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Difficile dialogue inter-malien à Alger dans un contexte de résurgence terroriste nord-africaine.

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Crise malienne • • dimanche 20 juillet 2014 à 21h52min
Difficile dialogue inter-malien à Alger dans un contexte de résurgence terroriste nord-africaine.

L’hôtel El Aurassi, au cœur de la capitale algérienne mais sur les hauteurs d’Alger avec une vue exceptionnelle sur la Méditerranée, est une énorme bâtisse caractéristique des années Houari Boumediène. Pas très éloigné de l’aéroport, avenue du Docteur Frantz-Fanon, figure emblématique « internationale » de la lutte pour l’indépendance algérienne, cet établissement a su, à coups d’investissements massifs, rester l’hôtel de luxe « bureaucratique » qui était sa vocation initiale (il a été inauguré en 1975) quand l’Algérie ambitionnait d’être une puissance industrielle en Afrique et sur la rive Sud du bassin méditerranéen.

C’est là que s’est engagée aujourd’hui, mercredi 16 juillet 2014, une nouvelle étape dans le dialogue inter-malien. Non sans tensions ni difficultés. Ce devrait être un « petit pas » mais un « pas décisif » a dit, d’emblée, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra. Il y a là, du côté du gouvernement malien, Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères, et Modibo Keïta, Haut représentant du chef de l’Etat pour le dialogue inclusif inter-malien. Six groupes armés du Nord-Mali, plus ou moins représentatifs (et c’est là le problème), dont les signataires de « l’accord préliminaire de Ouagadougou » (MNLA, HCUA, MAA) mais aussi la Coordination pour le peuple de l’Azawad (CPA), le MAA-dissident, la Coordination des mouvements et fronts patriotiques de résistance (CM-FPR) qui n’ont été signataires de la plateforme préliminaire d’Alger que le 14 juillet 2014. In extremis ; histoire de « ne pas rater le coche ».

Le problème avec les groupes armés touareg est le même qu’avec les trotskystes : vous en mettez deux ensemble, ils fondent une internationale ; si un troisième vient s’y agréger, la scission est inévitable… ! Pour le reste, il y a là les représentants des pays de la bande sahélo-saharienne (BSS) : Mauritanie, Burkina Faso, Niger et Tchad (le cinquième larron étant bien sûr le Mali), de l’Union africaine, de la Cédéao, de l’ONU et de l’OCI. Ce qui, bien sûr, ne garantit pas la réussite de l’opération.

Le contexte est délicat. En plein Ramadan, les djihadistes ont repris du service. Un sous-officier français a été tué au Nord de Gao lors d’un attentat à la voiture piégée (ce qui ne serait pas une signature africaine mais de « terro-djihadistes ») le 14-juillet, au lendemain de l’annonce du lancement de l’opération « Barkhane ».

Le premier ministre malien, Moussa Mara, qui n’est pas membre du parti présidentiel, est dans le collimateur des cadres du RPM, le Rassemblement pour le Mali fondé par IBK ; on lui impute la faillite pour le camp présidentiel de « l’affaire de Kidal ». IBK lui-même n’est pas à l’abri des critiques, loin de là ; on lui reproche, désormais, au-delà d’un comportement peu adéquat, de ne pas savoir s’entourer des hommes qu’il faut à la place qu’il faut.

La question qui se pose aujourd’hui, quelque mois à peine après le changement de premier ministre, est simple : « Faut-il sauver le premier ministre Moussa Mara ? ». Or, désormais, ceux qui le pensent sont de plus en plus rares au sein du RPM. Ajoutons à cela le regain de violence dans le Nord-Mali malgré le cessez-le-feu signé le 23 mai 2014. Le Pays, dans un papier de Pousdem Pickou (lundi 14 juillet 2014), évoque une « mise en scène ». Celle du MNLA qui voudrait se « présenter à Alger en position de victime » ; celle de Bamako qui « voudrait faire passer le message selon lequel le MNLA n’est pas représentatif des populations du Nord. La preuve est qu’il vient d’être attaqué par d’autres groupes armés de la même zone ».

Ajoutons à cela que la situation en Afrique du Nord est tendue. Des « islamistes armés » ont été tués par les forces de l’ordre algériennes à Tipaza, à 80 km à l’Ouest d’Alger, tandis que 7 membres des forces de sécurité ont été les victimes d’un attentat à la bombe à Sidi-Bel-Abbès. La frontière algéro-tunisienne est, elle aussi, vulnérable : 14 soldats tunisiens viennent d’être tués à Chaambi, une zone de rébellion que Tunis n’arrive pas à éradiquer. Samuel Laurent, auteur de « Sahelistan » en 2013 et qui aime à se présenter comme un des meilleurs connaisseurs du terrorisme « islamique » (il est souvent l’invité du site Atlantico considéré proche de l’extrême droite française), expose actuellement dans la presse algérienne une vision pessimiste de l’évolution de la région. Il parle, purement et simplement, d’une « remise en cause des acquis des années 1990 [dans la lutte contre le terrorisme] du fait de la situation à la frontière libyenne ».

Il dit aussi que « Al Qaida et les mouvements connexes sont plus forts que jamais » grâce à l’argent qu’ils ont récupéré en Libye et auprès des « donations privées », tandis qu’il y a, en Afrique du Nord et dans la bande sahélo-saharienne (BSS), un afflux de combattants qui ont acquis de l’expérience en Syrie. Il dit encore, ce qui reste à vérifier, que « la moitié des réserves d’or de la banque centrale de Raqaa » (Ar-Raqqah ou Rakka se trouve à 160 km à l’Est d’Alep en Syrie) aurait été utilisée pour le financement des actions menées par AQMI au Nord-Mali. Il ajoute que dans la BSS, les relations avec Al Qaïda sont « plus opportunes qu’idéologiques ».

Dans le même temps, on assiste en Algérie à une campagne contre la « judaïsation » du pays : les autorités envisagent de rouvrir certains lieux de culte juifs fermés pour des raisons de sécurité au plus fort des tensions religieuses des années 1990. Pour les « islamistes » les plus radicaux, ce serait l’amorce d’une reprise des relations entre l’Algérie et Israël. Ce qui tombe mal alors que la Bande de Gaza est soumise à la puissance de feu de Tel-Aviv.

Du côte de Tripoli, la situation n’est pas plus sereine (et c’est un euphémisme). Et la Libye est devenue, pour tous les pays de la région, la source de tous les maux dont celle-ci souffre. Les ministres des Affaires étrangères d’Egypte, de Tunisie et d’Algérie, viennent d’ailleurs de se réunir, le lundi 14 juillet 2014, à Tunis, pour évoquer la situation qui prévaut en Libye. Le pouvoir politique y est particulièrement volatile, la capitale étant livrée aux milices tandis que le désert libyen est devenu un no man’s land dont on dit qu’il est livré à tous les trafics.

Il se trouve être, du même coup, le pôle d’ancrage de ces Groupes armés terroristes (GAT) que « Serval » a permis de stopper sans pour autant les éradiquer. Et que « Barkhane » veut éliminer. « Notre approche est régionale et inclut un partenariat élargi avec nos partenaires africains. Les GAT sont très mobiles, ils profitent de la porosité des frontières pour les franchir et se protéger au Tchad, au Niger, au Mali. Dans cette nouvelle phase, nous devons nous appuyer sur les forces armées africaines. J’ai pu mesurer leur volontarisme lors d’une réunion du G5 Sahel (Burkina Faso, Mauritanie, Niger, Mali, Tchad) à laquelle j’ai participé, début avril. Nous allons susciter des opérations conjointes, à cheval sur les frontières, pour être plus efficaces contre les GAT ». C’est le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées françaises, qui s’exprimait ainsi dans Le Figaro du lundi 14 juillet 2014 (entretien avec Alain Barluet).

C’est donc à Alger que ça se passe. Non pas que Ouagadougou ait démérité. Loin de là. Et les Algériens ne cessent de réaffirmer que les discussions à l’hôtel El Aurassi seront menées dans la continuité de l’accord préliminaire de Ouagadougou du 18 juin 2013. Mais c’est l’expression qu’en « Afrique de l’Ouest élargie », des rives de la Méditerranée jusqu’à celles de l’Atlantique, d’Alger à Abidjan et de Nouakchott à N’Djamena, la situation ne cesse d’évoluer et que la crise malienne est devenue une crise « Ouest-africaine ».

Changement d’échelle. Or, le poids lourd militaro-diplomatique régional est, incontestablement, l’Algérie ; et ce pays maîtrise depuis longtemps non seulement le dossier touareg mais également celui des « terro-djihadistes ». N’oublions pas, non plus, que l’équipe actuellement en place à Bamako n’y était pas encore lors de la signature de l’accord de Ouagadougou. Alger est donc une première pour cette nouvelle équipe ; l’occasion de voir ce qu’IBK et les siens sont capables de proposer pour faire en sorte que le Mali ne soit plus le maillon faible de la BSS.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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