Actualités :: Crise à la CENI : Un jeu tragi-comique de la classe politique

Mesdames et Messieurs de la classe politique burkinabè, qui est-ce qui vous autorise à confiner la société civile de notre pays dans la neutralité politique ? Lisez ce qui suit et vous comprendrez la portée de ma question ainsi que les enjeux qui entourent les éventuelles réponses à lui donner.

Parlant du vote catholique qui aurait favorisé la victoire de François FILLON lors des primaires de la droite française en 2007, Jean François MONIER de l’AFP écrivait ceci :

« … S’il est une conviction fortement enracinée dans l’imaginaire politique français, c’est que la République s’est construite contre l’Eglise, et à tout le moins de manière indépendante d’elle ;

Le régime de la liberté aurait fleuri dans notre pays en imposant un espace de neutralité vis-à-vis de la religion au terme d’une lutte bicentenaire, et dont les défenseurs d’une stricte laïcité considèrent qu’elle est l’un des principaux moteurs de notre système politique ;

La réalité est plus complexe. D’abord parce que les catholiques sont aussi des électeurs. La religion a pesé et continue de le faire dans le vote, souvent en direction des partis conservateurs. Elle représente, aujourd’hui encore, ce que la science politique nomme une variable lourde du vote ;

S’intéresser aux catholiques comme acteurs politiques, c’est donc questionner l’influence de la religion dans le système politique d’un Etat officiellement laïc, mais au sein duquel l’Eglise catholique a longtemps constitué une force politique majeure » ;

C’est sans doute sur cette base que :

• le Cardinal Paul ZOUNGRANA a béni en son temps l’avènement du CMPRN comme « le don d’un Dieu qui aime la Haute Volta » ;

• le Pape Pie XII a eu à remercier Dieu d’avoir envoyé à l’Italie, un homme comme Mussolini, pour le bonheur des Italiens ;

• l’Imam TIEMTORE de la Grande Mosquée de Ouagadougou a eu, au cours de sa prêche de clôture d’une certaine prière à la place de la nation, à répéter en boucle ce qui suit : « Ceux qui sont derrière restez derrière, car c’est parce qu’il y a des gens devant, que vous, vous êtes derrière ».

Par ailleurs, courant Mai 2018, Christ Exauce Marsala, activiste congolais, signait sous le titre « Eglise catholique : des leaders politiques en soutane au Congo* ! », avec le commentaire suivant : « L’église catholique est sortie du bois, disons plutôt sortie de son rôle. Elle a choisi son moment pendant le déroulement du procès Jean Marie Michel Mokoko et autres. La déclaration politique de l’église est faite au terme d’une réunion extraordinaire tenue les 8 et 9 mai 2018. Très clairement, les évêques ont pris la place de l’opposition. C’est, sans doute là, l’origine du mal congolais ».

Enfin, sous le titre « L’impact des systèmes traditionnels sur la gouvernance », Arsène Brice Bado signait en avril 2015 ce qui suit : « … Au Burkina Faso, depuis l’avènement de la IVe République en 1991 qui marqua le retour au multipartisme démocratique, « les chefs ont fait une entrée remarquable en politique. Ils participent à tous les suffrages (à l’exception des présidentielles) et sont désormais présents au Parlement et dans les différents conseils municipaux. En outre, même lorsqu’ils ne sont pas candidats à une élection, beaucoup de représentants de la chefferie n’hésitent plus à afficher leur appartenance politique ou à battre officiellement campagne ». Prenant avantage de l’influence sociale dont ils jouissent, les chefs traditionnels investissent de plus en plus les structures de gouvernance démocratique. Par exemple, en 2001, 56 des 111 députés que compte l’Assemblée nationale du Burkina relevaient directement de l’influence de la chefferie coutumière mossi et du pouvoir traditionnel d’autres ethnies …. ». 

Ces éléments d’histoire et d’actualité ci-dessus rappelés, montrent à souhait que les leaders religieux et/ou traditionnels ou leurs représentants, toutes tendances confondues sont, malgré les apparences, des engagés politiques. Ce n’est donc pas à la CENI qu’ils deviendront autre chose, mesdames et messieurs de la majorité et de l’opposition.

Pour ce qui concerne en particulier l’engagement politique de la chefferie traditionnelle, outre ce qui est déjà dit ci-haut, il n’est nul besoin d’avoir des éléments historiques pour le démontrer. L’actualité quotidienne dans notre pays, au sein ou en dehors des partis politiques et des diverses institutions de la République nous sert régulièrement toute une foule d’illustrations sans fin, à l’image de ces nuages de bonnets rouges, observés toujours en première ligne aux diverses instances des divers partis politiques, tant de la majorité que de l’opposition. On assiste même à des scissions-recompositions, parfois suscitées ou pilotées par des chefs traditionnels comme le Poé-Naaba Justin Compaoré de l’UPC ou le Baloum Naaba de Poéssin Jules Abdoul Rasmané Ilboudo de l’ADF-RDA.

Dans ces conditions, on peut conclure :

• qu’il est tout simplement absurde, à la limite hypocrite et trompeur, d’exiger des représentants neutres des différentes composantes de la CENI, y compris la composante « Associations professionnelles » – suivez mon regard… et celle « coutumière » ici incriminée ;

• que le Sâo-Naaba s’est fait tout simplement piégé par les réseaux sociaux et autres médias en ligne ; sinon, ce qu’il a fait tout haut et en tout-vu, c’est exactement ce que tous les autres, notamment ceux-là même qui l’ont mandaté, font tout bas et en non-vu ;

• que par conséquent, la crise actuelle à la CENI constitue une vaste comédie théâtrale servie à notre peuple par des gens, apparemment sans culture politique et loin des terribles fléaux qui assaillent aujourd’hui le Burkina Faso.

Enfin et sans forcément le souhaiter à titre personnel, personne ne pourra m’envoyer dans la rue pour une marche contre l’éventuelle suppression de la CENI, telle que réclamée d’ailleurs actuellement, par des voix de plus en plus bruyantes et persistantes.

* Il s’agit ici du Congo-Brazzaville

O. Frank
Tél. : (226 70 29 04 02)
E-mail : ouedfan@yahoo.fr

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