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Burkina Faso : Le Pr Laurent Bado et les origines de l’actionnariat populaire

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Publié le mercredi 30 août 2023 à 15h54min

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Burkina Faso :  Le Pr Laurent Bado et les origines de l’actionnariat populaire

Lors de la conférence publique de l’APEC, dans la cité du « cavalier rouge » le samedi 26 aout 2023, le Pr Laurent Bado, est revenu sur d’où lui est venu l’inspiration de l’actionnariat populaire. Des personnalités politiques burkinabè comme Daniel Ouezzin Coulibaly, Thomas Sankara et Joseph Ki-Zerbo l’ont conforté dans sa conviction. Aux forces vives de la région du Centre-ouest, à travers quatre questionnements, Pr Bado a démontré que la seule voie de développement endogène du Burkina et de l’Afrique en général, c’est l’actionnariat populaire.

L’actionnariat populaire au Burkina Faso, ce n’est un secret pour personne, le Pr Laurent Bado en est le précurseur. Ce mode de développement endogène, il l’a expliqué dans plusieurs ouvrages et sur les plateaux télé, etc. De ses dires, étant fils de paysan, il a beaucoup suivi comment les villageois procédaient. « C’est de là, que vient mon actionnariat populaire. Je n’ai rien inventé. Parce que je suis un idiot de classe exceptionnelle », a-t-il ironisé.

Quelle voie devrons-nous prendre pour notre développement ? Quelles différences entre le modèle libéral, le modèle socialiste et le modèle traditionnel ? Comment adapter le modèle traditionnel de développement à l’économie moderne ? Qu’attendre du capitalisme populaire par l’actionnariat populaire ? Des questionnements légitimes posés par le conférencier et leurs réponses ont constitué les explications de la plus-value de l’actionnariat populaire.

En réponse à la première interrogation, le Pr Bado a replongé les forces vives de la région du Centre-ouest, dans les déclarations de grands intellectuels dans les années 1900. « Nous revendiquons le droit de trouver par nous même les moyens propres à attirer dans le calme, le développement de notre pays ».

Ce discours est de Daniel Ouezzin Coulibaly, ancien homme politique du Burkina Faso, le 20 mai 1958, devant l’Assemblée territoriale. Revenant sur cette interpellation, Pr Bado a confié que c’est un chef d’Etat qu’il aime beaucoup. « Il n y a pas plus grand intellectuel que cet homme. Méfiez-vous des intellectuels. Aimez les gens intelligents. Car les intellectuels sont les gens qui posent les vrais problèmes de la société », a-t-il conseillé.

Il cite également Thomas Sankara qui a dit de produire et de consommer burkinabè. « Ensuite il y a le plus grand intellectuel burkinabè, Joseph Ki-Zerbo, qui a beaucoup développé des thèses allant dans ce sens. Et moi Laurent Bado, je suis venu avec le communautarisme ou grégarisme africain qui a été loué par des grands intellectuels du monde », a-t-il indiqué.

Les forces vives de la région du Centre-ouest sont sortis nombreux pour la conférence publique

Même des intellectuels occidentaux ont reconnu que le mal africain, c’est l’état mimétique, c’est-à-dire, la reproduction mécanique dans les sociétés africaines, des modèles étrangers qui ne peuvent pas prendre en compte les dynamiques internes des peuples. Il y a aussi une autorité morale, le Pape Jean Paul 2, qui a dit à Cotonou, lors de sa visite : « Ne vous laissez pas séduire par le règne de l’individualisme. N’imitez pas des modèles français. Restez vous-même ». C’est tout cela qui prouve, et a conforté le Pr Laurent Bado dans sa volonté de véhiculer les valeurs de cette doctrine.

Selon le conférencier du jour, le modèle libéral, existant depuis la révolution française est fondé sur la liberté individuelle dans le groupe. C’est l’homme au détriment du groupe. Chacun poursuit son intérêt et cela n’a rien à voir avec nos valeurs. Le modèle socialiste, quant à lui, est contre la liberté individuelle. On met le groupe au-dessus de l’individu. C’est le « un pour tous ».

Le modèle traditionnel qui existe en Afrique, est basé sur la solidarité. Conséquence : l’individu et le groupe sont à côté. « Au moment où je suis en train de vous parler là, les 28 premiers milliardaires du monde, ont entre leurs mains, l’argent de 3,5 milliards d’hommes, la moitié de la population humaine. Vos trouvez ça normal ? », s’est-il offusqué. A la question de savoir comment adapter le modèle traditionnel de développement à l’économie moderne, le Pr Bado a proposé de révolutionner le secteur agro-pastoral.

« Plus jamais la daba. Il faut substituer le capitalisme populaire au capitalisme privé exploiteur et au capitalisme d’état exploiteur, c’est ce que j’ai proposé », a-t-il expliqué. Qu’attendre du capitalisme populaire par l’actionnariat populaire ? Une chose est sûre, si les deux idéologies ne meurent pas, nous cheminons vers une troisième guerre mondiale, a prévenu le Pr Laurent Bado.

Obissa Juste Mien
Lefaso.net

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Messages

  • Tout ça est bien, mais il faut "fabriquer" un citoyen honnête, sinon quel que soit les belles idées, elles ne prospéreront pas. Le Burkina d’aujourd’hui n’est pas celui de Joseph KI-ZERBO, O. COULIBALY, de THOM SANK. Les mentalités ont évolué et la morale se meurt. Il faudra alors reconsidérer certaines variables. Le village qui était lui son modèle n’existe plus. Cette solidarité villageoise à volé en éclats. Bon vent !

    • En effet le monde a changé. Il faut donc s’adapter. Il faut encadrer ça par les lois modernes, sinon c’est la porte ouverte aux mafioso.

    • L’entrepreneuriat communautaire par actionnariat populaire est un concept réfléchi dont ses avantages pèse beaucoup sur ses insuffisances, je dirais la seule voie pour un développement endogène,inclusif, une souveraineté économique de nos États africains. En ce qui concerne votre préoccupation sur la gestion de ce projet par des personnes vêtu de bonne fois, l’idéal est que ceux-ci seront actionnaires et des mesures répressives seront sans doute prise pour encadrer la gestion. Merci

  • ok. Mais jusque là je suis resté sur ma faim. Oui. Mais concretement comment fonctionne l’actionariat populaire.? En quoi son fonctionnement est differend de l’actionariat "traditionnel" ? Si j’y investit 1000 CFA combien je gagne en fin du mois ? ou d’année...etc ? Il faudra qu’un economiste m’explique tout ça avec des mots simples, terre à terre. Sinon ça reste des grandes théories obscures pour moi

    • Mon cher c’est histoire c’est du vent. Celui qui met ses sous dedans devra attendre une décision de justice qui oblige l’état à rembourser.

  • Je suis resté sur ma soif : comment s’y prendre ? Aucun plan d’affaire n’est défini à l’avance !!!
    Une tontine économique ? Je pense que l’idée du professeur est génial mais elle est mal exploitée pour avoir une véritable chaîne de production, de transformation et de vente endogène !!!

  • Bonjour ALADJON,
    Ben, sur le principe de l’actionnariat, l’investisseur dispose "normalement" de plusieurs droits/avantages.
    Ces prérogatives sont de trois ordres. Elles sont politiques (droit de vote en assemblée générale, droit à l’information), pécuniaires (droit aux dividendes et droit au reliquat en cas de liquidation) et patrimoniales (droit de céder ou de nantir ses actions).
    Force est de reconnaitre qu’en l’état de mes informations, tout cela m’apparait pour l’instant peu clair, concernant notre projet burkinabè.
    De même, je n’ai pas entendu parler de plafond d’investissement (si un Kanazoé un Bonkoungou ou autre milliardaire souhaitait y investir toute sa fortune...), qui va siéger au CA et mille autres questions...?
    Et arrêtons de nous faire croire que l’on a inventé quelque chose qui a été expérimenté ailleurs il y a déjà bien longtemps.

  • Les internautes Le russe et ALADJON , vous avez bien résumé l’affaire. On n’est pas du tout dans sérieux dans ce pays, pourquoi on aime les choses floues ? Pourquoi on ne prend pas le temps pour concevoir ? Franchement, c’est décevant.

  • Et à propos d’actionnariat non-populaire, mais réservé aux milliardaires : "Carburants : le trader burkinabè Salfo Ilboudo étend sa toile.
    Ce fidèle d’Inoussa Kanazoé a profité du désintérêt des géants mondiaux du négoce et d’un soutien de la junte à Ouagadougou pour devenir l’un des premiers fournisseurs de carburants du pays. Il entend devenir un poids lourd du secteur en Afrique de l’Ouest."

    Africa inteligence 31.08.23
    Dans le cadre du soutien à l’effort patriotique-de guerre-de paix, n’allons nous pas solliciter d’autres classes socio-économiques que les pauvres et les classes moyennes ?

  • Personne ne peut nier le fait qu’au Burkina Faso, le Pr Bado ait été le premier à émettre dans le champ politique l’idée de l’actionnariat populaire avec son grégarisme. Pour quelqu’un qui a fait ses études en France et en homme politique en tenant compte du contexte cela ne m’étonne pas qu’il n’a pas pu mentionner aucune référence dans ces lectures personnelles concernant l’actionnariat populaire. Mais cela ne m’étonne pas, c’est typique du modèle français : ce n’est pas un péché de ne pas citer ces sources. Dans les cahiers de socialisme des coopératives du cahier de socialisme de 1978-1984 le concept de l’actionnariat populaire des banques allemandes (années 50) y est discuté et il y en a beaucoup d’autres références.

    J’ai une question pour le Pr Bado : si le Pr Bado n’avait pas fait ses études en Europe et qu’il avait eu la chance de faire ses études aux Etats Unis son opinion sur le modèle libéral fondé sur la liberté individuelle au détriment du groupe n’allait il pas être différente ?

    Le Pr Bado ne devrait il pas trianguler sa notion sur le "modèle libéral" en ne se basant pas uniquement sur les partis politiques libéraux de types européens ? Il ne doit pas confondre, cependant, avec les doctrines rigides mises de l’avant par les partis libéraux de type européen avec les autres types de partis libéraux. Il existe environs 4 types de traditions libérales différentes :
    1. La tradition européenne continentale, qui érige en doctrine la suprématie de l’individu, de la raison et du progrès (là où Bado a fait ses études) ;
    2. La tradition britannique, qui met l’accent sur les libertés politiques ;
    3. La tradition démocrate américaine, laquelle tente de concilier droits individuels et droits sociaux.
    4. Et la tradition libérale qui cherche l’équilibre entre les trois.

    Pour moi, il y a trois façons de financer le développement d’un pays : traditionnellement avec les taxes et les prêts et le troisième en élargissant la base contributive au capital avec l’actionnariat populaire et plusieurs pays l’on déjà expérimentés à travers des entreprises communautaires.

  • Du pippo, du vent. Il n ya entrepreunariat que quand il ya investissement lucratif. Il faut un retour sur investissement. On ne peut pas prendre l argent donner au marabout et OSC et promettre un paiement. Donner nous un exemple de pays qui utilise ce principe. Nous ne sommes pas les seuls intelligents.

  • Je comprends les sceptiques du projet. C est une réaction typiquement africaine propre à 98% des Negres, incapables de vouloir risquer et aussi avançant des incertitudes aussi saugrenues que farfelues pour jouer à l intellectuel parce qu incapables de projeter dans l avenir.
    Mais de grâce personne ne vous y oblige. Laisser les autres oser car qui ne risque rien n a rien. Ce sont ces genres d attitude qui font qu aucune entreprise africaine ne survit après le décès de l initiateur. Seuls les groupes avec cooptation discrete d actionnaires fonctionnent an Afrique. Pauvres Africains si vraiment ces réactions sont celles de vrais Africains.

    • Le problème c’est quand ça va foirer, on va se retrouver devant les tribunaux. Ko en attente de décision de justice pour récupérer les fonds investis...
      Mettez cela en place au niveau familial ou local oui car dans un village, on se connait . Maispas quand c’est au delà, la confiance baisse . Lisez les travaux de Nicolas Nassim Taleb où il explique que plus on s’éloigne de la famille, moins la confiance existe. Qui va laisser sa maison à un inconnu, à un membre de sa famille peut-être... Bonne à ceux qui souscrivent

  • Je pense que tout modèle de communautarisme villageois fonctionne au niveau villageois car tout le monde se connait. Plus on élargit le groupe en introduisant des personnes étrangères à soi, le moins on va faire confiance.
    En résumé, ça peut marcher au niveau familial ou villageois mais pas au niveau national.

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