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Coopération décentralisée : Communalisation intégrale cherche jumelages de raison

Accueil > Actualités > DOSSIERS > La coopération décentralisée au Burkina Faso • • mercredi 12 décembre 2007 à 09h34min

Après la communalisation intégrale, le pays des Hommes intègres chercherait-il aussi à réaliser le jumelage intégral ? C’est la question qui semble transparaître des assises de la coopération décentralisée franco-burkinabè qui se tiennent les 6 et 7 décembre sous les auspices paternels du Blaiso himself. Avec un thème aussi évocateur que celui de « La contribution des acteurs de la coopération décentralisée au développement des collectivités territoriales au Burkina Faso », il ne faut pas chercher midi à quatorze heures.

164 jumelages et 200 en attente

Une chose était de réussir le pari de la partition complète du territoire en 351 communes, dont 302 rurales ; mais une autre, bien plus laborieuse, est de réussir le pari d’un développement digne de ce nom. Il suffit de voir comment la plupart des nouvelles collectivités tirent le diable par la queue pour se rendre compte que la gestion d’une bourgade dépourvue de tout n’est pas du jeu. A défaut de jeter l’éponge, certains édiles ne savent même pas à quels saints se vouer. Il ne suffit pas d’arborer fièrement l’écharpe, mais de pouvoir faire vivre sa commune. Inutile d’attendre des secours d’une quelconque providence. Les caisses de l’Etat étant elles-mêmes sous perfusion de la coopération multi et bilatérale, il ne reste plus qu’à aller voir ailleurs. Ceci explique probablement cela.

Dans la folle course pour le développement dans laquelle plusieurs responsables de collectivités et autres samaritains se sont jetés, la coopération décentralisée est apparue comme une bouée de sauvetage dans laquelle se mêlent sentimentalisme et intérêts difficiles à cerner par les non-initiés. Les jumelages entre les communes du Burkina et celles du Nord, principalement de France, ne sont-ils pas devenus une sorte de deal qui fait courir tout le monde ? Ne court-on pas le risque d’installer la gouvernance locale dans cette mendicité internationale qui enserre l’Etat central dans la dépendance ?

Selon les statistiques ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (MATD), le Burkina compte 164 comités locaux de jumelage et 200 relations de coopération en attente de formalisation. C’est dire que si les nouvelles demandes venaient à recevoir l’aval officiel, presque toutes les communes auraient leurs sœurs jumelles quelque part dans l’Hexagone ou dans un autre pays, de préférence du Nord. En tout cas, tout le monde ou presque semble avoir les yeux tournés vers ces collectivités dites nanties dans l’espoir de profiter de quelques subsides pour construire des écoles, un centre de santé ou installer des points d’eau pour son village, son département.

Cavernes d’Ali Baba

Ces jumelages blanc-black, qui sont apparus au début des indépendances des Etats africains sous une forme humanitaire, peuvent-ils légitimement être transformés en une sorte de coopération décentralisée entre les communes du Sud et du Nord sans les enfermer dans le cercle vicieux de l’assistanat ? Quand on sait que certaines de ces relations s’enferment dans un paternalisme qui ouvre la voie à toutes les dérives, on se demande comment elles peuvent être érigées en tremplin de « développement des collectivités locales ». A vouloir contrôler ou diriger ou contrôler des actions qui se veulent philanthropes et personnelles, l’Etat burkinabè ne risque-t-il pas d’étouffer certaines initiatives qui s’accommoderaient mal des protocoles et autres salamalecks officiels ?
Ces questions méritent d’être posées. Surtout lorsque le ministère en charge de l’Administration du territoire entend désormais mettre tous les comités de jumelage sous la coupe des conseils municipaux et des conseils régionaux. Cela va probablement contribuer à assainir certains comités qui sont devenus de véritables cavernes d’Ali Baba. Mais on sait aussi que les cadres dits légaux peuvent devenir des otages de luttes politiciennes, il faut craindre que les bagarres inutiles et les récupérations de toutes sortes ne fassent déchanter les meilleures bonnes volontés.

La natte des autres

L’État, qui assure paradoxalement le parrainage des assises de la coopération décentralisée, se doit d’être « ni acteur de premier plan ni trop loin » des relations d’amitié et de coopération entre les collectivités locales et leurs consœurs du Nord, en général et particulièrement de France. Avouons que cette position est assez délicate à tenir.
Au moment où le business international fait place à la philanthropie et que l’humanitaire semble devenu une sorte de marché de dupes où il est difficile de distinguer les anges des démons, le salut ne vient pas nécessairement de la coopération. On ne le dira jamais assez, « Qui dort sur la natte d’autrui dort par terre », enseigne le proverbe. Le jumelage légendaire qui a cours depuis janvier 1967 entre la ville française de Loudun et la ville de Ouagadougou a permis à Simonville d’engranger des réalisations sociales, économiques et de loisirs qui font pâlir d’envie des villes de l’intérieur ou encore les nouvelles communes rurales. Mais les voies parfois impénétrables du jumelage débouchent sur des fortunes diverses. Il ne sera pas réaliste de mettre tous les œufs du développement dans ce seul panier.

A. Houédraogo

Journal du jeudi

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