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Député Tini Bonzi : « Le serpent a mordu l’UPC au talon ; nous allons lui écraser la tête »

Accueil > Actualités > Portraits • LEFASO.NET | Par LEFASO.NET • mardi 14 mai 2019 à 12h51min
Député Tini Bonzi : « Le serpent a mordu l’UPC au talon ; nous allons lui écraser la tête »

Discret jusqu’à l’obsession, Tini Bonzi est un homme politique aussi fidèle que puissant, dont le groupe parlementaire Union pour le progrès et le changement (UPC) refuse de se séparer. Il n’est ni l’alpha, ni l’oméga du parti, mais un homme de confiance des élus de l’UPC. Il parle peu, bien que sympathique, et ne cache pas son sourire, malgré sa timidité. Pourtant, il n’est qu’un « ouvrier politique de la dernière heure », qui a su écrire son nom au conseil municipal de sa commune en 2012 et à l’hémicycle en 2015. Focus sur cet étonnant personnage politique qui allie intelligence et esprit de synthèse, qui lie capacité de conviction et foi.

Tini Bonzi est à la fois solitaire et extraverti. Un homme d’apparence complexe qui est capable de lâcher un sourire et de serrer les mâchoires à la fois. Il semble aimer simultanément le public et la solitude. Ce fils d’ancien combattant déteste qu’on entre dans son périmètre de foi, à moins de lui dire que « Jésus-Christ règne encore ! ».

Ainsi, il pourrait s’ouvrir au débat et murmurer : « Toute ma vie, j’ai fait preuve d’une grande détermination et de rigueur dans mes actions au point de me qualifier de perfectionniste ». Cet homme léger, à la petite taille et aux yeux clairs miroitant derrière les verres correcteurs carrés, n’ignore pas son « besoin sans cesse de liberté, afin de pouvoir vivre la vie que j’ai choisie, surtout une vie de foi ». Puisqu’à l’origine, rien ne le prédisposait à la politique. Mais par la force des choses, il est aujourd’hui un « OVNI politique », et lui-même d’ajouter : « Je m’imaginais tout, sauf cette misère ». Pourtant, il est assis avec des « cheveux en or », pour ne pas dire « blanchis ». Homme de foi et de douceur, ce tempérament aurait fait de lui un « centriste, drôle et sympathique ».

Pourtant, Il a choisi l’opposition politique dure.

L’histoire de cet autre « homo sapiens » politique commence à Bondokuy, une commune de la province du Mouhoun. Nous sommes le 12 avril 1956. Contrairement aux autres enfants de sa génération, il naquit à 7 mois, donc prématuré, d’une mère âgée de 18 ans et d’un père ancien combattant de l’armée coloniale. Ce qui lui vaut le nom « Dihizou », c’est-à-dire « être une solution et non un problème ». Comme tous les enfants du pays bwa, il est initié à « la bravoure en toute chose et le devoir de redevabilité vis-à-vis des siens », se rappelle-t-il.

C’est sous la pluie qu’il rentre en 1963 à l’école primaire de Bondokuy. Brillant élève jusqu’à en 1969, il fait l’admiration de tous. Puis, en 1971, il obtient son entrée en 6e, toujours parmi « les trois premiers de la classe », se remémore-t-il. Après son BEPC obtenu à Dédougou, il entame, en 1975, l’école technique à Bobo-Dioulasso, jusqu’en 1re G2. C’est ainsi qu’il empoche le Brevet d’études commerciales (BEC) à la suite d’un concours, et obtient un stage d’aide-comptable à la Sofitex. Laborieux, il est embauché comme comptable à 21 ans dans la même boîte, le 3 octobre 1977.

Mais huit mois après, il démissionne et rejoint la Banque nationale de développement (BND). Il suit alors des cours de banquier. Il obtient un brevet en banques, par la suite. Nommé chef comptable de l’agence de Bobo, il devient successivement responsable de la trésorerie générale de la banque, de 1984 à 1985, puis fin 1989, chef du personnel. Il s’exclame aujourd’hui : « Je connais la banque ».

Mais en novembre 1989, il est « licencié avec 80 000 FCFA en poche, sans droits, ni indemnités ; le motif a été fallacieux, le directeur général devait se venger et il s’est vengé », se défend-il. À 64 ans, ce père de 5 ans enfants se le rappelle encore : « Plus tard, le Tribunal du travail m’a blanchi, en condamnant la banque. J’ai chômé tout juste trois mois ».

Ensuite, il va rejoindre un cabinet d’audit, après 11 ans passés à la banque. Mais il démissionne à nouveau et se retrouve à la Coopération belge comme chef comptable, le 1er août 1999, pour une assistance périodique. Vu ses compétences, la Coopération belge l’embauche définitivement le 12 février 2001, comme chargé de la gestion financière et technique. Le perfectionniste Bonzi déclare : « Je ne pouvais pas travailler ailleurs à cause des exigences de qualité. J’ai essayé avec quelqu’un mais à cause de l’exigence et de la qualité de travail, j’ai dû abandonner ». C’est ainsi qu’il fonde son propre cabinet dénommé Suivi-évaluation des micro-projets (SIMPRO) pour le renforcement des procédures et des processus institutionnels.

« L’UPC était vierge… »

Mais l’appel de la politique était trop fort : « Le 21 décembre 2011, j’ai envoyé un SMS aux ressortissants de ma commune leur demandant de me rejoindre au siège de l’UPC, afin de réfléchir au développement de Bondokuy. Beaucoup m’ont rappelé pour me demander si c’est quelqu’un d’autre qui avait écrit le message à ma place. Mais j’ai dit que c’était bien moi (…) En effet, je n’ai rien de politicien, je n’ai pas l’énergie d’un homme politique, je ne parle pas bien comme un politicien. Mais je devrais m’engager pour le bonheur de ma communauté. Puisque lors de la communalisation intégrale, notre commune avait connu quelques difficultés.

Sans être politique, j’ai dû effectuer onze déplacements pour réconcilier les fils de ma localité. Toutes ces missions m’ont convaincu que beaucoup de choses se font par des ramifications politiques. Ainsi, j’ai voulu entrer là où les décisions se prennent pour pouvoir influencer les décisions politiques ». Le choix de l’UPC n’est pas le fait du hasard pour Tini Bonzi : « L’UPC était vierge et venait à peine d’être créée, et j’étais vierge aussi ; donc le mariage de deux vierges, c’est la fidélité ».

Ainsi, aux élections de 2012, il a été élu conseiller municipal. Le 6 avril 2014, il a été choisi comme secrétaire général de l’UPC de la province du Mouhoun, avant de décrocher un siège à l’Assemblée nationale pour la première fois.

Peu présent dans les médias, Tini Bonzi croit dur comme fer que la politique est une « affaire des hommes de foi ». Tout droit dans ses bottes, il lance : « Si les hommes de foi font la politique, les populations vivraient mieux ». Puis d’appuyer ses propos : « Quand je parle d’homme de foi, je ne parle pas d’hommes de religion ».

Lorsqu’on parle à Tini Bonzi de ses ambitions après la politique, il déclare : « Je suis en politique et je reste moi-même. Avec la politique, rien ne change chez moi. Après la politique, je serai ce que je suis ». Il sera candidat en 2020, toujours sous les couleurs de l’UPC, son parti de toujours, mouvance politique qui l’a « dépucelé politiquement ». Mais la motivation n’est plus la même.

En effet, Tini Bonzi dit s’être donné cinq ans pour la politique. Mais son parti a connu « une blessure inacceptable », et c’est pourquoi « je suis obligé d’être candidat en 2020. L’UPC a connu une blessure grave. Le serpent a mordu l’UPC au talon, nous allons lui écraser la tête ». En bon guerrier du pays bwa et en bon fidèle de l’UPC, Bonzi avance la tête haute. Son objectif pour 2020, c’est un autre siège à l’Assemblée nationale. Même s’il n’envisage pas terminer son mandat, car il compte se retirer de la politique. Il entend prendre le mandat, parce que pour lui c’est une question d’honneur. « On est venu nous mettre la honte. C’est un défi (…), je l’assume. Je suis attaqué et je vais faire face ».

Tini Bonzi ne s’accroche pas à la politique. Pour lui, la politique n’est pas une profession, mais une mission. « Je suis en mission pour servir mon peuple et je le ferai avec toutes mes forces ». Sa force et son appui, c’est la Bible, un livre saint dans lequel il tire des principes de vie pour servir ses frères. « Il faut parler dans la vérité et la sincérité. Je crois que les populations vont comprendre », pense-t-il. En 2020, il sera au front de la conquête électorale avec toujours la même détermination : « J’assume jusqu’au bout. Je n’ai pas peur de perdre ».

De son passage à la BND jusqu’à la Coopération belge, cet évangélique convaincu est un homme à part. Dans le milieu politique, il est vu comme quelqu’un d’effacé. Qualifié de suiviste par des proches du parti au pouvoir, Bonzi est vu par ses camarades de l’UPC comme un fidèle et un homme qui ne trahit pas les siens. Mais lui, garde le sourire et ne cache pas son humilité. Son angoisse, c’est la jeunesse : « Ils sont perdus, les jeunes. Le chômage et les difficultés, quelle misère ! ».

Lui qui dit, « Je crois qu’avant de faire de politique, il faut se former et avoir exercé dans un domaine pour ne pas voir la politique comme une carrière », admirent les femmes leaders. « Elles sont compétentes et plus sincères que les hommes en politique ». Même s’il veut qu’on garde de lui l’image d’un « missionnaire des causes utiles et justes », il veut plus que tout son « paradis à côté de son Jésus-Christ ».

À 64 ans, Tini Bonzi est un « être des lointains ». À peine s’est-il levé chaque matin, qu’il pense à la vie après la mort en disant : « Je veux faire du bien à mes frères, afin que Tu me reçoives. Je veux être humble, car l’humilité précède la gloire ».

E.K.S.
Lefaso.net

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