Actualités :: Education : L’avenir du Burkina Faso est en péril

L’avenir du Burkina Faso est en péril ! Des centaines de milliers d’enfants sont privés d’école, dans l’indifférence totale. La gravité de la condition de ces enfants dont le droit à l’éducation est malmené par la crise sécuritaire est très préoccupante. Or, l’éducation est le socle du développement, elle contribue à la stabilité sociale et stimule le développement.

Cela, les groupes terroristes l’ont compris ! La guerre menée par les groupes terroristes est aussi une guerre contre l’éducation. Les établissements scolaires sont des cibles spécifiques d’attaques violentes ayant entrainé la mort d’enseignants, menant à la fermeture de milliers d’écoles et occasionnant l’augmentation des abandons scolaires. Plus de 2900 écoles fermées selon les statistiques publiées en ce mois de décembre 2021 par le ministère en charge de l’éducation !.

Depuis 2015, les insécurités s’alimentent, se superposent dans notre pays, conflits intercommunautaires, terrorisme, criminalité, déclenchant une crise humanitaire sans précédent. Le bilan est très lourd. Les attaques ont contraint plus de 1,4 millions de personnes à fuir leurs foyers, dont 84% sont des femmes et des enfants.

Cibler les écoles et le système éducatif est une stratégie des groupes terroristes, dont l’extrémisme et l’intolérance sont les éléments fondamentaux. L’école constitue un enjeu et une menace pour eux, car une conscience éduquée est une conscience laïque, tolérante. Boko Haram au Nigéria qui signifie « l’éducation occidentale est un péché », est d’ailleurs né d’une guerre contre l’éducation, pour empêcher les élites d’envoyer leurs enfants à l’école.

Ces groupes terroristes ont une démarche subversive et nihiliste. Ils prétendent purifier la société des mœurs décadentes sous un angle coranique. Ils profitent des situations de conflits pour véhiculer leur propagande militaire ou faire du prosélytisme à travers le système éducatif. Ils vont même jusqu’à détruire des symboles civilisationnels dans certains territoires qu’ils s’approprient, comme à Tombouctou au Mali. Ce sont des méthodes de nettoyage culturel, pour défaire la cohésion sociale.

Au Burkina Faso, où le conflit terroriste a privé plus de 400 000 enfants de scolarité, les autorités peinaient déjà à dispenser une éducation de qualité en temps normal, avec des infrastructures insuffisantes, et le manque d’enseignants.
Il faut prendre la réelle mesure des choses. Les risques de sortie du système éducatif sont lourds de conséquences. Cette situation d’oisiveté et d’errance est à l’origine d’exploitations en tous genres, de délinquance, de prostitution, de violences, de mariages précoces… L’avenir de ces enfants, citoyens en devenir est compromis, et celui de la nation entière avec.

De plus, ces enfants laissés pour compte dans les villes, sont vulnérables et des cibles potentielles de recrutement par les groupes armés islamistes. Le recrutement peut être forcé où résulter des facteurs tels que le désir de survivre, d’échapper à la pauvreté, la marginalisation, la discrimination. Il faut agir et intervenir précocement.
C’est également le lieu de relever l’asymétrie de la politique publique dans le domaine de l’éducation qui est un vrai paradoxe. Une crise sanitaire, celle de la COVID 19, certes une pandémie, qui n’a concerné que quelques dizaines de cas en 2020, a occasionné la fermeture des écoles de tout le pays, même des régions non affectées. En quelques semaines, le ministère de l’éducation et tous les acteurs de l’éducation se sont mobilisés pour fournir des ressources et trouver des solutions, afin d’assurer la continuité pédagogique des apprentissages. Les enfants burkinabé ne sont-ils pas tous égaux ? Le droit à l’éducation est un droit universel pour tous les enfants. Il est donc possible avec la même volonté et la même mobilisation de trouver une solution pour ces milliers d’enfants en situation de détresse.

Le Burkina Faso a signé la Déclaration sur la sécurité dans les écoles en 2017, une initiative politique concrète pour réduire l’impact des conflits sur l’éducation. Depuis, quelques mesures ont été prises, grâce à l’UNICEF, les enfants du Mali, Niger, et Burkina Faso bénéficient également des cours à distance à travers un programme diffusé à la radio mais, l’inanité des réponses apportées est visible. L’éducation des enfants déplacés est un problème complexe. Toutefois, en tenant compte des moyens limités, notre Etat peut et doit trouver des solutions, sinon toute la société en paiera un lourd tribut.

L’état doit travailler à améliorer les conditions d’accueil et de prise en charge des déplacés et créer un environnement sain et sécuritaire pour l’éducation des enfants. Il faut également aller plus loin dans la prise en charge psychologique et financière des victimes, trouver une solution au surpeuplement des écoles d’accueil, élargir les programmes d’urgence à un plus grand nombre d’enfants touchés par l’insécurité, développer des programmes d’éducation et des formations professionnelles qui sont adaptées à leurs situations spécifiques pour garantir leur participation, poursuivre et condamner les responsables d’attaques pour crimes de guerre, etc.

L’école joue un rôle important dans la construction de l’identité des futurs citoyens et l’éducation est l’un des investissements les plus rentables qu’un pays puisse faire pour son avenir. Il est un puissant agent de changement. Il est urgent de sortir les enfants de cette situation et leur offrir la possibilité d’avoir un avenir, car « … c’est dans l’enfance que sont posées les fondations de la vie » et « telle éducation, tels fruits ! ».

Selma Farida TOURE
touselfa@gmail.com

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