Actualités :: Burkina Faso : Le changement de paradigme, c’est maintenant ou jamais (...)

Singapinda Zagré estime, dans la tribune qui suit, que pour retrouver sa dignité, le Burkina Faso doit relever diligemment deux défis majeurs : gérer le quotidien conjoncturel et préparer l’avenir structurel pour un développement durable.

« Le Burkina Faso est l’un de ces pays condamnés à répéter l’histoire si rien n’est fait pour rompre avec ce qui l’a conduit dans cette situation. On se rappelle qu’au début de la pandémie à COVID19, dans un message à l’adresse des Français, le président Macron reconnaissait qu’il y a des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Il ajoutait que : « déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond, à d’autres, est une folie. » Or, c’est ce que nous avons toujours fait.

Dans un précédent article publié sur le site lefaso.net et disponible sur ce lien, nous nous interrogeons sur la déchéance de notre système de reproduction sociale comme source de nos difficultés. En analysant les causes, les conséquences de cette déchéance et en situant les responsabilités, il apparaît clairement que le système de reproduction sociale doit être repensé, refondé. C’est une question de survie pour notre nation.

Pour retrouver sa dignité, le Burkina Faso doit relever diligemment deux défis majeurs à savoir, gérer le quotidien conjoncturel et préparer l’avenir structurel pour un développement durable.

Dans les lignes qui vont suivre, nous proposons des pistes de solutions à même de nous sortir du bourbier, consciemment ou inconsciemment construit.

I. Relever les défis conjoncturels du moment

Ces défis sont les conséquences de l’échec du structurel voire de l’absence de vision.

Réconcilier le peuple avec lui-même est le premier défi que le pays doit impérativement relever. Il s’agit de réconcilier les victimes et leurs bourreaux, punir les vols et pillages des deniers publics, finir avec les injustices dans l’administration publique et des sociétés d’Etat, dans les universités publiques, le problème foncier, etc.

Le but de cette réconciliation est de remobiliser le peuple autour d’un intérêt général, qui est la nation. Elle n’est pas celle de l’élite politique et des hommes d’affaires entre eux, mais plutôt celle du peuple avec lui-même.

La seconde phase de la réconciliation est la dépolitisation des institutions républicaines (administration publique, armé, hôpitaux, universités et centre de recherche, justice, presse...) avec la suppression des sections des partis politiques et les promotions mouta- mouta.

La population rêve d’institutions fortes, apolitiques, dans lesquelles les serviteurs de l’état sont des hommes vertueux, intègres, travailleurs et non des affairistes raquetteurs. Le peuple veut être en sécurité, en bonne santé et en paix. Malheureusement, elle n’est pas préparée, elle est désarmée et instrumentalisée, incapable de se défendre.

II. Gérer les défis structurels

A la suite de la réconciliation, nous devrions être capables de mobiliser toutes les ressources disponibles pour relever les défis et enjeux structurels.

Selon un adage bien connu, il ne peut y avoir un vent favorable à un marin qui ne sait pas où il va. Posons-nous les bonnes questions et trouvons les réponses adaptées : Où voulons nous aller ? Quelle identité nationale voulons-nous ? Quelles valeurs et ou principes les hommes doivent incarner et défendre ? Quelle est l’image rêvée du Burkina que nous voulons dans un horizon de 20, 30 ans ? En d’autres termes, quel type ou modèle de société voulons-nous construire dans un horizon de 20, 30 ans ?

La priorité structurelle est la définition de notre identité, le prototype de Burkinabè en valeurs et la vision ou rêve national projeté qui feront la fierté du citoyen.
Nous devons codifier notre identité, notre modèle de société en dehors des projets d’homme d’affaires honteusement appelés politiciens. Pour cela, il nous faut un plan de société ou programme ou je ne sais quoi, qui soit déconnecté des mandats présidentiels, des avis des PTF et il doit être légiféré.

Un plan sur un horizon temporel suffisamment long, le temps de la naissance d’un bébé à sa majorité. Autrement, planifier dans la dépendance totale, c’est oublier que le crapaud et tout ce qu’il a dans le ventre appartiennent au calao, Joseph KI-ZERBO (1990, p. 85).

Pour y arriver, nous devons réinventer notre système de reproduction sociale, c’est-à-dire notre système d’exploitation (notre Windows ou notre IOS) pour emprunter les termes du moment. Il permet de reproduire le modèle d’homme avec des valeurs et des principes, dotés des capacités, de créativité, d’intelligence collective en parfaite intelligence avec les dimensions du développement durable.

Par notre système éducatif à y associer, nous pourrons décoloniser les esprits et retrouver notre nous-même préalablement défini. En effet, l’éducation est une arme très puissante pour apprendre à aimer son pays et à le servir. D’après Hamadou Hampâté Bâ, (1991, p347), le colon a mis en place l’école où il envoyait le nègre pour apprendre à lire, à écrire, à parler le français, à chanter, et surtout à aimer la France et à la servir même au prix de sa vie ou de la vie des siens.

Ainsi, pour décoloniser les mentalités, il faut repartir au niveau de notre système de reproduction sociale avec un système éducatif en parfaite intelligence avec nos besoins, les défis du moment et du futur. Parce qu’une personne éduquée est une personne qui a tellement développé les facultés de son esprit qu’il peut obtenir n’importe quelle chose qu’elle désire ou son équivalent sans avoir à violer les droits des autres personnes. Une personne éduquée est quelqu’un qui sait comment se comporter pour obtenir ce qu’elle désire de la vie et le tout sans être égoïste.

Ces deux défis doivent être relevés concomitamment. Mais le plus important est celui qui aura un impact durable, le structurel. Nous devons disposer d’une vision claire pour notre pays. La reforme de notre système éducatif doit s’appuyer sur cette vision préalablement conçue. La reforme en cours ne va pas résoudre le problème. Elle ne s’appuie pas sur une vision claire et reste une initiative sectorielle.

Pendant longtemps, nous avons trouvé que l’éducation coûtait cher et avons choisi l’ignorance. Or comme le professait feu le professeur Ki-Zerbo (1990, p. 41) : « l’économie est la pompe aspirante et foulante qui, par l’offre et la demande, anime en permanence ce secteur (éducation) comme un cœur qui offre des intrants à la machine éducative et en attend des produits capables d’actionner à leur tour le secteur économique. » Le démarrage de la machine commence par l’éducation, soit nous éduquons, soit nous périssons. »

Singapinda ZAGRE
zagsing@yahoo.fr

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