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Situation nationale : Quand le pouvoir est déterminé à scier les institutions !

Publié le mercredi 13 septembre 2023 à 23h30min

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Situation nationale : Quand le pouvoir est déterminé à scier les institutions !

« Je pense qu’au-delà du caractère obligatoire, ça doit être une fierté pour chaque citoyen de pouvoir se porter en première ligne. Comme vous le savez, chaque jour, ce sont nos frères, ce sont nos sœurs qui se battent pour que le Burkina Faso reste debout ». Tel est (mardi, 12 septembre 2023, en marge de la conférence de presse du ministre de l’énergie dont il assurait la modération, et répondant à une question d’actualité sur le sujet) le commentaire du ministre porte-parole du gouvernement sur l’affaire dite « réquisition » de Dr Louré.

Ces pratiques, têtues face aux explications officielles livrées pour tenter de convaincre l’opinion, rappelle cette époque au Burkina où pour punir un fonctionnaire en disgrâce avec le pouvoir ou avec un prétendu puissant du moment, celui-ci se voyait affecté dans une « localité reculée » du pays. En son temps également, et selon des témoignages de contemporains ou même de ‘’victimes’’, c’était le même type de réponses qui étaient servies. Des années plus tard, les conséquences de ces agissements ne se comptent pas, elles se vivent. Même ceux-là qui s’y adonnaient avec joie et fierté pour prouver leur importance et force subissent, de façon directe ou indirecte, le choc d’une telle conception dans la gouvernance.

Les Burkinabè ne s’opposent nullement à la mesure de réquisition, dont ils ont d’ailleurs soutenu l’avènement. Ils se sont, à leur manière, obligés à contribuer à la lutte contre le terrorisme, bien avant, et sans attendre l’ordre d’un quelconque pouvoir ou d’une autorité. Du reste, nombre de critiques portées sur l’action du gouvernement entrent dans cet esprit. Les critiques ne datent pas d’aujourd’hui et ne prendront pas fin maintenant. Qui aime bien châtie bien, dit-on ; parlant du sentiment que nombre de citoyens vouent à leur façon à la patrie. Et leur hargne pourrait s’expliquer par leurs attentes envers les dirigeants et au regard des défis en face. Il appartient à l’autorité de savoir canaliser tout cela au profit de sa gouvernance.

La « réquisition » des citoyens est donc un acte noble, reconnu de tous. Alors, pourquoi la question dite « réquisition » de Dr Louré fait-elle jaser, autant ? N’est-ce pas le contexte et les éléments en présence qui donnent sens à tout acte que l‘on pose ? Pourquoi ce sont parmi les mêmes citoyens qui ont applaudi l’adoption de la mesure de réquisition qui ne partagent pas cet acte dirigé contre Dr Louré ? Un cas qui pose problème, parce que le contexte prête le flanc. Dr Louré est non seulement connu pour ses critiques, qui n’ont du reste pas commencé hier (il a été révélé sur ce registre depuis le pouvoir Roch Kaboré), mais aussi, l’acte de sa « réquisition » intervient dans le contexte d’ « enlèvements » de citoyens, façon de faire que n’apprécient pas non plus les Burkinabè.

Si la réquisition doit donc être une fierté pour tout citoyen, comme le souligne si bien le porte-parole du gouvernement, raison de plus de ne pas la pervertir par des décisions chargées d’équivoques. Ici, la perversion, c’est quand les gens sont pertinemment convaincus que ceux qui critiquent le pouvoir s’exposent à la réquisition ou à l’enlèvement. Pourtant, dès les premières heures de l’adoption de la mesure de réquisition, l’autorité a promis de faire une bonne communication autour du sujet, pour lever toute équivoque et, partant, pour montrer la noblesse de celle-ci, gage de son succès.

L’on présume que c’était aussi pour éviter de telles interprétations populaires qui en sont faites ! Et à titre illustratif, c’est devenu une expression populaire d’entendre dans les discussions une voix s’élever pour dire : « si tu critiques le pouvoir comme cela, on va te réquisitionner pour t’envoyer au front hein, m’bon ! ». Dans une telle atmosphère, et quand le pouvoir lui-même se prête au jeu, quel message renvoie-t-on à ceux qui sont volontiers au front ?

Y sont-ils par sanctions, aussi ? Si tel n’est pas le cas, la réquisition pour le front ne doit nullement ressembler à un acte de sanction, punition, encore moins à de la banalité. Ceux qui applaudissent l’acte le font généralement à la tête du client.
Rien n’empêche les institutions compétentes d’entendre, dans les règles requises, un Burkinabè sur qui pèsent des griefs et, le cas échéant, de le priver de sa liberté et/ou le déchoir de certains de ses droits. Aucun Burkinabè épris d’esprit de justice et du bien-être collectif ne s’en plaindrait.

Si l’on a quelque chose à reprocher à un citoyen, qu’on laisse les institutions habilitées engager les actes qui siéent, dans la démarche requise par la légalité. Nul n’est au-dessus de la loi, tout comme on n’est pas plus Burkinabè que le citoyen lambda par le poste de responsabilité politique qu’on occupe. Dans l’un ou l’autre cas, la meilleure posture, c’est de respecter les institutions que les Burkinabè se sont eux-mêmes octroyé. C’est bien pour tout le monde.

Dans une république, chaque institution, chaque citoyen, investi d’une mission publique, a son domaine de compétences bien défini, qu’il ne doit outrepasser. Que chacun fasse son travail, bien et s’en tienne à cela. Les usurpations de compétences entraînent des conséquences non seulement fâcheuses, mais également à vue. Et ceux qui croient se servir aujourd’hui allègrement des dérives ne sont pas épargnés des conséquences de leurs actes. Tôt ou tard … !

« Quand tu te couches sur ton dos pour cracher, tu vas recevoir le crachat en pleine poitrine », rappelle cette sagesse. Alors, on gagne en faisant les choses dans les règles, quand on se trouve dans une position de force, que de se laisser entraîner par un sentiment de tout puissant.

Le pouvoir doit donc revoir sa copie, en évitant les agissements qui dépouillent et fragilisent les institutions. En un laps de temps, les institutions ont été ébranlées par lui dans l’affaire dite « guérisseuse de Komsilga », les enlèvements de citoyens dans la rue, la suspension de radio Oméga et ces décisions de deux poids deux mesures.

Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

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Messages

  • Une neutralité du faso.net aurait permis de recueillir une plus grande diversité de sons de cloches dans ces joutes sans faux procès au webmaster ;hélas a présent que l on sait que le faso.net est anti réquisition il est a craindre que certains pro réquisition arrête d intervenir ou n accuse d impartialité ou de polarité le webmaster !

    • Pourtant Fasonet a été objectif et même neutre dans cet article. Je ne sais pas si les matins , tu suis les émissions interactives sur les radios. Il y’a des gens qui font le tour des radios et qui Prétendent être les meilleurs soutiens des autorités et qui distribuent les notes de patriotisme aux autres Burkinabè. Crois tu qu’on peut les réquisitionner et les enlever par force comme on l’a fait pour l’homme de Kaya ou Louré ? En principe cela devrait aussi être possible pour Mme Ouedraogo, une des intervenantes virulentes dans ces émissions. Le problème est que plusieurs auditeurs ne comprendraient pas pourquoi une telle dame peut être réquisitionnée. Ceux qui sont au front ne doivent pas être nos ennemis car ils donnent leur vie pour nous protéger. Utiliser la menace du front pour punir les ’’criticard’’ c’est donner l’impression que nos FDS au front seront contraints à collaborer avec des mal aimés.

    • "l expérience vaut mieux que la science"et la réquisition a fait ses preuves:un certain kayalais en a rendu témoignage !la réquisition guérit des spéculations oiseuses depuis des salons feutrés et le terrain assagit les gueulards ,mieux ceux qui en reviennent comprennent mieux que quiconque pourquoi il est pertinent de qualifier l armée de grande muette !

    • yelmingaan blaan saa hien, tu ne saurais si bien dire ! Et dire un minimum de verite ne fait du mal qu’a certains. Il est clair que depuis queqes temps on voit bien la derive de Lefasonet, du fait de certains scribouillards du type sana et 2 ou 3 autres que je ne pense pas representer tout le fasonet. Cela n’empeche pas que ta vision est juste
      SOME

  • Critiquer c’est donner une lecture objective d’une situation, de décisions….en vue d’améliorer ce qui peut l’être. On met donc à nu ce qui n’a pas marché, ce qui n’est pas bien et on propose des solutions pour améliorer ce qui peut l’être. Docteur LOURÉ n’a pas souvent proposé beaucoup de solutions. Il n’était pas critique, il DÉNIGRAIT. C’est son droit, mais on ne l’entendait plus beaucoup quand il flirtait avec le MPSR. Quelqu’un peut il apporter la PREUVE irréfutable que c’est à cause de ses insultes qu’il a été réquisitionné ? La présomption d’innocence est valable pour tout le monde. Si on n’a aucune preuve qu’il y’a un lien entre les insultes de dr Louré et sa réquisition, faisons confiance à nos autorités ou au moins accordons leur le bénéfice du doute. Souhaitons courage au docteur dans sa noble mission sous la protection divine.

  • Ce régime militaire au pouvoir est l’un des rares plus doux ; Il y’en a qui sont nés au bon moment.... Critiquer dans le respect est à encourager. Mais insulter vulgairement le chef de l’état, même si tu ne l’aimes pas ne mérite pas qu’on s’apitoie sur ton sort. Quand un cordonnier peut juger au delà de la chaussure c’est un privilège qu’on lui donne d’aller montrer ce qu’il connaît à ceux qu’il prend pour des incapables et ignorants..

  • Voila des gens qui se croient mieux habilites que les dirigeants de ce pays opprimé dans un contexte de guerre, qui sortent maintenant pour leur dicter ce qu’il faut faire. En realite tout ceci n’est que manoeuvre pour tenter d’abattre cette transition parce qu’on voit qu’elle est en train de reussir. Alors tous ceux qui etaient tapis dans les divers couches de la societe, ceux qui croyaient a un feu de paille qui allait vite s’eteindre, voila que chacun sort maintenant pour attaquer sous differents pretextes. Ils attaquent parce qu’ils se rendent compte que cette transition a entamé une vraie revolution et n’est pas partie pour s’arreter au bout de quelques mois comme ils le croyaient.

    Les politiciens ont echoué, le systeme judiciare corrompu les a remplacés, et ils ot echoué ; les hommes de medias se lancent, les OSC y vont de leur cote. Et meme les "intellectuels" se vendent, etc. C’est à croire qu’une coalition des nantis bourgeois qui vivent du sang de leurs freres et soeurs et qui ne lacheront pas jusqu’au bout.

    Notre probleme c’est ces egoismes corporatistes qui se vendent en mercenaires sur le marché pour attaquer et detruire leur propre pays. Nous sommes en guerre, comprenez le une fois pour toutes
    SOME

  • Oui, il faut scier toutes les branches mortes !
    Toutes les branches mortes institutionnelles néocoloniales sur lesquelles sont posés tous les charognards du compradorat de médiocres vendus aux intérêts occidentaux au Burkina-Faso et au Sahel qu’agite toute une kyrielle d’apatrides proxis !
    Na an lara an sara !
    La patrie ou la mort !

  • Le vrai problème c’est qu’aujourd’hui, la dictature semble tellement assurée de son pouvoir et d’un soi-disant soutien populaire, qu’elle agit en permanence avec brutalité et maladresse.
    L’invasion du palais de justice par des militaires armés en a-t-il été l’apogée ? La diatribe menaçante de notre putschiste président à l’égard des représentants de notre justice en a-t-elle marqué le summum ?...
    Hélas, j’ai bien peur que non, ils possèdent la force des armes du peuple, qu’ils peuvent à tout moment retourner contre lui, alliée au populiste prétexte de lutte contre l’impérialisme, dont les obscures officines regorgent de complices locaux.
    Il est d’ailleurs remarquable de constater comment, en 11 mois, les raisons invoquées pour justifier le coup d’état et qui était la lutte anti-terroriste et la reconquête du territoire, sont passées au second plan, au point d’envoyer nos troupes combattre l’impérialisme (panafricain de la CEDEAO), alors que nous allons d’échec en échec, sur notre propre territoire.
    Bref, pour revenir au cœur de l’article, donnez nous donc le nombre de réquisitionnés depuis le 20 avril, date à laquelle le "capitaine" a signé le décret et justifiez ces réquisitions par une correspondance entre les besoins de nos FDS et les compétences des personnes réquisitionnées.

  • Je pense que l’armée fait du bien à Louré en le réquisitionnant. En réalité ce monsieur est un esprit. Il utilise bien la popularité du Capitaine TRAORE pour se faire une place sur la scène politique nationale à sa manière.
    Vous qui voyez que du mauvais dans cette affaire, je pense que le sieur Louré sait exactement ce qu’il fait et ce qu’il recherche.
    A côté de cette idée, je pense qu’il peut critiquer le pouvoir mais en étant objectif. Je pense que ces récents propos étaient trop plats et à visée démoralisante qui tendent à créer des oppositions au sein de nos forces combattants.

  • En voici au moins un de digne !
    Très bien M. Ouédraogo. Merci pour ce bel écrit.

  • ’’’’’Le pouvoir doit donc revoir sa copie, en évitant les agissements qui dépouillent et fragilisent les institutions. En un laps de temps, les institutions ont été ébranlées par lui dans l’affaire dite « guérisseuse de Komsilga », les enlèvements de citoyens dans la rue, la suspension de radio Oméga et ces décisions de deux poids deux mesures.’’’’’

    Merci Oumar Ouédraogo a la trempe de Norbert Zongo de ta Très belle analyse enrichissante.

    La première chose que font les faiseurs de coups d’état, c’est de suspendre la Constitution. Pour ces gens-là, le texte est donc nul et de nul effet, ce n’est pas la menace de "la rigueur de la loi" qui va les faire reculer.

    Et comme je le dis souvent, malgré les promesses faites en disant qu’ils sont là pour éradiquer les terroristes, on sait très bien que les jeunes dirigeants comme I. Traoré et autres "opposants historiques" sont toujours pleins de bonnes résolutions et d’idées généreuses et "intègres comme à la place de la révolution devant cette jeunesse que ça soit Zida, Damiba, et maintenant lui avec la patrie ou la mort nous vaincrons" avant d’accéder au pouvoir, mais ils changent radicalement une fois qu’ils y sont.

    Cependant, même dans les moments les plus désespérés, le Burkina Faso a toujours su s’affirmer comme un modèle singulier d’une volonté collective de vivre libre et digne grâce a nos institutions bien ficelées. Malheureusement ce modèle est en train d’être remis en cause par une culture politique de la prédation et de la patrimonialisation des régimes militaires et ses dictats.

    Et comme Frederic Bamamogo nous rappelait dans ce forum très riche en contradiction, ’’’avec ces régimes militaires notre pays connaîtra beaucoup de grabuges, des soubresauts car les réformes qui s’accélèrent sans loi ni droit, ont un but et il ne faut pas se leurrer ! Le pouvoir et rien que le pouvoir pour en jouir et mettre à l’abri, dans le confort matériel et financier des parents, des alliés et tant pis pour le reste. Et Ka ajoute que le libéralisme conduit inexorablement à la dérive morale. L’homme ne peut pas être libre de faire tout ce qu’il veut, sinon, ça devient de l’anarchie totale qui engendre l’injustice.

    L’alternance n’est pas une fin en soi et encore moins un projet de société ou un programme de gouvernement (pas plus que prendre le pouvoir par les armes). Parmi les "valeurs qui fondent tout État démocratique", la première est des élections ouvertes, transparentes, sincères et honnêtes.

    En clair les coups d’états ne servent que les auteurs car en définitive ils ne sont jamais responsables de leurs actes.

    • Parmi les "valeurs qui fondent tout État démocratique", la première est des élections ouvertes, transparentes, sincères et honnêtes.
      En clair les coups d’états ne servent que les auteurs car en définitive ils ne sont jamais responsables de leurs actes.
      Mon ami Ka ? tu m’étonnes de plus en plus : est ce dire que que la RDP sous Thomas sankara n’était pas democratique ? Comment sankara a t il acédé au pouvoir ? C’est par un coup d’état. Alors est-ce à dire que Thomas sankara et ses camarades ont fait ce coup d’état pour se servir eux memes et qu’ils n’ont jamais été responsables de leurs actes ?
      SOME

  • En voici au moins un de digne !
    Très bien M. Ouédraogo. Merci pour ce bel écrit.

  • "Ces pratiques, têtues face aux explications officielles livrées pour tenter de convaincre l’opinion, rappelle cette époque au Burkina où pour punir un fonctionnaire en disgrâce avec le pouvoir ou avec un prétendu puissant du moment, celui-ci se voyait affecté dans une « localité reculée » du pays. En son temps également, et selon des témoignages de contemporains ou même de ‘’victimes’’, c’était le même type de réponses qui étaient servies. Des années plus tard, les conséquences de ces agissements ne se comptent pas, elles se vivent. Même ceux-là qui s’y adonnaient avec joie et fierté pour prouver leur importance et force subissent, de façon directe ou indirecte, le choc d’une telle conception dans la gouvernance."Mr Ouedraogo,en plus d insinuer que les fonctionnaires des localités réculées sont des victimes pouvez vous au moins fournir des exemples concrets sur le vécu actuel des conséquences de ces agissements dont vous faites allusion ??

  • merci au journaliste pour cette analyse objective.
    Il faudra que certains comprennent enfin qu’ils passeront et laisseront les institutions qu’ils ne réussiront jamais à scier vraiment. S#il y’a un choix à faire entre eux et les institutions, ils ne devraient pas être surpris parce que le choix du peuple sera clairement en faveur des institutions, malgré les insuffisances.

    Passakziri

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