Actualités :: Opposition burkinabè : Alternance d’accord, alternative d’abord

Les formations politiques de l’opposition se seraient-elles enfin
convaincues de leurs capacités à provoquer une alternance
démocratique au Burkina Faso ? Plus d’une année avant
l’élection présidentielle de novembre 2005, elles semblent
décidées à marquer leur présence sur la ligne de départ.

A
l’issue d’un conclave tenu la semaine dernière à Ouagadougou,
15 partis et regroupements de partis de l’opposition se sont
ligués à travers un mémorandum pour, disent-ils, "adopter une
stratégie commune pour le scrutin présidentiel de 2005 et pour
les élections locales de 2007".

Ce n’est pas encore le coup de
tonnerre. Néanmoins, pour peu qu’on se rappelle qu’une partie
non négligeable de cette opposition avait, dans un passé
encore récent, préféré boycotter les compétitions électorales, il y
a peut-être lieu de constater (avec satisfaction) cette révolution
positive.

En tout cas, c’est tout à l’honneur de l’opposition
burkinabé que de poser les jalons d’un regroupement autour
d’objectifs précis. Mais la recherche de l’union indispensable
suffira-t-elle à vaincre le signe indien de la minorité dans
laquelle végète l’opposition burkinabé ? Peut-on objectivement
lire dans la mobilisation actuelle, le présage de l’alternance tant
revendiquée ?

S’il est vrai qu’une partie du peuple burkinabé ressent et même
partage la nécessité du changement, il n’en demeure pas
moins que le déclic nécessaire à un tel avènement se fait
toujours attendre. Pour paraphraser le Pr. Joseph Ki-Zerbo, un
des leaders de l’opposition, on peut convenir que l’essentiel
n’est pas de désirer l’alternance.

Le plus important, c’est de
pouvoir proposer une alternative crédible. Et c’est là justement
que le bât blesse. Combien d’occasions de prendre le pouvoir
en défaut se sont présentées à une opposition congénitalement
minée par des querelles inutiles de leadership, d’intérêts
égoïstes et égocentriques et de fausses incompatibilités
idéologiques et qui n’a pas su saisir la balle au bond ?

Empêtrées qu’elles sont dans des contradictions qui
assassinent les idéaux qu’elles prônent, certaines formations
politiques dites de l’opposition n’ont-elles pas achevé de
convaincre l’électorat de leur appétit pour les avantages liés au
pouvoir ?

Du reste, lorsque des leaders de l’opposition et ceux
du pouvoir se tiennent joyeusement la main dans la course à
l’enrichissement, il est difficile pour le citoyen lambda de ne pas
croire que le fait d’élire les uns à la place des autres, c’est
troquer un bonnet blanc contre un blanc bonnet.

Comme dirait l’autre, l’alternance démocratique constitue un
challenge trop sérieux pour être réalisée à travers des
déclarations de principe ou des regroupements, si sacrés
soient-ils. Dans un contexte africain où certains dirigeants sont
prêts à tout pour s’éterniser au pouvoir, les partis africains
d’opposition doivent d’abord travailler à proposer une alternative
sérieuse aux populations.

Ce qui suppose que ces formations
politiques doivent être représentées dans toutes les localités
où se trouve un bureau de vote en période électorale. La seule
solution pour sortir du cercle vicieux de l’émiettement des forces
et de la division demeure l’union autour des objectifs politiques
susceptibles de susciter l’alternance.

Mais, au regard des
différences (encore qu’elles sont fausses) idéologiques
qu’aiment brandir les leaders de l’opposition pour fuir
l’incontournable débat sur "l’union sacrée de l’opposition", il
n’est pas sûr qu’ils puissent parvenir à un consensus autour
d’un candidat de l’opposition. Cette question divise.

Et plus on
se rapprochera de la date fatidique du dépôt des candidatures,
plus le regroupement des 15 partis de l’opposition risquera de
voler en éclats. D’ores et déjà, aucune des tendances
idéologiques qui colorent l’opposition burkinabé ne semble
prête à retirer son candidat au profit d’un autre encore moins au
profit d’un seul candidat.

Mieux, l’exercice du choix d’un candidat
unique de l’opposition semble si complexe que certains
préfèrent ne même pas y penser. Et pourtant.
Compte tenu du poids que chacun des partis de l’opposition
représente sur l’échiquier national, il leur sera difficile
d’envisager une "stratégie commune" sans une résolution
préalable de l’équation du nombre de candidats à présenter.
Attendre un hypothétique second tour de la présidentielle pour y
songer serait tout aussi illusoire et suicidaire.

Car, rien ne
prouve que certains partis de l’opposition ne succomberont pas
à la tentation d’appeler à voter pour le candidat de la majorité.
Les formations politiques se réclamant de l’opposition se
doivent de poser et de résoudre définitivement les questions
fondamentales de leur représentativité, de leur crédibilité et de
l’union autour des idéaux qui favorisent réellement l’alternance.

Autrement, elles n’attendront que les veilles d’élection pour
sonner la mobilisation qui ne servira qu’à étaler leur
impuissance sur la place publique. Certes, le manque de
transparence du jeu démocratique, la fraude et l’achat des
consciences ne sont pas des facteurs favorables à l’alternance.

Mais en attendant, l’opposition gagnerait à vaincre tous ces
obstacles en s’imposant en rangs serrés avec un programme
politique crédible.

"Le Pays"

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