Actualités :: Citoyens de la CEDEAO, indignez-vous !

Les historiens des organisations régionales africaines, sans doute, écriront un jour avec le luxe du détail qui sied à l’exercice qu’à Accra, la capitale ghanéenne, sur les terres de Kouamé Nkrumah, il s’est écrit le 9 janvier dernier, le début de l’épilogue de l’histoire d’une certaine Afrique. Celle dont les dirigeants ont précipité la survenue du clap de fin du mauvais film dans lequel ils ont été pour la plupart, les médiocres personnages depuis des décennies.

À la vérité, il faut voir dans les sanctions iniques, vraisemblablement téléphonées et servilement déclamées dans un communiqué publié au nom de la Conférence extraordinaire des Chefs d’Etat de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et embouchées mécaniquement par l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), une opportunité de questionnement et de remise à plat d’organisations anachroniques dont l’utilité sociale prête à caution.

Le récent parjure de la coterie d’Accra, dirigé contre le peuple malien heurte l’honneur et la dignité des peuples de l’espace ouest africain, et au delà la une certaine conscience citoyenne africaine tout court dont il doit, sans attendre, sonner le réveil.

On aurait tort de penser que la forfaiture des 13, commise dans le pays de Nkrumah, panafricaniste de la première heure, relève d’un banal différend qui oppose la CEDEAO à la république du Mali. C’est pourquoi, il faut le dire tout net : il s’agit ni plus, ni moins, que de la réaction crispée et démesurée de chefs d’Etat dont les bourrasques des pays voisins affolent les palais et que revèle le cas du Mali.

C’est pourquoi, il faut, dores et déjà, se réjouir des avalanches de réprobations heureuses que suscitent les mesures incompréhensibles du communiqué d’Accra dont la jeunesse du Mali, au premier chef, en fera les frais. Elle la vit comme une tentative de prise en otage de son destin, à travers des décisions inspirées par les peurs séniles de leaders usés pour la plupart, plus soucieux de protéger leur maroquain, et incapables d’offrir la moindre perspective heureuse à leurs populations.

Tout long chemin commence un jour, dit le proverbe. Et sans doute quelque part, serait-on tenté d’ajouter ! Celui de la nouvelle Afrique débarrassée de leaders dociles sans dessein politique hardi mobilisateur pour leurs jeunesses et de leurs peuples semble se tracer sur les berges du fleuve Djoliba, dans le sillon de l’expérience menée trois décennies plus tôt par une génération de jeunes Burkinabé très volontaires. On peut certes trouver à redire sur leur approche et leur mode opératoire, mais le degré d’engagement de son leader pour son pays et son continent a fait rêver plus d’un africain nourri à la sève de sa conviction qu’une autre Afrique est possible, en se ré-inventant pour amorcer un développement endogène comme illustré alors dans ce petit pays du Sahel qui ambitionnait de se débarrasser de tout paternalisme tutélaire.

On sait depuis un certain 15 octobre 1987, ce qu’il est advenu de cette aventure qui n’avait pas que des adeptes et qu’il fallait, par conséquent, étouffer avant qu’elle essaime ailleurs. Le procès qui a cours depuis des semaines, n’a pas fini de révéler la face hideuse des motifs et des commanditaires et des exécutants de cet acte barbare.

C’est la raison pour laquelle il faut absolument qu’une opinion citoyenne africaine largement majoritaire et solide se dégage autour du peuple malien et des institutions de sa Transition, pour prévenir la re-édition d’un tel forfait.

La sortie de route de la CEDEAO, dont le moniteur principal de conduite est un quarteron de leaders obsolètes en complet déphasage avec les aspirations de leurs peuples ne doit pas prospérer. La société civile dans des pays de l’espace CEDEAO, de l’Union Africaine et au delà doit user des moyens légaux en vigueur dans les pays pour réprouver les décisions iniques de la Conférence d’Accra. Elle a, en tous les cas, au détour de cette pantalonnade de dirigeants désuets, du pain béni pour se refaire une virginité, et gommer peut être durablement l’image peu amène de sous-marins ou d’officines d’arrière-cour de partis politiques qui colent à certaines organisations qui, abusivement, parlent au nom de la société civile.

Au total, il faut faire en sorte, que le parjure d’Accra soit à la fois le point de départ d’une prise de conscience contre la forfaiture de leaders politiques en manque d’inspiration et l’occasion du renouvellement d’une citoyenneté ouest africaine véritablement décomplexée, porteuse de valeurs de dignité et indépendance dont , - coïncidence de l’histoire – le récit est en train d’être écrit au Mali pays qui, faut-il le rappeler, a porté sur les fonts baptismaux le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) en 1946, lors du Congrès de Bamako.

Ce que permet, en définitive de comprendre avec encore plus de force la crise actuelle, c’est que la CEDEAO et ses organes de gouvernance ne sont pas en harmonie avec les aspirations des peuples de son espace. Il va lui falloir, par conséquent, se ré-inventer sa mission pour cesser d’offrir l’image abîmée d’une organisation à la remorque d’intérets étrangers.

La question reste, toutefois de savoir si l’on peut encore se permettre de rêver d’une CEDEAO proche des peuples avec le type de leaders à la tête des pays de l’espace ouest-africain.

En attendant les difficultés se profilent à l’horizon pour le Mali et même dans une certaine mesure pour un pays comme le Burkina Faso dont le Mali est le troisième partenaire commercial. L’enjeu ici, au fond, reste de parvenir à empêcher que soit dénié au Mali, pays souverain, son droit légitime de choisir librement avec qui il veut coopérer. Sous le prétexte de ne pas respecter un agenda électoral chargé d’incertitudes, on veut faire rendre gorge à un peuple qui a le droit légitime d’avoir une meilleure maîtrise de son destin.

Les Burkinabé ne doivent pas être amnésiques. Eux qui ont pratiqué la CEDEAO au lendemain du coup d’Etat du Régiment de Sécurité Présidentielle de septembre 2015, ne sont pas loin de se convaincre que ses interventions ou inter-médiations en pareille situation ne sont jamais dénuées d’arrière-pensées. En tous les cas, ils avaient su, en toute responsabilité décliner les mesures que cette organisation sous-régionale préconisait pour sa sortie de crise hypothétique. C’est pourquoi, les voix de sa société civile comme celles des Burkinabé de bonne volonté et des forces de progrès sont fortement attendues dans cette autre fable de la CEDEAO où, plus que le sort du Mali, c’est du destin des peuples de la CEDEAO voire du continent dont il est question.

Elles se doivent de s’indigner très fortement devant l’inadmissible, pour se faire entendre et pour, au bout du compte, parvenir dans une pression et un effort collectif soutenus faire rapporter l’application des mesures du cynique communiqué d’Accra.

Évoquant la situation au Mali, le chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra, qui sait bien mieux que le quarteron des chefs d’Etats qui ont agit à Accra en véritables procureurs de la Francafrique en déclin, a rappelé avec une autorité légitime le sens de indépendance nationale, et indiqué la solidarité de son pays à l’endroit d’un peuple frère africain. Le pouvoir en place à Conakry quant à lui, par la voix de sa porte-parole s’est, on ne peut plus clairement, désolidarisé des conclusions d’Accra auxquelles il n’a pas été associé, et réaffirmé publiquement que les frontières de son pays demeurent ouvertes à tous les membres de la CEDEAO. Deux positions officielles significatives qui brisent l’isolement du Mali voulu par la conspiration d’Accra.

Par Césaire Pooda
Lauréat du Prix Dag Hammarskjöld
Ancien cadre supérieur au bureau Afrique de l’IPPF
Nairobi, Kenya

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