Actualités :: Burkina : Vaincre l’hydre terroriste grâce à une intelligence collective ! (...)

L’ultimatum d’un mois lancé par l’opposition au gouvernement pour trouver un remède efficace contre le terrorisme n’est pas du goût de l’ancien ministre de la culture et actuel conseiller spécial du chef de l’Etat, Abdoul Karim Sango, qui est convaincu que « le Burkinabè qui ose affirmer que lui a des réponses de court, et moyen terme » à ce fléau « est le plus grand menteur de ce pays. » Dans les lignes qui suivent, il tente de démontrer que, sans patriotisme à tous les niveaux, les Burkinabè ne pourront pas gagner la guerre contre le terrorisme. Il préconise un changement radical des mentalités et une lutte sans concession contre la corruption.

A la sortie du dialogue politique de fin septembre dernier, il est apparu très nettement de nombreux points de convergence entre la Majorité et le Cfop sur les modalités de gestion de la crise sécuritaire. Un consensus entre les deux parties s’est fait sur le principe d’apporter un soutien national à l’engagement des forces de défense et de sécurité sur le front de la lutte contre l’insécurité.

Quoi de plus normal ! Le Cfop avait même accueilli très favorablement les changements opérés à la tête des ministères de la défense et de la sécurité. Il convient de rappeler que le même Cfop avait exigé avec beaucoup d’insistance le départ des ministres de la défense, de la sécurité et de certains chefs militaires.

Le président du Faso y a répondu favorablement parce que, cette revendication, semblait aussi largement partagée au sein de l’opinion. Toutefois, il fallait être naïf de croire que le simple changement de personnes puisse miraculeusement résoudre le problème sécuritaire dont les tentacules internationaux et sous régionales sont avérées.

Dans une de mes interventions sur une télévision de la place (Surface de vérité de BF1), j’avais dit à l’époque, qu’il fallait certainement opérer des changements pour être en phase avec une partie de l’opinion mais que cela ne suffirait pas si on n’identifiait pas les véritables causes du mal de notre système de défense et de sécurité.

Evidemment, cette sale guerre qui nous est imposée depuis l’accession du président Roch au pouvoir, le Burkinabè qui ose affirmer que lui a des réponses de court, et moyen terme à cela, est le plus grand menteur de ce pays.

N’étant pas un spécialiste de la lutte contre le terrorisme, toutes mes lectures de penseurs sérieux qui ont réfléchi et écrit sur le sujet permettent simplement d’affirmer que le projet terroriste n’a pas d’avenir et ne pourrait donc prospérer au Burkina. Un des plus brillants penseurs de notre siècle, Yuval Noah Hariri aborde la question de façon documentée dans un de ses célèbres ouvrages 21 leçons pour le XXIème siècle.

Plus de 2000 morts, 1 500 000 personnes déplacées internes, 2244 écoles fermées, 304 564 élèves incapables de se rendre à l’école. Ces chiffres traduisent l’ampleur des défis auxquels nous sommes confrontés par-delà les chapelles politiques.

Face à l’hydre terroriste, les victimes ne sont d’aucune chapelle politique. Ils sont tous nos frères et sœurs quel que soit notre bord politique. C’est pourquoi, il faut se garder de vouloir exploiter de manière détournée la détresse des populations vivant dans les zones d’insécurité. Il est complètement irresponsable de lancer un ultimatum à un gouvernement dans une situation aussi complexe et confuse. Confronté à des contradictions internes dans son parti politique, le président Eddy cherche-t-il une bouée de sauvetage ?

Nous avons besoin d’une intelligence collective pour vaincre ensemble l’hydre terroriste. Et cela est d’autant plus indispensable que sans la paix, il n’y a point de développement.

Au niveau gouvernemental, des mesures ont été prises en allouant plus du 1/3 du budget national à la défense et à la sécurité. Des efforts importants ont été accomplis pour doter les FDS de matériels de guerre. Notre pays figure aujourd’hui parmi l’un des plus gros acheteurs d’armes en Afrique. Le Cfop exige un audit sur la gestion du matériel, cela me paraît juste et légitime. Peut-être qu’il faut étendre cela à d’autres questions connexes de l’armée même si le secret semble être la règle qui régit ce corps.

Les questions de primes en vue de motiver les hommes sur le terrain sont en voie d’être définitivement réglées. Des responsabilités doivent être situées et des sanctions prises contre les personnes qui ont été à la base du retard dans le paiement de primes au profit de ceux qui combattent pour la patrie. Il n’est pas tolérable qu’en temps de crise, des individus tapis dans l’administration militaire ou d’autres administrations se prêtent à ce jeu immoral et amoral.

Je partage l’idée que les grands officiers doivent être sur le champ de guerre pour mieux conduire la stratégie. On doit les voir de moins en moins à Ouagadougou. Ne serait-ce que pour doper le moral des troupes, ils doivent être sur le terrain. Une telle mesure doit être envisagée pour les six prochains mois avec des objectifs de résultats sur le terrain. Par exemple, il faut impérativement rétablir l’autorité de l’Etat sur certaines routes nationales.

Avouons-le ! C’est humiliant ce qui se passe sur les axes Fada-Kantchari- frontière du Niger et Fada-Pama-frontière du Bénin pour ne citer que ces deux exemples. Et le sentiment de frustration des populations de la région de l’Est est tout aussi légitime. Il faut être un monstre pour ne pas le comprendre.
Nous devons garder toujours à l’esprit que sans patriotisme, on ne pourra pas gagner la guerre. Et ce patriotisme exige de tous un changement radical de mentalité, il n’est pas un vain mot.

Au-delà du tout armée, la lutte contre le terrorisme doit être menée de façon holistique. La toute nouvelle stratégie de défense et de sécurité semble en avoir tenu compte. Il convient d’accélérer sa mise en œuvre.

Ministre en charge de la culture, j’avais beaucoup insisté sur la réponse culturelle qui doit être apportée à la lutte contre l’extrémisme violent. Sous le leadership du président du Faso, alors Président du G5 Sahel, nous avions réuni les ministres en charge de la culture du G5 Sahel pour réfléchir à la manière dont la culture peut contribuer à éradiquer l’extrémisme violent. Seule la culture nous débarrassera de ce fléau à long terme. Les nations culturellement fortes, résistent mieux à la montée de l’extrémisme violent.

Par solidarité avec nos frères et sœurs qui souffrent du terrorisme, il faut être sans pitié avec tous les agents publics corrompus. La justice doit aider à débarrasser la société de toutes ces catégories de personnes. Il faut plus de célérité dans le traitement des dossiers de corruption. Quel que soit la longueur de la nuit, le jour finit par éclore enseigne la sagesse populaire. C’est la leçon que je tire personnellement du déroulement des procès sur les évènements du 15 octobre 1987.

De la même manière, au-delà de ces crimes de sang les plus inhumains de notre histoire, un autre chapitre de jugement doit s’ouvrir pour le jugement des crimes économiques. Car celui qui détourne impunément est aussi pire que celui vous tue physiquement. En définitive, j’ai le sentiment que la corruption est la plus grande menace à la paix sociale dans notre pays.

Notre pays souffre d’un mal si profond qu’on en vient souvent à désespérer. Si tu veux tuer un peuple, inutile de lui faire la guerre. Il suffit de tuer le sens des valeurs en lui au point où le mensonge devient le principal mode de pensée des gens. Sous le règne du Président Compaoré, un haut responsable du Cdp avait eu le courage de dire que la morale agonisait au Burkina.

A sa suite, c’est feu le Kamsonghin naaba qui avait eu l’heureuse formule de dire qu’au Burkina, nous avions déjà célébré les funérailles de la morale. Un individu, plus globalement un peuple chez lequel la morale est une vertu à géométrie variable a perdu le sens de la dignité. En 27 ans de gouvernance politique, tout observateur politique sincère et averti sait, que l’on a passé le temps à ruser avec la vérité contribuant ainsi à déliter moralement notre peuple, naguère intègre et fier.

Il y en a qui garde toujours le secret espoir de nous y ramener. Ils reprennent du poil de la bête en voulant tromper les jeunes générations, impatientes de voir les fruits du changement tant rêvé. Ces pêcheurs en eau trouble se reconnaîtront eux-mêmes. Mais le peuple Burkinabè qui a fait l’insurrection n’a pas la mémoire courte. Il sait d’où il vient, et sait où il veut aller.

La consolidation des institutions démocratiques est la plus belle aspiration des peuples libres. Ce travail nous devons le poursuivre patiemment et courageusement avec plus de génie créateur burkinabè.
Que Dieu bénisse le Burkina Faso

Abdoul Karim SANGO

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