas de faire du social !

-  Le secteur confessionnel, associatif ou ONG qui navigue entre les deux systèmes parce que contraint de trouver le juste milieu entre le profit pur, dévolu au secteur privé de santé et le social pur vocation des établissements publics. Ils ont l’obligation de générer un « profit social ». L’existence de ces établissements a pour but d’augmenter l’accès aux soins pour les populations à faible capacité financière.

C’est à juste titre que ces établissements bénéficient de dons privés et avantages divers de l’État. Tout burkinabè à faible revenu, devrait avoir accès aux soins dans les établissements confessionnels, associatif ou ONG, s’il le souhaite. Ces établissements sont malheureusement de nos jours plus envahis par la classe moyenne que les personnes à faible revenu, reléguant les indigents à la médecine traditionnelle la plupart du temps.

La très bonne décision de baisser de manière drastique les coûts du Scanner, de l’IRM et de l’hémodialyse pourrait ne pas atteindre l’objectif visé d’améliorer l’accès à ces outils d’aide au diagnostic qui contribuent à l’offre de soins de meilleure qualité. Je crains fort que si des mesures strictes de gestion des files d’attente pour accéder à ces examens ne sont pas mises en place, les personnes les plus vulnérables pourraient se retrouver avec des délais trop longs pour réaliser leurs examens.

En effet, la baisse drastique des coûts dans le secteur public drainera les patients du secteur confessionnel et une partie du secteur privé vers les structures publiques. Ces personnes souvent issues de la classe sociale moyenne et d’une partie de la classe sociale aisée auront tendance à user de leurs relations pour avoir plus rapidement accès aux examens.

Cette pratique allongera le temps d’accès aux examens des personnes à faible revenu. Le retard aux examens, donc au diagnostic contribuera à augmenter la fragilité devant la maladie des personnes à faible revenu.
A mon humble avis, pour que cette mesure salutaire ait un très grand impact, les deux éléments suivants sont importants :

-  Une tarification claire dans les établissements de soins privés et confessionnels,
-  La pleine opérationnalisation de la Société de gestion des équipements biomédicaux et de la maintenance (SOGEMAB).

L’OMS Burkina encourage les pays de région africaine à promouvoir des médicaments traditionnels sûrs et efficaces. Selon l’OMS Burkina dans une parution sur son site web signée, du 18 septembre 2020 au Burkina Faso (https://www.afro.who.int/fr/news/lorganisation-mondiale-de-la-sante-encourage-les-pays-de-la-region-africaine-promouvoir-des), plus de 80% de la population a régulièrement recours à la médecine traditionnelle et aux plantes médicinales pour le traitement de diverses pathologies. Les coûts dissuasifs des soins contribuent sans doute à ce fait. Comment faire pour augmenter l’accessibilité des soins pour la population ?

L’opérationnalisation de la SOGEMAG amplifiera davantage la baisse des coûts des soins et définitivement !
L’État peut rendre les coûts des soins d’une manière générale encore plus accessibles que les deux points actuels (imagerie et hémodialyse), en peaufinant la société qu’il a lui-même crée dans une dynamique de vision comme la CAMEG, je veux parler de la Société de gestion des équipements biomédicaux et de la maintenance (SOGEMAB).

Aucune structure privée ne pourra organiser un maillage complet des quarante-cinq (45) provinces du territoire en ingénieurs biomédicaux ! Tous les achats d’équipements pour les établissements publics devraient être faits par la SOGEMAB. Elle peut sélectionner dix meilleurs fabricants dans chaque spécialité dans le monde, leur soumettre un cahier de charges précis.

La SOGEMAB signera directement et sans intermédiaire des conventions avec les fabricants retenus. Aucun intermédiaire ne pourra faire le poids pour qu’un fabricant refuse de signer une telle convention. Avec la même enveloppe financière, l’Etat pourra doubler ses acquisitions sinon plus, par le jeu de la concurrence entre fabricants.

Cela permettra d’équiper toutes les provinces et de baisser de manière très significative le coût des soins. Cela permettra également d’asseoir un service après-vente robuste dans chacune des quarante-cinq (45) provinces du Burkina Faso. Il faut donc, donner les moyens à la SOGEMAB de faire des commandes directes avec les fabricants sans passer par les intermédiaires. Cela aura un double avantage avec le même budget alloué, les achats directs permettront d’acquérir plus d’équipements (au moins le double des équipements) et accélérer le transfert de compétence pour la maintenance.

La SOGEMAB jouera ainsi pleinement son rôle et le Burkina n’aura que des avantages :

-  Maîtrise de la qualité des équipements
-  Sécurité des patients et des professionnels
-  Maîtrise du coût d’achat des équipements
-  Participation à l’équilibre des charges à défaut de la rentabilité des hôpitaux publics,
-  Démultiplication des acquisitions des équipements médicaux avec le même budget.

J’ai relu avec énormément d’intérêt les quatre (4) articles très bien documentés et digne d’intérêt du Journal l’Économiste du Faso, des 2 et 9 juillet 2018, du 15 octobre 2018 et du 16 juin 2021. Je laisse les liens, pour toute personne qui voudrait les lire ou relire.

Le journal l’économiste du Faso du 2 juillet 2018
SOGEMAB : Une enquête à charge
https://www.leconomistedufaso.com/2018/07/02/sogemab-une-enquete-a-charge/
Le journal l’économiste du Faso du 9 juillet 2018
Sogemab : « 90% de nos problèmes sont dus à des engagements non tenus », DG, Daouda Traoré
https://www.leconomistedufaso.com/2018/07/09/sogemab-90-de-nos-problemes-sont-dus-a-des-engagements-non-tenus-dg-daoudatraore/#google_vignette
Le journal l’économiste du Faso du 15 octobre 2018
Une bouffée d’oxygène à la SOGEMAB
https://www.leconomistedufaso.com/2018/10/15/une-bouffee-doxygene-a-la-sogemab/

Le journal l’économiste du Faso du 16 juin 2021
Santé : quel avenir pour la SOGEMAB ?
https://www.leconomistedufaso.com/2021/06/16/sante-quel-avenir-pour-la-sogemab/
L’opérationnalisation pleine de la SOGEMAB couplée à l’instauration d’une tarification des actes dans tous les secteurs de la santé, permettront de réduire de manière drastique les tarifs des actes de soins mais surtout de les pérenniser.

Je reviendrai avec ma contribution pour une médecine de qualité qui s’intègre dans un système de santé performant et résilient d’ici trente (30) ans pour le Burkina.

Ouagadougou le 26 mars 2024

Paul Stanislas Rimpingdewindé Dr ZOUNGRANA
pzoungrana@les-genets.net

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